HOMMAGE aux HARKIS

Cérémonie aux Invalides (Paris) sur site du Clan-R

et à

MOUANS-SARTOUX

25 septembre

Discours d' Ali Amrane

Les harkis combattants, ces femmes et ces hommes qui ont choisi la France et défendu le drapeau français, cette journée les honore. ..

Engagés au côté de la France lors de la Guerre d'Algérie et sur d'autres fronts, des milliers sont tombés lors des combats, des milliers ont connu la souffrance et le déracinement et plus de 100 000 des nôtres ont été laissés entre les mains du FLN, livrés à la torture et aux massacres. Lorsque les destins de la France et de l'Algérie se sont séparés, ceux des musulmans qui avaient fait le choix de la France et servi jusqu'au bout sous notre drapeau l'ont payé de la mort ou de l'exil... La France, il y a 46 ans, comme elle l'avait déjà fait en Indochine, a froidement abandonné ses partisans à leurs adversaires et à un sort effroyable. Il y a une tâche indélébile sur notre honneur et dans notre Histoire. Rejetés par Alger, les Harkis étaient également repoussés par Paris. C'est à peine si quelques dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ont pu échapper au massacre et gagner la métropole, le plus souvent par l'initiative individuelle de quelques hommes courageux qui ont osé désobéir aux consignes déshonorantes données par le gouvernement d' alors.

Or, ces rescapés n'ont trouvé dans la Mère-Patrie qu'une marâtre qui les a ignorés, humiliés, parqués dans des réserves. Pendant plus de trente ans, peu de mots, peu de gestes officiels sont venus honorer le sacrifice des Harkis. Aucun gouvernement n'a pris les véritables mesures, audacieuses et généreuses qui s'imposent en faveur de ces victimes innocentes de la Décolonisation. C'est dans une totale indifférence et dans une certaine hostilité que les harkis ont été laissés dans un abandon matériel et moral. D'anciens supplétifs réussissent à trouver refuge, parfois avec des membres de leur famille, dans des casernes de l'armée française en Algérie, puis sont transférés en France, souvent avec l'aide des militaires qui bravent les ordres officiels visant à décourager leur accueil et menaçant de sanctions ceux qui aideraient leur rapatriement.

Quelques 40000 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, sont regroupées dans des camps, tandis que plus de 10000 anciens supplétifs et membres de leur famille arrivent en France par leurs propres moyens, mêlés au flux des rapatriés européens et parfois avec l'aide de certains d'entre eux, et s'y installent sans passer par l'accueil officiel. Ils y subissent de plein fouet la persistance des discriminations coloniales, à commencer par l'imposition d'une procédure de réintégration dans la nationalité française, alors qu'on leur avait assuré en 1958 qu'il n'y avait désormais en Algérie " qu'une seule catégorie de français... "

Par ailleurs ils sont traités différemment des " rapatriés ", terme réservé aux rapatriés d'origine européenne. Le Général De Gaulle déclarant lui-même : " Le terme de rapatriés ne s'applique évidemment pas aux musulmans: ils ne retournent pas dans la terre de leurs pères! Dans leur cas, il ne saurait s'agir que de réfugiés! ". Répartis dans 75 chantiers ou hameaux de forestages fermés et soumis à un règlement quasi-militaire, exclus explicitement des dispositifs destinés aux seuls rapatriés européens, comme ceux concernant l'endettement contracté en Algérie ou le logement en HLM, ils sont délibérément marginalisés. Et sous l'effet de ce traitement discriminatoire, se constitue en France un groupe de personnes, des deux sexes et de tous âges, qu'on désigne comme " les harkis ". Une communauté qui ne se confond pas avec les hommes qu'on avait, de 1956 à 1962, appelés " harkis " en Algérie, dont la plupart ont continué à y vivre, parfois sans encombre, mais beaucoup étant victimes, ainsi que leurs enfants, de discriminations persistantes et inadmissibles.

Il est toutefois incontestable que des milliers d'entre eux ont été massacrés, sans que l'on puisse en déterminer le nombre précis. En établir un bilan crédible n'est pas aisé, les chiffres avancés de part et d'autre reflétant surtout une vision partisane et passionnelle de ce drame. Il convient aussi de rappeler que nombreux furent les harkis qui demeurèrent sur place, sans faire l'objet d'aucun sévices et dont la famille continue à vivre au sein de la société algérienne ancestrale. Ces faits ont été rapportés par les enfants de harkis eux-mêmes, lors de visites familiales en Algérie.

Mais aujourd'hui, 46 ans après la fin de la guerre, il serait temps de ne plus ressasser les rancÏurs que beaucoup, de part et d'autres, se plaisent à cultiver. Si, certains harkis et leurs enfants entendent maintenir un lien ombilical avec leur pays d'origine, pourquoi le leur interdire ? Pourquoi encore souffrir des éclaboussures d'un mal, que d'un côté comme de l'autre, nous pourrions effacer dans l'intérêt de nos deux pays, de notre génération et de celles à venir ?

Un espoir s'est déclaré, pour une libre circulation des anciens qui souhaitent tant revoir leur pays et leur famille, avec le traité des pays de l'Union de la Méditerranée qui apporte un soulagement de paix et d'union entre les peuples. Nous souhaitons tous que l'Histoire soit dite et écrite dans toute sa vérité pour que la Mémoire soit sauvegardée pour nos enfants et pour l'honneur de nos anciens,

VIVE LES HARKIS, VIVE LA FRANCE !!!

Ali AMRANE

Photos Hervé CUESTA
Mis en page le 27/09/2008 par RP