Le docteur Jean-Claude PEREZ
Adhérent du Cercle Algérianiste de Nice et des Alpes Maritimes
Auteur des livres : « Le sang d'Algérie »
« Debout dans ma Mémoire »
« Vérités tentaculaires sur l'OAS et la guerre d'Algérie »
« L'Islamisme dans la guerre d'Algérie »
« Attaques et contre-attaques »
aux Editions Dualpha - BP 58, 77522 COULOMMIERS CEDEX

NOUS COMMUNIQUE SOUS LE N° 41 L'ETUDE SUIVANTE

 

ETUDE REDIGEE A LA DEMANDE DE DANIELE LOPEZ

DES « PETITS ECHOS DE L’ECHO D’ORAN »

ET POUR LE BENEFICE ENVENTUEL

DE TOUS MES CORRESPONDANTS

 

 

 

LA PAROUSIE DU NAUFRAGEUR

DE LA FRANCE SUD-MEDITERRANEENNE

 

Ou

 

retour sur l’étude de la conjuration satanique

du 13 mai 1958

 

Définition de la Parousie : « retour glorieux du Christ à la fin des temps, en vue du jugement dernier » (Larousse 2010)

 

Récusant, à titre préventif, l’accusation de blasphème, nous prétendons assimiler à une pseudo-parousie le retour au pouvoir du général De Gaulle, en 1958. Retour mis en œuvre dans le but prioritaire de tuer la France en Algérie.

Pseudo-parousie d’un pseudo-sauveur qui prétendait sauver la patrie française d’un chaos qui la menaçait.

 

C’est donc à une nouvelle approche de la genèse « du 13 mai 1958 », que je vous invite en ce mois de janvier 2011. Avec une arrière-pensée que je tiens, paradoxalement, à situer au premier plan dès le début de cette étude : ne pas oublier d’évoquer la « seconde parousie » gaulliste. Celle qui fut ratée, après qu’il eût abandonné le pouvoir en 1969.

Il abandonna l’Elysée, cette année-là, sous la pression, ou plutôt sous l’action politique de ceux-là mêmes qui l’y avaient installé. Qui avaient fait le constat qu’il ne leur était plus nécessaire de l’y conserver pour le bon déroulement de leur stratégie, née des exigences du capitalisme financier moderne.

 

Il est établi que De Gaulle, mal résigné à cette éviction, était disposé à reprendre le pouvoir par le moyen d’une nouvelle « parousie ». Il attendait, il espérait que le peuple le réclamât comme le « sauveur unique et perpétuel de la France ». Mais rien ne vint.

Les pompidoliens régicides avaient décidé de se passer de lui.

 

 

Dans cette étude 50/41, nous allons rappeler :

 

- La conjuration gaulliste mise en site opérationnel, dès 1956, à partir des locaux de l’ancien RPF, rue Solferino à Paris dans le 7ème arrondissement.

 

- Le rôle de Bourguiba dans la genèse opérationnelle et tactique du 13 mai 1958, à partir du drame de Sakiet-Sidi -Youcef.

 

- Le comportement d’une armée et d’un peuple qui vont se mettre « à plat ventre » devant le  « gourou », organisateur de la mort de la France sud-méditerranéenne.

 

Evoquer l’hystérie collective du 13 mai 1958, la « bouffonnerie » des Comités de Salut Public, le délire des foules algériennes, ne peut se réaliser en dehors d’un cadre historique, dont il faut préciser aussi bien les contours que le contenu.

Dans cet esprit, un retour vers le passé s’avère nécessaire.

  En 1942, quelques jours avant le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord française, l’amiral Darlan se trouvait à Alger. Il était venu rendre visite à son fils, malade, soigné à l’hôpital militaire Maillot. Cet hôpital se situait dans le quartier de Bab El Oued, à quelques dizaines de mètres de l’endroit où j’exercerai la médecine générale, treize ans plus tard en octobre 1955.

Informé de l’imminence d’un débarquement allié sur le territoire de l’AFN, l’amiral fit une déclaration qui fut publiée dans la presse locale. Je me souviens très bien d’avoir lu dans un quotidien algérois les propos suivants :

« L’Empire sans la France ce n’est rien.

La France sans l’Empire, ce  n’est rien ».

 

Dans cette déclaration de l’Amiral, nous trouvons exprimées deux inquiétudes.

Tout d’abord, une prévision, une prédiction historique : « l’Empire sans la France, ce n’est rien ». Effectivement, il est facile de constater que dans sa grande majorité, ce qui fut l’Empire français représente aujourd’hui encore un ensemble de terres sans perspective. Selon une terminologie traditionnelle.

 

Mais dans cette affirmation de l’amiral, s’exprime surtout une terrible angoisse :

« la France sans l’Empire ce n’est rien ». Cette angoisse de l’amiral va trouver un écho, quinze ans plus tard, dans les propos d’un homme politique français. D’un homme d’Etat, puisqu’il s’agit de Chaban-Delmas.

 

En 1957, celui-ci occupait le poste de ministre des armées, dans le gouvernement de Félix Gaillard. C’est l’époque au cours de laquelle ce ministre installa à Alger, une antenne célèbre. Celle-ci jouera un rôle fondamental dans le déroulement algérois du 13 mai 1958 : l’antenne de la défense nationale, avec des hommes comme Guy Ribaud, le commandant Pouget, Delbecque, Nouvion, Lhostis et Jacques Laquière. Celui-ci mit son cabinet d’avocat à la disposition de cette antenne.

Dans l’exercice de ses fonctions ministérielles, Chaban-Delmas a rendu visite au général Salan, commandant en chef en Algérie. Il s’est déplacé à Philippeville, pour inaugurer une nouvelle école militaire de contre-guérilla. Cette école était installée au casino « Beau Rivage » tout près de cette belle ville constantinoise, au pied du djebel Filfila. Il était accompagné du général Gilles, commandant le corps d’armée de Constantine. S’adressant aux 90 capitaines stagiaires qui suivaient le cursus de cette école, le ministre des armées leur tint en substance ces propos :

« Sachez bien qu’il n’y aura plus d’armée française, parce qu’il n’y aura plus de France, si par malheur nous manquons notre coup ici, en Algérie ».

