Le docteur Jean-Claude PEREZ
Adhérent du Cercle Algérianiste de Nice et des Alpes Maritimes
Auteur du livre «  ATTAQUES ET CONTRE-ATTAQUES »
aux Editions Dualpha - BP 58, 77522 COULOMMIERS CEDEX

NOUS COMMUNIQUE SOUS LE N° 15 l'ETUDE SUIVANTE :

 

 

.... Attention au 50ème anniversaire...

 

Bientôt, nous serons dans l'obligation d'évoquer une défaite. Une défaite de la France et de l'Occident.

Celle du 19 mars 1962, date des accords d'Evian qui officialisa la capitulation d'une grande nation d'Occident devant la conquête arabo-islamiste anti-occidentale, mise en uvre en Algérie, le 1er novembre 1954.

Lors de la Toussaint Rouge en effet, le cheik des Oulémas Ibrahim Bachir avait déclaré que la lutte était engagée pour le triomphe de l'arabisme et de l'islam.

Je vous propose d'évoquer un chapitre de mon livre L'ISLAMISME DANS LA GUERRE D'ALGERIE. Il s'agit du chapitre 16.

 

UNE DERNIERE CLASSE ...

Il ne s'agit pas de réécrire les lignes connues et très émouvantes d'Alphonse Daudet, lorsqu'il évoque une dernière classe donnée dans un village alsacien après le traité de Francfort, en 1871, qui ampute la France de l'Alsace et d'une partie importante de la Lorraine.

Il s'agit de rapporter ici, en les imaginant, les propos que pourrait tenir en 2012 un instituteur kabyle devant une classe de jeunes élèves.

Un instituteur qui voudrait évoquer le 50ème anniversaire de la victoire remportée par la Ouma sur le gouvernement français du général De Gaulle.

J'interromprai parfois les propos imaginés de cet instituteur, par des commentaires et des notes qui, je l'espère, vont enrichir le contenu, ô combien instructif, de cette dernière classe de l'année scolaire 2012.

Imaginons une école ultra-moderne. En Kabylie. Ultra-moderne mais surtout, imaginaire car nous sommes en 2012.

A la fin de l'année scolaire, un instituteur kabyle tenté par l'islamisme, presque un taleb, donne son dernier cours de l'année à de jeunes élèves. Car nous sommes au mois de juillet.

Il évoque « la » guerre. « Une guerre française » affirme-t-il « plus importante et plus longue que la guerre de cent ans. La plus longue guerre que la France a connue », précise-t-il.

« Cette guerre a opposé la nation française à notre pays, la Régence turque d'abord et plus tard, à partir du 7 mai 1931, la nation algérienne. Cette guerre s'est poursuivie pendant plus de 130 ans ».

Ecoutons avec attention cette dernière classe... imaginaire... donnée au sein de cette école... encore plus imaginaire.

*
* * 

« En Algérie, avant l'arrivée des troupes françaises, la pauvreté était dominante. Tout était rudimentaire, arriéré. Le rayonnement de l'islam était encore laborieux, en raison des querelles tribales qui se déclenchaient, pour un oui ou pour un non, sur notre territoire. Il vous faut savoir, mes chers enfants, que nos rivalités d'origines multiples, en particulier nos rivalités ethniques[1], n'avaient pas permis à notre nation de voir encore le jour à cette époque-là. 

Une fraction non négligeable du peuple berbère, des Kabyles en particulier, restait parfois réticente à l'égard du message de notre Prophète, qu'Allah veuille bien garder en Sa divine protection. Leur agressivité naturelle, leur perpétuel esprit de rébellion, ajoutés aux difficultés du relief qui les abritait et à la pauvreté extrême des moyens de communication, ne permettaient pas d'instruire pleinement ces populations du message de Mohamed.

Notre pays était pauvre car aucune industrie ne s'y développait encore. Aucune structuration économique n'avait été élaborée. Nous disposions d'un réseau de communication lamentable. Il ne restait rien des 8000 kilomètres de routes que les Romains avaient tracées.

Pas d'hôpitaux. La situation sanitaire était catastrophique. La mortalité infantile effroyable.

A cette époque, nous n'étions pas encore une nation indépendante. Car depuis près de trois siècles nous nous trouvions sous la domination turque. Les militaires turcs et les janissaires contrôlaient le pouvoir pour le compte du sultan de Constantinople auquel, chaque année, nous devions payer tribut. Dans l'intérieur des terres, notre peuple se voyait soumis à une véritable féodalité.

