Contribution
à l'étude du pourquoi et du comment de l'assassinat
de la France Sud Méditerranéenne (Evian 18-19 mars
1962)
A PROPOS DU 24 JANVIER 1960
CHAPITRE I
Le
chapitre II constituera la matière de l'étude n¡
22
S'APPROCHE LE 50ème anniversaire
du 24 janvier 1960. Journée qui fut à l'origine
de la semaine des
Barricades d'Alger.
Cet événement FUT SANS AUCUN DOUTE, LA
MEILLEURE OCCASION DE SAUVER L'ALGERIE FRANCAISE.
Cette étude n°19, constitue donc LE PREMIER CHAPITRE
D'UNE SERIE D'ETUDES CONSACREES A CET EVENEMENT.
Nous y étudions l'événement DECLENCHANT,
c'est-à-dire :
LE
DISCOURS DU 16 SEPTEMBRE 1959
PRONONCE PAR LE GENERAL DE GAULLE
Le discours du 16 septembre 1959, prononcé par le chef de
l'Etat Charles De Gaulle, je l'interprète aujourd'hui encore
comme une expression de
dégoût.
Un dégoût suscité, suggéré,
et projeté vers l'auditoire de ce discours.
Il prétend, à tout prix, générer dans
l'esprit de nos concitoyens métropolitains, un refus de
l'Algérie. Et plus que tout, un rejet de tous les Français
d'Algérie quelles que fussent leurs religions respectives.
Après avoir évoqué les avantages de SA
nouvelle république, la Vème, il précise
d'emblée :
« pourtant, devant la France, un problème difficile
et sanglant reste posé : celui de l'Algérie ».
Dès l'abord du sujet, il veut provoquer un réflexe
de refus chez nos compatriotes, à l'égard :
« de ceux-ci ou bien ceux-là, qu'obnubilent en
sens opposé, leurs intérêts, leurs passions
et leurs chimères ».
Malgré l'excellente précision stylistique illustrée
dans ces mots « de ceux-ci ou bien de ceux-là »,
on perçoit facilement que lorsqu'il parle « d'intérêts,
de passions et de chimères », il fait allusion
tout préférentiellement à ce qui motive d'après
lui les partisans de l'Algérie française.
Quant il ajoute, un peu plus loin dans ce discours « là,
végètent des populations ».
il ne prend pas de gant, il ne prétend qu'à une
seule chose : provoquer en France, parmi ceux qui ne connaissent
pas l'Algérie, une réaction d'hostilité.
Il veut faire naître une réaction de mépris
à l'égard de l'uvre française en Algérie.
Il insulte la France en utilisant le verbe « végéter »
avec une délectation pleine de dédain pour ces populations
dont il avait dit seize mois plus tôt, qu'elles étaient
constituées « de Français à part
entière ».
Il précise dans le même paragraphe, qu'il s'agit,
avant tout,'une population « doublant tous les
35 ans, sur une terre en grande partie inculte ».
Il induit, dans ce détail prévisionnel, une réaction
de méfiance et surtout de crainte à l'égard
des populations d'Algérie qui « sont, pour les
trois quarts, plongées dans une misère qui est comme
leur nature ».
Il prétend ainsi donner de l'Algérie, une identité
d'inaccessibilité au rayonnement et plus banalement
aux compétences de la France. « leur nature
(celle des Algériens), c'est la misère. Que voulez-vous
que l'on en fasse chez nous ? ».
Voilà le réflexe de rejet raciste qu'il veut induire
chez nos compatriotes.
Alors, que va-t-on faire « de ce peuple dont la nature
est d'être miséreux ? »
On va lui demander,
« au nom de la France et de la République, en vertu
des pouvoirs octroyés par la Constitution, » de
se déterminer. Car dans la constitution de 1958, tout est
prévu pour décider de l'avenir français ou
non de tel ou tel fragment de la Nation.
L'auto-détermination devient ainsi le seul moyen par
lequel va s'exprimer le choix des Algériens.
Quand ?
« Au plus tard quatre années après le retour
effectif à la paix ».
Oui, mais c'est quoi la paix ?
« C'est une situation telle, qu'embuscades et attentats
n'auront pas coûté la vie à 200 personnes
en un an. »
Donc, jusqu'à 200 cadavres par an, c'est la paix.
A partir de 201 cadavres par an, c'est la guerre. C'est une formulation
mathématique dont la puérilité fut soulignée
en public. Par qui ? Par moi-même au Procès
des Barricades devant le Haut Tribunal Militaire qui nous jugeait.