Avec le recul du temps, nous pouvons affirmer que pour des hommes politiques de très haute responsabilité, d’origine et de convictions différentes, parfois même opposées, il était banal et logique d’affirmer que le sort de notre Patrie, de la Nation française, était intimement lié au destin que l’on s’apprêtait à élaborer pour ce qui était encore l’Algérie française.

 

         Or, et nous ne le savons que trop, cela n’a pas empêché le général De Gaulle, maître à penser, s’il en fut, de Chaban-Delmas, de prononcer trois ans plus tard, le célébrissime discours du 4 novembre 1960. Discours dans lequel le président de la Vème République annonce la naissance prochaine d’une République algérienne.

Nous savons depuis longtemps que ces termes de « république algérienne » n’avaient pas été prévus dans le texte initial de ce discours. Celui qui avait été préparé par les rédacteurs officiels. C’est De Gaulle lui-même qui prit l’initiative d’ajouter ces mots de République algérienne, d’importance décisive et irrévocable, lors de l’enregistrement de cette allocution. Au grand dam de tous ses collaborateurs.

 

Ce 4 novembre est un vendredi. C’est le week-end qui précède l’ouverture du Procès des Barricades d’Alger. J’ai donc l’honneur d’écouter ce discours de l’intérieur de la prison de la Santé, avec mes autres camarades détenus.

La surprise fut très forte, même et surtout dans les sphères gouvernementales. A un point tel, que Paul Delouvrier, délégué général du gouvernement en Algérie, décide de convoquer d’urgence ses quatre principaux collaborateurs pour le lendemain. C’est-à-dire pour le samedi 5 novembre à Alger.

Quels sont les collaborateurs convoqués ce jour-là par Paul Delouvrier ?

 

Tout d’abord Coup de Fréjac, directeur de l’information. Ancien combattant glorieux de la libération de la France, il regroupait en lui toutes les qualités requises pour s’illustrer comme un ardent défenseur de la terre française d’Algérie. Mais Coup de Fréjac était avant tout un inconditionnel du général De Gaulle.

Quelles sont ses fonctions auprès de Delouvrier ?

Museler l’information en Algérie, organiser la censure. Interdire aux Français d’Algérie de s’exprimer. Les priver d’informations en provenance de l’extérieur.

 

La deuxième personnalité convoquée ce 5 novembre par Delouvrier est Jean Vaujour. C’est le chef de cabinet de Delouvrier. Il avait exercé, peu de temps auparavant, les fonctions de directeur de la police en Algérie, en 1954 tout particulièrement. Il avait reçu, cette année-là, des offres de services de la part d’un rebelle anti-français. Celui-ci, contre la somme de 1 million de francs de l’époque s’était proposé de lui livrer toute l’implantation du CRUA dans les Aurès. Vaujour rendit compte de cette proposition à François Mitterand, ministre de l’intérieur. Sous la forme d’un rapport : le rapport Vaujour du 23 octobre 1954. Mitterand ne tint aucun compte de cette information. On aurait pu tuer la guerre d’Algérie dans l’œuf. On a décidé de ne pas le faire.

 

La troisième personnalité convoquée ce samedi 5 novembre est François Coulet. Avant la guerre de 1939, il exerçait des fonctions d’ambassadeur de France. Il fit une guerre brillante, et évolua vers un statut d’officier de réserve réactivé. Pendant la guerre d’Algérie, il commanda une célèbre unité : celle des commandos de l’air, unité qui avait été créée auparavant par le général de Maricourt. Ses convictions, sa formation, auraient dû faire de lui un défenseur ardent, efficace, acharné même de l’Algérie française. Il le fut effectivement jusqu’en 1958. A cette date, revient à l’avant-scène de la politique son Maître à penser : le général De Gaulle. Ce dieu dont il a décidé d’être le prêtre. Ses convictions « Algérie française » vont se convertir en une obéissance inconditionnelle, aveugle, exclusive à l’égard de l’homme de Colombey.

Coulet, auprès de Delouvrier, tient le poste de directeur des affaires politiques. Termes assez imprécis, qui permettent de supposer que son rôle s’identifiait à celui d’un commissaire politique chargé de contrôler le fonctionnement du cabinet de Paul Delouvrier.

 

Le quatrième personnage convoqué ce 5 novembre 1960 s’appelle André Jacomet, conseiller d’Etat, secrétaire général de l’administration. C’est-à-dire qu’il est le patron de tous les fonctionnaires d’Algérie. André Jacomet ne s’était pas affirmé comme un défenseur convaincu de l’Algérie française. La tiédeur, le scepticisme, la neutralité administrative, voilà tout ce qui a commandé chez lui à une attitude de détachement. Un détachement agressif néanmoins, puisqu’il fut de ces personnalités qui ont reproché au général Challe et à Delouvrier, de ne pas avoir réduit par la force les Barricades d’Alger, lors de la journée du 24 janvier 1960. Mais ce jour-là, ce samedi 5 novembre 1960, Jacomet est frappé par la grâce. Il n’accepte pas le discours du 4 novembre. Il lâche une bombe. Il ose affirmer qu’il lui est impossible de lier le sort de sa Patrie, de la France, au sort d’un homme, fût-il le général De Gaulle :

« Pour moi la France ce n’est pas De Gaulle et De Gaulle ce n’est pas la France », a-t-il le cran d’affirmer en langage dépourvu d’ambigüité.

A l’Elysée, fureur noire ! De Gaulle exige du Conseil d’Etat qu’il se réunisse au plus tôt en commission pour statuer comme il se doit sur la carrière de Jacomet. Le Conseil d’Etat se réunit en commission le 12 novembre 1960 sous la présidence de Monsieur Parodi, Monsieur Gazier, un notable socialiste, assumant les fonctions de secrétaire général de la commission. Stupeur ! Le Conseil d’Etat refuse de révoquer André Jacomet comme il lui avait été enjoint de le faire.

Fait exceptionnel dans les annales des Républiques françaises, un président de la République va révoquer purement et simplement un conseiller d’Etat.

