Par le docteur
Jean-Claude PEREZ,
L’HISTRIONISME
GAULLISTE 4
« histrionisme : attitude
théâtraliste en relation avec une pathologie profonde, durable et invalidante
du cerveau et de la conscience
[i]
. »
Le must actuel : refuser de voir la responsabilité de De Gaulle
dans l’épanouissement des crispations
confessionnelles, un facteur dominant d’involution économique et sociale en
France.
…. « il s’est assis là, grand-mère….. »
« Le
Djhad était, et reste un moyen de rallier les Arabes et les Musulmans ». Qui a écrit cela ?
Le roi Hussein de Jordanie.
Si nous comprenons, sans esprit malveillant
cette citation du sympathique monarque jordanien, on peut enregistrer que « le combat » reste le « moyen », le « seul moyen », de rallier les Arabes et les Musulmans.
Mais comment ne pas relever, en passant, une
scission terminologique opérée par sa majesté Hussein, entre Arabes et Musulmans ?
Serait-ce la manifestation d’une volonté d’indépendance à l’égard de
l’enseignement du 3ème calife, Othman, qui au VIIème siècle imposa
la langue arabe littérale à tous les musulmans pour évoquer
le message divin. Message divin dont le rasoul, Mohamed, fut destinataire par
l’intermédiaire de Djebril, l’archange Gabriel ? Par la volonté du 3ème calife, c’est-à-dire l’utilisation exclusive de la langue arabe littérale, la
notion d’arabe semble avoir été
extirpée de toute considération géographique. Est Arabe celui qui croit dans le
message du Rasoul et qui l’exprime comme Othman l’a ordonné, en langue arabe
littérale. La phénoménologie arabe est ainsi née au VIIème siècle. Elle
identifie comme Arabes tous ceux qui se rallient au message du Guerrier de
Yatrib, c’est-à-dire du guerrier de Médine, deuxième ville sainte de l’islam
après la Mecque. Elle confère par ce procédé « califal » une nationalité universelle à ceux qui
adhèrent à ce message. C’est la umma, la nation arabe universelle.
J’avais rappelé, il y a approximativement 9 ans,
une citation d’Alexis de Tocqueville. Dans « Les Souvenirs » cet
ancien ministre des Affaires Etrangères a écrit :
« J’ai
vécu avec des gens de lettres, qui ont écrit l’histoire sans se mêler aux
affaires, et avec des hommes politiques, qui ne sont jamais occupés qu’à
produire les évènements sans les décrire. J’ai toujours remarqué que les premiers
voyaient partout des causes générales, tandis que les autres, vivant au milieu
du décousu des faits journaliers, se figuraient volontiers que tout devait être
attribué à des incidents particuliers, et que les petits ressorts qu’ils
faisaient sans cesse jouer dans leurs mains étaient les mêmes que ceux qui font
remuer le monde. Il est à croire que le les uns et les autres se
trompent ».
J’ai
personnellement extirpé une double conclusion de cette citation :
-
ceux
qui ont « vécu » l’histoire, ceux qui se sont situés au cœur des
évènements, c’est-à-dire ceux qui les ont « produits » en jouant leur
confort, leur liberté, leur réputation et leur vie, ne méritent aucune
considération. Y compris dans l’éventualité exceptionnelle certes, où ils ont
participé à la genèse de ces mêmes évènements ;
-
les
« gens de lettres » c’est-à-dire les historiens, les commentateurs,
les chroniqueurs et les doctorants qui relatent ces mêmes évènements, mais qui
ne se sont pas « mêlés » aux affaires et qui évidemment ne les ont
pas « produites », ne réunissent pas, eux non plus, les vertus qui
les rendraient dignes de confiance.
Je me permets naïvement de poser la question
suivante : à qui faire confiance ?
Je vais tenter de répondre à cette interrogation
en vous livrant quelques réflexions.
Beaucoup de mes
correspondants m’ont alerté sur le danger de la personnalisation de mes études.
Le « je » leur paraît inutile. Pour certains, il est même
insupportable. Les anecdotes personnelles, les sentiments éprouvés, n’ont
aucune importance à leurs yeux. Seule doit compter la
« connaissance » : celle qu’il faut transmettre sinon comme une
vérité définitivement établie, du moins comme une hypothèse scientifique,
c’est-à-dire une matière première parmi d’autres, indispensable à l’élaboration
constante de cette vérité. (1)
Je leur réponds que nous, parmi les très rares, qui
avons « fait » l’évènement soit en y participant, soit en le créant
parfois, il est très difficile de prévoir l’utilisation que pourront faire de
nos relations et études, ceux que notre histoire intéressent. Il m’arrive certes
de donner une interprétation souvent très personnelle, pas forcément flatteuse
des évènements auxquels je me suis trouvé intimement impliqué. Je n’en éprouve
pas moins le besoin de comparer mon information à ce qu’écrivent « les uns
et les autres ». Ces « gens de lettres » auxquels Tocqueville
fait référence. C’est-à-dire les historiens, les mémorialistes qui nous livrent
leurs comptes-rendus historiques ou leurs thèses mais qui, dans leur immense
majorité, n’ont pas produit l’évènement.
Très souvent on perçoit que certains sont
motivés par la volonté très sélective d’attirer l’attention sur telles ou
telles périodes, sur tels ou tels drames. On découvre alors, en arrière-fond,
un sentiment préalable qui fait en réalité de « l’historien » soit un
accusateur, soit un avocat.