Les notables n'hésitaient pas à vider leurs différends lors de confrontations qui parfois, dévastaient le pays.

L'esclavage était florissant[2]. Il s'exerçait surtout aux dépens des travailleurs émigrés, miséreux, morts de faim, en provenance de l'Afrique subsaharienne. De l'Afrique noire. Les plus riches d'entre nous avaient encore leurs harems avec leurs eunuques.

En ce temps-là, il n'était pas imaginable que la richesse nationale pût naître à partir des ressources naturelles de notre terre. Celle-ci, en effet, était aride, couverte de marécages et de pestilence. La majeure partie du territoire se voyait abandonnée à la friche. Par habitude, nos hommes répugnaient à travailler la terre et nos femmes ne pouvaient s'acquitter de cette tâche qu'avec des instruments aratoires archaïques.

Notre féodalité, notre élite, ainsi que nos grands négociants n'étaient pas en mesure de faire fructifier des marchés producteurs de profits à partir de nos ressources propres. La pratique de la piraterie se révélait ainsi d'une nécessité vitale pour la Régence.

Grâce à cette piraterie, les esclaves chrétiens complétaient l'effectif des esclaves africains. Mais ils offraient un avantage sur ces derniers. On pouvait les échanger contre une rançon, c'est-à-dire que l'on pouvait les vendre à l'extérieur ce qui, évidemment, n'était pas le cas des autres esclaves noirs ou métis du sud de l'Algérie et des confins sahariens que l'on achetait et que l'on vendait comme du bétail.

Avant toute chose, le premier but de notre piraterie se proposait d'augmenter notre capital d'esclaves. Ceux-ci représentaient en vérité notre principale matière première. Car c'est du montant des rançons, ainsi que de la vente des marchandises récupérées lors des opérations de piraterie, que s'élaborait ce que l'on appelle aujourd'hui, le revenu national. Je précise que certains armateurs italiens très connus, très célèbres, installés depuis longtemps sur le territoire de la Régence, n'hésitaient pas à tirer profit du commerce des produits de la piraterie. Ils se chargeaient de leur transport vers les places commerciales européennes.

Il n'était pas toujours indispensable de ramener nos prises humaines à l'intérieur du territoire de » la Régence turque d'Alger », car, je vous le rappelle, notre pays ne s'appelait pas encore l'Algérie. Je vais vous donner un exemple précis de cet aspect particulier très peu connu de la piraterie de nos anciens et du négoce d'esclaves.

Lanzarote est une île des Canaries. Donc un territoire espagnol. Des pirates barbaresques débarquent de nuit et capturent ainsi une partie importante de la population d'un village côtier. Le navire pirate s'éloigne de la côte, mais reste bien en vue, à quelques encablures. Dès le lever du jour, un signal est lancé pour ouvrir des négociations avec le reste des habitants et avec les notables de la localité victime de notre expédition. Ce signal, c'est un drapeau, ou plutôt un pavillon que l'on hisse tout en haut du plus grand mât du bateau pirate.

Les Espagnols, entraînés à cette époque à subir ce genre d'opérations, appellent ce fanion « la bandera del rescate », « le pavillon de la rançon ».[3]

Il signifie que nos anciens sont disposés à restituer les otages contre le paiement immédiat d'une somme d'argent ou contre la remise d'objets précieux. Objets précieux qu'il nous faudra vendre ultérieurement par l'intermédiaire d'armateurs italiens et de négociants livournais. Ce paiement une fois effectué, les captifs sont libérés et nos marins peuvent alors s'en aller ailleurs, vers un autre marché qui offrira des ressources aussi profitables. 

Evidemment, toutes ces activités n'ont pas manqué de provoquer chez nos voisins chrétiens, de violentes réactions d'hostilité.

En 1830, à la suite d'une dette que la France ne voulait pas honorer au crédit de notre dey Hussein, une armée française débarque à Sidi Ferruch, à l'ouest d'Alger, le 14 juin de la même année. Quelques jours plus tard, nos troupes sont vaincues à Staouéli. Le 5 juillet 1830, notre dey capitule devant le général en chef français, le duc de Bourmont.[4]

Après l'occupation d'Alger, les Français vont entreprendre, avec d'énormes difficultés, la conquête du territoire de la Régence turque d'Alger. Il est important de souligner que notre nation théoriquement suzeraine, la Turquie, reste indifférente à notre destin. On a même l'impression, aujourd'hui encore, qu'elle éprouve, en cette circonstance, un indiscutable soulagement à être séparée du territoire de notre patrie d'aujourd'hui. Il s'agit-là d'un comportement facile à comprendre si l'on veut bien ne pas oublier que la Régence ne rapporte rien à cette époque. On peut même ajouter qu'elle n'est d'aucune utilité militaire et stratégique. Je veux vous dire par ces précisions, qu'elle n'est en rien nécessaire au rayonnement de la glorieuse nation turque. Celle-ci n'éprouve en conséquence, aucune amertume à l'abandonner à son nouveau destin.

