Décès de Pierre Dimech |
Pierre Dimech, bien connu et apprécié
des lecteurs de Présent
pour ses articles érudits, mais
sensibles et nourris de drôleries, est né à Alger le 28 juin
1935, descendant d'une lignée de Maltais arrivés sur les côtes
barbaresques entre 1840 et 1880. Des petites gens. Colporteurs,
maraîchers, employés sur le port. Des besogneux. Il a raconté leur
histoire dans un livre magnifique : L'Homme de Malte (Atelier Fol'fer), sous-titré : « Récit d'une quête
d'identité ». Un ouvrage salué par Raspail : « J'ai
emporté votre livre à Fréhel, loin des masses. Une belle histoire
de Patagons méditerranéens en quelque sorte...» Une jeunesse de pied-noir. Un jeune homme fou de paquebots, d'opéras,
de fidélités royalistes. Fac de droit, diplômes
ad hoc, service militaire (1961-1962*), bientôt
l'exode. En métropole, il sera de tous nos combats. Cofondateur
de l'admirable Cercle algérianiste, il en assurera à et ce furent
de fructueuses années à la présidence de 1988
à 2002. En exergue de l'un de ses livres, il écrira : « A mes
ancêtres qui m'observent. A ma descendance si Dieu veut ».
Ses ancêtres, nous les avons dits : des hommes rudes à
la fortune de la mer, deux sous en poche, une botte d'oignons pour
tout repas, deux frusques dans un sac de misère pour débarquer
sur l'île verte (El Djezaïr,
Alger). Les Dimech, les Galea,
les Pisani, les Mifsud, les Vella. Arrivés
de villes et de villages à Rabat, Mdina,
Wied iz-Zerrieq aux noms souvent « cousins »
de ceux de leur nouvelle patrie. Pierre disait : « Je
suis français parce que je suis maltais, parce que, là
aussi, c'est l'Algérie française qui a fait de ce Maltais
un Français. » Pierre Dimech, vos papiers ! D'accord,
mais lesquels...Venu d'un pays qui n'existe plus, il était
allé à la recherche d'un pays qui existait encore. Celui
de ses ancêtres. Nous avons souvent pérégriné ensemble aux Etats-Unis, plus particulièrement
dans le Sud profond. Chez les rednecks, ces « cous rouges » si semblables
aux pieds-noirs. Comme un natif du Dixieland
interrogé par l'écrivain V.S. Naipaul : « Dans le fond,
d'où êtes-vous ? », Pierre répondait : « Dans
le fond, je me suis toujours senti différent. Ce qui m'amène à
croire que je suis né là où il ne fallait pas. Comme tant d'autres. » Je garde précieusement son regard d'enfant, au bord des larmes,
un jour que je lui fis la surprise, au Missouri, de l'amener dans
un petit bourg dénommé « Oran » (avec un bureau de poste
baptisé « Blida ») : un ancien ranch immense offert,
à la fin du XIXe siècle, à un marchand de machines agricoles,
natif d'Algérie française et tombé sous les charmes d'une jolie
Missourienne (et d'un beau-père très
généreux…) au point de faire souche dans la région. Un écorché vif, ai-je dit. Avec des réactions
à fleur de peau. A fleur de coeur. A fleur de peur.
Un déraciné qui s'accrochait aux branches généalogiques
et aux souvenirs (dont cet Oran du Missouri dont il gardait une photo
dans son bureau) pour ne pas tomber. Un coeur qui palpitait, vibrait,
battait la chamade. Et qui s'est arrêté de battre. Usé
par la vie et des cicatrices jamais refermées. Lui qui avait fait le voyage patagon, il disait encore : « La
route est longue jusqu'au cap Horn. Mais pas plus longue que celle
de l'exil. Et l'âme qui rêve transforme son enfer en paradis. »
Ou pas... Grand lecteur de William Faulkner, Pierre citait souvent cette phrase
de l'auteur de Sartoris : « Le passé n'est
jamais mort, il n'est même jamais le passé. »
Tu seras donc toujours à nos côtés, Pierre d'Alger,
de La Valette, d'Atlanta et de Port-Tounens... Etudes Primaires, Secondaires
et Universitaires à ALGER : 1954 - 1960 : Faculté
de Droit et Institut d'Etudes Politiques. Licence en Droit,(1957)
puis Diplômes d'études supérieures de Droit Romain
et d'Histoire du Droit (1958) ; de Droit Public (1959) ; de Sciences
Politiques.(1959). L'année 1960 sera consacrée aux préliminaires
de recherches en vue d'une Thèse, abandonnées ( Barricades, puis résiliation du sursis ). 1961 à 1962 :
Service militaire en ALGERIE*. 1973 : Doctorat en Droit
(Université de PARIS 2) sur le sujet : « Contribution
à l'étude de l' histoire politique et constitutionnelle de Malte à
l'éveil du nationalisme maltais (1800-1936). En « candidat
libre ». ( déjà salarié dans le Privé ACTIVITES ASSOCIATIVES
: 1968 à fin des années
80 : Administrateur de l'association « France-MALTE », Secrétaire
Général, puis vice-président de cette association. Parallèlement,
assistant pour les questions culturelles de M.Vincent
GALEA, fondateur de FRANCE-MALTE, puis Consul Honoraire de Malte à
Paris. Depuis 1973, Membre
du CERCLE ALGERIANISTE. Vice-président national, président du cercle
algérianiste de Versailles. Président national, de 1998 à 2002. Puis
, administrateur du cercle
algérianiste d'Aix-en Provence. OUVRAGES PUBLIES : -1997 : « D'une jetée
l'autre », récits & Nouvelles -1998 : « Si jamais
je t'oublie, Algérie à 25 ans d'Algérianisme
». Recueil d'articles et de chroniques -2002 : « Chants pour
Malte », poèmes -2005 : « Pieds-noirs et Cous-rouges », Essai
historique. A reçu le Prix Jean Pomier
du Cercle Algérianiste -2006 : « La désinformation
autour de la culture des Pieds-Noirs ».
Essai historique. -2009 : « Les Ecrivains
algérianistes et leurs modèles ». Anthologie
de la vie quotidienne des Européens d'Algérie entre 1880 et 1930.
-2012 : « L'Homme
de Malte ». Témoignage sur une quête d'identité. |
Mis en page le 25/04/2022 par RP |