Quelles sont les options ouvertes par l'auto-détermination ?
« 3 solutions concevables feront l'objet de la consultation. »
PREMIERE OPTION : LA SÉCESSION
« Je
suis, pour ma part, convaincu qu'un tel aboutissement serait invraisemblable
et désastreux. »
« La sécession
entraînerait une misère épouvantable, un chaos
politique, un égorgement généralisé, »
et stupidité
parmi les stupidités dans le propos du chef de l'Etat,
c'est « la dictature belliqueuse des communistes »
qui s'imposerait.
Ce qui revient à donner naissance, toujours d'après
Charles De Gaulle,« à un extraordinaire malheur. »
Quand on est informé,
comme je crois l'avoir rappelé dans « L'islamisme
dans la guerre d'Algérie », du rôle accessoire
pour ne pas dire négligeable du PC dans la guerre d'Algérie,
on est surpris du manque de savoir apparent affiché
par le général De Gaulle, quant à
l'identité réelle de la guerre d'Algérie.
Pas un seul instant
il n'évoque la motivation arabo-islamiste de la guerre
d'Algérie. Mais le sait-il vraiment ?
DEUXIEME OPTION : LA FRANCISATION
Il la présente,
cette option, comme s'il voulait développer d'emblée
une crainte chez les Français de la métropole. Une
attitude de refus, voire même une réaction de panique.
Examinons comment il présente cette francisation :
« ... les Algériens
pouvant accéder à toutes les fonctions publiques...
résidant ou travaillant où bon leur semble .... devenant
partie intégrante du peuple français qui s'étendrait
dès lors EFFECTIVEMENT DE DUNKERQUE A TAMANRASSET. »
C'est tout juste s'il
ne précise pas : « voilà ce que vous
subirez en cas de francisation de l'Algérie. »
TROISIEME OPTION :
UNE ALGERIE EN UNION ETROITE AVEC LA FRANCE
Une Algérie dont le régime intérieur
serait, d'après De Gaulle, de type fédéral,
de manière à protéger chaque communauté
religieuse à l'égard de l'autre.
Il semble se souvenir,
tout à coup, qu'en Algérie trois grands courants
religieux cohabitent.
La
religion musulmane
La religion chrétienne
La religion juive
Par ordre d'importance démographique.
Par ordre d'ancienneté historique, il
aurait pu être plus précis,
La
religion juive
La religion chrétienne
La religion musulmane
Mais était-il vraiment informé de la signification
religieuse universelle de la guerre d'Algérie ?
De la volonté arabo-islamiste de soumettre à sa
loi toutes les autres expressions de la foi en Dieu en Algérie
... et ailleurs ?
Il a trouvé ! La solution c'était facile.
Il fallait y penser !
UNE SOLUTION FEDERALE.
C'est-à-dire quoi ?
- que
la collectivité juive serait gérée par un
organisme gouvernemental juif,
- que
la collectivité chrétienne serait gérée
par un organisme gouvernemental chrétien,
- que
la collectivité musulmane serait gérée par
un organisme gouvernemental musulman, lui-même morcelé
en fractions, compte tenu des différentes formulations
du culte musulman en Algérie.
Ces trois « organismes gouvernementaux »
fonctionneraient sous l'autorité d'un gouvernement
national, un gouvernement fédéral qui harmoniserait
la vie à l'intérieur de cette Algérie nouvelle.
Ce n'est même pas de l'utopie. C'est un propos qui est frappé
du sceau de l'analphabétisme politique le plus total.
Un propos adressé à un peuple français que
lui-même traite implicitement, dans ce discours, comme un
peuple analphabète à ce moment-là. Car ce
peuple est totalement désinformé de la réalité
algérienne.
ET LES REBELLES ?
Il s'adresse à eux. En réalité, ce qu'il leur
dit revient à déclarer ceci :
« L'insurrection ne se justifie plus, puisque je
vous livre l'Algérie sur un plateau. »
Les rebelles donc ? « leur libre retour »
est envisagé.
Ê
Il est offert par l'Etat français.
Charles De Gaulle évoque néanmoins l'hypothèse
suivante :
Si ceux qui veulent l'indépendance sont
« résolus à établir par la force
et par la terreur leur dictature totalitaire... »
Qu'ils sachent
« qu'il n'y a aucune chance que la France se prête
à un pareil arbitraire ».
OUI .... MAIS .... QUE S'EST-IL DONC PASSE A EVIAN EN
MARS 1962 ?
Avons-nous été l'objet d'un délire hallucinatoire ?
