Le docteur Jean-Claude PEREZ
Adhérent du Cercle Algérianiste de Nice et des Alpes Maritimes
Auteur du livre «  ATTAQUES ET CONTRE-ATTAQUES »
aux Editions Dualpha - BP 58, 77522 COULOMMIERS CEDEX

NOUS COMMUNIQUE SOUS LE N° 14 Ter l'ETUDE SUIVANTE :

 

Contribution à l'enrichissement mémoriel du grand phénomène historique que fut l'Algérie française, c'est-à-dire la France sud-méditerranéenne assassinée le 19 mars 1962.

 

A PROPOS DU 95ème ANNIVERSAIRE

DE LA PREMIERE GRANDE BOUCHERIE : 4 AOUT 1914

OU 

LE GENOCIDE ORGANISE DES PEUPLES D'EUROPE

ET

DE SARAJEVO A LA MORT DE L'ALGERIE FRANCAISE 

(d'après le livre « VERITES TENTACULAIRES SUR L'OAS ET LA GUERRE D'ALGERIE » aux Editions Dualpha)

 

« Ah ! C'est une belle invention, il n'y a pas à dire. On va vite, on est plus savant. Mais les bêtes restent sauvages, et on aura beau inventer des mécaniques meilleures encore, il y aura quand même des bêtes sauvages dessous ». (Emile Zola)

Je ne connais pas l'Algérie d'aujourd'hui. Je ne veux pas la connaître. Ce qui nourrit trop souvent mes rêveries, c'est « l'autre Algérie ». La morte. Celle que l'on a tuée. L'Algérie française. Cette merveilleuse et longue parenthèse dans l'histoire de notre patrie. Ce siècle de « l'Algérie heureuse » durant lequel la France tenait encore avec orgueil et avec fierté cette tête de pont géopolitique, qui permettait à ce que l'on appelle l'Occident de conserver un contact étroit, charnel même avec l'Afrique. Un contact, dont nous avions la prescience qu'il était nécessaire et vital à la santé du monde.

Je me laisse donc embarquer dans cette rêverie, ou plutôt vers ce retour en arrière, quand soudain, un coup de cravache m'arrache avec une brutalité inouïe à ce laisser-aller qui m'aspirait une fois de plus vers les profondeurs d'un passé encore tout chaud de sa vitalité historique. Tout chaud de sa vitalité émotionnelle. Un coup de cravache qui prétend sanctionner, avec cruauté, l'incongruité de ce comportement nostalgique, voire pleurnichard.

Un hurlement de colère vient d'ailleurs aggraver, en l'augmentant, l'impact sensoriel de ce coup de cravache. Qui l'a poussé ? Mon agresseur ? Moi-même ? Peu importe, car dans mon subconscient d'halluciné, je crois détecter dans ce cri quelques syllabes, un mot, un nom. Tout à coup, je n'en crois pas mes oreilles ! Mais oui, c'est bien ça ! Ce que j'ai entendu, ce que j'entends, c'est « Sarajevo » !

Sarajevo ? Horreur ! Que vient faire dans ma rêverie ce symbole de l'imbécillité européenne ou atlantique, ou occidentale ? Sarajevo, cette illustration de la volonté névrotique d'islamiser par tous les moyens, une province située en plain cur de notre vieux contient ! Sarajevo, révélation de la mise en marche d'un rouleau compresseur pervers dans le but évident de réduire encore ce qui reste de l'assise chrétienne en Europe. En utilisant, pour ce faire, un intervenant tactique de choix, l'arabo-islamisme fondamentaliste, un nouvel envahisseur élaboré, fabriqué par un metteur en scène de génie. Un metteur en scène occulte, clandestin, certes, mais capable d'insuffler la vie à un corps congelé, à un « laissé-pour-mort », tel un colonel Chabert moderne. Capable de le mettre debout et de le faire marcher. Comme un Frankenstein géopolitique. Je parle de la Bosnie qui, de partiellement musulmane, deviendra islamiste et intégriste. La Bosnie que l'on propulse ainsi, dans sa totalité, à l'intérieur du dar al Islam[1]

Soudain, au milieu de ces hallucinations, j'enregistre un violent rappel à l'ordre. Sévère, méchant même. Mais surtout moqueur, narquois méprisant, tel qu'aurait pu le proférer un Méphistophélès contemporain s'adressant à un docteur Faust du XXe siècle :

        -Tais-toi idiot !

