Le docteur Jean-Claude PEREZ
Adhérent du Cercle Algérianiste de Nice et des Alpes Maritimes
Auteur des livres : « Le sang d'Algérie »
« Debout dans ma Mémoire »
« Vérités tentaculaires sur l'OAS et la guerre d'Algérie »
« L'Islamisme dans la guerre d'Algérie »
« Attaques et contre-attaques »
aux Editions Dualpha - BP 58, 77522 COULOMMIERS CEDEX

NOUS COMMUNIQUE SOUS LE N° 24 L'ETUDE SUIVANTE :

 

.... dans le cadre de ses recherches sur le déroulement de l'assassinat de la France sud-méditerranéenne (1954-1962).

IL Y A 55 ANS .... LA TOUSSAINT ROUGE (1/11/1954)

... motivation réelle du premier attentat de la Toussaint Rouge dans les Aurès[1].


Je suis en conférence, quelque part en France. « La dimension géopolitique de la guerre d'Algérie » c'est mon sujet. Comme chaque fois, je prétends expliquer. J'éprouve le besoin de schématiser l'événement ou les évènements que je veux relater, en terme de dynamique.

Pour étayer mon argumentation, j'ai recours à un peu de géométrie. Je veux illustrer, devant mes auditeurs, l'évolution migratoire de la révolution algérienne. Sa migration depuis le plan algérien jusqu'au plan occidental actuel, en passant par le plan français et le plan européen.

Pour conduire au mieux ma démonstration, je propose à mon auditoire de conférer à la guerre d'Algérie la configuration toute théorique d'un simple triangle.

C'est alors que je suis interpellé par un de mes auditeurs, qui déborde d'une agressivité inattendue.

« Un triangle ! Tu te moques de nous ! C'est un peu trop simple ! J'espère que tu ne vas pas prendre rang, toi aussi, parmi les traîne-savates, les doctorants refoulés de la toge, les « bâclards » et les « ramenards », qui nous racontent l'Algérie française comme des taxidermistes, des nécrophages ou des Marie-Chantal encore envoûtées par le parfum du jasmin et les senteurs de fleur d'oranger qui enrichissaient l'air d'Algérie. Un peu de réalisme et reviens sur terre s'il-te-plaît ! La guerre d'Algérie fut un drame pour ceux qui l'ont vécue. Ne l'oublie pas ! Une guerre qui s'est déclenchée en terme de feu, de sang, et de misères, le 8 mai 1945..... »

Je calme mon interlocuteur sans difficulté. C'est facile. C'est un « pote ». Un frère d'armes et par-dessus le marché, il n'a pas tort.

C'est vrai.

La guerre d'Algérie n'a pas commencé le 1er novembre 1954. Par les attentats terroristes qui furent abondamment décrits, attentats dont on refuse de souligner, aujourd'hui encore, qu'ils furent un échec opérationnel pour leurs auteurs.

Parmi ces attentats, nous soulignons tout particulièrement, et j'ajoute, avec une insistance féroce, l'assassinat du ca•d Hadj Saddok, exécuté en toute priorité dans les Aurès.

Pourquoi en toute priorité ? Pour une raison que l'on passe sous silence aujourd'hui encore.

Le 8 mai 1945, lors des émeutes sanguinaires du Constantinois, (les Hauts-Plateaux sétifiens et Guelma) il avait convaincu les Chaou•as des Aurès de rester fidèles à la France. C'était la mission dont il avait été investi alors qu'il était encore sous-officier dans une unité de tirailleurs, stationnée en Tunisie.

Parce qu'il était lui-même un Chaou•a, un de ses officiers lui avait demandé de se porter volontaire dans une mission de défense de la France au sein de sa population. Il s'était acquitté de cette mission secrète avec un grand succès, puisque la population chaou•a des Aurès, naturellement très belliqueuse, est restée fidèle à la France durant les évènements du 8 mai 1945.

Oui, je le répète, mon interlocuteur n'a pas tort.

Le début de la guerre d'Algérie remonte bien à la date du 8 mai 1945.

A partir de cette date, nous, Français d'Algérie, n'avions pas vu, n'avions pas perçu, qu'elle était présente cette guerre, dans l'air que nous respirions en Algérie.

Etions-nous aveugles ?

Non. Nous étions confiants.

Le 8 mai 1945, s'est donc déroulé un événement de grande signification historique. Nous sommes quelques-uns à nous entêter depuis des lustres à le souligner sans relâche. Un événement profondément altéré dans sa relation par les historiens modernes.

Il s'agit du Jihad intégriste, islamiste et berbère, de la Petite Kabylie, de Sétif, des Hauts-Plateaux sétifiens, de la terre des Babors et aussi de Guelma, une ville située plus à l'est, au-delà de Constantine.

Les historiens « réducteurs » atténuent, aujourd'hui encore, le caractère bestial et sauvage de l'agression subie par nos concitoyens du sud-ouest constantinois et de Guelma.

Massacrer des Français par dizaine, c'était le but prioritaire de ces émeutes.

Violer, en passant, quelques femmes françaises, ça c'était une occasion à ne pas rater.