Non ! De Gaulle s'est bien soumis aux exigences de l'ennemi.
Il a obligé la France à plier genoux devant l'arbitraire
du FLN. Nous précisons, devant l'arbitraire du FLN
de l'Extérieur. Il y a même applaudi. Comme il
s'était engagé à le faire devant Ferhat Abbas
en 1956 par l'intermédiaire de l'agent de liaison gaullo-FLN
de l'extérieur, « le pèlerin de Montreux »,
Abderrahmane Farès.
QUELLES
FURENT LES REACTIONS PROVOQUEES PAR CE DISCOURS A ALGER TOUT PARTICULIEREMENT ?
Je me souviens d'avoir écouté ce discours chez
mon camarade de jeunesse, condisciple du Lycée Bugeaud
depuis la 5ème, et frère d'armes de notre
combat, Georges Beauvais, place Wuillermoz à Bab el Oued.
Nous en avons ressenti les effets comme ceux d'un coup de poignard.
Et j'avoue aujourd'hui encore, mon ingénuité de
l'époque.
En effet, j'étais persuadé, le 16 septembre 1959
au soir, que tous les Français d'Algérie, les musulmans
partisans de l'Algérie française, le monde « Algérie
Française » de métropole, l'armée
française allaient réagir par une opposition
violente et clairement exprimée contre cette trahison.
Contre ce discours capitulard.
J'ai téléphoné à Joseph Ortiz pour
convoquer dès le lendemain matin, une réunion du
Bureau du FNF.
Il s'agit du Front National Français, mouvement créé
par Joseph Ortiz, au printemps 1959 : c'était un mouvement
d'inspiration nationale exclusive qui se proposait de défendre
la France, l'Europe et l'Occident, par la conservation de l'Algérie
à l'intérieur de l'entité nationale française.
J'exerçai très rapidement des fonctions très
importantes au sein de ce mouvement en m'occupant tout particulièrement
de son organisation intérieure et de ses commandos de choc.
Cette réunion se tint chez Jacques Laquière, au
Boulevard Carnot : y étaient présents, parmi
d'autres, Susini et Sanne.
Je me souviens de notre surprise plus qu'amère devant
le commentaire aberrant et surtout inattendu de mon vieil ami
Jean Brune, dans le journal de Schiaffino « La Dépêche
quotidienne ». Pour Jean Brune, ce discours du 16 septembre
1959, c'était un bon discours puisque De Gaulle nous laissait
le temps de vaincre la rébellion.... Et pour choisir, bien
évidemment, la bonne option une fois la victoire acquise.
Jean-Marie Sanne, qui faisait partie du cabinet militaire de Massu,
s'est éclipsé de notre réunion pendant quelques
minutes pour aller à la rencontre de son patron, Massu
donc, commandant du Corps d'Armée d'Alger, et lui demander
son avis sur ce discours qui nous avait fortement ébranlés.
La réponse de Massu, en substance : « c'est
un très bon discours, il ne nous reste plus qu'à
vaincre le FLN ».
Ce fut la stupeur lorsqu'il revint nous informer de la soumission
de Massu au discours gaulliste.
Ortiz prend alors la décision de demander audience au Général
Challe, commandant en chef en Algérie. Stupeur !
« C'est un excellent discours... le Général
nous laisse le temps de vaincre le FLN. »
Pauvre Challe....
Ayant regroupé ses plus belles unités sur l'ordre
de son ministre Guillaumat, dans une formation militaire d'élite,
« les Unités de Réserve Générale »,
Challe obtint de belles victoires, des victoires spectaculaires,
sur les bandes rebelles.
Il était convaincu qu'il était en train de gagner
la guerre d'Algérie grâce à ces nouvelles
opérations pleines de prestige qui ont fait naître
un véritable état d'euphorie chez nos militaires.
Le général en chef ne savait pas, et surtout ne
se doutait pas, que ce rôle lui avait été
imposé par De Gaulle, en accord avec Ferhat Abbas.
Si De Gaulle voulait obtenir le cessez-le-feu en Algérie,
il lui fallait, dans un premier temps, libérer le GPRA
créé en septembre 1958, de la menace que représentaient
les maquis de l'intérieur.
Ceux-ci reprochaient avec haine à ceux de l'extérieur,
d'être des « révolutionnaires de palace ».
Ils s'apprêtaient à leur réserver, dès
leur retour en Algérie, une célébration plus
que « rougeoyante ».