Voilà ce que commande mon agresseur virtuel qui prétend m'arracher par cette injonction, à la bouffée délirante qui commence à m'envahir. Et il poursuit d'une voix nasillarde :

        -Sarajevo ? Mais, pauvre ignare, quel rapport avec la guerre d'Algérie ? Quel rapport avec la honteuse sécession des départementsfrançais d'Algérie et du Sahara ? Quel rapport avec la mort irrévocable de l'Algérie française ?

Cette interrogation, formulée par l'ange noir qui prétend ainsi exercer son pouvoir sur ma personne, se révèle efficace. Car elle me plonge brutalement dans une perplexité vigilante. Mais elle est surtout salutaire. Elle suffit, en effet, à m'arracher à cette logorrhée onirique qui nourrissait un dialogue que j'avais engagé, finalement, avec un autre moi-même.

Je m'impose alors un silence de quelques secondes. Puis très rapidement, je m'incorpore une fois de plus à cet entretien virtuel, noué avec je ne sais qui, avec l'irréel. Et c'est en toute logique que je réponds d'un ton calme qui se veut sentencieux :

-Aucun rapport !

Puis très rapidement, comme pour interdire à mon interlocuteur imaginaire un répit dont il saurait tirer profit, comme pour me moquer de lui et le narguer à mon tour tout en lui clouant définitivement le bec, j'ajoute :

-Sarajevo quand même !

* *
*

Nous sommes les 28 et 29 juin 1914. L'archiduc d'Autriche, François-Ferdinand et son épouse morganatique, la duchesse de Hohenberg, sont en visite officielle dans la capital bosniaque pour le compte de l'empereur d'Autriche, roi de Bohême et de Hongrie. Les Balkans sont en ébullition. La Serbie indépendante n'accepte pas le protectorat des Hasbourgs sur sa petite sur, la Bosnie-Herzégovine, o vit une importante population musulmane. Musulmane de religion. Mais de race serbe, de race européenne. Peuplée d'anciens dhimmis chrétiens, éleveurs de cochons, qui, pour échapper à la dhimmitude et aux persécutions, se sont convertis à la religion musulmane, lors de l'occupation ottomane.

Et le drame éclate !

Quelques coups de flingue bien ajustés par un Serbe, Gavrilo Princip, et voilà mon archiduc ainsi que son épouse qui sont mis au tapis. Pour le compte. Morts et bien morts.

Cet assassinat, on le sait bien évidemment, va mettre en route une gigantesque tragédie. On l'appellera à juste titre la Grande Guerre, car la particularité historique de ce conflit sera de mettre en route le génocide des peuples européens, de l'Atlantique à l'Oural. Le génocide de la race européenne. Ne craignons pas la vérité de mots.

A partir de ce meurtre en effet, les ultimatums vont se succéder et dégringoler comme autant de couperets sur la nuque des gouvernants. L'angoisse s'empare des ministères. Pendant ce même temps, les officiers d'état-major ne ratent pas l'occasion de gonfler leurs pectoraux. Ils ressortent de leurs archives de vieux plans de batailles, tout poussiéreux. Clausewitz et les maîtres à penser de la guerre deviennent à nouveau leurs seuls génies de référence. Ils préparent avec avidité leurs opérations militaires. Oui, c'est bien d'une fébrilité avide qu'ils sont atteints, car ils sont pressés d'en découdre. La paix, en effet, apparaît lénifiante à ces dieux de la guerre.

En Russie, le Tsar Nicolas II, historiquement mort déjà, mais il ne veut pas le croire, voit dans un conflit avec l'Autriche-Hongrie, l'occasion offerte par Dieu de sauver la Sainte Russie. De sauver ainsi du même coup la dynastie des Romanov menacée d'anéantissement par le raz de marée révolutionnaire qui s'annonce. Qui s'est déjà mis en mouvement.

Un délire aigu et collectif s'empare des nations européennes. Il se traduit par une fuite en avant, vers la mort, au pas de charge.

-A Paris ! braillent les uns.

-A Berlin ! vocifèrent les autres.

C'est tout juste si des danses rituelles de la mort ne viennent pas cadencer cette paranoïa martiale. Comme des Balubas ! Comme des Tutsi ! Comme des Hutus ! Seuls manquent les masques de guerre et les machettes. La vie ne compte plus. C'est une pulsion de mort qui déferle ainsi comme un ouragan sur les nations d'Occident.