Le lendemain, dimanche 13 novembre à Alger, Delouvrier communique à Jacomet la décision présidentielle. Il lui fait le commentaire suivant :

« Vous avez obéi à votre conscience au lieu d’obéir à votre devoir ! C’est abominable ! »

Ainsi, obéir à sa conscience, c’est abominable ! Par un comportement régalien outrancier on exige d’hommes et de femmes politiques quelque chose de dégradant. On va leur imposer d’étouffer leur conscience et de renier leurs convictions. On va leur imposer de satisfaire à un seul devoir : l’obéissance inconditionnelle à De Gaulle. Un comportement régalien qui va plonger ces femmes et ces hommes politiques dans un état de déréliction idéologique. Je veux dire des hommes et des femmes qui vont se trouver amputés de leur idéal premier, de leurs repères réels. Ils vont étouffer leur conscience pour satisfaire à une nouvelle devise :

« Pour De Gaulle, par De Gaulle, avec De Gaulle »

Et que crève la France en Algérie ! »

 

 

- I -

 

Chaque fois qu’il m’est donné de prendre connaissance d’une relation historique des évènements du 13 mai 1958, j’éprouve la même surprise. Celle de constater à quel point le goût de « l’à peu près » voire la désinvolture, a imprégné les rédactions de cette page capitale de notre histoire. Ils prétendent, aujourd’hui encore, tout simplifier, d’une façon caricaturale. Ils veulent nous interdire de fouiller ce passé. Ils ne prétendent qu’à une seule chose : nous contraindre à nous interroger, par lassitude, par résignation, de la façon suivante :

« A quoi bon, à quoi bon chercher à comprendre ! ».

Ils s’inscrivent tous, aujourd’hui plus qu’hier dans une conjuration permanente : la conjuration contre la mémoire de l’Algérie française. Pourtant, ils devront s’incliner devant l’Histoire. Celle-ci finit toujours par s’imposer. Sans rigidité, sans trucage, comme « un tableau de maître » ai-je entendu dire. Mais ce tableau de maître, il ne suffit pas de le regarder, il faut être capable de voir ce qu’il contient.

 

Dans ces évènements du 13 mai 1958, nous avons identifié plusieurs intervenants qui se sont succédés.

 

A/ Tout d’abord, une volonté stratégique. C’est elle qui a conduit une fraction dominante du capitalisme financier à organiser « le délestage économique du débouché algérien ».

« L’Algérie ça coûte cher ! Ca ne rapporte rien ! Trop de moricauds à nourrir ! Liquidez-moi ça et vite ! »

C’est tout bête mais voilà exprimée en termes pragmatiques la motivation stratégique et unique qui va faire naître la république algérienne.

« La liberté des  peuples de disposer d’eux-mêmes »,

« les droits de l’homme »,

n’apparaissent jamais dans le libellé de leurs motivations. Ils constituent « la douceur » qui va permettre de faire passer l’amertume de la décision.

 

B/ Ensuite, se met en marche, un premier agent d’exécution tactique. Il s’agit du FLN né en 1954, à partir du MTLD, puis de l’OS, puis du CRUA, pour parvenir à sa structure de 1958, celle qui fut mise en place au congrès de la Soummam durant l’été 1956. C’est-à-dire, je le rappelle, une structure composée :

-       d’une part des maquis de l’intérieur organisés administrativement et militairement en wilayas,

-       d’autre part, le CNRA qui siège à l’extérieur de l’Algérie. Celui-ci s’articule avec les maquis, par l’intermédiaire du CCE. A partir du CNRA et du CCE naîtra le 18 septembre 1958 le GPRA dont le  président, à cette date est Ferhat Abbas [1]

 

C/ En troisième lieu, nous voyons se mobiliser un groupe de protagonistes tactiques qui va jouer son rôle dans la conjuration du 13 mai 1958. Ce troisième groupe se divise lui-même en deux sous-groupes. L’un comme l’autre, se sont donnés pour mission de livrer l’Algérie au FLN.

Mais dans la réalité des faits, ces deux structures vont dans un premier temps être concurrentes avant d’être complémentaires et complices dans un second temps.

 

La première de ces deux structures fonctionne sous le couvert de l’autorité officielle gouvernementale, mais en grand secret. Elle est constituée par des personnalités de la IVème République qui ont joué un rôle politique dans ses gouvernements successifs. Ils sont favorables à un « cessez-le-feu avant la victoire » mais ils recherchent celui-ci en secret, en catimini, comme des voleurs, comme des traitres tout banalement. Car l’opinion française dans son ensemble, est encore hostile à l’abandon de l’Algérie. Nous évoquons des hommes politiques qui s’appuient essentiellement sur les partis de gauche. Mais cette structure de gauche s’essouffle. Elle n’aboutit à rien de concret. Tout logiquement elle va être concurrencée par un second sous-groupe qui veut lui damer le pion sur l’échiquier des contacts, des négociations. Sur l’échiquier où s’élabore la défaite de la France.

 

Ce second sous-groupe s’identifie à une structure de droite. Elle va s’affirmer comme la seule capable d’obtenir un « cessez-le-feu en Algérie avant la victoire », seule capable de l’imposer aux Français. Pourquoi serait-elle seule capable de le faire ?

Parce que, conduisant une fraction importante des Français de droite à souscrire à l’abandon de l’Algérie française par ruse, par tromperie, par envoûtement, ces manœuvriers conduits par le général De Gaulle, apporteront à la première structure, c’est-à-dire au FLN, les appuis décisifs qui lui font défaut.

Appuis fournis par une fraction non négligeable de la France de droite, de la France traditionnelle. Celle qui va à la messe, qui défend l’école libre, qui parfois a chanté « Maréchal nous voilà ! », qui a adhéré plus tard, en 1946 au MRP, plus tard encore au RPF et qui ne veut plus faire face à un conflit. La paix, la tranquillité, voilà ce dont a grand besoin cette structure. Voilà ce qui va la conduire à être complice, en se couvrant les

yeux d’une main capitularde, de l’assassinat de la province française d’Algérie.

Elle porte une lourde responsabilité, avec De Gaulle, dans les massacres de Harkis par dizaines de milliers. Dans le massacre d’Alger du 26 mars 1962 [2] . Dans les massacres d’Oran du 5 juillet 1962. Une structure de droite qui portera sa responsabilité dans l’enlèvement de dizaines de nos concitoyens qui n’ont jamais été retrouvés.

 

-      II –

 

         L’exécuteur est ainsi désigné. Il est volontaire.

         C’est De Gaulle.

        Comment, dès lors, créer des circonstances qui provoqueront son intervention en la rendant inéluctable et décisive ?