Cette complicité opérationnelle et tactique entre
De Gaulle et le GPRA sera à l'origine de l'affaire SI SALAH,
qui aura pour objectif réel de débarrasser Ferhat
Abbas et le GPRA de la menace de mort que représentait
la puissante Wilaya IV.
Une Wilaya presque totalement détruite en 1960, certes.
Mais politiquement et militairement en potentiel de renaissance
vigoureuse, le jour où l'armée française
interromprait ses opérations sur son territoire.
J'ai cru devoir insister, avec force, dans mes deux derniers ouvrages
sur cette vérité indéniable : lors
des opérations prestigieuses mises en uvre « sur
les crêtes », de « Jumelles » à
« Pierres Précieuses et Ariège »
on a fait tuer des soldats français, en réalité,
pour le compte ou plutôt pour le service du GPRA et de
l'ALN de l'Extérieur.
C'était ça, le drapeau blanc que devait brandir
De Gaulle, sur l'exigence formulée publiquement et clairement
par Ferhat Abbas, si le chef de l'Etat français voulait
obtenir par dessus tout, quel qu'en fût le prix :
le
cessez-le-feu en Algérie
Et il l'obtint. C'est d'ailleurs dans la rancune haineuse vouée
désormais contre les
extérieurs par les maquisards
de
l'intérieur qu'il faut situer l'origine réelle
du drame d'Oran, du 5 juillet 1962 dont nos frères et surs
d'Oran furent les scandaleuses victimes.
Et tout cela, De Gaulle
l'a-t-il obtenu en violation de la Constitution ? En violation
de ce sacro-saint principe qui précise que
« la République
est une et indivisible ? »
QUE
NON !
Tout était prévu dans la Constitution,
en particulier par l'article 53 pour que l'abandon fût possible,
sous la condition, précisée dans le texte, d'être
approuvée par une consultation du peuple français.
Par un référendum.
Il a fallu être singulièrement aveugle, inepte
et je fais un énorme effort pour rester poli dans mon propos,
pour avoir osé faire campagne en Algérie, pour le
OUI à ce référendum maudit du 28 septembre
1958. Faire campagne pour le OUI au nom de l'Algérie française.
OUI à De Gaulle, « c'était » osait-on
nous dire, « OUI à l'Algérie française ».
Aujourd'hui l'Algérie française c'est une terre
perdue. Un territoire abandonné. Déserté
par une armée qui accepta la défaite, qui accepta
que l'héroïsme de nos soldats tués en Algérie
fût un héroïsme galvaudé, offert en quelque
sorte dans une corbeille de mariage entre le gaullisme capitulard
et le FLN.
L'Algérie d'aujourd'hui c'est une terre qui n'est plus
la mienne. Une terre qui est devenue le fondement moral, psychologique,
ésotérique, métaphysique d'une nouvelle conquête
de la France espérée par nos ennemis.
Une conquête de la France par ceux qui séjournent
en vainqueurs « où bon leur semble » sur le territoire
de la République et qui prétendent être à
l'origine dans des délais moyens, d'une modification radicale
de l'identité de la France, puis de l'Europe puis de l'Occident.
Cette valeur ésotérique ou métaphysique de
la nouvelle conquête qui nous menace, c'est l'indépendance
offerte par De Gaulle qui l'a symbolisée pour l'avenir
et pour l'éternité. La victoire d'une insurrection
arabo-islamiste sur une grande nation d'Occident.
Une victoire obtenue hier non pas grâce à
la force d'une puissante armée ennemie, une menace actuelle
représentée non pas par une force politico-militaire
cohérente et organisée, non pas par une force arabo-islamiste
parfaitement hiérarchisée mais par une perversion
des comportements politiques qui, pour des raisons économiques,
tentent de soumettre la France à la Charria.
C'est en tout cela que s'exprime aujourd'hui le résultat
appréciable de la politique involutive gaulliste.
« Vous aurez l'Algérie de Tamanrasset à
Dunkerque » avait déclaré Ben M'Hidi en
1957.
Il nous faut en conséquence redouter quelque chose de dramatique
pour demain : c'est la naissance dans les décennies
à venir, d'une OAS européenne et occidentale
qui oserait lever l'étendard de la révolte contre
la perte d'espérance et pour la survie de l'Occident. L'Occident
que nous avons essayé de défendre en Algérie
française. L'Occident, c'est-à-dire, l'espace géopolitique
à l'intérieur duquel les chrétiens peuvent
vivre et s'exprimer sans crainte du malheur... mais avec l'espérance
de Gloire.
Nice, le 15 septembre 2009
Jean-Claude PEREZ