La mort de l’Algérie française, l’histoire de
l’OAS, l’histoire de l’Algérie française, la décolonisation, les guerres dites
de « libération », l’exode du peuple pied-noir, le génocide prévu et
raté des Pieds-Noirs, voilà autant de thèmes historiques sur lesquels on ne
dispose d’aucun écrit objectif. Cette page d’histoire reste très largement
encore, l’objet d’un environnement fait d’hostilité, parfois d’anathème et plus
généralement, d’incompréhension. On oublie de souligner le drame constant qu’elle
ne peut éviter de ranimer. Un drame riche d’une charge émotionnelle intrinsèque,
vivace, que nos enfants et surtout nos petits enfants n’arrivent pas à
imaginer. N’arrivent pas à comprendre. Ils nous considèrent avec un étonnement
pas forcément poli, pas forcément sympathique, quand ils nous découvrent
dévorés de l’avidité d’expliquer ce que fut cet épisode tragique et passionnant
de notre vie. Ils ont la possibilité néanmoins de prendre connaissance, avec
une désinvolture incompréhensible, de toute une somme d’informations stockées
grâce à l’informatique moderne. Mais ils ont beau surfer sur le web, il n’en
reste pas moins vrai que le fondement des vérités qu’ils découvrent se situent :
-
dans
le « vécu par d’autres » des drames de l’Algérie française,
-
dans
des écrits émanant d’auteurs qui se sont impliqués dans ce drame comme votre
serviteur,
-
mais
aussi dans l’interprétation que certains doctorants et historiens modernes, un
peu vautours, en ont donnée en fonction de leurs convictions, ou plutôt de leur
volonté sournoise de porter atteinte à la réputation de ceux qui ont produit
l’évènement.
Au moment de l’effort, je n’hésite pas cependant
à ouvrir le livre de mes propres souvenirs et de vous livrer mes connaissances.
C’est-à-dire les évènements que j’ai vécus, que j’ai produits, que j’ai subis, enrichis
de l’énorme capital de réflexions qu’ils ont provoquées. Dans la perspective de
formuler une saine relation de mon propre vécu, « je me rappelle alors tout ce que les autres ont dit, tout ce que
j’ai lu, et j’y ajoute tout ce qui sort de mon fonds qui est en ce genre, d’une
fécondité surprenante ».(2)
Nous, Français d’Algérie, n’avons pas été
ménagés. Nous en avons d’abord pris sur la joue droite. Nous n’avons pas eu le
temps de présenter la joue gauche. Ils nous l’ont balafrée tout de suite, sans
aucune considération. Le peuple pied-noir qui exaltait avec conviction et
exigence sa qualité de Français, qui prétendait défendre une terre française,
l’Algérie, fut traité d’une manière infâme.
Ce terme de « pied-noir »,
personnellement, je ne l’avais jamais utilisé avant 1955. Avant le 21 août
1955. J’ai beau fouiller dans les profondeurs de ma
mémoire, on ne m’avait jamais traité de pied-noir avant cette date.
Pourquoi le 21 août 1955 ?
Parce que c’est le lendemain du drame du 20 août
1955.
Lorsqu’il m’arrive d’évoquer le combat « Algérie
française » et le combat de l’OAS, je ne suis pas animé comme le dirait
Alain Peyrefitte d’un « éthos de partisan nostalgique du passé, de l’éthos
d’un passé revanchard ». Je crois tout au contraire être animé, comme je
l’ai manifesté à maintes reprises, « d’un
éthos de lucidité géopolitique qui me confirme à chaque instant que le combat « Algérie
française », que le combat de l’OAS fut un combat non pas « de la fin »,
mais un combat « de la fin du commencement ».
Je veux dire, aujourd’hui encore, que nous avons
livré là-bas, jusqu’en 1962, un combat annonciateur des confrontations qui vont
se révéler inévitables en Europe, en Asie, en Afrique et même « ailleurs ».
Confrontations dont on peut dire qu’elles seront
actualisées par l’histoire contemporaine à partir de 2014.
2014 s’annonce comme une année de phénomènes
déstabilisants auxquels va se soumettre l’Occident cette année-là. Par
l’abandon de nos positions militaires, instables et inconfortables certes, que
nous occupons encore en Afghanistan. Ces phénomènes ne se traduiront pas dans
un premier temps par une expression explosive,
mais plutôt par une évolution qui traduira le départ d’un processus de
soumission de l’Occident chrétien à la pression arabo-islamiste, le nouveau
conquérant.
Dans cette perspective, il est difficile de ne
pas se référer à la Conférence de Bandoeng (ou Bandung). De souligner par cette
évocation à quel point le comportement des complices actifs et passifs de la
mort de la France en Algérie, ainsi que celui des laudateurs entêtés du
décisionnaire de la mort de la France sud-méditerranéenne, De Gaulle,
s’identifie à un syndrome connu depuis longtemps en psychiatrie : le
syndrome de Stockholm.
Ce dernier connaîtra peut-être, dans un avenir très
proche, une célébration riche en émotion, comme le ferait un Pierre-Jean de
Béranger (3), célèbre chansonnier du
XIXème siècle qui, dans une volonté permanente de glorifier avec nostalgie
l’empereur Napoléon 1er, voudrait entretenir chez les Français une
admiration béate à l’égard de l’homme de la capitulation d’Evian, du 19 mars
1962. Ils évoqueront peut-être des demeures familiales à l’intérieur desquelles
aurait séjourné l’homme de Colombey. Ils contempleront les sièges sur lesquels
De Gaulle aurait pris place. Ils demanderont avec émotion « il s’est assis là grand-mère ? » frappés d’extase.
L’envoutement gaulliste se manifeste encore
aujourd’hui comme un envoutement satanique.
La Conférence de Bandoeng s’est donc déroulée du
18 au 24 avril 1955. Il s’agissait d’une conférence des nations
afro-asiatiques, convoquées par les gouvernements de Birmanie, de Ceylan, de
l’Inde, de l’Indonésie et du Pakistan. De nombreux pays africains et asiatiques
ont été invités à cette conférence. 600 délégués furent reçus par le président
indonésien Sukarno. Parmi ceux-ci, des membres du FLN. Au cours de cette
conférence, on ne manqua pas de condamner la « politique colonialiste de la France en Afrique du Nord ».
J’ai souligné avec force, à maintes reprises, à
quel point cette conférence détermina le FLN à mettre en route une opération
d’éclat. Ce fut l’opération déclenchée par Zighout, le 20 août 1955 à
Philippeville, El Alia et à Aïn Abid dans le nord-est constantinois.
Cette opération fut évoquée par des auteurs
algériens il y a une vingtaine d’années, sous la rubrique de « l’offensive du 20 août 1955 ». Elle fut décrite comme une opération majeure de la guerre d’Algérie.