Car il ne faut pas s’y tromper. Le mouvement gaulliste, dans son immense majorité, en 1956, 1957 et 1958, est farouchement partisan de l’Algérie française. Biaggi, Sanguinetti, anciens du RPF, sont venus à Alger. Ils ont appelé à la Révolution Nationale. Ils sont déchaînés et pour eux, le recours à l’homme du 18 juin, c’est l’appel au seul homme capable de réaliser l’union sacrée dans le but de sauver l’Algérie française.

Devraient-ils pour cela, tuer la république.

Cette chute de la République, ils n’hésitent pas à la revendiquer de tous leurs vœux. Je les ai entendus à Alger.

Par ailleurs, Roger Frey, Jacques Soustelle, clament eux aussi leur foi dans l’avenir de l’Algérie. Ils appellent De Gaulle. Ils condamnent avec férocité les manœuvres d’abandon. Ils menacent.

Chaban-Delmas, qui n’a aucun talent, qui ne dégage aucune chaleur humaine dans ses propos, et qui ne peut s’empêcher de flirter avec la gauche, a lié, lui aussi, en 1957, le sort de la France au sort de l’Algérie Française : « il n’y aura plus d’armée française parce qu’il n’y aura plus de France, si nous manquons notre coup en Algérie », a-t-il déclaré. Nous avons rappelé ce propos dès le début de cette étude.

Et que dire des appels aux armes de Michel Debré qui réclame la révolution ! Oui, la révolution purement et simplement.

 

         De Gaulle est intervenu, historiquement et dialectiquement, comme « l’élu secret du FLN ». Sa mission ne pourra s’accomplir que dans le cadre d’une opération qui va se proposer un premier but, prioritaire : canaliser le torrent de la foi révolutionnaire en l’Algérie française.

Faire sortir ce torrent de son lit dans un premier temps. Il faut laisser à cette dynamique révolutionnaire, du temps pour qu’elle puisse démolir un objectif : la IVème République.

Dans un deuxième temps, on va s’employer à contenir ce torrent impétueux de l’Algérie française. On va le domestiquer, puis le réintégrer dans son lit, le transformer par ce procédé en un tortillard rampant, sans vigueur, totalement émasculé. Un torrent qui va être soumis à la volonté du mage De Gaulle, au nom du devoir d’obéissance. Au nom de la fidélité au gaullisme qui prend ainsi le rayonnement d’une religion enseignée par une secte.

« En étouffant vos consciences messieurs ! En reniant vos convictions ! »

 

         Comment faire naître l’événement ou les évènements qui vont neutraliser le courant « Algérie française » grâce à l’intervention de De Gaulle ?

C’est le FLN qui va jouer le rôle de détonateur. C’est lui qui va s’employer, avec l’aide décisive de son prestigieux allié tunisien Bourguiba, à déclencher une succession d’évènements tragiques et sanglants qui aboutiront au 13 mai 1958.

 

-      III –

Rôle de Bourguiba

 

Celui-ci, chef de l’Etat tunisien, accorde au début de l’année 1958, une interview à un journaliste français. Celle-ci est publiée dans la « Revue des Deux Mondes » avant le 13 mai 1958. Peut-être au mois de février ou mars de cette même année. J’implore votre pardon car ma mémoire est exceptionnellement défaillante sur ce détail. Je me souviens très bien d’avoir lu le contenu de cette interview donnée par « le combattant suprême ». Je ne peux préciser le nom de l’auteur de cet article.

Dans cet article, Bourguiba divisait les Français en deux catégories : les Sudistes et les Nordistes.

Les Nordistes acceptent la perte de l’Algérie française.

Les Sudistes ne l’accepteront jamais.

Chose curieuse à cette époque, le gouverneur général de l’Algérie, Lacoste, socialiste, se trouve inclus par Bourguiba dans le camp des Sudistes.

Pourtant, nous avions combattu Robert Lacoste lorsqu’il avait présenté son projet de loi-cadre en 1957. Elle se proposait de faire des musulmans d’Algérie, des citoyens français, tout en leur accordant de n’être soumis qu’à la seule législation civile prévue par le droit coranique. Nous considérions que s’il fallait, et il le fallait sous peine de mort pour l’Algérie française, accorder la citoyenneté française aux musulmans, il fallait aussi, de la façon la plus impérative, soumettre les musulmans d’Algérie aux mêmes règles et aux mêmes devoirs en terme de droit civil, que ceux auxquels était soumise la totalité des autres citoyens français. Une juridiction civile identique pour tous, en vertu du Code Napoléon.

Il n’était pas possible d’accorder aux musulmans d’être régis par une juridiction civile différente de la nôtre. Nous avons accepté la laïcité avec les restrictions auxquelles elle nous a contraints à propos de notre vécu de catholiques. Nous avions le droit d’attendre que cette exigence fut identique avec les musulmans.

Une précision : pour nous, un gouvernement laïc c’est un gouvernement qui exerce ses pouvoirs en toute indépendance à l’égard des grands courants religieux. Nous rejetons cette tendance qui tend à s’imposer aujourd’hui dans un but révolutionnaire nouveau : celui de faire de la laïcité un moyen de combattre exclusivement le christianisme et tout particulièrement le catholicisme romain.

La France est encore une république laïque : il était exclu à cette époque, en Algérie française et il est exclu aujourd’hui, sur le sol national français, d’imposer à notre Patrie une partition cléricalo-juridique. C’est-à-dire une partition motivée par une exigence confessionnelle, celle d’une nouvelle majorité par exemple.

 

Ce que proposait Robert Lacoste, se situait en réalité, à l’opposé de l’intégration. Celle-ci imposait, et aujourd’hui encore elle impose au préalable, une SECULARISATION de tous les comportements religieux. Voilà un terme qui justifie une réflexion complémentaire à laquelle je propose de me livrer très brièvement néanmoins.

 

Il y a peu de temps encore, d’après une encyclopédie des termes religieux, on séparait, fort justement, deux notions qui en réalité étaient contraires. Il s’agit des notions de « sécularisme » et de « sécularité ».

-       Le sécularisme est une attitude philosophique qui absolutise la composante matérielle de la vie. Qui refuse de la soumettre à Dieu.

-       La sécularité reconnaît la réalité des valeurs matérielles de la vie. Mais elle refuse de les absolutiser. Elle les soumet à Dieu.

-       La sécularisation apparaît comme le cheminement intellectuel qui permet d’arriver à la sécularité.

