Le docteur Jean-Claude PEREZ
Adhérent du Cercle Algérianiste de Nice et des Alpes Maritimes
Auteur des livres : « Le sang d'Algérie »
« Debout dans ma Mémoire »
« Vérités tentaculaires sur l'OAS et la guerre d'Algérie »
« L'Islamisme dans la guerre d'Algérie »
« Attaques et contre-attaques »
aux Editions Dualpha - BP 58, 77522 COULOMMIERS CEDEX

NOUS COMMUNIQUE SOUS LE N° 23bis L'ETUDE SUIVANTE :

 

LEROY, VILLARD, LA PARTITION

D'APRES :

« LE SANG D'ALGERIE »

« ATTAQUES ET CONTRE-ATTAQUES »

 

ETUDE 23 bis

Une question se posait à l'époque de l'OAS, et se pose aujourd'hui encore :

les membres de l'OAS étaient-ils tous partisans de « l'Algérie française » ?

C'est-à-dire étaient-ils tous partisans de l'intégration de la province-Algérie à l'ensemble des provinces françaises ?

La réponse est NON. Je dis bien NON.

En septembre 1961, le général SALAN fut de retour à Alger. Il avait passé un été tranquille dans la Mitidja où il s'était refait santé et tonus.

En octobre 1961, SALAN accepta que CARUANA, SUSINI et DEGUELDRE se rendissent chez Jacques CHEVALLIER dans sa maison d'El-Biar.

Je ne sais pas si le général SALAN avait donné son accord pour cette prise de contact. Il ne me l'a jamais dit. Où plutôt, il m'a affirmé que non, lorsque je l'ai revu après l'amnistie dans son logement parisien de la rue Théodore de Banville, en décembre 1968.

Mais que SUSINI, DEGUELDRE et CARUANA aient pris contact, dès cette époque avec l'ancien maire FLN d'Alger, c'est maintenant quelque chose d'établi. Un événement qui fut en quelque sorte tenu secret jusqu'en 1975.

Au départ, il existait ainsi plusieurs fausses notes dans le comportement d'anciens responsables de l'OAS.

Mon rôle à la tête de l'O.R.O. nationale était d'observer, de contrôler et de prendre garde ...

L'OAS en réalité, était née beaucoup trop tard. Je l'ai dit et je le redis. C'est au plus tard dès 1956 que le peuple d'Algérie aurait dû s'organiser en armée secrète avec tout ce que cela comportait comme changement de psychologie individuelle, et de mentalité.

En 1961, l'OAS d'Algérie, est apparue comme un bébé né après une grossesse pathologiquement prolongée : ridé, fripé, vieilli, fatigué.

Son manque initial de structuration, son manque de recul, la rendait fragile. Et c'est de cette fragilité que naquit la possibilité pour SUSINI d'organiser une entrevue avec Jacques CHEVALLIER. Mais pour une initiative de cette gravité, il avait besoin de l'acquiescement de Roger DEGUELDRE.

Je l'ai su en son temps. La lutte à mort était déjà engagée. Les convictions « Algérie française » du général SALAN s'étaient largement confirmées et exprimées.

Ce thème était redevenu le support idéologique unique de notre action. Il ne m'appartenait plus, en demandant des comptes pour ces contacts avec un ennemi de notre cause, de porter atteinte à l'unité d'un appareil de combat que nous avions eu tant de peine à mettre sur pied.

Plus tard, se manifesta un autre déviationnisme aussi dangereux et cela pour plusieurs raisons :

1.      parce qu'il était inspiré par les gaullistes,

2.      parce que ses partisans voulurent l'imposer par un coup de force à l'intérieur de l'OAS,

3.      parce qu'il s'agissait de la partition, ineptie géopolitique s'il en fut.

Je souligne aujourd'hui encore, que je n'aurais pas joué une seconde de ma liberté sur ce projet.

