Contribution à l'enrichissement
mémoriel du grand phénomène historique
que fut l'Algérie française, c'est-à-dire
la France sud-méditerranéenne assassinée
le 19 mars 1962.
A PROPOS DU 95ème ANNIVERSAIRE
DE LA PREMIERE GRANDE BOUCHERIE : 4 AOUT 1914
OU
LE GENOCIDE ORGANISE DES PEUPLES D'EUROPE
ET
DE SARAJEVO A LA MORT DE L'ALGERIE FRANCAISE
(d'après le livre « VERITES TENTACULAIRES
SUR L'OAS ET LA GUERRE D'ALGERIE » aux Editions
Dualpha)
« Ah !
C'est une belle invention, il n'y a pas à dire. On
va vite, on est plus savant. Mais les bêtes restent
sauvages, et on aura beau inventer des mécaniques
meilleures encore, il y aura quand même des bêtes
sauvages dessous ». (Emile Zola)
Je ne connais
pas l'Algérie d'aujourd'hui. Je ne veux pas la connaître.
Ce qui nourrit trop souvent mes rêveries, c'est « l'autre
Algérie ». La morte. Celle que l'on a
tuée. L'Algérie française. Cette merveilleuse
et longue parenthèse dans l'histoire de notre patrie.
Ce siècle de « l'Algérie heureuse »
durant lequel la France tenait encore avec orgueil et avec
fierté cette tête de pont géopolitique,
qui permettait à ce que l'on appelle l'Occident de
conserver un contact étroit, charnel même avec
l'Afrique. Un contact, dont nous avions la prescience qu'il
était nécessaire et vital à la santé
du monde.
Je me laisse
donc embarquer dans cette rêverie, ou plutôt
vers ce retour en arrière, quand soudain, un coup
de cravache m'arrache avec une brutalité inouïe
à ce laisser-aller qui m'aspirait une fois de plus
vers les profondeurs d'un passé encore tout chaud
de sa vitalité historique. Tout chaud de sa vitalité
émotionnelle. Un coup de cravache qui prétend
sanctionner, avec cruauté, l'incongruité de
ce comportement nostalgique, voire pleurnichard.
Un hurlement
de colère vient d'ailleurs aggraver, en l'augmentant,
l'impact sensoriel de ce coup de cravache. Qui l'a poussé ?
Mon agresseur ? Moi-même ? Peu importe,
car dans mon subconscient d'halluciné, je crois détecter
dans ce cri quelques syllabes, un mot, un nom. Tout à
coup, je n'en crois pas mes oreilles ! Mais oui, c'est
bien ça ! Ce que j'ai entendu, ce que j'entends,
c'est « Sarajevo » !
Sarajevo ?
Horreur ! Que vient faire dans ma rêverie ce
symbole de l'imbécillité européenne
ou atlantique, ou occidentale ? Sarajevo, cette illustration
de la volonté névrotique d'islamiser par tous
les moyens, une province située en plain cur de
notre vieux contient ! Sarajevo, révélation
de la mise en marche d'un rouleau compresseur pervers dans
le but évident de réduire encore ce qui reste
de l'assise chrétienne en Europe. En utilisant, pour
ce faire, un intervenant tactique de choix, l'arabo-islamisme
fondamentaliste, un nouvel envahisseur élaboré,
fabriqué par un metteur en scène de génie.
Un metteur en scène occulte, clandestin, certes,
mais capable d'insuffler la vie à un corps congelé,
à un « laissé-pour-mort »,
tel un colonel Chabert moderne. Capable de le mettre debout
et de le faire marcher. Comme un Frankenstein géopolitique.
Je parle de la Bosnie qui, de partiellement musulmane, deviendra
islamiste et intégriste. La Bosnie que l'on propulse
ainsi, dans sa totalité, à l'intérieur
du dar al Islam
Soudain, au
milieu de ces hallucinations, j'enregistre un violent rappel
à l'ordre. Sévère, méchant même.
Mais surtout moqueur, narquois méprisant, tel qu'aurait
pu le proférer un Méphistophélès
contemporain s'adressant à un docteur Faust du XXe
siècle :
-Tais-toi
idiot !
Voilà
ce que commande mon agresseur virtuel qui prétend
m'arracher par cette injonction, à la bouffée
délirante qui commence à m'envahir. Et il
poursuit d'une voix nasillarde :
-Sarajevo ?
Mais, pauvre ignare, quel rapport avec la guerre d'Algérie ?