Devons-nous considérer, mes chers enfants, que ce débarquement français fut à l'origine d'une catastrophe pour ce qui, plus tard, deviendra l'Algérie ?

Pas du tout. Au contraire !

Car cette bataille perdue ne fut que le premier épisode d'une très longue guerre qui commençait. A l'origine, certes, d'une occupation de notre territoire qui va durer plus de 130 ans. Paradoxalement, celle-ci va donner l'occasion à nos vainqueurs du moment, de mettre en route, grâce à leurs initiatives, une promotion éclatante de notre future patrie. Ils vont la faire naître. Ils vont la façonner de leurs propres mains. Et pourquoi mettre en accusation un accoucheur parce qu'il fait parfois souffrir une femme en couches, si en même temps, il lui permet de donner naissance à un bel enfant ?

Sous l'occupation française, les guerres tribales vont cesser. Le drame sanitaire va s'atténuer d'abord, pour disparaître à jamais. Notre population va se développer grâce aux médecins et aux hôpitaux français.

Allons-nous manifester, aujourd'hui encore, la maladresse et surtout l'ingénuité de nous plaindre de quelques fraudes administratives, de quelques trucages électoraux qui ont permis à la France d'exercer son pouvoir ?

Mais pas du tout ! Nous ne sommes pas idiots. Il ne fallait surtout pas, à cette époque, gêner la France : au nom d'Allah !

« Comment est-ce possible ? », pourriez-vous soudain protester avec horreur, avec colère. Que moi, votre maître, après avoir exalté devant vous, pendant toute l'année scolaire l'histoire de notre patrie, la victoire de notre armée de libération nationale, notre glorieuse ALN, je bénisse, oui, que je bénisse au nom du Seigneur, l'uvre de la France en Algérie !

Eh bien, je vais répondre à votre étonnement et donner à vos intelligences alertées par l'impétuosité de la jeunesse, les explications qu'elles attendent.

Grâce à cette occupation, grâce au développement agricole, à la découverte du pétrole et du gaz, grâce aux constructions françaises, grâce au génie français tout simplement, notre pays a fait un énorme bond vers l'avenir. Un bond qui en a fait, en un temps record, le pays le plus peuplé du Maghreb. Et certainement le plus riche.

Il a été observé, très souvent, dans l'histoire, que l'évolution et l'essor d'un pays exigent parfois le passage par une très longue période de ténèbres. Mais les » ténèbres » engendrées par la France ici en Algérie, comme l'a déclaré il y a longtemps un héros kabyle de la révolution algérienne, ont fait de notre terre à cette époque, ce que les Français appellent un « pays de Cocagne »[5]. Notre peuple, en effet, croissait, se multipliait. Il se forgeait une santé, devenait vigoureux et tout cela grâce à la France.

La paix, un équilibre économique satisfaisant, une indiscutable sécurité sanitaire, une législation sociale dont nous étions, de loin, les principaux bénéficiaires, une instruction dispensée gratuitement par les instituteurs et les professeurs français, voilà autant de facteurs qui ont contribué à accélérer notre évolution en nous habituant au progrès.

Mais, par dessus tout, mes chers enfants, n'oubliez jamais qu'il faut attribuer à la France, et seulement à elle, l'initiative d'avoir promu le déploiement de l'islam en Algérie. Une véritable envolée de l'islam, voilà ce que la France nous a offert ! Retenez cela comme la faute la plus grave qui ait été commise par notre ennemi, car elle entraînera la mort historique en Algérie, de notre vainqueur de 1830.

Dans un premier temps, la France a observé une attitude d'abstention. En effet, forte de sa puissance militaire, ainsi que de la foi et de la vigueur de son clergé catholique, la nation française aurait pu en profiter.

