Pierre Dimech et Jean Brune Prèsent 27 Avril 2022 |
Une belle amitié s'était créée
entre Pierre et moi, avec Jean Brune en toile de fond. Nous nous étions
rencontrés par le Cercle algérianiste de Lyon, où
Pierre, invité par nos amis communs Claudie et Boris Kan (président
du Cercle), venait faire une conférence sur Jean Brune, (C'était
en 1988 ou 1989.) Et pour la circonstance, étaient
présents mes parents, venus tout spécialement de Marseille.
En effet, mon père, Gilbert Bortolotti, et Jean Brune étaient
restés très amis jusqu'au décès de Jean.
Nés tous deux en 1912, leur amitié remontait à
leur classe de 6e à Ben Aknoun. Toujours dans les mêmes
classes, ils rivalisaient en prix d'excellence, d'honneur, d'accessits,
et dans mes archives j'ai une éphéméride de leur
année de 4e sur laquelle ils sont cités. C'est
là que tous deux ont côtoyé Albert Camus. Ils
ne se sont jamais perdus. Et dans les années « difficiles »,
Jean venait souvent s'abriter chez mes parents. Où il retrouvait...
« beaucoup de monde » !
Et mon père et Pierre avaient eu envie de se rencontrer pour
évoquer cet ami commun. Alors j'ai envie, aujourd'hui où
nous pleurons le départ de notre ami, de vous confier cette
lettre qu'il m'écrivait le 8 aoùt 2019 : « J'avais été profondément
ému par cette évocation intimiste que vous m'aviez faite
des relations de votre père avec Jean Brune. Vous savez tout
ce que représente JEAN BRUNE pour moi, mais vous ne pouvez
pas savoir ceci : Jean Brune, dans les correspondances que nous
échangions, lui, depuis Séville, Lisbonne, et enfin
depuis la Nouvelle-Calédonie " je passe sur celles de
France métropolitaine " (j'ai en carte postale qu'il
m'avait adressée la fameuse plage de l'île des Pins...)
m'avait écrit "Vous êtes
étrangement près de mes secrets". Cette phrase
m'a transpercé comme un arc électrique. Plus tard, quand
j'ai appris sa mort par un coup de fil de mon ami Jean-Paul Angelelli,
un dimanche matin (le 23 septembre 1973), j'ai été
ravagé, puis je me suis senti tout drôle. Je me suis
mis en quête de le faire connaître au sein du cercle algérianiste
naissant, j'ai fait célébrer une messe pour le repos
de son âme par l'inoubliable RP. Sirot, que vous avez dù
connaître, dominicain, royaliste, qui, à Alger, avait
fondé la section algéroise des Amis de Jeanne d'Arc,
et y donnait des conférences, chemin Laperlier... « ...Et puis, en préparant le
Xè anniversaire de sa disparition avec moult articles dans
l'Algérianiste, à paraître en 1983, après
avoir écrit entre autres sur "les
mots de Jean Brune", comme un explorateur dans la forêt
de son langage, je me suis senti "bizarre".
Je peux dire maintenant que c'était comme si lui, s'était
introduit en moi pour m'utiliser en vue de communiquer avec notre
communauté. Et c'est comme cela que, fréquentant le
monastère du Barroux qui commençait à sortir
de terre, "j'eus"
l'inspiration de rédiger pour notre revue un article intitulé
Mission au Barroux sous la signature de
Jean, avec mon nom en PCC (Pour Copie Conforme). Ce texte, c'était
son style, ses mots, ses réactions... Il y a quelques années,
Thierry Rolando m'ayant "accordé"
dix minutes, en tout début de Congrès national à
Perpignan, à peu près à l'époque du centenaire
de la naissance de Brune, j'ai fait quelque chose dont je ne me serais
jamais senti capable... Mais, était-ce bien moi qui l'avais
décidé ? « Je me suis présenté
au micro sans notes, j'ai grossi ma voix au maximum, et j'ai commencé
ainsi : « Mes chers compatriotes, mes amis, je viens en un éclair
de temps, car j'ai un long trajet... suivirent quelques propos passionnés,
en enchaînant par : Mon nom est Brune, Jean Brune, et je ne
fais qu'emprunter la voix de l'un des vôtres, Pierre Dimech. « Je terminai 10 minutes plus tard en disant : Il
faut maintenant que je reparte dans le Monde de l'Au-delà d'où
il m'a été permis de descendre pour vous dire ma ferveur et ma
solidarité fraternelle... » « Et je me suis précipité dans l'ombre, pour me fondre,
tandis que la salle "explosait"
après un instant de prodigieux silence. On m'a dit après que des
gens avaient pleuré. Moi, j'étais hagard tant j'étais épuisé. « En 2015-2016... je me mis à écrire une lettre,
que j'ai toujours et que je n'ai pas publiée : Lettre
à Jean Brune. Dans cette lettre j'évoque brièvement
les moments forts de nos relations, jusqu'à ce congrès
de Perpignan, et je lui dis qu'on ne sait plus qui est le prisonnier
volontaire de l'autre. J'en arrive enfin à la conclusion ultime :
Frère Brune, nous avons cheminé longtemps, très
longtemps ensemble, depuis ce jour où je vous ai connu à
Alger en fin 1952 au Cercle Henri IV, jusqu'à ce
congrès où vous avez parlé par ma voix. Il est
temps maintenant que vous vous libériez de moi, Et-moi de vous... » Voilà une des nombreuses facettes de Pierre Dimech... Et il
me plaît aujourd'hui de penser que ces deux amis se sont retrouvés
dans la Lumière Eternelle leur rappelant celle de notre terre
natale. " Geneviève Troncy-Bortolotti |
Mis en page le 28/04/2022 par RP |