Quel rapport avec la honteuse sécession des départementsfrançais
d'Algérie et du Sahara ? Quel rapport avec la
mort irrévocable de l'Algérie française ?
Cette interrogation,
formulée par l'ange noir qui prétend ainsi
exercer son pouvoir sur ma personne, se révèle
efficace. Car elle me plonge brutalement dans une perplexité
vigilante. Mais elle est surtout salutaire. Elle suffit,
en effet, à m'arracher à cette logorrhée
onirique qui nourrissait un dialogue que j'avais engagé,
finalement, avec un autre moi-même.
Je m'impose
alors un silence de quelques secondes. Puis très
rapidement, je m'incorpore une fois de plus à cet
entretien virtuel, noué avec je ne sais qui, avec
l'irréel. Et c'est en toute logique que je réponds
d'un ton calme qui se veut sentencieux :
-Aucun rapport !
Puis très
rapidement, comme pour interdire à mon interlocuteur
imaginaire un répit dont il saurait tirer profit,
comme pour me moquer de lui et le narguer à mon tour
tout en lui clouant définitivement le bec, j'ajoute :
-Sarajevo quand même !
*
*
*
Nous sommes
les 28 et 29 juin 1914. L'archiduc d'Autriche, François-Ferdinand
et son épouse morganatique, la duchesse de Hohenberg,
sont en visite officielle dans la capital bosniaque pour
le compte de l'empereur d'Autriche, roi de Bohême
et de Hongrie. Les Balkans sont en ébullition. La
Serbie indépendante n'accepte pas le protectorat
des Hasbourgs sur sa petite sur, la Bosnie-Herzégovine,
o vit une importante population musulmane. Musulmane de
religion. Mais de race serbe, de race européenne.
Peuplée d'anciens dhimmis chrétiens,
éleveurs de cochons, qui, pour échapper à
la dhimmitude et aux persécutions, se sont convertis
à la religion musulmane, lors de l'occupation ottomane.
Et le drame
éclate !
Quelques coups
de flingue bien ajustés par un Serbe, Gavrilo Princip,
et voilà mon archiduc ainsi que son épouse
qui sont mis au tapis. Pour le compte. Morts et bien morts.
Cet assassinat,
on le sait bien évidemment, va mettre en route une
gigantesque tragédie. On l'appellera à juste
titre la Grande Guerre, car la particularité historique
de ce conflit sera de mettre en route le génocide
des peuples européens, de l'Atlantique à l'Oural.
Le génocide de la race européenne. Ne craignons
pas la vérité de mots.
A partir de
ce meurtre en effet, les ultimatums vont se succéder
et dégringoler comme autant de couperets sur la nuque
des gouvernants. L'angoisse s'empare des ministères.
Pendant ce même temps, les officiers d'état-major
ne ratent pas l'occasion de gonfler leurs pectoraux. Ils
ressortent de leurs archives de vieux plans de batailles,
tout poussiéreux. Clausewitz et les maîtres
à penser de la guerre deviennent à nouveau
leurs seuls génies de référence. Ils
préparent avec avidité leurs opérations
militaires. Oui, c'est bien d'une fébrilité
avide qu'ils sont atteints, car ils sont pressés
d'en découdre. La paix, en effet, apparaît
lénifiante à ces dieux de la guerre.
En Russie, le
Tsar Nicolas II, historiquement mort déjà,
mais il ne veut pas le croire, voit dans un conflit avec
l'Autriche-Hongrie, l'occasion offerte par Dieu de sauver
la Sainte Russie. De sauver ainsi du même coup la
dynastie des Romanov menacée d'anéantissement
par le raz de marée révolutionnaire qui s'annonce.
Qui s'est déjà mis en mouvement.
Un délire
aigu et collectif s'empare des nations européennes.
Il se traduit par une fuite en avant, vers la mort, au pas
de charge.
-A Paris ! braillent les uns.
-A Berlin ! vocifèrent les autres.
C'est tout juste
si des danses rituelles de la mort ne viennent pas cadencer
cette paranoïa martiale. Comme des Balubas ! Comme
des Tutsi ! Comme des Hutus ! Seuls manquent les
masques de guerre et les machettes. La vie ne compte plus.
C'est une pulsion de mort qui déferle ainsi comme
un ouragan sur les nations d'Occident.