* *
*

Les promoteurs du sacrifice de la jeunesse européenne, dans ce qu'elle signifie de merveilleux pour le présent et de richesse pour l'avenir, semblent avoir perdu la notion de l'importance, comme facteur de stabilité, donc de bonheur, des républiques, royaumes et empires que le destin et la fatalité historique ont placé entre leurs mains de vieillards angoissés. Monarques et présidents courbent l'échine à leur tour.

Comme les prêtres aztèques, ils vont donner leur agrément au jeu de massacre.

Ils vont ouvrir le bal en s'incorporant à la nouvelle danse macabre qui fait entendre ses premières mesures.

Ils vont provoquer ainsi l'éclatement de ces républiques, royaumes et empires qui auraient pu assurer pour longtemps encore l'équilibre des nations d'Europe et par là même la joie de vivre des peuples qui ont généré le rayonnement de ces nations. Car une nation ne peut survivre que grâce à la vitalité, à la pugnacité et à l'enthousiasme des peuples qui l'ont élaborée au fil des siècles.

Après ce conflit, Lénine, Staline, Bela Kun, Béria, Hitler, Mao Tse Tung, Pol Pot, Amin Dada et tant d'autres se chargeront de porter un coup de grâce à un univers européen qui va s'effondrer dans une mutation perverse. Morcellement des empires et des nations. Epuisement biologique des peuples, consécutif à cette tuerie qui fera des nations européennes, les unes vaincues, les autres victorieuses, mais collectivement défaites, des nations vieillies, fripées, stérilisées. Prêtes à plier genoux sous la pression d'un infra-monde qui pourra ainsi déployer une vigueur inattendue.

La guerre est donc là et bien là. Fraîche et joyeuse !

A Berlin, le 5 août 1914, l'ancien chancelier du Reich, le prince Blow, court à la Chancellerie. Il tient à rencontrer son successeur Bethmann-Hollweg. Tout essoufflé, il est reçu sur le champ. Il réajuste son monocle. Puis, figé dans un garde-à-vous impeccable, au milieu de ses halètements de vieillard oppressé, mais dans un merveilleux élan de lucidité géopolitique, il réussit à formuler cette interrogation, ô combien pleine de génie, au chef de l'Etat prussien :

- Dites-moi ! Comment cela est-il arrivé ?

Et son interlocuteur, grand responsable de la politique du Reich allemand de lui répondre dans un trait de clairvoyance historique qui atteint des sommets :

- Ah ! Si on savait !

* *
*

Et bien ! Voilà le genre de question idiote, inepte, dégradante, que je me suis posée des milliers de fois à propos de la mort irrévocable de l'Algérie française. Comment cela est-il arrivé ?

Jusqu'au jour o, après avoir enterré mes complexes, j'ai pris une décision : celle de ne pas mourir idiot, ou du moins totalement ignorant à propos de ce suicide partiel, de cette euthanasie fragmentaire de notre patrie : l'assassinat de la province française d'Algérie, la sécession des départements français d'Algérie et du Sahara. Stimulé, dopé même par cette crainte de mourir idiot, je me suis consacré ou plutôt, je me suis astreint à une réflexion permanente. A une étude. Plus encore, à une recherche, au diable la modestie et la timidité !

Une recherche pour comprendre le Pourquoi et le Comment réels des événements extrêmement graves que nous avons connus et au sein desquels l'Histoire nous a propulsés. Le Pourquoi et le Comment du drame que nous avons vécu.

Mais à l'instant même je me rends compte que je viens d'écrire, à plusieurs reprises, « nous ». De qui s'agit-il ? Il s'agit bien évidemment de cet ensemble, aujourd'hui on dit plus volontiers ce collectif, des Français d'outre-mer. De ces Français d'outre-mer dont on a écrit à maintes reprises qu'à l'égard de la France ils se sont toujours comportés comme les compagnons des mauvais jours. Il s'agit là d'une vérité que l'on ne peut pas nier. Il convient néanmoins de la rappeler.

Nous, Français d'outre-mer, n'avons jamais renié, jamais abandonné, jamais trahi la France, quand notre patrie souffrait, pleurait ou saignait. Nous sommes toujours restés agrippés, rivés charnellement à la France et il faudra une intervention satanique pour arracher l'Algérie française à la France. Car bien évidemment, parmi ces Français d'outre-mer, je fais une place à part aux Français d'Algérie. A ce million de Français qui vivaient là-bas et que j'ai appelés la « fraction vivante de la nation française ».

