.... dans le cadre de
ses recherches sur le déroulement de l'assassinat de la France
sud-méditerranéenne (1954-1962).
IL Y A 55 ANS .... LA TOUSSAINT ROUGE (1/11/1954)
... motivation réelle
du premier attentat de la Toussaint Rouge dans les Aurès.
Je suis en conférence,
quelque part en France. « La dimension géopolitique de
la guerre d'Algérie » c'est mon sujet. Comme chaque fois,
je prétends expliquer. J'éprouve le besoin de schématiser l'événement
ou les évènements que je veux relater, en terme de dynamique.
Pour étayer mon argumentation,
j'ai recours à un peu de géométrie. Je veux illustrer, devant
mes auditeurs, l'évolution migratoire de la révolution algérienne.
Sa migration depuis le plan algérien jusqu'au plan occidental
actuel, en passant par le plan français et le plan européen.
Pour conduire au mieux
ma démonstration, je propose à mon auditoire de conférer à la
guerre d'Algérie la configuration toute théorique d'un simple
triangle.
C'est alors que je
suis interpellé par un de mes auditeurs, qui déborde d'une agressivité
inattendue.
« Un triangle !
Tu te moques de nous ! C'est un peu trop simple ! J'espère
que tu ne vas pas prendre rang, toi aussi, parmi les traîne-savates,
les doctorants refoulés de la toge, les « bâclards »
et les « ramenards », qui nous racontent l'Algérie française
comme des taxidermistes, des nécrophages ou des Marie-Chantal
encore envoûtées par le parfum du jasmin et les senteurs de fleur
d'oranger qui enrichissaient l'air d'Algérie. Un peu de réalisme
et reviens sur terre s'il-te-plaît ! La guerre d'Algérie
fut un drame pour ceux qui l'ont vécue. Ne l'oublie pas !
Une guerre qui s'est déclenchée en terme de feu, de sang, et de
misères, le 8 mai 1945..... »
Je calme mon interlocuteur
sans difficulté. C'est facile. C'est un « pote ». Un
frère d'armes et par-dessus le marché, il n'a pas tort.
C'est vrai.
La guerre d'Algérie
n'a pas commencé le 1er novembre 1954. Par les attentats
terroristes qui furent abondamment décrits, attentats dont on
refuse de souligner, aujourd'hui encore, qu'ils furent un échec
opérationnel pour leurs auteurs.
Parmi ces attentats,
nous soulignons tout particulièrement, et j'ajoute, avec une insistance
féroce, l'assassinat du ca•d Hadj Saddok, exécuté en toute
priorité dans les Aurès.
Pourquoi en toute
priorité ? Pour une raison que l'on passe sous silence aujourd'hui
encore.
Le 8 mai 1945, lors
des émeutes sanguinaires du Constantinois, (les Hauts-Plateaux
sétifiens et Guelma) il avait convaincu les Chaou•as des Aurès
de rester fidèles à la France. C'était la mission dont il avait
été investi alors qu'il était encore sous-officier dans une unité
de tirailleurs, stationnée en Tunisie.
Parce qu'il était
lui-même un Chaou•a, un de ses officiers lui avait demandé de
se porter volontaire dans une mission de défense de la France
au sein de sa population. Il s'était acquitté de cette mission
secrète avec un grand succès, puisque la population chaou•a des
Aurès, naturellement très belliqueuse, est restée fidèle à la
France durant les évènements du 8 mai 1945.
Oui, je le répète,
mon interlocuteur n'a pas tort.
Le début de la guerre
d'Algérie remonte bien à la date du 8 mai 1945.
A partir de cette
date, nous, Français d'Algérie, n'avions pas vu, n'avions pas
perçu, qu'elle était présente cette guerre, dans l'air que nous
respirions en Algérie.
Etions-nous aveugles ?
Non. Nous étions confiants.
Le 8 mai 1945, s'est
donc déroulé un événement de grande signification historique.
Nous sommes quelques-uns à nous entêter depuis des lustres à le
souligner sans relâche. Un événement profondément altéré dans
sa relation par les historiens modernes.
Il s'agit du Jihad
intégriste, islamiste et berbère, de la Petite Kabylie, de Sétif,
des Hauts-Plateaux sétifiens, de la terre des Babors et aussi
de Guelma, une ville située plus à l'est, au-delà de Constantine.
Les historiens « réducteurs »
atténuent, aujourd'hui encore, le caractère bestial et sauvage
de l'agression subie par nos concitoyens du sud-ouest constantinois
et de Guelma.
Massacrer des Français
par dizaine, c'était le but prioritaire de ces émeutes.
Violer, en passant,
quelques femmes françaises, ça c'était une occasion à ne pas rater.
Mais tout cela n'a
aucune importance pour ces historiens modernes !
Ce qui compte pour
ces réducteurs de l'histoire, c'est la répression que ce drame
a secondairement provoquée.
Celle-ci fut-elle
nécessaire ?
Ma réponse est affirmative.
N'en soyez pas choqués.