*
*
*
Les promoteurs
du sacrifice de la jeunesse européenne, dans ce qu'elle
signifie de merveilleux pour le présent et de richesse
pour l'avenir, semblent avoir perdu la notion de l'importance,
comme facteur de stabilité, donc de bonheur, des
républiques, royaumes et empires que le destin et
la fatalité historique ont placé entre leurs
mains de vieillards angoissés. Monarques et présidents
courbent l'échine à leur tour.
Comme les prêtres
aztèques, ils vont donner leur agrément au
jeu de massacre.
Ils vont ouvrir
le bal en s'incorporant à la nouvelle danse macabre
qui fait entendre ses premières mesures.
Ils vont provoquer
ainsi l'éclatement de ces républiques, royaumes
et empires qui auraient pu assurer pour longtemps encore
l'équilibre des nations d'Europe et par là
même la joie de vivre des peuples qui ont généré
le rayonnement de ces nations. Car une nation ne peut
survivre que grâce à la vitalité, à
la pugnacité et à l'enthousiasme des peuples
qui l'ont élaborée au fil des siècles.
Après
ce conflit, Lénine, Staline, Bela Kun, Béria,
Hitler, Mao Tse Tung, Pol Pot, Amin Dada et tant d'autres
se chargeront de porter un coup de grâce à
un univers européen qui va s'effondrer dans une mutation
perverse. Morcellement des empires et des nations. Epuisement
biologique des peuples, consécutif à cette
tuerie qui fera des nations européennes, les unes
vaincues, les autres victorieuses, mais collectivement défaites,
des nations vieillies, fripées, stérilisées.
Prêtes à plier genoux sous la pression d'un
infra-monde qui pourra ainsi déployer une vigueur
inattendue.
La guerre est
donc là et bien là. Fraîche et joyeuse !
A Berlin, le
5 août 1914, l'ancien chancelier du Reich, le prince
Blow, court à la Chancellerie. Il tient à
rencontrer son successeur Bethmann-Hollweg. Tout essoufflé,
il est reçu sur le champ. Il réajuste son
monocle. Puis, figé dans un garde-à-vous impeccable,
au milieu de ses halètements de vieillard oppressé,
mais dans un merveilleux élan de lucidité
géopolitique, il réussit à formuler
cette interrogation, ô combien pleine de génie,
au chef de l'Etat prussien :
- Dites-moi !
Comment cela est-il arrivé ?
Et son interlocuteur,
grand responsable de la politique du Reich allemand de lui
répondre dans un trait de clairvoyance historique
qui atteint des sommets :
- Ah !
Si on savait !
*
*
*
Et bien !
Voilà le genre de question idiote, inepte, dégradante,
que je me suis posée des milliers de fois à
propos de la mort irrévocable de l'Algérie
française. Comment cela est-il arrivé ?
Jusqu'au jour
o, après avoir enterré mes complexes, j'ai
pris une décision : celle de ne pas mourir idiot,
ou du moins totalement ignorant à propos de ce suicide
partiel, de cette euthanasie fragmentaire de notre patrie :
l'assassinat de la province française d'Algérie,
la sécession des départements français
d'Algérie et du Sahara. Stimulé, dopé
même par cette crainte de mourir idiot, je me suis
consacré ou plutôt, je me suis astreint à
une réflexion permanente. A une étude. Plus
encore, à une recherche, au diable la modestie et
la timidité !
Une recherche
pour comprendre le Pourquoi et le Comment réels
des événements extrêmement graves que
nous avons connus et au sein desquels l'Histoire nous a
propulsés. Le Pourquoi et le Comment du drame
que nous avons vécu.
Mais à
l'instant même je me rends compte que je viens d'écrire,
à plusieurs reprises, « nous ».
De qui s'agit-il ? Il s'agit bien évidemment
de cet ensemble, aujourd'hui on dit plus volontiers ce collectif,
des Français d'outre-mer. De ces Français
d'outre-mer dont on a écrit à maintes reprises
qu'à l'égard de la France ils se sont toujours
comportés comme les compagnons des mauvais jours.
Il s'agit là d'une vérité que l'on
ne peut pas nier. Il convient néanmoins de la rappeler.
Nous, Français
d'outre-mer, n'avons jamais renié, jamais abandonné,
jamais trahi la France, quand notre patrie souffrait, pleurait
ou saignait. Nous sommes toujours restés agrippés,
rivés charnellement à la France et il faudra
une intervention satanique pour arracher l'Algérie
française à la France. Car bien évidemment,
parmi ces Français d'outre-mer, je fais une place
à part aux Français d'Algérie. A ce
million de Français qui vivaient là-bas et
que j'ai appelés la « fraction vivante
de la nation française ».