Mais tout cela n'a aucune importance pour ces historiens modernes !

Ce qui compte pour ces réducteurs de l'histoire, c'est la répression que ce drame a secondairement provoquée.

Celle-ci fut-elle nécessaire ?

Ma réponse est affirmative.

N'en soyez pas choqués. Je l'ai écrit par ailleurs, je n'ai jamais été sanguinaire. Mais j'affirme que cette répression fut indiscutablement obligatoire, opérationnellement et militairement, si on voulait interdire la généralisation du soulèvement. Si on voulait interdire d'autres massacres beaucoup plus dramatiques.

Tant pis pour les pleurnichards biens intentionnés et bien pensants parfois, qui aujourd'hui encore, se lamentent à cause de cette répression, qui fut une répression nécessaire à la sauvegarde de notre peuple.

La deuxième guerre mondiale se terminait ce jour là en Europe.

La France libérée depuis peu, ne pouvait prendre le risque d'être entraînée dans une révolution, sur cet immense territoire que représentait l'Algérie. Alors qu'en Europe, s'accomplissait dans un enthousiasme morbide et parfois dans un triomphe masochiste, l'euthanasie géopolitique des nations de la vieille Europe, qu'elles fussent du camp vainqueur ou du camp vaincu.

La sauvagerie était bien ancrée dans les mĻurs, en ce temps là.

On entendait sans cesse évoquer des massacres collectifs de résistants au nazisme. On nous révélait l'existence des horribles camps de la mort. On avait aussi en mémoire les bombardements des villes allemandes et le massacre de centaines de milliers de femmes et d'enfants qu'ils ont provoqué.

On se souvenait de la tuerie inutile de Dresde. On entendait parler de lynchages « épuratifs » et souvent aussi, du calvaire des femmes tondues.

Donc, à la date du 8 mai 1945, la violence, la barbarie, c'était du banal.

C'était presque du vécu quotidien et la riposte aux massacres de notre peuple français et aux massacres des Kabyles fidèles à la France qui furent lynchés par centaines, se devait d'être efficace.

Elle fut donc sévère, violente en certaines occasions. Parfois même, spectaculaire et exhibitionniste. Il fallait, c'était vital pour la France renaissante en 1945, éviter une généralisation du conflit en Afrique du nord française.

Nos effectifs militaires classiques étaient réduits. Il était indispensable d'adapter notre riposte à nos faibles disponibilités opérationnelles.

Nous sommes conscients du drame et de la tragédie qu'a représentés cet évènement du 8 mai 1945 et des jours qui ont suivi. Mais il faut souligner avec force que cette répression fut hypertrophiée dans son évaluation, d'une manière scandaleuse.

Aujourd'hui encore, des ignares, mal intentionnés de surcroît, prétendent soumettre notre pays à une exigence de repentance, en se basant sur un chiffre de victimes de la répression qui a été multiplié par 20. Ils donnent l'impression d'éprouver de la jouissance en avilissant la France. Ils s'illustrent ainsi, mais ils ne le savent pas, comme des objets de mépris de la part de leurs auditeurs, comme ce fut le cas à Guelma le 8 mai 2005, lors de la célébration du 8 mai 1945 par un représentant officiel du gouvernement français. Car comment exprimer de l'estime pour quelqu'un qui, au nom de son gouvernement, vient insulter son propre pays devant un public qui représente le vainqueur historique de la France dans cette guerre d'Algérie de 1954 à 1962 ?

Mais au-delà du drame et au-delà de l'horreur -ne craignons pas la vigueur des mots- quel est le témoin, le commentateur, l'historien, qui s'est intéressé à la genèse de ce drame ? Qui a pris, et qui prend encore la responsabilité de rappeler que cet événement fut contemporain et synchrone de l'attaque de nos troupes en Syrie, à Damas très précisément ?

Qui s'entête à démontrer que cette opération islamiste n'avait d'autre but que de provoquer un soulèvement fondamentaliste en Afrique du nord française, au Liban et en Syrie ?

Que le but international et constant de cette révolution, s'inscrivait dans une volonté d'interdire la naissance de l'état d'Isra‘l ?

Ce qui est évident lorsque l'on connaît l'identité de l'ordonnateur, depuis Genève, de ce Jihad islamo-berbère du Constantinois.

Qui ose s'employer, aujourd'hui encore, à nous informer de l'identité du déclencheur de ce jihad islamo-berbère du 8 mai 1945 ?

Qui veut nous faire connaître le rôle précis joué par le grand émir intégriste libanais Chekib Arslam qui agissait dans le droit-fil des projets d'Asmine El Husse•ni, le mufti de Jérusalem ?

Tout cela n'intéresse personne à l'évidence. Même pas ceux qui ont souffert de cet événement dans leurs biens et dans leur chair et qui sanctionnent souvent notre volonté de comprendre et de faire comprendre par leur indifférence, leurs sarcasmes et parfois leur mépris d'ignares mal intentionnés.

On néglige tout ce qui est indispensable à notre défense.

Ce qui est indispensable surtout à la compréhension de l'événement donc à la justification de notre propre violence qui fut une violence de sauvegarde, je le souligne une fois de plus.