Au cours de cette offensive, des dizaines de civils français furent massacrés dans un
exhibitionnisme de cruauté et de sauvagerie à peine concevable, aujourd’hui
encore. Sauvagerie et cruauté illustrées pour l’éternité, par des documents
photographiques et médicaux tragiquement expressifs. Sauvagerie et cruauté qui
furent mises en route en toute connaissance de cause, par Zighout. Le but de
cette sauvagerie opérationnelle était de provoquer une riposte française. Mais
une riposte dont le FLN espérait qu’elle fût empreinte, elle-aussi de
sauvagerie. Sauvagerie mise en œuvre par les forces de l’ordre et surtout par la
collectivité française du littoral philippevillois. Cette riposte se justifiant
comme une fureur défensive, une fureur
terroriste réactionnelle, dont le but à atteindre d’urgence était de mettre
une partie du peuple français à l’abri d’une
fureur terroriste offensive, génératrice de massacres de femmes, d’enfants
et de vieillards.
Les historiens, à propos
du 20 août 1955 comme d’ailleurs lors de leurs évocations de la guerre
d’Algérie, manifestent une volonté de nuire anti-française, constante et
permanente et surtout haineuse. Dans leurs commentaires, c’est la France qu’ils
veulent insulter, ou plutôt avilir en permanence, dans leurs évocations du
drame de l’Algérie française assassinée. Ils exhibent une hypermnésie obsessionnelle à l’égard des actes de répressions effectués
dans l’urgence, qui ne poursuivaient qu’un seul but : protéger un peuple
français sans défense. Dans le même comportement ils exhibent une amnésie bienveillante à l’égard des
actes sanguinaires du FLN. Actes qui furent à l’origine d’une riposte qui espérait
atteindre un seul résultat, « terroriser
la terreur ».
Jacques Soustelle fut confronté à ces actes de
boucherie déclenchés par Zighout. Devant l’horreur des femmes au ventre ouvert,
des enfants et nourrissons massacrés, des hommes lynchés, il déclara en
substance :
« c’est un véritable génocide qui est mis en œuvre contre les
Français d’Algérie ».
Ce ne fut pas le constat d’un crime contre
l’humanité. Ce fut bien plus. Ce fut un diagnostic scientifique formulé par un ethnologue
de renommée universelle. Il comprit, ce jour-là, que si le peuple français
était abandonné à la discrétion du FLN, il connaitrait les affres d’un génocide
systématique.
Contre ce risque de génocide du peuple français
d’Algérie, en tant qu’ethnologue ou plutôt en tant que scientifique de
l’ethnologie, il proposa une solution définitive : l’intégration.
C’est-à-dire qu’il fallait inscrire en Algérie, la
collectivité musulmane dans la collectivité française. Ce qui ne pouvait pas être
atteint par une décision administrative ou par un simple décret. L’intégration,
hier comme aujourd’hui, impliquait et implique d’une manière irréfutable, une
adhésion volontaire de tous les Français au principe de la « citoyenneté laïque ». Seule la citoyenneté laïque était
en mesure de libérer les Musulmans d’Algérie de l’éthos de crispation
confessionnelle, de l’éthos de fanatisme religieux, que le FLN savait mettre en
œuvre pour déclencher l’assassinat de la France en Algérie. Il n’existait pas
d’intégration possible hier de même qu’aujourd’hui il n’existe pas
d’intégration possible, sans une adhésion de tous les Français, de quelque
confession qu’ils fussent ou qu’ils soient, à la citoyenneté laïque.
La loi sournoise du 9
décembre 1905, dite de « séparation
des Eglises et de l’Etat » aurait dû être observée comme elle doit
être observée aujourd’hui. C’est une loi qui prétendait et prétend faire
fonctionner un état en toute indépendance à l’égard de tous les préceptes
religieux.
Une loi à laquelle, en France, le Christianisme
et le Judaïsme se sont adaptés depuis plus d’un siècle, sans renier pour autant
le fondement dogmatique de leur foi. Les hommes sont faits pour être convaincus
et non pas pour être soumis.
Une loi que certains notables de l’islam
français considèrent, pour des raisons
sociétales comme inadaptée au vécu temporel du message divin, tel que l’a
reçu Mohamed, par l’intermédiaire de l’archange Gabriel.
Ce qui veut dire, que dans l’éventualité d’une
évolution démographique ultérieure, qui révèlerait alors une majorité
électorale musulmane, en France la loi de 1905 pourrait être abrogée. Ce qui
entraînerait la mort de la laïcité en France. Donc la soumission institutionnelle
de notre patrie à la Charria.
Voilà ce que nous devons relever comme la
conséquence majeure de la volonté partisane de De Gaulle de tuer la France en
Algérie. Ils pourront chanter « il
s’est assis là grand-mère ! ». Les massacres sub-sahariens, les
conflits raciaux d’Afrique et d’Asie, la mort de la liberté religieuse dans une
grande partie du monde, c’est tout cela
et rien que cela qui résume l’œuvre gaulliste. L’œuvre gaulliste accomplie
à partir du 19 mars 1962.
Par cette offensive du
20 août 1955, les assassins de Philippeville, d’Aïn Abid, d’El Alia et
d’ailleurs, ont exprimé d’une manière spectaculaire, leur appui à
l’intervention de la délégation du FLN à la Conférence de Bandoeng en 1955.
Ce que l’on oublie de souligner c’est que la Conférence
de Bandoeng avait bénéficié d’un appui financier et militaire que les USA
avaient octroyé à plus de 20 pays participant à cette conférence. Cette volonté
américaine était conforme à la politique de Franklin Roosevelt. Celui-ci
l’avait exprimée en janvier 1943 à la conférence de Casablanca. Au cours de cette
conférence, Roosevelt subordonna la livraison d’armes à l’armée française, qui
s’apprêtait à s’engager dans le combat libérateur de la France, à l’acceptation
par la France de renoncer à son empire après la victoire sur le IIIème Reich.
Le Général De Gaulle s’est soumis à la volonté rooseveltienne. Le général
Giraud refusa de se soumettre. Il sortit en claquant la porte. Roosevelt
bénéficia de l’approbation servile de De Gaulle, il est nécessaire de le
rappeler.
Celui-ci dès 1943, dès la conférence de
Casablanca, continua de se soumettre historiquement aux exigences du
capitalisme financier international. « Le
délestage économique du débouché colonial » dans le but d’augmenter la
valeur ajoutée des capitaux investis. Ce délestage s’identifiait à ce que De
Gaulle et Tricot évoquaient par le terme de « grand
renouvellement ». Un grand renouvellement qu’il est facile de
constater aujourd’hui, quotidiennement, en terme de fiascos économiques, de drames
socio-familiaux en France et de désastres humanitaires multiples et répétés
dans le monde.