Pour ramener dans la foi chrétienne et romaine des populations berbères que nos ancêtres musulmans avaient réussi certes à convertir à l'islam mais après de grandes difficultés. Pour la plupart d'entre-elles d'ailleurs, cette conversion ne s'était effectuée que de façon superficielle.

Pour atténuer au maximum l'expression de notre culte.

Bref, nous réduire à l'état des « mudéjares » et des « tagarins » espagnols. C'est-à-dire à l'état des musulmans autorisés à vivre sur les territoires conquis dans la péninsule ibérique par les chrétiens espagnols.

Mais non ! La France n'a rien accompli de tout cela. Tout s'est déroulé, en réalité, comme si l'islam algérien avait eu besoin de la présence française, des institutions démocratiques françaises, pour se déployer en Algérie avec une vigueur nouvelle qu'il ne connaissait pas auparavant. La foi, dans le message de notre Prophète, s'exprima avec ferveur dans toutes les couches de notre population. La religion musulmane put rayonner, désormais triomphante.

L'arabe littéraire fut largement enseigné, la plupart du temps par des professeurs français, diplômés de facultés françaises, qui imprégnèrent ainsi notre terre d'une arabité nouvelle qu'elle n'avait jamais connue auparavant.

Mais le summum de l'imprudence française, le comble de l'indigence intellectuelle de nos vainqueurs de 1830, s'illustra avec éclat en 1931. Le 7 mai de cette même année, notre vénéré cheikh Abdelhamid Ben Baddis, que le Seigneur garde en Sa sainte protection, fut autorisé par nos ennemis français à promouvoir, sur le territoire algérien, l'Association des oulémas. C'est-à-dire le conseil supérieur des docteurs de la foi coranique. Imaginez le roi français Louis XIV, qui a révoqué l'édit de Nantes, supprimant ainsi la liberté du culte aux protestants, en train d'installer une université évangéliste dans une aile du château de Versailles !

Ou bien les Français étaient naïfs !

Ou bien, rendus méfiants par le développement accéléré de notre peuple, ils ont voulu créer, dès cette époque, toutes les conditions ethnico-confessionnelles qui rendront notre indépendance inéluctable un peu plus tard.

C'est à partir de cette date, le 7 mai 1931, que vont rayonner sur notre terre, comme des anges de la foi du Prophète, les grands noms de l'islam algérien. Mes chers enfants, je vous demande de vous incliner avec respect devant Ben Badis cheikh, ainsi que devant les cheikhs El Madani et Ibrahim Bachir. Ce dernier est né sur notre terre, pas loin d'ici, à Ras-El-Oued, dans la wilaya de Sétif.

Tous ces hommes ont construit de leurs propres mains le soubassement du djihad que nos pères vont conduire à partir de cette date, le 7 mai 1931.

Car c'est à partir de ce jour qu'a commencé la deuxième phase de la guerre. Le 7 mai 1931 symbolise, avec éclat, la mort du 14 juin 1830. Plus encore, historiquement cette date efface la capitulation du dey Hussein, le 5 juillet de la même année. Le 7 mai 1931, grâce au bon vouloir de l'administration française, grâce à la loi française de 1901 sur les associations, marque le jour de la véritable naissance de la nation algérienne. Ben Baddis, premier président de l'association des oulémas, a déclaré, en effet, à la face du monde : « Ma religion, c'est l'islam, ma langue c'est l'arabe, ma patrie c'est l'Algérie ».

A partir de cet instant précis, mes chers enfants, je vous demande de me prêter toute votre attention. Et ne perdez pas de vue que je suis en train de célébrer devant vous aujourd'hui, la guerre qui a été gagnée par nos anciens en 1962.

Cela fait tout juste 50 ans.

Ce djihad, silencieux pendant longtemps, va connaître une première manifestation, en termes de guerre ouverte, le 25 janvier 1941 à Maison-Carrée à l'est d'Alger. Ce jour-là, 800 spahis musulmans vont prendre les armes, tuer un capitaine de cavalerie français et dix sous-officiers de l'armée française. Les glorieux chefs de cette sainte révolte seront fusillés par les Français. Mais nourris du message de l'association des oulémas, ils mourront tous l'index pointé vers le ciel en signe de soumission et de fidélité à la nation arabe. Car 1941, c'est dix ans après la naissance de cette glorieuse association.[6]

Quatre ans plus tard, le 8 mai 1945, notre peuple kabyle va se soulever, appelé à la révolution islamique par le grand émir libanais Chekib Arslan, que le Seigneur l'accepte sous Sa sainte protection ! Il vivait à Genève, condamné à mort depuis 19 ans par les Français. Mais la France va réagir avec une vigueur inattendue qui étouffera cette révolte. Révolte plus généralement rapportée par les historiens sous le titre des » événements de Sétif du 8 mai 1945 ».