Je l'ai écrit par ailleurs, je n'ai jamais été sanguinaire. Mais
j'affirme que cette répression fut indiscutablement obligatoire,
opérationnellement et militairement, si on voulait interdire la
généralisation du soulèvement. Si on voulait interdire d'autres
massacres beaucoup plus dramatiques.
Tant pis pour les
pleurnichards biens intentionnés et bien pensants parfois, qui
aujourd'hui encore, se lamentent à cause de cette répression,
qui fut une répression nécessaire à la sauvegarde de notre peuple.
La deuxième guerre
mondiale se terminait ce jour là en Europe.
La France libérée
depuis peu, ne pouvait prendre le risque d'être entraînée dans
une révolution, sur cet immense territoire que représentait l'Algérie.
Alors qu'en Europe, s'accomplissait dans un enthousiasme morbide
et parfois dans un triomphe masochiste, l'euthanasie géopolitique
des nations de la vieille Europe, qu'elles fussent du camp vainqueur
ou du camp vaincu.
La sauvagerie était
bien ancrée dans les mĻurs, en ce temps là.
On entendait sans
cesse évoquer des massacres collectifs de résistants au nazisme.
On nous révélait l'existence des horribles camps de la mort. On
avait aussi en mémoire les bombardements des villes allemandes
et le massacre de centaines de milliers de femmes et d'enfants
qu'ils ont provoqué.
On se souvenait de
la tuerie inutile de Dresde. On entendait parler de lynchages
« épuratifs » et souvent aussi, du calvaire des femmes
tondues.
Donc, à la date du
8 mai 1945, la violence, la barbarie, c'était du banal.
C'était presque du
vécu quotidien et la riposte aux massacres de notre peuple français
et aux massacres des Kabyles fidèles à la France qui furent lynchés
par centaines, se devait d'être efficace.
Elle fut donc sévère,
violente en certaines occasions. Parfois même, spectaculaire et
exhibitionniste. Il fallait, c'était vital pour la France renaissante
en 1945, éviter une généralisation du conflit en Afrique du nord
française.
Nos effectifs militaires
classiques étaient réduits. Il était indispensable d'adapter notre
riposte à nos faibles disponibilités opérationnelles.
Nous sommes conscients
du drame et de la tragédie qu'a représentés cet évènement du 8
mai 1945 et des jours qui ont suivi. Mais il faut souligner avec
force que cette répression fut hypertrophiée dans son évaluation,
d'une manière scandaleuse.
Aujourd'hui encore,
des ignares, mal intentionnés de surcroît, prétendent soumettre
notre pays à une exigence de repentance, en se basant sur un chiffre
de victimes de la répression qui a été multiplié par 20. Ils donnent
l'impression d'éprouver de la jouissance en avilissant la France.
Ils s'illustrent ainsi, mais ils ne le savent pas, comme des objets
de mépris de la part de leurs auditeurs, comme ce fut le cas à
Guelma le 8 mai 2005, lors de la célébration du 8 mai 1945 par
un représentant officiel du gouvernement français. Car comment
exprimer de l'estime pour quelqu'un qui, au nom de son gouvernement,
vient insulter son propre pays devant un public qui représente
le vainqueur historique de la France dans cette guerre d'Algérie
de 1954 à 1962 ?
Mais au-delà du drame
et au-delà de l'horreur -ne craignons pas la vigueur des mots-
quel est le témoin, le commentateur, l'historien, qui s'est intéressé
à la genèse de ce drame ? Qui a pris, et qui prend encore
la responsabilité de rappeler que cet événement fut contemporain
et synchrone de l'attaque de nos troupes en Syrie, à Damas très
précisément ?
Qui s'entête à démontrer
que cette opération islamiste n'avait d'autre but que de provoquer
un soulèvement fondamentaliste en Afrique du nord française, au
Liban et en Syrie ?
Que le but international
et constant de cette révolution, s'inscrivait dans une volonté
d'interdire la naissance de l'état d'Isra‘l ?
Ce qui est évident
lorsque l'on connaît l'identité de l'ordonnateur, depuis Genève,
de ce Jihad islamo-berbère du Constantinois.
Qui ose s'employer,
aujourd'hui encore, à nous informer de l'identité du déclencheur
de ce jihad islamo-berbère du 8 mai 1945 ?
Qui veut nous faire
connaître le rôle précis joué par le grand émir intégriste libanais
Chekib Arslam qui agissait dans le droit-fil des projets d'Asmine
El Husse•ni, le mufti de Jérusalem ?
Tout cela n'intéresse
personne à l'évidence. Même pas ceux qui ont souffert de cet événement
dans leurs biens et dans leur chair et qui sanctionnent souvent
notre volonté de comprendre et de faire comprendre par leur indifférence,
leurs sarcasmes et parfois leur mépris d'ignares mal intentionnés.
On néglige tout
ce qui est indispensable à notre défense.
Ce qui est indispensable
surtout à la compréhension de l'événement donc à la justification
de notre propre violence qui fut une violence de sauvegarde, je
le souligne une fois de plus.