Comment
s’est ancrée, chez De Gaulle, cette obsession de tuer la France en
Algérie ?
Tout d’abord, à travers une vie normale, banale
même jusqu’à la guerre de 1914-1918. Jusqu’à sa reddition aux Allemands en
1916, lors de la bataille de Verdun.
Un contact fut établi alors dans un offlag, avec
des compagnons d’infortune. Des hommes parfois exceptionnels comme
Toukhatchevski (4), des hommes qui
éveillèrent chez lui un désir forcené : celui de développer une technique
de « singularisation ». Une singularisation réfléchie, planifiée qui,
la première guerre mondiale terminée, lui commanda et lui permit en même temps
de s’extraire de l’anonymat par quelque moyen que ce fût.
Il s’attacha à se faire connaître. Alors qu’il
était encore capitaine, il se mit au service littéraire de son ancien premier
chef de corps à Arras, devenu le général Pétain. Celui-ci était animé de la
volonté de publier un livre à la gloire du Soldat.
Le capitaine De Gaulle ne manqua pas de prendre
ombrage de quelques observations techniques exprimées par son ancien patron. Celui-ci
tenait à obtenir une rédaction de son livre qui fût conforme à une perspective
qui ne semblait pas convenir à celui qui collaborait à cet ouvrage. Une
collaboration qui s’effectuait dans des conditions telles qu’elle semblait,
selon De Gaulle, le confiner dans un rôle de « nègre littéraire ».
Etait-ce la vérité ?
Voilà ce que semble avoir ressenti le capitaine
De Gaulle lors de cette collaboration littéraire qui s’était mise en œuvre bien
après le traité de Versailles. Il s’en suivit un « froid ». Avec une
rancune ressentie et entretenue par celui qui considérait déjà comme un crime
contre l’intelligence que l’on ne retînt pas ses idées et ses suggestions comme
indiscutables. Comme recevables, à la manière de vérités émanant d’un oracle
inspiré, ou plutôt mandaté par Dieu. Une rancune tenace contre le vieux et
prestigieux guerrier semble avoir été nourrie par le capitaine-écrivain dès
cette époque.
Il évolua dès lors, en toute autonomie dans la
perspective d’atteindre un résultat: que l’on parlât de lui.
Il finit par atteindre ce but, par
l’intermédiaire d’une expression savamment rédigée de ses « idées »
d’avant-garde, sur la conduite future de la guerre moderne. Idées qu’il avait découvertes
toutes décrites par d’autres auteurs comme le général Revers. Il se fit un nom.
Il devint, tout logiquement, l’objet d’une
attention particulière des chasseurs de têtes de la synarchie.
Pendant la seconde
guerre mondiale, il fut extirpé de la
hiérarchie traditionnelle militaire par la maîtresse de Paul Reynaud, le
dernier Président du Conseil de la IIIème République. Albert Lebrun,
rappelons-le, occupait le poste de Président de la République. Il s’agissait de
la comtesse de Porte, mise en action par la synarchie. Elle exigea de son
amant, Paul Reynaud, qu’il nommât le colonel De Gaulle, aux fonctions de sous-secrétaire
d’Etat à la guerre. Elle le fit élever au grade de général de brigade, mais
comme l’écrit Paul Reynaud dans « Mémoires
d’un Président », « … général,
oui, mais à titre temporaire ».
Affecté à ce poste ministériel, il obtint avant
tout d’être affranchi de l’autorité du général Weygand, le nouveau commandant
en chef de l’armée française. Auparavant, il avait manifesté, par écrit, à Paul Reynaud toute son
entière approbation emphatique et sans réserve, des opérations déclenchées par
celui-ci au début de la campagne catastrophique du printemps 1940 en Belgique.
Il fut affecté par Paul Reynaud, ultérieurement,
à des fonctions décisives pour sa carrière. Décisives aussi pour le malheur de la France. Il devint
l’officier de liaison entre Paul Reynaud et Winston Churchill, à partir de
Bordeaux, où s’était replié le gouvernement français à la suite du désastre
opérationnel qui se déroulait sur le territoire de la patrie.
Il effectua deux voyages à Londres.
Le premier, le 9 juin 1940. C’était dans le but
d’obtenir de Churchill, à la demande de Paul Reynaud, l’appui des escadrilles
de la RAF en France. Churchill refusa. Que répondit De Gaulle à ce refus de
Churchill ?
« Je
crois que vous avez tout à fait raison ».
C’est ce qui est écrit dans les « Mémoires de guerre » de
Winston Churchill.
Que pouvait signifier cette réponse de De Gaulle,
formulée le 9 juin 1940 ? Une seule chose.
Elle signifiait que De Gaulle considérait le 9
juin 1940, que le combat ne pouvait plus être poursuivi en France. Que pouvait
faire le maréchal Pétain devant le drame que vivait la mère-patrie, consécutif
pour une grande part à la conduite désastreuse des opérations déclenchées par
Gamelin et Paul Reynaud ? Opérations qui avaient reçu l’approbation
enthousiaste du nouveau sous-secrétaire d’Etat à la guerre, le général à titre
temporaire De Gaulle ?
Poursuivre un combat désespéré aurait eu pour
résultat d’aboutir à une capitulation et non à un armistice. La destruction
totale de notre armée. Cinq millions de prisonniers dans les camps. Un
gauleiter en France. Et surtout l’armée allemande victorieuse, déployée tout le
long de la chaine pyrénéenne au contact de l’Espagne franquiste.
Que risquait-il de se passer alors ? Que se
confirmât une crainte.
La crainte de Franco, de Pétain et de Samuel
Hoare (5), était que la contagion
de l’enthousiasme militaire allemand se communiquât aux faucons des forces franquistes. Ceux-ci, sous l’effet de la
récente victoire franquiste, aspiraient à entraîner l’entrée en guerre de
l’Espagne avec la prise immédiate et inéluctable de Gibraltar par les troupes
de l’armée espagnole renforcée par l’aviation, les blindés et des spécialistes
de l’armée allemande.
