Publié le : 25 septembre
2021 Déjà publié en Mars 2015 !!!
Nous publions un article de l'association 2ID-harkis
du Loiret:
Lorsqu'on veut rendre hommage aux victimes de
la guerre d'Algérie, on fait plus souvent référence
au 19 mars, au 25 septembre ou au 5 décembre, mais jamais au
12 mai 1962. Pourtant, des enfants de harkis militent depuis peu pour
faire de cette date une véritable journée de ralliement
et d'hommage à tous les harkis tués ou disparus après
le cessez-le-feu en Algérie. Mais pourquoi des enfants de harkis veulent-ils
aujourd'hui que l'on parle de cette date et que beaucoup d'entre eux
souhaitent la commémorer ? Pourquoi les gouvernements
français depuis 1962 occultent-ils cette date en imposant des
dates de commémoration sans rapport avec l'histoire des harkis ? Sans doute parce le 12 mai 1962 est-il une date
honteuse que la France veut oublier à jamais tout en préservant
des hommes politiques qui ont du sang sur les mains, alors que les
harkis y voient tout un symbole pour honorer leurs morts et le point
de départ d'une éventuelle réparation de leur
préjudice. Une date honteuse, que la France cherche à
oublier… Si le 19 mars 1962, date du cessez-le-feu, donne
le signal pour pourchasser et massacrer les harkis et leurs familles
sans oublier les pieds-noirs restés sur place, le 12 mai 1962
quant à lui est le début de l'abandon des harkis, livrés
sans défense à la vengeance des vainqueurs, et des atrocités
dont ils furent victimes. En effet, les accords d'Evian n'avaient pas prévu
le rapatriement des harkis puisqu'ils stipulaient que « nul
ne peut être inquiété, recherché, poursuivi,
condamné ni faire l'objet de décision pénale,
de sanction disciplinaire ou de sanction quelconque, en raison de
d'actes commis en relation avec les évènements politiques
survenus en Algérie (…) ».Les harkis devaient être
couverts sur place par ce texte, et la France ne voyait pas l'utilité
de les rapatrier en raison notamment de leur supposée incapacité
à s'intégrer à la société française.
Leur installation en France n'était ni prévue ni souhaitée
et encore moins encouragée, sauf pour les personnels militaires
dépendant du ministère des armées. Pour les harkis,
rattachés au secrétariat d'Etat aux rapatriés,
seule était envisagée leur protection en Algérie. Le gouvernement français, en désarmant
et en laissant sur place les harkis, et en pensant que les vainqueurs
respecteraient les accords signés le 18 mars 1962, a fait là
preuve d'une grande naïveté. Il a ensuite a fait preuve d'indifférence
et d'irresponsabilité pour n'avoir pas fait respecter les accords
d'Evian et surtout pour avoir donné des ordres pour limiter,
et interdire les départs de harkis vers la métropole. En effet, le gouvernement français, dirigé
par Robert Boulin, incapable de prévoir les besoins d'accueil
des pieds-noirs massivement rentrés en métropole, n'avait
pas de moyens pour accueillir les harkis fuyant les vexations et les
mauvais traitements. C'est pourquoi, le ministre en charge des affaires
algériennes, Louis Joxe, dans une note du 12 mai 1962, interdit
le débarquement de supplétifs en métropole tout
en préconisant leur renvoi en Algérie ainsi que des
sanctions contre les officiers à l'origine des rapatriements. Cet ordre est relayé le même jour
par le ministre des armées, Pierre Messmer, et le ministre
de l'intérieur, Roger Frey, adresse le 17 mai 1962 une circulaire
aux préfets pour empêcher l'installation des harkis en
France. La naïveté et l'indifférence
françaises sont directement à l'origine du drame des
harkis : plus de 100 000 personnes ont été tuées,
dont des femmes et des enfants, plusieurs dizaines de milliers d'hommes
ont été emprisonnés et torturés, sans
oublier de nombreux disparus. Quant aux harkis qui ont pu s'établir en
France, grâce à des militaires honnêtes qui ont