Le 1er novembre 1954, se déclenche la dernière phase du djihad. A partir du Caire, Ibrahim Bachir cheikh, le président en titre et en fonction de l'association des oulémas, nous envoie le message attendu : « le combat est engagé pour le triomphe de l'arabisme et de l'islam », proclame-t-il à la face du monde. Nouvel Abdelmoumen, l'ancien chef des Almohades au XIIe siècle, ce Berbère des Hauts Plateaux sétifiens, déclenche la guerre contre la France pour la victoire des Arabes[7]. Et, surprise ! La France ne réagit pas. Elle va se laisser enfermer dans le dernier épisode de cette guerre, qui va durer huit ans, alors qu'une impitoyable fermeté aurait pu anéantir l'effort de nos combattants dès les premiers jours de son déclenchement.

Mais à cette époque, nous étions protégés par l'opinion internationale. Par la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.

Nous étions protégés aussi par un appareil politique français devenu complice de notre révolte. Les partis de gauche prétendirent, en effet, faire de notre combat un épisode de la lutte des classes. D'autres partis politiques d'origine hybride, qui s'intitulaient parfois de droite, en tout cas anti-communistes, ne tardèrent pas à manifester une conviction différente qui joua cependant en notre faveur : se débarrasser de l'Algérie et surtout de notre peuple parce qu'il était musulman. Parce qu'il était arabe, berbère ou kabyle. Par rejet raciste. 

C'est, en fin de compte, au service des croyants dans le message de Mohamed que vont se mettre les droits de l'homme et les hommes politiques français. Et cela que ces derniers le veuillent ou non. Grâce à tous ces partis, et au général De Gaulle, qu'Allah le garde lui aussi en sa divine protection, la victoire fut acquise. Pour le triomphe de notre foi. Pour l'arabité nouvelle de l'Algérie.

Riche de cette victoire, notre peuple peut maintenant s'implanter progressivement, lentement, sur le sol de France. Sur le sol de notre ancien conquérant.

Que vont faire nos concitoyens sur le territoire de nos ennemis ? Gagner de l'argent ? Y chercher le bonheur ?

Non ! Et, mes chers enfants, je vous demande votre attention une fois de plus : le djihad continue.

Nos concitoyens défendent sur le territoire de France ce qui fait la force perpétuelle des musulmans. Je parle de ceux qui ne transigent jamais avec les versets du coran. Ils défendent sur le sol de France la reconnaissance officielle de leur statut personnel.

Ce statut doit s'assimiler avant toute chose, à une forteresse spirituelle, jusqu'à ce jour inviolée, grâce à laquelle nous restons fidèles à l'enseignement de notre Prophète. Cette forteresse, c'est notre vénéré cheikh Abdelhamid Ben Baddis qui l'a consolidée, pour en faire l'obstacle sur lequel la France s'est cassé les dents, à partir de 1931.

Au fur et à mesure que l'intégration de la défaite va se développer en France, lorsque les musulmans obtiendront la possibilité légale de jouir de tous leurs droits civiques spécifiques sur le sol de France, c'est-à-dire de jouir en même temps de la citoyenneté française et de la juridiction coranique, ils pourront affirmer alors avec orgueil : « je ne suis plus un Français de confession musulmane. Je suis, maintenant, un Musulman qui vit en France ».

Grâce au charme de ce statut, nous sommes en droit d'espérer la conversion de beaucoup d'infidèles, qui seront tentés de se soustraire à la juridiction civile française. Nous pourrons alors rejeter, pour la nuit des temps à venir, cette loi d'Occident qui veut imposer aux hommes d'être :

-          des citoyens dans la nation,

-          des religieux à la maison.

Car, ce que nous voulons, c'est être « des religieux à la maison et dans la nation ».

Lorsque nous aurons atteint ce but, alors nous aurons gagné la guerre. La guerre qui a été déclenchée contre nous le 14 juin 1830 par le débarquement français à Sidi Ferruch, à l'ouest d'Alger ».

*
* *

Voilà le risque auquel ils ont exposé notre pays, la France, soumise aux effets de la polarisation Sud-Nord développée à partir du glacis opérationnel que représente l'Algérie.