Gibraltar, les
Thermopyles de l’empire britannique.
Gibraltar, la clef de la Méditerranée à l’ouest.
L’armistice obtenu par Pétain le 24 juin,
illustre en réalité, dans la logique la plus absolue, la première et décisive
défaite stratégique d’Adolphe Hitler. C’est une vérité que personne ne veut
enregistrer et exprimer… bien évidemment.
Franco et Pétain furent donc les premiers
vainqueurs de l’Allemagne, ce jour-là. Car tout le flanc sud, le flanc
méditerranéen du potentiel de guerre allemand s’exposa dès lors aux futures
offensives alliées.
Churchill, et manifestement De Gaulle, avaient
enregistré que plus rien n’était possible sur le sol français considéré comme
un territoire opérationnel.
Le résultat n° 1 de l’armistice du 24 juin 1940,
un résultat d’intérêt stratégique majeur pour la suite de la guerre, fut
l’arrêt des chars victorieux de Guderian, loin de la frontière espagnole.
De Gaulle revint donc en France après avoir approuvé la volonté de Churchill
de ne plus faire stationner les escadrilles de la RAF sur le sol français.
Paul Reynaud démissionna entre temps. Il
s’apprêta à rejoindre Londres. C’est alors que sa maîtresse, la Comtesse de
Porte, celle qui fit la carrière de De Gaulle, réussit à le convaincre de
rejoindre Marseille pour s’embarquer vers l’Algérie. Catastrophe ! Un
accident dans la région de Béziers. La comtesse est tuée. Paul Reynaud est blessé
et ne peut plus voyager.
Le
vieux maréchal constitua un gouvernement. De Gaulle n’y fut pas intégré et reçut
l’ordre de se mettre à la disposition du commandement de l’armée française.
« Je
fous le camp à Londres » déclara De Gaulle.
C’était le 17 juin, sous la pression du général
Spears, l’homme de Churchill. A partir de cette décision, il laissa se
manifester verbalement toute sa rancune contre ceux qui n’avaient pas voulu de
lui, dans le nouveau gouvernement français, dont il aurait voulu faire partie,
quoi que l’on puisse en dire et en écrire, aujourd’hui encore.
En
1942, se déroula l’opération du 8 novembre. Les forces alliées débarquèrent en
AFN. Au Maroc, dans l’Ouest algérien et à Alger tout particulièrement.
Un complot était prêt pour faciliter cette
opération « Torch », envisagée et surtout attendue depuis des mois
par le général Mast, commandant en second du 19ème Corps d’armée à Alger, en accord total
avec le général Verneau, chef
d’Etat-Major de l’armée de l’armistice.
Les deux hommes s’étaient rencontrés deux mois
auparavant. Ou plutôt, le général Verneau avait rencontré le colonel Raymond,
commandant le 45ème Régiment de Transmissions situé à Maison-Carrée
à l’Est d’Alger. Le colonel Raymond était chargé d’une mission ultra-confidentielle
de liaison par le général Mast. Celui-ci fit savoir au général Verneau, par
l’intermédiaire du colonel Raymond, que « tout
était prêt à Alger » pour recevoir un débarquement allié. La rencontre
entre Verneau et Raymond, l’envoyé de Mast, s’est effectuée à Etroussat, une
petite ville de l’Allier, très proche de Vichy. Dans la maison familiale du
colonel Raymond.
Le
général Giraud qui était l’âme militaire de cette conjuration, n’a pas cru
devoir s’affirmer comme le seul patron désormais, des forces françaises d’AFN.
Il n’a pas su imposer avec autorité, aux complices gaullistes du 8 novembre
1942, d’obéir aux ordres du commandant en chef qu’il était. C’était en
commissaire politique qu’il aurait dû agir, et non en général d’armée
respectueux de la tradition militaire.
Mal aidé par l’amiral Darlan, qui hésitait à
prendre des décisions radicales, il laissa un complot gaulliste se développer.
Ce complot aboutit à l’assassinat de Darlan, et à la prise en main du destin de
l’AFN par De Gaulle. En quelques mois. Grâce à des complices mal informés qui
jouèrent un jeu qui se révéla plus tard mortel pour l’Algérie française. Parmi
ces complices on retient les noms de l’abbé Cordier, de Rosfelder, de Jean
Brune, du comte de Paris, d’Astier de la Vigerie, de Faivre, et d’autres
encore.
Dès sa prise du pouvoir, De Gaulle prit des
décisions qui furent mortelles pour la France en Algérie.
Messali
Hadj, condamné à une lourde peine de travaux forcés, fut libéré sur ordre de
Giraud qui dut se soumettre à l’exigence de Robert Murphy, le représentant personnel de Roosevelt en AFN. De Gaulle alla plus
loin encore : il autorisa le PPA(5), un parti qui avait été
interdit en 1939 pour complicité avec les services secrets militaires allemands
dès le début de la seconde guerre mondiale, à se réinstaller à Alger, sous
l’autorité de Messali dont on oublia sa complicité avec le capitaine Reiser.
Il
donna son feu vert à la réinstallation du PCA en Algérie. Parti Communiste
Algérien qui avait été interdit dès le début de la guerre pour atteinte à la
sûreté de l’Etat.
En
tant que Président de l’exécutif provisoire, il donna l’autorisation à
l’Association des ouléma interdite en 1939, de se
reconstituer.
Contre
l’avis du général Giraud, il donna son accord pour que le Manifeste Algérien de
Ferhat Abbas, servît de structure de rassemblement de tous les partis et
formations ennemis de la France, dans une seule association : l’AML.
L’AML, c’est-à-dire l’association des Amis
du Manifeste
de la Liberté. L’AML, la structure-mère des forces ennemies de la
France en Algérie à partir de laquelle naquit le FLN en 1954.
Avec les dirigeants suivants :
-
Messali :
le PPA
-
Ouezeguène :
le PCA
-
Ibrahim
Bachir : l’association des Oulémas
-
Ferhat
Abbas : fondateur du Manifeste Algérien de la Liberté
On comprend pourquoi Ferhat Abbas se crut autorisé, en 1956, à déclarer qu’il bénéficiait de l’appui du plus prestigieux des Français, pour être accepté par l’organisation extérieure de la rébellion algérienne.