risqué leur carrière, ils ont vécu avec leurs
familles pendant plusieurs années dans des camps ou des cités
isolées, privés de liberté et de toute chance
de s'insérer socialement et économiquement dans la communauté
nationale. La France en a fait des citoyens de seconde zone, des assistés
dépendant des services sociaux et incapables de se débrouiller
seuls. Nicolas Sarkozy, en 2012 après l'avoir
promis en 2007, et François Hollande, en 2012, ont reconnu
la responsabilité du gouvernement français dans l'abandon
des harkis, sans jamais l'officialiser dans une loi comme le réclament
de nombreuses associations de harkis. …mais dont les harkis veulent se souvenir en
hommage à leurs morts et disparus C'est pourquoi, les enfants de harkis, qui ont
connu les camps et qui ont pris le relais de leurs parents, attachent
une grande importance à la date du 12 mai. Ils veulent en faire
un symbole pour honorer la mémoire de tous les harkis tués
ou disparus en Algérie, mais aussi pour faire reconnaître
la responsabilité de l'Etat français dans leur drame,
en vue d'une juste réparation qu'aucun texte n'a jusqu'à
présent été en mesure de leur donner. Cette journée doit devenir la seule référence
pour tous les harkis et leurs enfants, pour se substituer le cas échéant
à la journée du 25 septembre et à celle du 5
décembre, trop neutres et auxquelles ne participe aujourd'hui
pas grand monde, sans parler du 19 mars qui supplantera à terme
ces deux dates, et dont les harkis ne veulent pas. C'est pourquoi, il nous faut dès à
présent anticiper et faire en sorte que le 12 mai soit notre
date, choisie par nous pour ce qu'elle est réellement :
le jour où la France trahit et abandonna les harkis. Pour y parvenir, nous devons éviter pour
l'heure un rassemblement à Paris, qui risque de ne pas susciter
l'adhésion de tous en raison de l'éloignement, de l'absence
de moyens des associations, des susceptibilités des uns et
des autres, et des tentations de récupération. Nous devons au contraire privilégier des
rassemblements locaux, à l'initiative des seuls responsables
associatifs et dans le respect des lois de la Républiques.
Il vaut mieux des petits rassemblements ici et là qui, avec
l'aide des médias locaux, auront plus de retentissement qu'un
rassemblement à Paris qui passera inaperçu, comme cela
a été le cas jusqu'à présent. Ce jour-là, chaque association pourra d'une
part rendre hommage aux harkis morts ou disparus en déposant
une gerbe sur un lieu de mémoire (monument aux morts, stèle…),
et d'autre part manifester devant une administration (préfecture,
sous-préfecture, mairie…) pour signifier qu'il s'agit là
aussi, au-delà d'un geste mémoriel, d'une action revendicative. Le 12 mai doit en effet être la base sur
laquelle s'appuyer pour faire aboutir notre principale revendication :
la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français
dans le drame des harkis et la réparation des préjudices
subis aussi bien en Algérie qu'ici en France. L'aboutissement de cette revendication pourra
se faire à travers des plaintes individuelles en justice en
s'inspirant de l'action devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise
et du jugement rendu par celui-ci le 10 juillet 2014, qui ouvre des
perspectives fort intéressantes. Il pourra également
se faire à travers le vote d'une loi à laquelle il faudra
travailler dès à présent et à soumettre
aux candidats à l'élection présidentielle de
2017, tout en gardant à l'esprit les promesses non tenues de
Nicolas Sarkozy et François Hollande. En attendant, nous pourrons toujours nous manifester
au second tour des élections départementales et des
prochaines élections régionales pour leur rappeler notre
revendication et leur dire notre mécontentement. Saïd Balah |
Mis en page le 27/09/2021 par RP |