Jean-Yves Derrieu

Billet d'humeur Algérianiste

Lundi 24 octobre 2022

Au sujet de l'article du New-York Times du 17 octobre 2022 :
La France a restitué 24 crânes à l'Algérie. Ils n'étaient pas ce qu'ils semblaient.
Par Constant Méheut correspondant du journal.

PARIS – Lorsque le gouvernement français est revenu – et que l'Algérie a accepté – les crânes de 24 personnes pris comme trophées pendant le régime colonial brutal de la France, les deux nations ont célébré ce geste puissant comme une étape importante dans leurs efforts pour reconstruire leurs liens .

Les restes, qui font partie de l'une des plus grandes collections de crânes d'Europe au Musée de l'Homme, ou Musée de l'humanité, à Paris, ont été présentés par le gouvernement algérien comme des "combattants de la résistance", des héros nationaux en Algérie pour leur sacrifice dans la chasse aux Français colonisateurs.

Pas plus tard que ce mois-ci, lorsque la première ministre française, Élisabeth Borne, est arrivée à Alger pour une visite de deux jours, son homologue algérien, Aymen Benabderrahmane, a exprimé sa satisfaction quant au rapatriement, qui a eu lieu en 2020.

Mais des documents du musée et du gouvernement français, récemment obtenus par le New York Times, montrent que si six des crânes restitués étaient clairement identifiés comme étant ceux de résistants, les autres n'étaient pas ou étaient d'origine incertaine. Et tous sont restés la propriété de la France même après leur remise. Aucun des deux gouvernements n'a publiquement reconnu ces faits alors qu'ils cherchent à tirer un avantage diplomatique de la restitution

Le retour imparfait, quelle que soit son intention, est plutôt apparu comme un exemple de ce que plusieurs universitaires et législateurs français considèrent comme un problème plus large de rapatriements souvent secrets, confus et politiquement opportuns par la France qui n'ont pas répondu aux ambitions de réparer les torts de l'époque coloniale .

Le Musée de l'Homme, ou Musée de l'Homme, à Paris, détient l'une des plus grandes collections de crânes d'Europe, avec près de 18 000 crânes du monde entier.

"Les affaires diplomatiques ont prévalu sur les affaires historiques", a déclaré Catherine Morin-Dessailly, une sénatrice française de centre droit qui a longtemps travaillé sur les restitutions de restes. "C'était bâclé, fait en catimini."

Le gouvernement algérien n'a pas répondu aux demandes de commentaires, et on ne sait toujours pas pourquoi il a accepté certains crânes qui n'étaient pas ceux de résistants, d'autant plus qu'il a vivement critiqué certains aspects de la politique du président Emmanuel Macron de la France envers le pays, du moins jusqu'à un dégel récent .

Le bureau de M. Macron a refusé de commenter, redirigeant les questions vers le ministère des Affaires étrangères, qui a déclaré que la liste des crânes restitués avait été "approuvée par les deux parties".

En effet, les ossements ont été restitués en vertu d'un accord signé par les deux gouvernements le 26 juin 2020, qui comprenait une annexe de quatre pages détaillant l'identité des restes. Parmi eux, selon le document obtenu par The Times, se trouvaient des voleurs emprisonnés et trois fantassins algériens ayant effectivement servi dans l'armée française. Certains des crânes qui ont été renvoyés en Algérie, photographiés au Musée de l'humanité dans une photographie non datée.

A l'heure où la France tente de remodeler sa relation avec l'Afrique, en partie par des engagements de rapatriement d'œuvres d'art et de vestiges de l'époque coloniale , certains universitaires et législateurs s'inquiètent de plus en plus des restitutions qui semblent échapper à la rigueur scientifique et législative.

Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré que le gouvernement prévoyait de travailler sur une loi radicale pour réglementer les retours futurs. Mais la majorité parlementaire de M. Macron a rejeté une proposition des sénateurs de créer un conseil scientifique consultatif sur les restitutions. Le gouvernement doit encore examiner un projet de loi pour faciliter la restitution des dépouilles , qui a été adopté par le Sénat en janvier. Et la coalition de M. Macron au Parlement n'a pas approuvé un projet de loi, présenté la semaine dernière par un législateur de gauche, pour restituer tous les crânes algériens.

Des sénateurs, ainsi que plusieurs universitaires, ont cité une parure récemment rendue à Madagascar, qui, comme l'Algérie, n'a pas obtenu la pleine propriété de l'objet en raison de l'absence de loi. Ils ont également souligné une épée du XIXe siècle rendue au Sénégal et des statues et des trônes rendus au Bénin dans des circonstances tout aussi troubles.

Un rapport du Sénat a déclaré que ces restitutions avaient été effectuées "dans une grande opacité, donnant l'impression que les questions diplomatiques l'emportaient sur tout le reste"

L'ampleur du problème reste largement obscurcie, en particulier lorsqu'il s'agit de restes humains ; le Musée de l'Humanité compte près de 18 000 vestiges du monde entier.

