Clarisse Agbégnénou : la médaille d'or d'une famille française


Une battante, un vrai soldat...

L'exploit sportif de la judokate française Clarisse Agbégnénou, médaille d'or à Tokyo (et même double médaille d'or si on ajoute celle obtenue par équipe), a légitimement été salué (Macron y est allé de son tweet entre deux tamourés et trois repentances…). Il faut y revenir plus complètement. Parce que, par-delà la jeune sportive, qui est une belle personne et une survivante, il y a une famille exemplaire. Ce qui fait toute la différence.

Il y a vingt-huit ans, Pauline, la mère de Clarisse, enceinte de quatre mois, doit être hospitalisée. Elle porte des jumeaux et on s'aperçoit qu'un des deux enfants (en l'occurrence la future Clarisse) a un rein mal formé. Pauline explique la suite : « On a préféré attendre sa naissance pour l'opérer. Mes enfants sont nés par césarienne au bout de sept mois. Clarisse n'a pas pleuré, elle était quasiment mort-née. J'ai dĂ» attendre quelques jours pour la voir, elle et son frère. Clarisse était alimentée par une veine du crâne. »

Opérée quelques semaines plus tard, Clarisse va tomber dans le coma. Ses chances de survie semblent infimes. Pas pour Pauline et son mari, Victor, le père de Clarisse. Ils vont se relayer jour et nuit auprès de leur petite fille : « On ne voulait pas la laisser, de peur qu'en notre absence les médecins la débranchent. »

Les médecins vont tout au contraire se battre pour sauver l'enfant. Après sept jours de coma, Clarisse va se réveiller. Elle est tirée d'affaire. Un des médecins dira à Pauline : « C'est une battante. » Il avait raison.

A partir de ce moment, les liens entre Pauline et Clarisse seront - et ils le sont restés - fusionnels : « Mes garçons peuvent rester un mois sans donner de nouvelles, mais avec Clarisse on s'appelle plusieurs fois par jour. Avant ou après l'entrainement, le soir, on a toujours des choses à se raconter. »

Arrachée à la mort, Clarisse va se rattraper. Hyperactive : « Elle ne pouvait pas rester une heure sur sa chaise. » Conseil est donné à ses parents de l'inscrire dans un sport de combat. Ce sera le judo. A 9 ans, elle est inscrite au club des Arts martiaux d'Asnières. A 14 ans, elle intègre le pôle France à Orléans. La suite ne sera pas toujours un long fleuve tranquille, mais elle ne lâche rien : elle accumule bientôt les victoires et les titres les plus prestigieux (elle est la judokate la plus titrée de l'histoire devant Lucie Décosse, Gévrise Emane et Brigitte Deydier). Ajoutons que, lorsque Clarisse ne hante pas les tatamis, elle est adjudante de la gendarmerie nationale.

Nous l'avons dit : derrière cette jeune femme, aujourd'hui âgée de 29 ans, il y a une famille soudée, aimante, présente, attentive. Pauline : « On lui a donné notre détermination, nous sommes des gens qui avançons, qui nous donnons les moyens de réussir. » Victor, le père : « Notre philosophie, c'est que tout acquis doit être sublimé, c'est le non-acquis qui doit être recherché. Je suis chercheur : on cherche ce qu'on n'a pas et, ce qu'on a trouvé, on doit le perfectionner. C'est dans cet état d'esprit que Clarisse et mes fils travaillent. »

La médaille d'or de Clarisse sur le tatami peut se résumer en quelques mots (les judokas me comprendront) : après 37 secondes dans le golden score et grâce à un fauchage qui lui donne un waza-ari, elle élimine son adversaire. Mais c'est beaucoup plus que ça : la médaille d'or d'une famille française. La semaine dernière, le clan Agbégnénou, resté en France à cause du virus, a attendu le retour de la fille prodige pour fêter la victoire en famille. Champagne !

Alain Sanders (Présent du 3 août 2021)

Mis en page le 03/08/2021 par RP