Aujourd’hui, il semble que l’on ait pris quelques libertés avec le sens premier de ce terme de sécularisation. On la définit aujourd’hui comme un concordat qui doit s’établir entre l’expression publique d’une religion et les lois qui régissent un pays au sein duquel cette religion a la volonté de se manifester. Une religion qui refuse de se séculariser est donc une religion qui prétend se manifester publiquement en opposition avec les lois d’un pays.

Sur le plan pratique la sécularisation impose à une religion d’exercer sa liberté de culte en France, dans le cadre prévu par nos lois. C’est-à-dire des lois votées majoritairement par le peuple français.

 

Dans le cadre de l’intégration que nous voulions établir en Algérie française et dont la nécessité s’exprime encore de nos jours sur le territoire métropolitain, il n’est pas question de  permettre à un culte de violer nos lois et nos règlements. Le « vivre-ensemble » implique une adhésion préalable aux lois de notre pays et à une pratique de nos cultes respectifs dans le cadre de ces lois.

 

C’était ce qui en Algérie devait constituer avant toute autre notion, la base de l’intégration. Ce que prévoyait Robert Lacoste était fondamentalement contraire à nos institutions. Il exprimait en réalité par son projet de loi-cadre de 1957, une négation philosophique de l’Algérie française.

Les juifs, pour être français, avaient renoncé en 1870, aux prérogatives du droit mosaïque. Ils sont restés néanmoins fidèles à leur foi.

Nous, chrétiens, avons accepté un grand nombre d’aggiornamentos à l’échelon de la planète. Nous n’avons pas renié notre foi pour autant.

Les musulmans devaient eux-aussi, en Algérie, et doivent aujourd’hui en France, satisfaire à cette exigence ou plutôt à cette nécessité pour accéder aux avantages et surtout à l’honneur d’être Français.

 

C’était pour nous, en Algérie, et c’est pour nous aujourd’hui en France, une condition sine qua non pour assurer la pérennité de notre pays.

 

Dans cet article de la Revue des Deux Mondes, Bourguiba avait flairé chez Robert Lacoste, malgré son erreur, une indiscutable faim d’Algérie française. Il le rangea donc dans le camp des Sudistes et Bourguiba ajouta, je ne fais que traduire ses propos :

« les Sudistes sont prêts à tout, y compris à un coup de force militaire pour garder l’Algérie Française ».

 

Puis il précisa, toujours en traduisant son propos :

« seul, le général De Gaulle sera capable de les mâter en les contrôlant. D’autant plus facilement que les partisans de l’Algérie française, c’est-à-dire ces mêmes Sudistes, feront appel à lui, ils l’installeront au pouvoir. Mais ils ne savent pas que lui seul est capable d’imposer aux Sudistes de se soumettre à sa volonté de séparer la France de l’Algérie française ».

 

Comment mettre la machine en marche ?

 

Voici la succession des évènements.

 

IV – LA MACHINE INFERNALE SE MET EN ROUTE

 

Sakiet-Sidi-Youcef

 

Voici schématiquement la succession des évènements.

 

Un capitaine français commande « un quartier » tout près de la frontière tunisienne. Un quartier est une subdivision opérationnelle et géographique « d’un secteur ». Plusieurs secteurs constituent « une zone ». Plusieurs zones aboutissent à la constitution « d’un corps d’armée ».

Ce quartier est situé tout près d’un cantonnement de rebelles algériens. La particularité de ce cantonnement ennemi est illustrée par sa situation en territoire tunisien. Près de Sakiet-Sidi-Youcef.

 

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1958, ce capitaine est destinataire d’un renseignement transmis par son commandant de secteur : une tentative de passage de la frontière par une bande rebelle est prévue. On lui certifie que le renseignement est parfaitement recoupé. Il implique donc une prise de dispositions opérationnelles immédiates. On lui commande de monter une embuscade pour intercepter ce détachement ennemi.

Pour ce capitaine, ce n’est pas un problème. Officier aguerri, il dispose d’un effectif de soldats du contingent expérimentés. Il réunit une troupe sélectionnée de 43 hommes composée de soldats du 23ème R.I. et du 18ème Dragon. Ces hommes sont entraînés, courageux. C’est un effectif suffisant pour monter une embuscade.

 

Mais surprise ! Ils tombent sur une force de 300 fellouzes ! Pratiquement 3 compagnies fortement armées.

En réalité, un traquenard est bien monté. Mais ce sont nos soldats qui tombent « en plein dedans ». Car le renseignement était indiscutablement un piège tendu par le FLN et la Tunisie. Dans quel but ?

 

Dans le seul but de faire du bilan.

 

Ces 300 fellouzes jouissent de toute la logistique fournie par une armée conventionnelle : liaisons-radio, renseignements transmis par le commandement militaire tunisien. 300 hommes véhiculés dans des camions de la garde nationale tunisienne jusqu’à l’extrême limite de la frontière algéro-tunisienne.

L’accrochage est dur. Fort heureusement, des unités de parachutistes, alertées, sont avisées et transportées de toute urgence sur ce site opérationnel. Les fells sont repoussés avec de lourdes pertes. Dans leur fuite, ils sont protégés par des tirs de mitrailleuses et de mortiers qui partent des crêtes tunisiennes.

14 de nos soldats sont tués et retrouvés horriblement mutilés. Mais une anomalie est constatée : 4 hommes sont emportés par le FLN comme prisonniers. 4 fils de France qu’une pudeur véritablement ressentie à l’égard des familles, nous interdit de nommer. Ces fils de France faisaient partie de l’effectif du 23ème R.I. et du 18ème Dragon.

Insistons sur l’anomalie de la part des forces rebelles de ramener des prisonniers en Tunisie.

En effet, l’accrochage a été dur. Pour nous comme pour eux. Les fells ont eu néanmoins le temps de massacrer, d’émasculer et d’éventrer 14 soldats français. Pourquoi s’encombrer de prisonniers ?

Qu’importaient pour le FLN, 4 morts de plus ?

Nous verrons l’usage tactique qui sera fait de 3 de ces 4 malheureux soldats.

 

A la suite de ce drame, le commandant de l’aviation du Corps d’Armée de Constantine, le colonel Duval, ordonne un renforcement des opérations de reconnaissance aérienne sur la Tunisie. Tout près de la frontière. Il veut, à tout prix, localiser d’où sont venus les assassins de nos soldats. Il espère découvrir le lieu de détention de ces malheureux prisonniers.