Mais, que l'on
me permette de faire une place privilégiée
à la « fraction lucide » du
peuple français. Fraction lucide du peuple français
de métropole, d'Algérie et d'ailleurs qui
n'a pas accepté sans réagir cette euthanasie,
insistons sur ce terme, cette euthanasie partielle, inutile,
donc criminelle de la France. Fraction lucide qui acceptera
le combat à mort que les ennemis de l'Algérie
française vont lui imposer. J'évoque ici,
bien sûr, les combattants de l'O.A.S. dont je m'enorgueillis
d'avoir fait partie à un échelon redoutable
et redouté de responsabilité.
-Responsabilité que j'ai assumée
comme beaucoup d'autres par le passé, sur le plan
pénal, puisque la Ve République m'a gratifié
d'une condamnation à mort par contumace.
-Responsabilité que j'assume encore aujourd'hui,
comme beaucoup moins d'autres cette fois, sur le plan humain.
Certes, ce qui est fait reste fait. Mais l'on se doit toujours,
même convaincu de son bon droit, et c'est mon cas,
d'être en mesure d'expliquer, sinon de justifier ce
que l'on a fait. En particulier, les actes de violence que
l'on a soi-même commis. Mais surtout, car c'est beaucoup
plus grave, les actes de violence que l'on a fait commettre
par d'autres.
Avoir accepté,
parce que je ne pouvais pas m'y dérober, la responsabilité
opérationnelle de six cents morts dans le grand Alger
lors d'une émission télévisée,
au mois de janvier 1991, n'est pas suffisant. Je n'ai pas
l'âme particulièrement malapartienne et je
n'éprouve aucune vocation de « Christ
interdit ». J'ai accepté cette responsabilité
en public parce que mes fonctions dans la hiérarchie
de notre combat m'ont situé à l'échelon
le plus élevé de commandement dans le cadre
des opérations et du renseignement. Je ne dépendais
en réalité que du général Salan.
J'ai toujours insisté sur le rôle purement
figuratif que tenaient certains militaires, colonels et
généraux de l'O.A.S. dont je n'ai jamais reçu
ni d'ordres, ni de directives, ni de moyens d'actions. J'ai
assumé ce commandement tant que l'O.A.S. se battait.
Tant que l'O.A.S. restait violente. Tant qu'elle prétendait
être encore un appareil de guerre. Et lorsque certains
ont pris la décision, en catimini et à la
demande de nos ennemis, d'imposer le cessez-le-feu au mois
de mai 1962, j'ai pris progressivement et par écrit
la décision de me désolidariser de ceux qui
voulaient s'engager sur un chemin extrêmement dangereux,
que j'ai stigmatisé à maintes reprises :
celui par lequel on se proposait de faire rester les Pieds-Noirs
en Algérie après l'indépendance. Ce
qui était d'une imprudence criminelle. En tout cas
irresponsable.
Mes fonctions
étaient terribles certes. Mais je précise
que mes responsabilités n'ont pas été
partagées par ceux qui s'exhibent parfois aujourd'hui,
comme des notables historiques de notre combat. En particulier,
lorsqu'ils affirment avoir exercé un commandement,
alors qu'il n'y avait plus rien à commander, si ce
n'est quelques règlements de compte personnels. Il
est classique et vérifié de dire qu'un chef
de service de renseignement et d'action doit être
présent partout, même s'il lui est prescrit
de n'apparaître nulle part. Au contraire de l'homme
de propagande qui doit apparaître partout, mais qui,
en fait, n'est présent nulle part.
Il n'en reste
pas moins vrai que mon propre vécu de notre drame
a confirmé une opinion sur la guerre en général.
Malgré tous les discours des littérateurs
avertis, je tiens à exprimer qu'une guerre ne comporte
rien de beau, rien d'élégant, rien qui puisse
prétendre à l'élévation de l'esprit.
Evoquer mes responsabilités, c'est évoquer
un moment très dur de ma vie. Je n'éprouve
aucune joie, aucune satisfaction, aucune fierté même
à le faire. Car une guerre traduit toujours, d'une
manière aiguë une pathologie d'urgence, une
pathologie collective. Elle illustre avec éclat une
fatalité historique qu'il faut affronter avec tous
ses drames. Ses morts, ses trahisons, ses lâchetés,
ses mensonges, ses tromperies, ses escroqueries. Avec ses
viols collectifs de milliers et milliers de femmes et d'enfants
sans défense. Ses massacres de populations civiles.
