Cérémonie commémorative
de la fusillade du 26 mars 1962, rue d'Isly à Alger
Béziers le 26 Mars 2021 |
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DISCOURS DE MONSIEUR ROBERT MÉNARD, MAIRE DE BÉZIERS LE 26 MARS 2021 À LA STÈLE DES RAPATRIÉS DU CIMETIÉRE NEUF DE BÉZIERS. |
Madame, Monsieur, Mes amis, mes chers amis, Elle a changé de nom. Elle a disparu. La rue dIsly nexiste plus, rayée de la carte. Et avec elle, le passé a été jeté dans un puits sans fond, la tête la première. Cest que son ancien nom interpelle encore. Les anciens, nos anciens mais pas seulement eux. Cest que la rue dIsly est inscrite en lettres de sang dans le livre de lhistoire de France, une histoire parfois passée sous silence, censurée, interdite. Aussi, je vous propose douvrir, une fois encore, ce livre cruel et de nous arrêter à la page du 26 mars 1962. Ce jour-là, dans une Algérie encore française pour quelques mois, des milliers de Pieds noirs excédés, bouleversés par leur abandon programmé, manifestent dans cette rue algéroise. Ils nen peuvent plus du mépris du gouvernement. Ils nen peuvent plus de la lâcheté de leurs dirigeants, des renoncements, des trahisons... Ils crient, ils sinterpellent, ils chantent, ils gueulent. Mais ils ne sont pas armés. Il y a de nombreuses femmes, des adolescents, des enfants qui accompagnent leurs pères, leurs frères, leurs maris. Une foule qui dit sa révolte, son dégoût devant la terrible décision de Paris : lAlgérie, cette belle Algérie quils ont construite de leurs mains, quils ont irriguée, quils ont nourrie, le pays quils ont créé, en en faisant la petite sur de leur Patrie, cette Algérie va être livrée aux tortionnaires du FLN ! Comment ne pas comprendre cette foule de Français en colère, cette foule désespérée, cette foule prise à la gorge ? En face, il y a lÉtat, lÉtat parisien, lÉtat aveugle, lÉtat froid, lÉtat sans âme, représenté par un barrage de mitrailleuses. Mais qui peut penser un instant que nos soldats vont tirer sur leurs compatriotes ? Ce nest pas possible ! Les familles algéroises ne limaginent même pas ! Ne peuvent pas le concevoir ! On est entre Français, entre nous ! Et pourtant ! Et pourtant Un grand, un sourd crépitement pulvérise les premiers visages, explose les mains, les jambes, les yeux. Une mère tombe, un grand-père est fauché, le corps dune gamine éclate contre un mur. Les soldats français ont tiré sur les civils français ! Cest la panique, la panique totale ! Je vous le dis aujourdhui et jen ai honte : ce 26 mars 1962, rue dIsly, la France sest déshonorée. 80 morts. 200 blessés. Des gens simples, des sans-grade, des innocents. Un massacre, un massacre inoubliable, inexcusable. À Béziers, dans notre ville où tant de Pieds noirs ont trouvé refuge, nous noublions pas, nous noublierons pas ce jour terrible. Parce que cest notre devoir. Parce que nous le leur devons. Parce que les morts ne meurent vraiment que lorsquon les oublie. Alors, cette année encore, je prends lengagement de nous retrouver, lan prochain, ici même, pour dire notre peine, notre douleur, pour dire notre compassion aux familles meurtries, pour dire notre révolte, pour dire que la rue dIsly est dans nos mémoires et quelle y restera, à jamais. Rue dIsly, des hommes, des femmes, des enfants ont été fauchés, blessés, tués pour avoir simplement dit leur peur de perdre leurs racines, leur pays et, avec lui, une partie de leur histoire. Avec vous, je les pleure aujourdhui. Ils étaient des nôtres. Robert MÉNARD
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Mis en page le 28/03/2021 par RP |