Mais en Tunisie, tout est prévu pour contrecarrer les dispositions opérationnelles du colonel Duval. Le 13 janvier 1958, un de nos avions est abattu par un tir de DCA tunisienne. L’équipage est sauvé. Au début du mois de février 1958, un autre appareil est sévèrement touché. Il réussit néanmoins à atterrir en territoire algérien tout près de la frontière tunisienne. Son équipage est recueilli et sauvé par une patrouille française.

Il faut savoir que ces tirs de la DCA tunisienne constituent en eux-mêmes une véritable provocation. Car, lors du survol d’un territoire national par des appareils étrangers, les tirs de défense anti-aérienne, doivent obéir à une procédure qui est prévue par les Nations Unies. Les avions français n’étaient pas agressifs. Ils ne tiraient pas. Ils ne bombardaient pas. Ils relevaient des informations dans le but de mettre, si possible, nos soldats à l’abri d’embuscades et de mutilations sauvages.

Le général Jouhaud, commandant l’aviation en AFN, demande à son supérieur le général Salan, un ordre pour organiser un raid de riposte. Le général en chef se trouve dans l’obligation de solliciter l’autorisation du chef d’état-major général de l’armée, le général Ely. Celui-ci ne peut transmettre un tel ordre sans l’accord préalable du gouvernement. Très rapidement, il transmet son feu vert pour un raid de représailles en territoire tunisien. Le gouvernement de la IVème République est donc d’accord pour un raid de représailles en Tunisie.

Le raid contre la base ennemie de Sakiet-Sidi-Youcef, se déroule le 8 février 1958. Des informations sérieuses nous permettent d’affirmer qu’une très forte escadrille française intervient : elle est composée de 11 B25, 6 Corvair, 8 Mistral. La base est détruite.

D’après le général Jouhaud, plusieurs dizaines de fellaghas sont tués. D’après le service d’information de Bourguiba, ne sont tués que des femmes, des enfants, des fellaghas blessés. Il est tout à fait raisonnable d’accorder un crédit préférentiel à la relation de ce raid par Radio-Tunis. En effet, ce raid étant le résultat d’une provocation montée de toute pièce par une collusion FLN-Bourguiba, il me paraît impensable d’envisager qu’un effectif de combattants valides aient été volontairement soumis aux bombardements, au mitraillage, au massacre de la part de nos avions.

Il fallait exhiber, pour nos ennemis, des victimes innocentes, que l’on a fait massacrer volontairement pour les besoins de cette conjuration.

Bourguiba va offrir à l’humanité toute entière, une exploitation démentielle de cet événement. « Un crime contre l’humanité ». « Un crime contre l’honneur ». La France est mise en accusation. Bourguiba appelle à la haine contre la France. Il réclame des sanctions contre cette « agression impérialiste ».

L’ébranlement émotionnel atteint un tel niveau que les anglo-saxons, comme par hasard, osent proposer « LEURS BONS OFFICES ».

 

 

- V -

 

Colère à Paris ! Colère en Algérie !

 

Cette intervention de l’étranger dans nos affaires françaises, est inacceptable ! L’ambiance est telle qu’à Alger, des manifestations s’organisent. Elles aboutiront au gentil défilé du 26 avril 1958 qui regroupe des associations d’anciens combattants, des mouvements nationaux, et des individualités qui s’étaient déjà signalées par des activités anti-FLN, par des actions directes à Alger, dès 1955.

Alger gronde. Alger gueule. Mais Alger « ne se déclenche pas ».

Tout se déroule « dans le calme et la dignité ». Cette dernière expression va connaître une belle fortune dans le monde de l’information. Elle signifiera « qu’une manifestation se déclenche pour n’aboutir à rien ». Elle évoque une notion d’incapacité, d’impuissance, et surtout de ridicule.

Qui sont les plus déçus ? Ce sont les membres du commandement FLN. Il faut donner un coup d’accélérateur. Ces Algérois sont vraiment trop mous ! Quand vont-ils se décider à faire la révolution ? Car il faut absolument qu’un coup de force se déclenche à Alger. Un coup de force dont le plus grand bénéficiaire sera évidemment le FLN… après la prise du pouvoir par Charles De Gaulle.

Tout s’accomplit le 9 mai 1958 : le FLN publie à grands renforts de supports médiatiques un effroyable communiqué. Il nous annonce l’exécution de 3 soldats français, du 23ème R.I. et du 18ème Dragon. L’exécution s’est déroulée le 30 avril 1958. C’est-à-dire 4 jours après la  manifestation jugée trop molle du 26 avril 1958.

Ces 4 soldats avaient été faits prisonniers, nous l’avons vu, lors de l’accrochage du 11 janvier 1958. Ils ont été jugés par un tribunal militaire du FLN pour une accusation fantaisiste, opportuniste, dénué de tout fondement, de viol collectif. Le Tribunal FLN condamne à mort 3 soldats et acquitte un quatrième prisonnier. Cet acquittement permet au FLN, le plus sérieusement du monde, de démontrer son objectivité dans le jugement et la condamnation ainsi que dans l’exécution de ces « criminels de guerre ».

A Alger, un sentiment d’horreur nous étreint immédiatement. Une douleur qui nous écrase tous ! Elle se transforme en bouffée de haine. Nous réclamons justice. Nous réclamons vengeance. Nous fonçons dans la rue. Alger explose ! Alger se mobilise en masse pour venger nos 3 soldats assassinés.

Pour mettre à bas un gouvernement qui baisse culotte devant les terroristes qui se permettent d’assassiner publiquement et officiellement nos soldats prisonniers en territoire étranger.

 

 

VI – LE VOICI !

IL EST ARRIVE CE MAUDIT 13 MAI 1958 !

 

 

Il est bien là avec tout ce que l’on vous a décrit. L’enthousiasme, le délire, l’ignorance, la connerie !

Nous sommes un taureau qui fonce dans une arène et c’est le FLN qui agite la muleta. C’est le FLN qui intervient pour le compte de son mentor, de son fondé de pouvoir, de son élu historique, le général De Gaulle.

Je participe bien évidemment à cette manifestation. Je pénètre avec la première vague d’émeutiers dans les locaux du Gouvernement Général d’Algérie. Le fameux GG. En accord avec mon camarade Ortiz, j’essaie de limiter la casse.