Cette fois, SUSINI n'était pas concerné. Le général en chef, SALAN, préconisa des sanctions contre les affiliés à cette nouvelle conjuration anti-OAS. Ces hommes n'étaient pas des traîtres. Ils eurent le tort néanmoins :

1.      de désobéir à un moment très difficile pour l'organisation ;

2.      d'avoir été assez naïfs pour se laisser séduire par des hommes politiques plus ou moins mandatés par des services secrets qui n'aspiraient qu'à les manipuler ;

3.      de vouloir imposer leur point de vue par la force.

Le drame d'une organisation clandestine c'est qu'en cas de dysfonctionnement grave, il n'existe pas de sanctions punitives bénignes. Il n'existe pas « d'arrêts de rigueur » ni d'incarcération possible. L'adhésion à la doctrine du général en chef, était d'une absolue nécessité, sans nuance.

Est intervenu dans cette conjuration, un curieux personnage : le préfet PETITBON.

Celui-ci fut appelé par Jean MORIN, délégué général du gouvernement français en Algérie. Officiellement, PETITBON avait manifesté l'intention de s'occuper des jeunesses algériennes.

Comme on le voit, le moment était bien choisi en 1961, pour s'orienter dans ce style d'activité ! On lui attribua néanmoins la direction d'un SFJA (Service de Formation de la Jeunesse en Algérie). Service qui, curieusement, dépendait de l'autorité du premier ministre, Michel DEBRE. Plus exactement, de l'autorité des services spéciaux qui fonctionnaient sous sa direction. Sans perdre de temps, à la fin de l'année 1961 et dès le début de l'année 1962, PETITBON prit l'initiative de contacter certains hommes de l'OAS.

En réalité, il mit en ¤uvre d'une manière très technique, une opération de noyautage et de division à l'intérieur de notre appareil de combat.

Il promit monts et merveilles à quelques uns. Il s'engagea à fournir armes et moyens de guerre à une fraction juxtaposée de l'OAS. Celle du Front Nationaliste. Celui-ci était dirigé par LEROY, qui avait toujours refusé, je le redis, son allégeance aux organes de commandement de notre organisation. Il se considérait comme un allié de l'OAS et non pas comme un effectif intégré au dispositif opérationnel de l'OAS.

PETITBON, grâce à certaines fournitures d'armes, réussit à circonvenir LEROY, que je connaissais bien, et SARRADET que je n'ai jamais connu. Il fit miroiter une possibilité de solution de secours que nous avons évoquée dans les paragraphes précédents : celle d'une partition de l'Algérie.

Une partie de la terre algérienne allait rester sous l'administration française et le reste sous l'administration du FLN ! Ce fut une man¤uvre d'intoxication affectée d'un ridicule indiscutable. Mais elle fut redoutable, car elle faillit provoquer un éclatement de ce qui restait de l'OAS.

J'eus personnellement, à propos de cette option à laquelle il adhérait, un entretien sérieux avec LEROY. Je sais que je l'ai déjà dit. Je me suis employé à le convaincre de la signification réelle de la man¤uvre à laquelle il souscrivait.

Cette man¤uvre consistait à noyauter et à détruire l'OAS, avec laquelle il avait combattu jusqu'alors, même si ce n'était qu'en tant qu'allié. Je l'ai mis en garde contre une opération intérieure de police qu'il nous obligeait à prévoir. Je lui ai proposé de faire marche arrière.

Je lui ai offert une place d'adjoint au commandement national de l'O.R.O. J'avais déjà obtenu l'adhésion de l'un de ses subordonnés SCHAMBIL qui occupait depuis quelques jours un poste de responsabilité au sein du BCR national.

LEROY était un homme sincère, courageux et il était convaincu d'être loyal. J'éprouvais pour lui une fraternelle amitié. Malheureusement, il était tombé entre les mains de Matignon, par l'intermédiaire de celui qui coordonnait le fonctionnement des services secrets. Le drame était inéluctable.

J'affirme que je n'aurais jamais ordonné ou accepté l'exécution de LEROY si j'avais été tenu informé de l'opération qui fut décidée et déclenchée à mon insu.