C’est une page d’histoire que nous connaissons bien. Je m’y suis consacré
personnellement, comme beaucoup d’autres, dans mes livres et études.
Pour comprendre le comportement total de De
Gaulle, à l’égard de l’Algérie, il est difficile de faire l’impasse sur le
chemin que De Gaulle avait parcouru entre temps.
Chef du gouvernement en 1946, il s’était dérobé
devant la pression communiste. Il quitta le pouvoir, abandonnant la France au
risque d’être dirigée par un pouvoir communiste. Les communistes semblèrent ne
pas avoir eu les moyens et surtout le cran de prendre le pouvoir dans des
conditions particulièrement favorables pourtant.
Une constitution fut votée en 1946. Celle de la
IVème République. Il y fut inscrit que les
départements français d’Algérie faisaient partie intégrante des territoires de
la République française ». Mais rien d’efficace ne fut entrepris
contre la conjuration anti-française qui se développa et s’implanta en Algérie,
après les agressions sanguinaires anti-françaises du 8 mai 1945. Celles de
Sétif et de Guelma.
La guerre d’Algérie se déclencha en 1954,
officiellement. Quatre ans plus tard, nos hommes politiques, des faillis
perpétuels de la politique, eurent recours sous la pression du peuple d’Alger à
un appel adressé à l’homme
providentiel !
L’homme qui allait imposer enfin une conduite
victorieuse de la guerre contre les ennemis de la France en Algérie !
Le 13 mai 1958 arrive !
Puis la constitution de la Vème République après
le référendum du 28 septembre 1958. Référendum maudit à l’origine, en Algérie,
de la mort de la France Sud-Méditerranéenne. De la victoire du néant au sein de
nombreux états africains.
De
Gaulle, dans la perspective planifiée d’un retour à l’avant-scène politique,
avait mis en place auparavant un cabinet privé, dirigé par Georges Pompidou,
fondé de pouvoir de la Banque Rothschild.
On avait oublié en 1958 à Alger, que De Gaulle
avait reçu dès la fin de l’année 1942, l’appui d’un potentat du monde
politico-financier, Rothschild. C’était à l’occasion d’un article signé Rothschild, publié aux USA, évoqué par
Paul Reynaud dans son livre. Un article qui reprochait au général Giraud de ne
pas avoir immédiatement abrogé
l’abrogation du décret Crémieux.
A cette époque, en 1942 à Alger, attaquer Giraud
c’était faire la promotion de De Gaulle. C’était investir celui-ci de tous les
pouvoirs à Alger. La promotion de De Gaulle est toujours restée liée à ce
groupe philosophico-politico-économique par l’intermédiaire de son chef de
cabinet privé, Pompidou, fondé de pouvoir de la banque Rothschild,
rappelons-le.
Lorsque De Gaulle prit le pouvoir à partir d’Alger,
il intervint comme un chargé de mission du capitalisme financier moderne qui
voulait mettre en œuvre le délestage
économique du débouché algérien. Le débouché algérien, en tant que débouché
économique n’était pas nié par les gaullistes. Mais ils estimaient que l’on
pouvait espérer une meilleure valeur ajoutée en se débarrassant de la
population algérienne, de la charge sociale, sanitaire et humanitaire du peuple
indigène d’Algérie.
« On
veut bien exploiter vos richesses, votre sous-sol, disposer de vos immenses
territoires, mais vous, les peuples, sortez de notre monde et vivez désormais,
soignez-vous désormais, par vos propres moyens ».
C’est schématique, je vous le concède, mais
c’est le seul but que prétendait atteindre De Gaulle. Se défaire du peuple
algérien qu’il méprisait. Plus tard, lors de la conclusion des accords d’Evian,
il déclara à Joxe, en substance : « alors,
vous en avez fini avec vos bicots ? »
Un rejet raciste du peuple musulman d’Alger,
c’est une des motivations fondamentales de la décolonisation à laquelle
applaudissent ceux qui sont encore soumis béatement à l’histrionisme gaulliste.
« …. il s’est assis là, grand-mère …. »
Quand on prend soin
d’observer une carte de l’Algérie, comme celle que je vous propose,
![]()
on est frappé par le
nombre et l’importance des pays et nations frontaliers de cet immense
territoire. A part le Maroc, tous ces pays, du Mali à la Tunisie et à la Lybie,
vivent de sérieux problèmes internes, parfois dramatiques, qui comportent un
risque : générer un jour un mouvement subversif et invasif, qui débordera sur
l’Europe.
Une tête de pont de grand luxe est déjà ouverte
sur le territoire français. L’arabo-islamiste fondamentaliste s’y exprime
aujourd’hui à travers une volonté de conquête, par le moyen d’un bouleversement
de nos institutions qui favoriserait, espère-t-il, l’universalisation de son
expression temporelle et politique de la foi en Dieu.
Le gaullisme offrit à cette subversion à la fois
invasive ou plutôt envahissante, une merveilleuse tête de pont, répétons-le, la
France. Le fondamentalisme islamiste s’y exprime par des exigences dangereuses
pour la communauté de Français, majoritaires encore, qui ne sont pas musulmans.
La perspective d’une remise en question de la loi du 9 décembre 1905, envisagée
par des notables de l’islam en France, l’affranchissement des musulmans à
l’égard du code de la laïcité, semblent illustrer historiquement la réalisation
de la prédiction de Larbi Ben M’hidi faite en 1957 :
« Vous
voulez la France de Dunkerque à Tamanrasset,
je vous prédis moi, que
vous aurez l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque ».
Et
pourtant il y a un demi-siècle encore, vivaient au sud de la Méditerranée,
prêts à se déployer dans l’avenir 15 départements français. Prolongés par
l’immensité rayonnante du Sahara, ils constituaient en réalité, mais avec un
potentiel d’évolution inouï, une continuité charnelle entre l’Europe et
l’Afrique.
L’Algérie française s’identifiait avant tout à
un « glacis ». Un glacis vigoureusement polarisé vers le sud. Un
glacis facilitateur de communication et de dialogues. Un glacis générateur de
progrès et de développement. Créateur dans un futur proche d’une harmonisation
ethnico-culturelle entre l’Occident et le monde musulman. C’est à cette
harmonisation que nous avons renoncé.
Le monde musulman a sa place en Occident.