« Occupez les lieux, mais ne détruisez rien ! »

Je balance quelques claques et quelques marrons ! Dépassé par les évènements, je laisse faire. La foule est déchaînée. Je n’avais jamais encore vu ça. Ca gueule, ça chante la Marseillaise, les Africains et ça continue de casser !

 

Ce que je tiens à souligner par-dessus tout, c’est ceci : la fureur, la haine ainsi que l’enthousiasme que nous éprouvions, ne nous ont pas incités, nous, les manifestants, à commettre des actes de violence contre les Français musulmans d’Algérie. Dans sa fureur, le peuple d’Alger n’a pas tué un seul arabe ce jour-là.

Au GG, dans un coin, je remarque un général en uniforme. 4 étoiles. Il s’agit du général Allard en personne, commandant du Corps d’Armée d’Alger. Je le vois immobile, dans l’angle d’un escalier, observant la manifestation. A mon grand étonnement, il manifeste un calme hautain. Plutôt sceptique. Je me permets de l’interpeller avec la correction qu’implique la discipline militaire. Le chahut est tel que je suis obligé de hurler pour lui dire :

« Mon général, l’armée doit mettre à la porte tous les fossoyeurs de l’Algérie française ! ».

En toute sincérité, ce jour-là, le 13 mai 1958, j’ai l’impression d’avoir formulé une imprécation digne d’un Caton ! J’ose demander à un général que l’armée foute en l’air un gouvernement !

Aujourd’hui, quand il m’arrive d’évoquer le souvenir de cette phrase, j’éclate de rire devant ma naïveté, mon idiotie.

« L’armée doit mettre à la porte tous les fossoyeurs de l’Algérie française »

Quelle stupidité dans la forme et dans le ton !

J’aurais dû crier :

« Mon général, faîtes fusiller tous les traitres et assassins présents en Algérie. Exigez la capitulation immédiate du FLN sous peine d’un massacre ! Faîtes baisser culotte à Bourguiba pour l’assassinat de nos soldats ! Faîtes défiler dans les rues d’Algérie, toute la population française de toutes confessions ! Mobilisez en masse les pieds-noirs et les musulmans ! Faites la révolution ! »

Mais le général Allard, hautain et sceptique, se situait à des années-lumières de ces considérations martiales et révolutionnaires.

Il me répond néanmoins avec pondération et courtoisie :

« mon cher monsieur, si  nous faisons tuer nos garçons en Algérie, c’est bien pour la garder. Mais… dites-moi… avez-vous une idée de l’origine de cette journée que nous sommes en train de vivre ? Qui se situe derrière tout cela ? C’est trop beau pour être vrai ! ».

 

J’aurai l’occasion de le rencontrer plus tard, quand je siègerai, pendant très peu de temps, au Comité de Salut Public du Corps d’Armée d’Alger dont il assumera la présidence… nominale. En 1960, cité par l’accusation, il viendra témoigner au Procès des Barricades où il fera l’éloge du patriotisme et du désintéressement de ceux qui étaient jugés et dont je faisais partie.

 

-      VII –

 

Quelques heures plus tard, on entend le général Massu. On veut nous faire croire encore aujourd’hui, qu’il n’était au courant de rien. Qu’il a pris en  marche le train du 13 mai 1958. Il s’adresse à la foule du haut du balcon du GG :

« Nous n’accepterons jamais les décisions d’un gouvernement d’abandon… Nous supplions le général De Gaulle, de faire entendre sa voix ! ».

Puis intervient le général Salan, le général en chef :

« Vive l’Algérie française ! »

Et parce que Léon Delbecque le lui souffle, il ajoute :

« Vive De Gaulle ! »

 

J’ai évoqué le rôle qu’a joué Delbecque dans le fonctionnement d’une « antenne de la défense nationale » qui avait été créée à Alger en 1957 par Chaban-Delmas, et dont l’un des sièges était le cabinet de Me Jacques Lacquière. Delbecque était un gaulliste. Il était convaincu que De Gaulle allait intervenir pour le sauvetage de l’Algérie française et le renouveau de la France dans la victoire. Il ignorait tout de l’opération de haute trahison dont venait d’être victime la France en Algérie.

Delbecque paiera un lourd tribu à l’Algérie française car son fils se fera tuer au combat. Il est venu lui aussi témoigner au Procès des Barricades. Ecrasé par l’émotion, il n’a pas hésité à souligner l’infâme trahison dont nous, Français, dont nous fils de France parmi les meilleurs, avons été victimes en Algérie française.

 

Mais à Paris, dans un bureau silencieux de la DST existe un dossier. Bourré de dynamite. C’est le dossier de la collusion De Gaulle/FLN de 1956. Le dossier des contacts secrets que le général De Gaulle entretient avec les rebelles depuis cette date. Le dossier de la conjuration contre la France Sud-Méditerranéenne. Des influences extrêmement lourdes ont interdit que l’on sorte l’affaire sur le plan juridique. Pour ces fonctionnaires il est scientifiquement établi que l’avènement de De Gaulle est le résultat d’une manœuvre montée en tout premier lieu par le FLN avec l’appui de Bourguiba.

 

Manœuvre payée tout d’abord par le sang des 14 soldats français massacrés le 11 janvier 1958.

Massacre complété par l’assassinat de 3 soldats français, le 30 avril 1958.

 

Ont participé à cette manœuvre de haute trahison, des personnalités gaullistes comme Monsieur l’ambassadeur de France au Vatican, Gaston Palewski et un futur ministre de la Vème République, Olivier Guichard. C’est lui qui fut chargé d’organiser le cabinet privé de De Gaulle, rue Solferino, dès 1956, pour préparer la liquidation de l’Algérie française.

Un grand patron de la sécurité du territoire entretient des relations privilégiées dans les milieux des services de renseignements français. Il expédie à Alger 2 officiers parachutistes anciens SAS, amis d’un autre officier parachutiste SAS que j’ai connu, le commandant Botella.

C’est lui, Botella, qui m’a transmis une information. Celle-ci m’a été confirmée plus tard par Pierre Debizet, patron du SAC depuis 1968. Pierre avait accepté ce poste avec mon accord, qu’il avait sollicité, dès mon retour en France en 1968. Voici l’information telle que me l’a transmise Botella en 1974, à Argenteuil, dans l’appartement d’un autre ancien parachutiste SAS : ces deux officiers étaient amis de Massu. Ils arrivent à Alger avant le 13 mai pour prévenir Massu de la conjuration que De Gaulle est en train de mettre en route.

