N’en déplaise à S.E. le Premier ministre…

La nostalgie, et notamment la nostalgie de l’Algérie française,

n’apportera rien de bon.

                                                     Manuel Valls (14 mars 1015)

 

Quand il entend parler de nostalgie, le Premier ministre de la France fronce les sourcils et  sort sa langue de bois.

En cela, il ne fait que reprendre à son compte l’étrange glissement de sens imposé à l’un des plus beaux mots du vocabulaire poétique, qui évoque la mélancolie, le regret, la tristesse. C’est-à-dire les sentiments les plus éloignés des notions de violence et de vengeance auxquelles l’associent par ignorance, suivisme ou mauvaise foi, ceux qui l’ont inscrit à la fois au pilori du politiquement incorrect et à leur répertoire d’injures : « — Espèce de nostalgique ! » « Encore un nostalgique ! ». Ce qui pourrait appeler, de la part de l’offensé : — « Nostalgique vous-même ! » ou — en cas de procès en diffamation — : « Nostalgique, nostalgique ! Est-ce que j’ai une gueule de nostalgique » !

Nostalgiques de l’Algérie française, mes frères, ne vous sentez pas insultés (même si l’intention y est) par une telle apostrophe. Au contraire, elle doit vous inciter à penser davantage aux beautés, non seulement de l’Algérie, mais de l’aventure humaine qu’y ont vécue ceux qui n’en gardent pas que des souvenirs de guerre et d’exode.

Ma tante Rose Celli*, qui l’avait quittée pendant la Grande guerre pour entrer à l’École normale supérieure de Sèvres, en a été nostalgique de toute son âme, jusqu’à sa mort, et sans l’ombre d’une quelconque culpabilité :

Vous aurez beau faire, cette Algérie, la nôtre, restera française, comme Athènes est restée grecque. Quand nous dirons : l’Algérie, nous dirons « province de France »,  même s’il ne reste plus un seul Français dans l’autre Algérie, même si un seul mot français n’y sonnait plus. Nous avons fait l’Algérie française dans un morceau du temps, pas seulement dans un morceau de l’espace. On peut défigurer l’espace mais non ne peut plus toucher au temps.

Pour ma propre réplique : un dessin qui évoque l’Algérie d’arrière-arrière-grand-papa et un couplet adapté du vénérable « tube » de Noël Let It Snow (« Laisse neiger ») :

 

Si, dehors, il pleut des injures,

notre mémoire n’en a cure,

à la chaleur du temps passé :

  • Laisse pisser ! Laisse pisser ! Laisse pisser !

 

                                                                  (Texte et dessin de Jean BRUA)

* Sœur d’Edmond Brua. Écrivain et traductrice.

Mis en page par RP le 16/03/2015