Quoi qu'il en soit,
de ce manque d'intérêt pour expliquer l'identité et l'origine
du drame du 8 mai 1945 dans le Constantinois, nous retenons que
ce drame fut le point de départ de la Révolution Algérienne,
dans sa traduction guerrière et totale.
Ce qui nous impose,
tout naturellement, de revenir à la Toussaint Rouge, 1er
novembre 1954.
Ben Boula•d, qui s'est
évadé de nos prisons, commande déjà, dans les Aurès, la future
Wilaya I. Il sait, en octobre 1954, qu'il lui faut avant tout
éliminer un symbole s'il veut réussir à déclencher une
rébellion anti-française au sein du peuple Chaou•a. Ce symbole
c'est le ca•d Hadj Saddok.
Hadj Saddok est Français.
C'est un officier français du cadre de réserve. Il est porteur
des plus belles décorations militaires officielles. Pour lui,
la fidélité à la France ne se discute pas. Il est très influent
dans les Aurès et c'est un obstacle majeur à la mission de Ben
Boula•d. C'est lui qu'il faut tuer de toute urgence. C'est lui
qui illustre l'objectif réel de cet attentat exécuté dans un car
au cours duquel, ce héros de la France fut assassiné.
Il fut assassiné,
oui, mais en compagnie d'un instituteur français, Monsieur Monnerot.
Hadj Saddok c'était
l'objectif à détruire.
L'instituteur Monnerot
ce fut un Français « à croquer » en passant. Parce qu'il
était là.
Quelques années plus
tard, en 1956 je crois, une parente de l'instituteur Monnerot,
sa belle-mère peut-être, vint à Alger pour évoquer la mémoire
de ce malheureux instituteur.
Quelle ne fut pas
la surprise des autorités qui reçurent cette dame, de l'entendre
réclamer d'être conduite sur la tombe de l'aspirant Maillot, pour
s'y recueillir !
L'aspirant Maillot
avait volé un chargement d'armes aux dépens de son unité, le 20ème
B.T, à Miliana dans le massif du Zaccar. Cet armement fut divisé
en deux lots.
Un premier lot fut
transporté par Mme Chaulet, dans une voiture américaine, en Grande
Kabylie, pour être livré à Khodja qui commandait un maquis FLN
dans la zone de Palestro. Grâce à ces armes, Khodja, fit tomber
dans une embuscade une patrouille de rappelés français. Au cours
de cette opération, 18 soldats furent tués et mutilés grâce à
l'initiative de Mme Chaulet, complice de l'ancien maire-FLN d'Alger,
Jaques Chevallier.
Un autre lot de cet
armement fut affecté dans un maquis communiste, implanté dans
la région de Lamartine, dans le Haut Chéliff. Ce maquis était
commandé par un instituteur communiste, Laban, Maillot exerçant
le commandement en second. Ce maquis communiste fut très rapidement
livré aux forces de l'ordre par ses complices FLN, qui
voulait se débarrasser des communistes. Ils voulaient bien de
l'armement livré par les communistes, mais dans leur combat, ils
n'avaient rien à faire de cette complicité du parti communiste
algérien. C'est le 1er REP
qui isola ce maquis en l'encerclant. Les officiers de ce régiment
tinrent à laisser l'honneur de l'hallali aux soldats du 20ème
BT de Miliana qui avaient été victimes de ce vol d'armes. Ce maquis
fut donc détruit par des soldats métropolitains, des hommes du
contingent, qui firent payer aux traitres, l'addition dont ils
étaient redevables pour avoir livré au FLN un pouvoir de mort
sur nos soldats et compatriotes français.
Dans mon livre « L ISLAMISME
DANS LA GUERRE D'ALGERIE », je révèle l'identité des
soldats du contingent qui ont tué Laban et Maillot, en sachant
pourquoi ils le faisaient, pourquoi il fallait le faire.
Le drame de ces morts
se situe ailleurs. Il se situe dans l'impunité dont ont joui les
inspirateurs de cette trahison : Jacques Chevallier, Madame
Chaulet et tous leurs complices de cette époque-là et même leurs
complices plus tardifs.
Hadj Saddok fut le
symbole de la France qu'il fallait tuer dès le 1er
novembre 1954, le jour de la Toussaint Rouge.
Il faut le rappeler
à ceux qui l'ont su et l'enseigner à ceux qui ne le savaient pas.
« Mais qui t'a
raconté tout cela ? » reprend mon impétueux interlocuteur.
« C'est Maurice
V. qui m'a révélé l'identité réelle de Hadj Saddok et le symbole
qu cil représentait. C'était il y a quelques années déjà. Au cours
d'une soirée avec Fred Artz et quelques anciens du Kroubs, à l'hôtel
de Bérange, tout près de Nîmes, de Montpellier, d'Alès et de Castries.
Alors Maurice V.,
le Sétifien, faîtes-lui confiance ! Il connaît la question.
Il sait de quoi il parle. C'est un homme du terroir, de ces Hauts-Plateaux
qui se situent pas loin de Bougie, ma ville natale. ».
Jean-Claude PEREZ
Le 31 octobre 2009