Mais, que l'on me permette de faire une place privilégiée à la « fraction lucide » du peuple français. Fraction lucide du peuple français de métropole, d'Algérie et d'ailleurs qui n'a pas accepté sans réagir cette euthanasie, insistons sur ce terme, cette euthanasie partielle, inutile, donc criminelle de la France. Fraction lucide qui acceptera le combat à mort que les ennemis de l'Algérie française vont lui imposer. J'évoque ici, bien sûr, les combattants de l'O.A.S. dont je m'enorgueillis d'avoir fait partie à un échelon redoutable et redouté de responsabilité.

-Responsabilité que j'ai assumée comme beaucoup d'autres par le passé, sur le plan pénal, puisque la Ve République m'a gratifié d'une condamnation à mort par contumace.

-Responsabilité que j'assume encore aujourd'hui, comme beaucoup moins d'autres cette fois, sur le plan humain. Certes, ce qui est fait reste fait. Mais l'on se doit toujours, même convaincu de son bon droit, et c'est mon cas, d'être en mesure d'expliquer, sinon de justifier ce que l'on a fait. En particulier, les actes de violence que l'on a soi-même commis. Mais surtout, car c'est beaucoup plus grave, les actes de violence que l'on a fait commettre par d'autres.

Avoir accepté, parce que je ne pouvais pas m'y dérober, la responsabilité opérationnelle de six cents morts dans le grand Alger lors d'une émission télévisée, au mois de janvier 1991, n'est pas suffisant. Je n'ai pas l'âme particulièrement malapartienne et je n'éprouve aucune vocation de « Christ interdit ». J'ai accepté cette responsabilité en public parce que mes fonctions dans la hiérarchie de notre combat m'ont situé à l'échelon le plus élevé de commandement dans le cadre des opérations et du renseignement. Je ne dépendais en réalité que du général Salan. J'ai toujours insisté sur le rôle purement figuratif que tenaient certains militaires, colonels et généraux de l'O.A.S. dont je n'ai jamais reçu ni d'ordres, ni de directives, ni de moyens d'actions. J'ai assumé ce commandement tant que l'O.A.S. se battait. Tant que l'O.A.S. restait violente. Tant qu'elle prétendait être encore un appareil de guerre. Et lorsque certains ont pris la décision, en catimini et à la demande de nos ennemis, d'imposer le cessez-le-feu au mois de mai 1962, j'ai pris progressivement et par écrit la décision de me désolidariser de ceux qui voulaient s'engager sur un chemin extrêmement dangereux, que j'ai stigmatisé à maintes reprises : celui par lequel on se proposait de faire rester les Pieds-Noirs en Algérie après l'indépendance. Ce qui était d'une imprudence criminelle. En tout cas irresponsable.

Mes fonctions étaient terribles certes. Mais je précise que mes responsabilités n'ont pas été partagées par ceux qui s'exhibent parfois aujourd'hui, comme des notables historiques de notre combat. En particulier, lorsqu'ils affirment avoir exercé un commandement, alors qu'il n'y avait plus rien à commander, si ce n'est quelques règlements de compte personnels. Il est classique et vérifié de dire qu'un chef de service de renseignement et d'action doit être présent partout, même s'il lui est prescrit de n'apparaître nulle part. Au contraire de l'homme de propagande qui doit apparaître partout, mais qui, en fait, n'est présent nulle part.

Il n'en reste pas moins vrai que mon propre vécu de notre drame a confirmé une opinion sur la guerre en général. Malgré tous les discours des littérateurs avertis, je tiens à exprimer qu'une guerre ne comporte rien de beau, rien d'élégant, rien qui puisse prétendre à l'élévation de l'esprit. Evoquer mes responsabilités, c'est évoquer un moment très dur de ma vie. Je n'éprouve aucune joie, aucune satisfaction, aucune fierté même à le faire. Car une guerre traduit toujours, d'une manière aiguë une pathologie d'urgence, une pathologie collective. Elle illustre avec éclat une fatalité historique qu'il faut affronter avec tous ses drames. Ses morts, ses trahisons, ses lâchetés, ses mensonges, ses tromperies, ses escroqueries. Avec ses viols collectifs de milliers et milliers de femmes et d'enfants sans défense. Ses massacres de populations civiles. Ses assassinats massifs d'hommes désarmés, lynchés au fusil mitrailleur dans des camps de prisonniers. Des hommes affamés, insultés, battus dans des camps de déportation. Fatalité historique avec aussi ses fanfaronnades, ses flagorneries, ses tartarinades. Rarement, avec ses espérances et ses enthousiasmes. Mais bien évidemment, les drames imputables à l'O.A.S., en comparaison de ces horreurs apocalyptiques vécues en d'autres lieux et en d'autres temps, restent dans des proportions de l'infiniment petit. Il convient de le préciser.