Quoi qu'il en soit, de ce manque d'intérêt pour expliquer l'identité et l'origine du drame du 8 mai 1945 dans le Constantinois, nous retenons que ce drame fut le point de départ de la Révolution Algérienne, dans sa traduction guerrière et totale.

Ce qui nous impose, tout naturellement, de revenir à la Toussaint Rouge, 1er novembre 1954.

Ben Boula•d, qui s'est évadé de nos prisons, commande déjà, dans les Aurès, la future Wilaya I. Il sait, en octobre 1954, qu'il lui faut avant tout éliminer un symbole s'il veut réussir à déclencher une rébellion anti-française au sein du peuple Chaou•a. Ce symbole c'est le ca•d Hadj Saddok.

Hadj Saddok est Français. C'est un officier français du cadre de réserve. Il est porteur des plus belles décorations militaires officielles. Pour lui, la fidélité à la France ne se discute pas. Il est très influent dans les Aurès et c'est un obstacle majeur à la mission de Ben Boula•d. C'est lui qu'il faut tuer de toute urgence. C'est lui qui illustre l'objectif réel de cet attentat exécuté dans un car au cours duquel, ce héros de la France fut assassiné.

Il fut assassiné, oui, mais en compagnie d'un instituteur français, Monsieur Monnerot.

Hadj Saddok c'était l'objectif à détruire.

L'instituteur Monnerot ce fut un Français « à croquer » en passant. Parce qu'il était là.

Quelques années plus tard, en 1956 je crois, une parente de l'instituteur Monnerot, sa belle-mère peut-être, vint à Alger pour évoquer la mémoire de ce malheureux instituteur.

Quelle ne fut pas la surprise des autorités qui reçurent cette dame, de l'entendre réclamer d'être conduite sur la tombe de l'aspirant Maillot, pour s'y recueillir !

L'aspirant Maillot avait volé un chargement d'armes aux dépens de son unité, le 20ème B.T, à Miliana dans le massif du Zaccar. Cet armement fut divisé en deux lots.

Un premier lot fut transporté par Mme Chaulet, dans une voiture américaine, en Grande Kabylie, pour être livré à Khodja qui commandait un maquis FLN dans la zone de Palestro. Grâce à ces armes, Khodja, fit tomber dans une embuscade une patrouille de rappelés français. Au cours de cette opération, 18 soldats furent tués et mutilés grâce à l'initiative de Mme Chaulet, complice de l'ancien maire-FLN d'Alger, Jaques Chevallier.

Un autre lot de cet armement fut affecté dans un maquis communiste, implanté dans la région de Lamartine, dans le Haut Chéliff. Ce maquis était commandé par un instituteur communiste, Laban, Maillot exerçant le commandement en second. Ce maquis communiste fut très rapidement livré aux forces de l'ordre par ses complices FLN, qui voulait se débarrasser des communistes. Ils voulaient bien de l'armement livré par les communistes, mais dans leur combat, ils n'avaient rien à faire de cette complicité du parti communiste algérien. C'est le 1er REP[2] qui isola ce maquis en l'encerclant. Les officiers de ce régiment tinrent à laisser l'honneur de l'hallali aux soldats du 20ème BT de Miliana qui avaient été victimes de ce vol d'armes. Ce maquis fut donc détruit par des soldats métropolitains, des hommes du contingent, qui firent payer aux traitres, l'addition dont ils étaient redevables pour avoir livré au FLN un pouvoir de mort sur nos soldats et compatriotes français.

Dans mon livre « L ISLAMISME DANS LA GUERRE D'ALGERIE », je révèle l'identité des soldats du contingent qui ont tué Laban et Maillot, en sachant pourquoi ils le faisaient, pourquoi il fallait le faire.

Le drame de ces morts se situe ailleurs. Il se situe dans l'impunité dont ont joui les inspirateurs de cette trahison : Jacques Chevallier, Madame Chaulet et tous leurs complices de cette époque-là et même leurs complices plus tardifs.

Hadj Saddok fut le symbole de la France qu'il fallait tuer dès le 1er novembre 1954, le jour de la Toussaint Rouge.

Il faut le rappeler à ceux qui l'ont su et l'enseigner à ceux qui ne le savaient pas.

« Mais qui t'a raconté tout cela ? » reprend mon impétueux interlocuteur.

« C'est Maurice V. qui m'a révélé l'identité réelle de Hadj Saddok et le symbole qu cil représentait. C'était il y a quelques années déjà. Au cours d'une soirée avec Fred Artz et quelques anciens du Kroubs, à l'hôtel de Bérange, tout près de Nîmes, de Montpellier, d'Alès et de Castries.

Alors Maurice V., le Sétifien, faîtes-lui confiance ! Il connaît la question. Il sait de quoi il parle. C'est un homme du terroir, de ces Hauts-Plateaux qui se situent pas loin de Bougie, ma ville natale. ».

Jean-Claude PEREZ

Le 31 octobre 2009



[1] Aurès : Massif montagneux du sud-est algérien

[2] 1er REP : 1er Régiment Etranger Parachutiste

Mis en page le 01/11/2009 par RP