Un risque que j'ai voulu évoquer par cet événement virtuel : une classe de fin d'année scolaire, en 2012, dans un village imaginaire de Petite Kabylie.

Ceux qui s'apprêtent à célébrer le 50ème anniversaire de la mort de la France Sud-Méditerranéenne, seraient bien inspirés de réfléchir sur cette menace qui pèse sur notre destin de Français et d'Occidentaux, chaque jour un peu plus. 

Jean-Claude PEREZ

Le 20 juillet 2009



[1] A quoi peut faire allusion cet instituteur par l'emploi du terme » rivalité ethnique » ?

A/Peut-être évoquait-il la rivalité qui aurait opposé les émigrants arabes, très peu nombreux, aux autochtones maghrébins d'origine majoritairement berbère.

B/Il faisait peut-être allusion aussi à la rivalité qui opposait les Berbères aux Juifs. Cet instituteur savait cependant que les Juifs d'Algérie se divisaient très schématiquement en deux grandes familles :

                 1/ Les Juifs d'origine berbère, convertis au judaïsme depuis les premiers temps de la propagation de la religion d'Abraham. Ils résistèrent aux Berbères majoritairement convertis à l'Islam. Une résistance armée qui fut illustrée par les exploits de la KAHINA ou KAHENA dans les Aurès.

                 2/ Les Sépharades : c'est-à-dire les Juifs qui arrivaient d'Espagne, au fur et à mesure de la conquête des royaumes maures ibériques par les Chrétiens de Castille et d'Aragon.

Dans cette occurrence, il s'agissait d'un peuple berbère ibérique converti au judaïsme depuis les premiers temps d'Abraham. Durant la période de domination gothe arienne, c'est-à-dire ennemie du catholicisme romain, les Juifs d'Espagne ont soutenu la lutte des rois wisigoths hérétiques contre les catholiques romains d'Espagne.

Par la suite, ils ont collaboré avec le califat de Cordoue pour l'administration de l'Espagne devenue majoritairement musulmane. Lors de l'arrivée des islamistes almoravides, puis almohades, ils ont été dans l'obligation, pour une grande partie d'entre eux, d'émigrer vers le Nord, c'est-à-dire vers les royaumes chrétiens qui entreprenaient la conquête chrétienne de l'Espagne, morceau par morceau. Mais en terre chrétienne, ils furent contraints de subir des pressions et des contraintes, parfois des persécutions, qui obligèrent une grande partie d'entre eux à émigrer :

-           vers le nord : la France et l'Europe. Le grand homme d'état Disraeli serait un descendant de ces sépharades ibériques.

-           Nombreux furent ceux qui émigrèrent vers le Sud, vers le Maghreb et s'y implantèrent après avoir été contraints, parfois, d'adopter des patronymes de consonance espagnole (Molina, Serrano, Franco, Perès, Tolédano... et beaucoup d'autres).

[2] Il s'agissait bien sûr des esclaves en provenance de l'Afrique sub-saharienne, des noirs la plupart du temps. Esclavage qui fut supprimé par la France en 1848.

[3] D'après le livre » LES CHRETIENS D'ALLAH », de Benassar Bartholomé et Benassar Lucile, de Toulouse.

[4] En réalité, le comte de Bourmont

[5] Réflexion formulée par Aït Ahmed, un ancien du MTLD et de l'OS. Un révolutionnaire algérien à l'esprit ouvert qui a toujours condamné la menace de génocide qui pesait sur les Pieds-Noirs d'Algérie.

[6] Cet instituteur dans ce récit futuriste, n'ose pas préciser que 10 civils français furent massacrés dans les rues de Maison Carrée. 200 autres civils s'étaient barricadés dans un cinéma pour éviter un massacre. Ils furent sauvés grâce à l'esprit d'initiative du Préfet d'Alger, Pagès, qui fit intervenir un escadron du 5ème Régiment de chasseurs d'Afrique.

Ce 25 janvier 1941, j'avais 13 ans depuis une semaine. Je me souviens encore de l'émotion de nos voisins de l'avenue du Frais Vallon qui s'interpellaient d'une fenêtre à l'autre.

[7] Par cette expression, la » victoire des Arabes », notre instituteur veut évoquer la nouvelle arabité de l'Algérie, qui désormais est intimement liée au destin de la Ouma, la Communauté des Croyants ou la Nation Arabe.

Mis en page le 21/07/2009 par RP