Insistons : comme le christianisme, comme la religion juive, l’islam a sa
place en Occident. Oui nous le confirmons. Toute sa place, mais nous ajoutons : et seulement sa place.
Le 1er novembre 1954 s’est réactivée
là-bas la nouvelle Révolution Mondiale.. Elle s’est
poursuivie, il y a quelques années à Manhattan, à Washington, à Londres, à
Moscou, à Bali et ailleurs.
Comme au moment de la mort de l’Algérie
française, nous vivons actuellement une époque bien particulière :
l’époque des enlèvements. L’ère des prédateurs intégristes est désormais ouverte.
« Katlan
n’sarra !»
« Tuez
les chrétiens ! »
Une certitude : l’actuelle
évolution ethnico-religieuse de la situation mondiale est une conséquence de la
mort de l’Algérie française. L’Algérie française : c’était une continuité
entre notre monde et un autre monde. Sa mort historique eut pour conséquence de
limiter géographiquement et humainement l’influence spirituelle et morale de
l’Occident. C’est sans doute ce que Tricot, Brouillet et d’autres en attendaient
comme « renouvellement ». Le grand renouvellement dont le monde
serait bénéficiaire grâce à De Gaulle, si l’on en croit encore ceux qui restent
obsessionnellement victimes d’un histrionisme gaulliste incompréhensible. De l’Afghanistan
au Moyen-Orient, de l’Afrique aux banlieues françaises, une anti-France, un
anti-Occident est en train de prendre place dans la structure du monde moderne.
Beaucoup d’évènements doivent être précisés si
l’on veut comprendre ce que nous avons vécu. Ou plutôt ce que nous avons connu,
si nous voulons éviter de « porter
un fez » (7) sur nos têtes de
Marseille à Dunkerque, Roubaix, Bruxelles, Amsterdam et plus loin encore. Il
nous faut savoir. Nous avons le temps. Des Poitiers,
réels cette fois, des batailles d’Acroïnum, des combats de Lépante et
autres seront peut-être nécessaires. C’est à nous qui avons défendu
l’intégration grâce à la sécularisation de l’islam, qu’incombe la recherche des
moyens d’éviter de nouveaux combats.
Avant tout il nous faut comprendre au mieux ce
que fut l’action algérienne du général De Gaulle. Une action algérienne qui
s’est étalée dans le temps mais qui s’est concentrée sur l’Algérie, comme si
une volonté satanique exigeait de lui la mort de l’Algérie française.
Pour parvenir à une bonne compréhension de la
volonté gaulliste de tuer la France sud-méditerranéenne, il nous faudra étudier
encore une fois comment il organisa la
fausse affaire Si Salah en 1959-1960.
Il nous faut rappeler comment le 13 mai 1958 signifie
avant tout la conclusion d’une conjuration entre De Gaulle et Bourguiba pour faire
prendre le pouvoir en France par l’homme de Colombey, en organisant la fausse affaire
de Sakiet-Sidi Youcef.
Il nous faudra exposer aussi pourquoi il était
important pour De Gaulle de provoquer des tueries de Français en décembre 1960,
lors de son voyage en Algérie. C’était dans le but d’effacer dans les mémoires
l’image des enthousiasmes franco-musulmans que nous avons connus,
et que le monde a connus après le 13 mai 1958 jusqu’à la naissance de la Vème
République.
Il nous faudra comprendre aussi comment De
Gaulle est apparu comme un gêneur, incapable et incompétent, par ceux-là même
qui l’avaient mis en place. Ceux que j’appelle « pompidoliens » et que par discrétion, ou plutôt par
timidité, je n’ose pas appeler « les
rothschildiens ». Ce sont eux qui, après l’avoir utilisé, l’ont fait
tomber dans le piège du référendum d’avril 1969.
Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est la vérité
historique suivante : c’est le peuple français, par le moyen du suffrage
universel, qui fut chargé de faire chuter De Gaulle en 1969.
Les
laudateurs et promoteurs actuels de la décolonisation oublient de souligner que
l’agent d’exécution suprême de l’abandon de l’Algérie était en réalité animé
d’un racisme à la fois total et puéril.
Dans le livre d’Alain Peyrefitte, « C’était De Gaulle », auquel
j’ai fait référence à maintes reprises dans mes différents ouvrages, j’ai
relevé à l’instar de mon camarade et frère d’armes Davezac de Toulouse, des
propos tenus par le « vaincu de la
guerre d’Algérie », Charles De Gaulle :
« Vouloir que toutes les populations d’Outre-mer
jouissent des mêmes droits sociaux, d’un niveau de vie égal, ça voudrait dire
que le nôtre serait abaissé de moitié. Qui y est prêt ? Alors puisque nous
ne pouvons pas leur offrir l’égalité ! Bye, bye, vous nous coûtez trop
cher !
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes,
des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte
à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition
qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France.
Nous sommes quand même avant tout un
peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion
chrétienne ».
Si quelqu’un aujourd’hui, avide d’exalter le
« nouvel essor du monde méditerranéen attribué à De Gaulle », tenait
de pareils propos, il serait accusé de proférer un discours blasphématoire. Il
serait rangé dans la catégorie des criminels contre l’humanité pour incitation
à la haine raciale.
Ce qu’il faut retenir de cette citation
rapportée par Peyrefitte, c’est en réalité un double constat : De Gaulle
était animé avant tout d’une détermination raciste dans sa volonté de tuer la
France en Algérie.
Il a provoqué cependant un résultat radicalement
opposé à celui qu’il semblait rechercher.
Car
la France aujourd’hui subit une invasion idéologique de la part d’une
collectivité musulmane qui, le plus souvent, se considère en France comme
évoluant sur le territoire d’un pays vaincu. Il ne faut pas oublier, et tant
pis pour ceux qui ne l’acceptent pas, que les accords d’Evian signifient
historiquement une défaite subie par la France décérébrée par le gaullisme,
devant l’arabo-islamisme fondamentaliste.