-   Responsabilité enfin, compte tenu de mes propres convictions, que j'assumerai ad vitam aeternam sur le plan spirituel. Je garde au fond de moi, en effet, malgré un scepticisme croissant qui m'a éloigné parfois de l'Eglise, un capital inaltérable de l'engagement chrétien auquel j'ai souscrit durant mon enfance, à Alger, dans mon quartier de Bab-El-Oued.

J'y ai fait ma communion privée en 1938, en pleine guerre d'Espagne. Au milieu des manifestations de soutien aux Rouges espagnols, durant lesquelles nous ne pouvions pas ne pas entendre l'Internationale et les chants révolutionnaires communistes interprétés dans les rues de notre faubourg. 1939 est l'année de ma communion solennelle. Après la messe, j'ai effectué avec enthousiasme la procession rituelle qui nous conduisait de notre paroisse à la basilique de Notre-Dame d'Afrique o, avec la foi et la pureté de l'enfance, nous allions renouveler aux pieds de la Sainte Vierge, Reine de France et Patronne de l'Afrique, notre serment de combattre à outrance les uvres de Satan et de ses sbires.

Mais Satan veillait au grain ! Il saura nous arracher l'Algérie. Il nous la volera. Il mobilisera une armée de démons qui attendaient avec avidité l'heure de la curée. Démons déguisés en responsables politiques de talent. Parfois, en notables religieux. Mais tous revêtus de tenues camouflées faites de social, d'humanitaire, et parfois aussi de spirituel.

Qui étaient ces démons ? Qui parfois « au nom de Dieu » et du « Sacré-Cur de Jésus », mais toujours au nom du progrès, de la justice, de la grandeur de la France, des nouvelles exigences de l'Histoire et des Droits de l'Homme, ont convaincu le peuple français que cette amputation territoriale était nécessaire ? Qui ont convaincu la nation française de rejeter cette province du nord de l'Afrique et du sud de la Méditerranée, dont nous prétendions faire la plus belle des Californies, dans laquelle enfin l'homme d'Occident et l'homme d'Orient allaient pouvoir dialoguer ? C'est-à-dire se parler comme des hommes libres, des hommes heureux de se rencontrer enfin, des hommes orgueilleux de la vie qui leur était offerte. Responsables du destin qu'il fallait assumer ensemble.

Des hommes qui allaient refuser un comportement de sauvages.

Comme hier à Sarajevo.

Comme au Rwanda, au Burundi, au Soudan, au Nigéria, en Angola, au Libéria, au Congo, en Indonésie et ailleurs.

Comme hier et peut-être aujourd'hui en Algérie, nation souveraine, indépendante, libre, responsable du nouveau destin de son peuple. Nation accouchée de la France, ne l'oublions pas.

Car l'Algérie n'existait pas en 1830. Ce qui existait, c'était un territoire, la Régence turque d'Alger. Province vassale de la Sublime Porte, abandonnée à son destin sans perspectives, par son suzerain, le sultan de Constantinople. C'était un bien vacant auquel la France a donné la vie.

Qu'à-t-on osé en faire de cette vie ?

* *
*

Fort heureusement, au cours des années que je viens de vivre, riches en émotions, en péripéties de toutes sortes, en inquiétudes et en deuils familiaux, mais riches aussi d'un brillant succès socio-professionnel, installé dans une retraite que je ne veux pas douillette, j'ai réussi à m'affranchir de cette agression émotionnelle liée au passé de militant engagé que je fus.

Et je me mets au service de ceux qui ont pris part au combat.

Jean-Claude PEREZ
Nice,
Le 14 juillet 2009



[1] Dar al Islam : l'espace de l'Islam

 

Mis en page le 16/07/2009 par RP