Ses assassinats massifs d'hommes désarmés,
lynchés au fusil mitrailleur dans des camps de prisonniers.
Des hommes affamés, insultés, battus dans
des camps de déportation. Fatalité historique
avec aussi ses fanfaronnades, ses flagorneries, ses tartarinades.
Rarement, avec ses espérances et ses enthousiasmes.
Mais bien évidemment, les drames imputables à
l'O.A.S., en comparaison de ces horreurs apocalyptiques
vécues en d'autres lieux et en d'autres temps, restent
dans des proportions de l'infiniment petit. Il convient
de le préciser.
- Responsabilité enfin, compte
tenu de mes propres convictions, que j'assumerai ad vitam
aeternam sur le plan spirituel. Je garde au fond de
moi, en effet, malgré un scepticisme croissant qui
m'a éloigné parfois de l'Eglise, un capital
inaltérable de l'engagement chrétien auquel
j'ai souscrit durant mon enfance, à Alger, dans mon
quartier de Bab-El-Oued.
J'y ai fait
ma communion privée en 1938, en pleine guerre d'Espagne.
Au milieu des manifestations de soutien aux Rouges espagnols,
durant lesquelles nous ne pouvions pas ne pas entendre l'Internationale
et les chants révolutionnaires communistes interprétés
dans les rues de notre faubourg. 1939 est l'année
de ma communion solennelle. Après la messe, j'ai
effectué avec enthousiasme la procession rituelle
qui nous conduisait de notre paroisse à la basilique
de Notre-Dame d'Afrique o, avec la foi et la pureté
de l'enfance, nous allions renouveler aux pieds de la Sainte
Vierge, Reine de France et Patronne de l'Afrique,
notre serment de combattre à outrance les uvres
de Satan et de ses sbires.
Mais Satan veillait
au grain ! Il saura nous arracher l'Algérie.
Il nous la volera. Il mobilisera une armée de démons
qui attendaient avec avidité l'heure de la curée.
Démons déguisés en responsables politiques
de talent. Parfois, en notables religieux. Mais tous revêtus
de tenues camouflées faites de social, d'humanitaire,
et parfois aussi de spirituel.
Qui étaient
ces démons ? Qui parfois « au nom
de Dieu » et du « Sacré-Cur
de Jésus », mais toujours au nom du progrès,
de la justice, de la grandeur de la France, des nouvelles
exigences de l'Histoire et des Droits de l'Homme, ont convaincu
le peuple français que cette amputation territoriale
était nécessaire ? Qui ont convaincu
la nation française de rejeter cette province du
nord de l'Afrique et du sud de la Méditerranée,
dont nous prétendions faire la plus belle des Californies,
dans laquelle enfin l'homme d'Occident et l'homme d'Orient
allaient pouvoir dialoguer ? C'est-à-dire se
parler comme des hommes libres, des hommes heureux de se
rencontrer enfin, des hommes orgueilleux de la vie qui leur
était offerte. Responsables du destin qu'il fallait
assumer ensemble.
Des hommes qui
allaient refuser un comportement de sauvages.
Comme hier à
Sarajevo.
Comme au Rwanda,
au Burundi, au Soudan, au Nigéria, en Angola, au
Libéria, au Congo, en Indonésie et ailleurs.
Comme hier et
peut-être aujourd'hui en Algérie, nation souveraine,
indépendante, libre, responsable du nouveau destin
de son peuple. Nation accouchée de la France, ne
l'oublions pas.
Car l'Algérie
n'existait pas en 1830. Ce qui existait, c'était
un territoire, la Régence turque d'Alger. Province
vassale de la Sublime Porte, abandonnée à
son destin sans perspectives, par son suzerain, le
sultan de Constantinople. C'était un bien vacant
auquel la France a donné la vie.
Qu'à-t-on
osé en faire de cette vie ?
*
*
*
Fort heureusement,
au cours des années que je viens de vivre, riches
en émotions, en péripéties de toutes
sortes, en inquiétudes et en deuils familiaux, mais
riches aussi d'un brillant succès socio-professionnel,
installé dans une retraite que je ne veux pas douillette,
j'ai réussi à m'affranchir de cette agression
émotionnelle liée au passé de militant
engagé que je fus.
Et je me mets
au service de ceux qui ont pris part au combat.
Jean-Claude
PEREZ
Nice,
Le 14 juillet 2009