La « certaine
idée » que De Gaulle s’est faite de la France, n’a pas retenu et
encore moins prévu cette pression ethnico-religieuse que notre pays doit
affronter. Pression parvenue au point que l’on évoque tout banalement, dans un
avenir pas très lointain, des réformes législatives qui réduiront à un néant
historique, le dogme de la laïcité. Par conséquent, le principe de la liberté
religieuse. Cette laïcité est remise en cause par certains hommes politiques
qui stigmatisent par-dessus tout la « laïcité
versus catholique ». Contre laquelle ils préconisent ou espèrent une
nouvelle révolution de 1789. Oui, des hommes, nous l’avons déjà souligné dans
une étude précédente, qui envisagent comme possibles et peut-être souhaitables,
« de nouveaux massacres de septembre ».
De Gaulle, en réalité, semblait aveuglé par son
mépris racial à l’égard des Français d’Outre-mer. Les « lointains » qui avaient l’audace, d’après lui, de
chanter la France, de chanter la mère-patrie. « Nous, les Africains », les « biens-loin », il n’en veut pas. Il les abandonne
volontiers à un massacre éventuellement et sereinement accepté.
Les incertitudes ethnico-sociales, humaines et
économiques que nous connaissons en France, c’est à De Gaulle que nous les
devons avant tout. C’est la raison pour laquelle par respect des fonctions qui
furent les miennes, lors du combat de l’OAS, comme lors des opérations
antérieures, je me crois autorisé à vous exprimer au
mieux possible, la signification historique de ce que j’appelle avec conviction
« l’histrionisme gaulliste ».
Mes
chers correspondants, mes chers camarades, la fin de l’année approche.
Arrive 2014. L’année du centième anniversaire
d’une première hécatombe européenne. Du sacrifice d’une jeunesse merveilleuse
de l’Atlantique à l’Oural. Je ne résiste pas à une pulsion. Rappeler quelques
lignes que j’avais écrites dans de mon troisième livre « Vérité tentaculaires sur l’OAS et la guerre d’Algérie ».
« A Berlin, le 5 août 1914, l’ancien chancelier du
Reich, le prince Bulöw court à la chancellerie. Il tient à rencontrer son
successeur, Bethmann-Hollveg. Tout essoufflé, il est reçu sur le champ. Il
réajuste son monocle. Puis, figé dans un garde-à-vous impeccable, au milieu de
ses halètements de vieillard oppressé mais dans un merveilleux élan de lucidité
géopolitique, il réussit à formuler cette interrogation, ô combien pleine de
génie, au chef de l’Etat prussien :
-
Dites-moi ! Comment
cela est-il arrivé ?
Et son
interlocuteur, grand responsable de la politique du Reich allemand de lui
répondre dans un trait de clairvoyance historique qui atteint des
sommets :
Ah, si on
savait ! »
Si on savait … voilà
le genre de question idiote, inepte, dégradante. Je me la suis posée des
milliers de fois à propos de la mort de l’Algérie française.
Jusqu’au jour où, après avoir enterré ma
timidité, j’ai pris une décision : celle de ne pas mourir idiot ou du
moins, totalement ignorant à propos de ce suicide partiel ou plutôt de cette
euthanasie fragmentaire de notre patrie : l’assassinat de la province
française d’Algérie. La sécession des départements français d’Algérie.
Par
ces études que je vous adresse périodiquement, je nourris une ambition constante :
participer à la transmission d’un message. Celui d’un combat qui s’est
déclenché à partir du combat pour l’Algérie française. Parce qu’il s’agit d’un
combat qui s’inscrit dans la continuité. Ce combat n’est pas fini, c’est
exactement ce que je veux dire.
Je le fais, dépourvu de toute ambition personnelle.
Comme l’écrit Cervantes « sans
crainte du malheur, sans espérance de gloire ».
J’ai besoin de vos encouragements. A part cela,
« non…., rien de rien,… je n’ai besoin de rien !».
Nice,
novembre 2013
(Prochaine étude en février 2014 : « L’histrionisme 5 »
(1) j’évoque mon livre « L’ISLAMISME DANS LA GUERRE D’ALGERIE » dont les références vous sont communiquées à la fin de l’article (2) Diderot, « LE NEVEU DE RAMEAU » référence mille fois citée évidemment (3) Pierre-Jean de Béranger : chansonnier du XIXème siècle, chantre de l’empereur Napoléon 1er « Parlez-nous de lui grand-mère ». (4) Toukhatchevski Mickhail Nicolaievitch, futur maréchal fusillé en 1937 par Staline. (5) Homme d’état britannique, spécialiste de l’aviation, qui a occupé en 1940 les fonctions d’ambassadeur de Grande Bretagne à Madrid (6) PPA : Parti du Peuple Algérien (7) Allusion à une réflexion malheureuse de Massu lorsqu’il évoquait l’avenir des Pied-Noir en Algérie indépendante.
[i]
Histrionisme : cette définition est une
définition médicale. Car depuis 20 ans au moins, en médecine on refuse
d’employer le terme d’hystérie. Ce terme a été remplacé par histrionisme. La
définition que je vous propose est une définition d’un aspect majeur de
l’hystérie.
BIBLIOGRAPHIE
L’assassinat
de l’Algérie française, terreau de la conquête islamiste actuelle. 2012
Un des livres du cinquantenaire, à lire et à faire lire.
L’islamisme dans la guerre d’Algérie
Logique de la Nouvelle Révolution
Mondiale, 2004
Le sang d’Algérie
Histoire d’une trahison permanente, 2006 ; 2e édition
Debout dans ma mémoire
Tourments et tribulations d’un
réprouvé de l’Algérie française, 2006 ; 2e édition
Vérités tentaculaires sur l’OAS et
la guerre d’Algérie
Stratégies et tactiques, 2006 ; 2e Edition
Attaques et Contre-attaques
Vérités tentaculaires sur l’OAS et
la guerre d’Algérie II, 2008
Editions Dualpha
Boite 37
16 bis rue d’Odessa
75014 PARIS
Tel. : 09 52 95 13 34 - Fax : 09 57 95 13 34
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Site internet : www.dualpha.com
Vous pouvez prendre connaissance des deux interview accordées par Jean-Claude PEREZ : - la première à Monsieur Olivier CAZEAUX : sur Internet tapez « OAS, le docteur PEREZ parle » ; - la
seconde, à Monsieur BESSOU dans le cadre de la préparation d’un film. Monsieur
BESSOU a livré à Jean-Claude PEREZ tout le matériau de son exposé visible sur
le site www.jean-claude-argenti-sauvain.com.
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