DEGUELDRE sous l'influence d'un cadre de l'OAS, ancien ami très personnel de LEROY et qui tenait encore SALAN sous son influence, fit exécuter LEROY en même temps que VILLARD.

Pourquoi VILLARD ?

Parce « qu'on » ne trouva pas SARRADET, qui était à la fois le premier contact et surtout, le contact le plus sérieux du préfet PETITBON.

Ne trouvant pas SARRADET, Le PIVAIN exécuta VILLARD par ce « qu'on » lui avait certifié que VILLARD était engagé dans cette conjuration.

Quelques jours plus tard, Le PIVAIN fut informé du mal fondé de son opération. Il manifesta à haute voix sa volonté de faire rendre des comptes à l'inspirateur qui avait manipulé DEGUELDRE pour faire exécuter LEROY et VILLARD, dans le seul but d'annexer le Front Nationaliste pour son propre compte.

Le PIVAIN, en raison de ses imprudences verbales, fut « donné » aux forces de l'ordre. Il tomba dans une embuscade très opportuniste tendue par des exécuteurs gaullistes qui l'attendaient là où il fallait l'attendre.

Ce fut un grand drame de l'OAS.

Seulement... seulement quoi ? J'étais le chef de l'O.R.O. J'ai donc assumé hiérarchiquement la responsabilité de ces deux opérations, bien que ne les ayant pas ordonnées, pour deux raisons.

Première raison : je n'avais pas été en mesure d'interdire ces exécutions. Elles ont été réalisées, par une branche subalterne de l'O.R.O. Je ne fus informé qu'après coup.

Deuxième raison : il me fallait à tout prix et de toute urgence couvrir DEGUELDRE. De manière à garantir l'homogénéité de la BAO que DEGUELDRE commandait. Nous avions besoin de tout le monde. De tous ceux qui restaient. J'ai donc officiellement déchargé DEGUELDRE de la responsabilité de ces deux exécutions.

J'étais violent, je le concède. Il m'est arrivé parfois d'être expéditif dans l'extrême-urgence. Mais j'étais loin d'être sanguinaire. Si LEROY m'avait fait confiance, il aurait évité le drame qu'il a connu.

S'il avait rejoint un poste d'adjoint au commandement de l'O.R.O. que je lui ai proposé, personne n'aurait osé s'attaquer à quelqu'un qui fut sous mes ordres. J'étais intraitable sur ce point très précis. Comment a réagi LEROY à ma proposition. Je l'ai déjà relaté :

« Si tu ne marches pas avec nous, tu trinqueras comme les autres ».

Il avait oublié à qui il parlait. Il se croyait intouchable parce qu'il était manipulé par le patron des services secrets de Matignon.

Ce fut un drame. Un de plus parmi ceux que j'ai vécus.

Comme j'envie, aujourd'hui encore, les spectateurs pieds-noirs qui sont restés bien quiets chez eux ! Qui nous ont jugés ! Qui nous ont condamnés ! Et qui, aujourd'hui, nous oublient !

Je n'ai jamais voulu tuer ces hommes. Leur seule protection c'était l'O.R.O. Là, personne ne les aurait touchés.

SCHAMBIL l'avait compris puisque, comme je vous l'ai rappelé ci-dessus, il est venu apporter son concours volontairement au fonctionnement du BCR au sein duquel il fut traité en frère d'armes.

Ce fut un drame de l'OAS.... Que je déplore. Je n'en suis pas l'ordonnateur. Mais il faut essayer de se remettre dans l'ambiance de l'époque pour comprendre l'atmosphère dramatique au sein de laquelle nous évoluions, surtout moi, à la tête de cette O.R.O. nationale à qui incombaient les décisions les plus graves à prendre pour tenter de sauver ce qu'il était encore possible de sauver.

Jean-Claude PEREZ
Nice, le 24 octobre 2009

 

Mis en page le 25/10/2009 par RP