Mon billet :

A ce jour, madame Borne premier ministre, qui s’est rendue en Algérie le 10 octobre 2022 avec 16 de ses ministres, et qui a signé un communiqué dans lequel nous lisons au paragraphe 25 cette phrase : « . Les deux parties se sont réjouies du travail accompli par le Comité mixte scientifique algéro-français chargé de l’identification des restes mortuaires des premiers résistants algériens conservés dans les musées de France et qui a permis le retour en Algérie, en juillet 2020,de 24 martyrs de la résistance populaire, conformément aux engagements pris par le Président de la République française. » n’a toujours pas réagit aux affirmations du journaliste du quotidien américain.

Les ministres des affaires étrangères et de la culture, pourtant concernés, n’ont pas non plus estimé devoir répondre à ces propos.

D’aucuns ont estimé que l’article du New-York Times a été publié afin de brouiller ou de nuire aux bonnes relations entre Alger et Paris.

Rassurons ces esprits chagrins…..Le gouvernement français n’a pas l’intention de froisser son homologue FLN et s’inclinera toujours devant les revendications algériennes, surtout si elles sont inadmissibles et contraire aux intérêt du pays.

Mais il est vrai que cet article soulève de nombreuses questions auxquelles nous allons tenter d’apporter quelques réponses ou plus exactement quelques éclaircissements.

D’après cet article les restes mortuaires remis par la France à l’Algérie ont été remis en vertu d’un accord signé le 26 juin 2020, qui comprenait une annexe détaillant l’identité des restes.

Le ministère des affaires étrangères a confirmé l’existence de cette liste « approuvée par les deux parties ».

Il s’avère qu’une commission mixte de scientifiques algériens et français ont travaillé à l’identification de ces crânes et nous savons qu’un rapport a été rédigé .

L’annexe de quatre pages identifiant les crânes dont parle le journaliste serait-elle extraite de ce rapport ?

Pour quelle raison ce journaliste n’a-t-il pas publié cette annexe ?

Afin de mettre un terme à toutes les spéculations, nous demandons la publication de cette liste ainsi que du rapport des experts scientifiques

Ainsi les identités de ces restes mortuaires seront connues, et nous pourrons savoir quelles ont été les manipulations et les mensonges des gouvernements français et algériens.

En effet les 24 crânes restitués par la France à l’Algérie ont été présentés comme étant ceux de « résistants algériens » (sic), ce qui apparait donc comme une falsification, un mensonge ou une escroquerie, puisque certains restes mortuaires n’ont pas été identifiés et pire, certains étaient des soldats musulmans qui combattaient pour la France.

La publication de là convention de transfert, signée entre la France et l’Algérie, permettra aussi de connaître les conditions juridiques de ce transfert de restes humains….Assez particulier, convenons-en !

Car les crânes qui se trouvaient et sont encore entreposés au musée de l’homme sont des « trophées de guerre » et donc selon les dispositions du code du patrimoine, sont des biens inaliénables.

A cet égard il semblerait que le gouvernement français ait respecté les dispositions du code du patrimoine puisqu’il est évoqué dans l’article du quotidien américain, l’existence d’un contrat de un « prêt d’une durée de cinq ans » de ces restes mortuaires à l’Algérie.

« Contrat de prêt » ? Ce qui voudrait dire que les restes mortuaires, enfouillés au cimetière des martyrs d’Alger pourraient être rapatriés en France !!!!!!

La scène serait cocasse mais surtout indigne.

Aussi nous allons assister au cours des prochains mois à une danse de saint-guy du gouvernement français face à ces sujets.

Il est donc probable que le gouvernement présidé par madame Borne, dépose en catimini un projet de loi afin de régulariser cette situation.

Il s’agira d’une nouvelle loi d’exception, à l’image de celle que fit voter le gouvernement de monsieur Castex pour les biens du Benin et du Sénégal.

Nous craignons que dans ce projet de loi de régularisation du transfert de ces restes humains, soit introduit d’autres restitutions de biens qualifiés de « trésors nationaux et d’archives » appartenant au patrimoine français.

Aussi nous avons demandé à nos députés des Alpes-Maritimes de déposer une question écrite au gouvernement afin de connaître les tenants et aboutissants de cette lamentable transaction, ainsi que la publication des accords et des rapports d’experts, comme l’exige la loi.

Car, une nouvelle fois, nous ne sommes pas du tout d’accord avec les propos de monsieur l’historien officiel du gouvernement, monsieur Benjamin Stora, qui a déclaré au journal Libération : «Comment faire la distinction entre le résistant politique anticolonial conscient, tué les armes à la main, et le bandit opposé à la colonisation ? La frontière entre les deux est extrêmement mince, la restitution des 24 crânes, qu’ils appartiennent ou non à des «résistants», a participé à l’approfondissement des connaissances sur «l’horreur qu’a été la colonisation française des années 1850 ».

Tristes et piteux propos pour un historien, mais belle démonstration de manipulation et d’instrumentalisation de l’histoire, que nous ne pouvons partager, monsieur le trotskyste.

A suivre, car nous ne nous résoudrons pas au silence de l’état….. et à ses mensonges.

Jean-Yves Derrieu


Mis en page le 25/10/2022 par RP.