Discours d' Ali Amrane
Les harkis combattants, ces femmes et ces hommes qui ont choisi
la France et défendu le drapeau français, cette journée les honore.
..
Engagés au côté de la France lors de la Guerre
d'Algérie et sur d'autres fronts, des milliers sont tombés
lors des combats, des milliers ont connu la souffrance et le déracinement
et plus de 100 000 des nôtres ont été laissés
entre les mains du FLN, livrés à la torture et aux
massacres. Lorsque les destins de la France et de l'Algérie
se sont séparés, ceux des musulmans qui avaient
fait le choix de la France et servi jusqu'au bout sous notre drapeau
l'ont payé de la mort ou de l'exil... La France, il y a
46 ans, comme elle l'avait déjà fait en Indochine,
a froidement abandonné ses partisans à leurs adversaires
et à un sort effroyable. Il y a une tâche indélébile
sur notre honneur et dans notre Histoire. Rejetés par Alger,
les Harkis étaient également repoussés par
Paris. C'est à peine si quelques dizaines de milliers d'hommes,
de femmes et d'enfants ont pu échapper au massacre et gagner
la métropole, le plus souvent par l'initiative individuelle
de quelques hommes courageux qui ont osé désobéir
aux consignes déshonorantes données par le gouvernement
d' alors.
Or, ces rescapés n'ont trouvé dans la Mère-Patrie qu'une marâtre
qui les a ignorés, humiliés, parqués dans des réserves. Pendant
plus de trente ans, peu de mots, peu de gestes officiels sont
venus honorer le sacrifice des Harkis. Aucun gouvernement n'a
pris les véritables mesures, audacieuses et généreuses qui s'imposent
en faveur de ces victimes innocentes de la Décolonisation. C'est
dans une totale indifférence et dans une certaine hostilité que
les harkis ont été laissés dans un abandon matériel et moral.
D'anciens supplétifs réussissent à trouver refuge, parfois avec
des membres de leur famille, dans des casernes de l'armée française
en Algérie, puis sont transférés en France, souvent avec l'aide
des militaires qui bravent les ordres officiels visant à décourager
leur accueil et menaçant de sanctions ceux qui aideraient leur
rapatriement.
Quelques 40000 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants,
sont regroupées dans des camps, tandis que plus de 10000 anciens
supplétifs et membres de leur famille arrivent en France par leurs
propres moyens, mêlés au flux des rapatriés européens et parfois
avec l'aide de certains d'entre eux, et s'y installent sans passer
par l'accueil officiel. Ils y subissent de plein fouet la persistance
des discriminations coloniales, à commencer par l'imposition d'une
procédure de réintégration dans la nationalité française, alors
qu'on leur avait assuré en 1958 qu'il n'y avait désormais en Algérie
" qu'une seule catégorie de français... "
Par ailleurs ils sont traités différemment des " rapatriés
", terme réservé aux rapatriés d'origine européenne. Le Général
De Gaulle déclarant lui-même : " Le terme de rapatriés ne
s'applique évidemment pas aux musulmans: ils ne retournent pas
dans la terre de leurs pères! Dans leur cas, il ne saurait s'agir
que de réfugiés! ". Répartis dans 75 chantiers ou hameaux
de forestages fermés et soumis à un règlement quasi-militaire,
exclus explicitement des dispositifs destinés aux seuls rapatriés
européens, comme ceux concernant l'endettement contracté en Algérie
ou le logement en HLM, ils sont délibérément marginalisés. Et
sous l'effet de ce traitement discriminatoire, se constitue en
France un groupe de personnes, des deux sexes et de tous âges,
qu'on désigne comme " les harkis ". Une communauté qui
ne se confond pas avec les hommes qu'on avait, de 1956 à 1962,
appelés " harkis " en Algérie, dont la plupart ont continué
à y vivre, parfois sans encombre, mais beaucoup étant victimes,
ainsi que leurs enfants, de discriminations persistantes et inadmissibles.
Il est toutefois incontestable que des milliers d'entre eux ont
été massacrés, sans que l'on puisse en déterminer le nombre précis.
En établir un bilan crédible n'est pas aisé, les chiffres avancés
de part et d'autre reflétant surtout une vision partisane et passionnelle
de ce drame. Il convient aussi de rappeler que nombreux furent
les harkis qui demeurèrent sur place, sans faire l'objet d'aucun
sévices et dont la famille continue à vivre au sein de la société
algérienne ancestrale. Ces faits ont été rapportés par les enfants
de harkis eux-mêmes, lors de visites familiales en Algérie.
Mais aujourd'hui, 46 ans après la fin de la guerre, il serait
temps de ne plus ressasser les rancÏurs
que beaucoup, de part et d'autres, se plaisent à cultiver. Si,
certains harkis et leurs enfants entendent maintenir un lien ombilical
avec leur pays d'origine, pourquoi le leur interdire ? Pourquoi
encore souffrir des éclaboussures d'un mal, que d'un côté comme
de l'autre, nous pourrions effacer dans l'intérêt de nos deux
pays, de notre génération et de celles à venir ?
Un espoir s'est déclaré, pour une libre circulation des anciens
qui souhaitent tant revoir leur pays et leur famille, avec le
traité des pays de l'Union de la Méditerranée qui apporte un soulagement
de paix et d'union entre les peuples. Nous souhaitons tous que
l'Histoire soit dite et écrite dans toute sa vérité pour que la
Mémoire soit sauvegardée pour nos enfants et pour l'honneur de
nos anciens,
VIVE LES HARKIS, VIVE LA FRANCE !!!
Ali AMRANE
|