« Quand De Gaulle arrive, liquide-le ! »

Massu ne veut rien entendre. Il est fidèle à De Gaulle. Il lui sera fidèle jusqu’à la mort de la France en Algérie.

 


 

VIII – CONCLUSION

 

De Gaulle a réussi son coup en Algérie.

 

De Gaulle a réussi à mener à bonne fin la mission que lui avaient commandé de mettre en œuvre, les nouveaux lombards qui aspirent à contrôler l’humanité. Je précise :

il a donné toute satisfaction technique ou plutôt tactique à ceux qui furent :

-       ses inspirateurs,

-       ses exécuteurs,

-       ses orientateurs…. discrets, disciplinés…. soumis en apparence à sa personne.

 

Des hommes chargés de conférer une réalité concrète aux perspectives impérialistes du capitalisme financier moderne. Dont je rappelle une définition telle qu’elle fut proposée par le professeur Jacques Marseille :

« Un processus de concentration et de fusion au niveau des grandes banques de tous les moyens qui permettent de contrôler la production ».

 

Je me permets d’ajouter, qui contrôlent aussi tous les circuits de consommation.

En Orient, ce processus impérialiste est illustré  historiquement par le maoïsme moderne. Celui-ci a généré une Chine capitaliste, impérialiste et conquérante qui procure d’immenses profits à une société bourgeoise minoritaire. Celle-ci tire le plus grand profit des services fournis, à très bas prix, par un prolétariat de serfs représenté par le milliard d’individus qui ne jouissent pas des richesses de la République Populaire de Chine.

 

En Occident, les révolutionnaires du capitalisme financier ont détecté De Gaulle dès 1940. Ils l’ont détecté comme un agent d’exécution de tout premier choix, à travers ses premiers ouvrages militaires. Ouvrages écrits et publiés dans le but de discréditer ses anciens chefs d’abord, et de s’attribuer ensuite, sans gêne ni pudeur, les découvertes d’officiers-généraux qui, avant lui, avaient proposé des techniques modernes de faire la guerre.

 

De Gaulle était en homme dont l’avenir risquait d’être médiocre, compte tenu d’une carrière militaire banale, dépourvue de panache. Il accéda à une certaine célébrité par ses écrits à prétention innovante.

 

En 1940, la maîtresse du Président du Conseil en fonction, Paul Reynaud, « la Du Barry de la IIIème République » était intervenue pour le faire nommer général de brigade à titre temporaire puis sous-secrétaire d’Etat à la guerre. Elle agissait dans le sens voulu par le mouvement synarchique international. Elle le fit d’autant mieux que De Gaulle avait manifesté par lettre, une adhésion sans réserve, une adhésion servile à Paul Reynaud, l’amant en titre de cette Du Barry à cette époque. De Gaulle avait manifesté dans cette adhésion son approbation militaire au plan de campagne mis en route conjointement par le Président du Conseil et le général en chef.

 

De Gaulle fut un carriériste à l’ambition vengeresse, car tout va se passer comme s’il allait prendre le pouvoir pour régler des comptes.

 

Cette avidité de pouvoir fut exploitée par ceux qui cherchaient à faire donner des hommes de pouvoir en activité, ou des individus en potentiel de le devenir un jour.

Soumis à la « volonté ovarienne » de la Du Barry de la République, De Gaulle s’est apprêté à partir avec Paul Reynaud, en Angleterre, quand celui-ci manifesta l’intention de rejoindre Churchill à Londres. Mais Paul Reynaud fut blessé et sa maîtresse tuée dans un accident de la route. De Gaulle resta seul et fut embarqué presque de force à Mérignac par le général britannique Spears. Il fut conduit à Londres, où Churchill attendait Reynaud, qui ne vint pas à cause d’un accident de la route.

 

A Londres, De Gaulle apporta grand soin à l’élaboration de sa personnalité nouvelle : celle d’un agent disponible ou plutôt indispensable pour ceux qui avaient décidé de se servir de lui dans la perspective de satisfaire aux exigences opérationnelles du capitalisme financier.

Exigences qui s’exprimaient à bas-bruit par des groupements politiques que, schématiquement mais surtout avec conviction, nous identifions au « pompidolisme ».

C’est-à-dire la réunion d’hommes politiques d’origines diverses, animés du souci majeur de faire usage d’une terminologie prudente, sans pour autant priver leur conduite opérationnelle d’une efficacité redoutable… satanique.

De Gaulle ne fut que leur agent d’exécution, lorsqu’il assassina l’Algérie française. Lorsqu’il assassina la France en Algérie.

Plus tard, lorsque De Gaulle prétendit mettre en pratique une orientation politique trop personnelle, ils l’exécutèrent purement et simplement.

Ce sont eux qui l’installèrent au pouvoir en 1958, à partir de la conjuration De Gaulle-Ferhat Abbas, mise en route dès 1956 par l’intermédiaire de Maître Boumendjel.

Ce sont eux qui le contraignirent au départ en 1969… et qui finalement provoquèrent sa mort.

Paradoxalement, aujourd’hui encore, le mythe gaulliste leur est nécessaire pour conférer une justification historique à leurs initiatives catastrophiques. Initiatives illustrées par un échec économique évident. Echec ressenti à l’échelon du peuple, des entreprises, mais échec non ressenti à l’échelon de hauts intérêts privés bancaires, au niveau de quelques consortiums financiers.

 

Le délestage économique de l’Algérie aboutit à la désertion de l’Occident en Afrique.

La tête de pont en Algérie était nécessaire à la santé du monde. Elle permettait de conférer à la Méditerranée l’identité qui devait être la sienne : celle d’un pays.

On a voulu en faire une frontière avec de part et d’autre, deux mondes différents. Mais seul le monde du Sud possède pour le moment, un potentiel envahisseur. Potentiel entretenu, suractivé même, par la misère de ses peuples et la corruption mafieuse de ses dirigeants. Ce potentiel envahisseur, généré par la misère est dynamisé, potentialisé et même structuré, par une expression religieuse. Par une tactique opérationnelle qui s’identifie à l’arabo-islamisme fondamentaliste auquel le monde occidental n’oppose, actuellement, qu’une redoutable déliquescence spirituelle.

 

Il est établi que la volonté du capitalisme financier était de ne plus assumer la survie des anciens peuples colonisés. Il a fallu se défaire de ces peuples. Il a fallu renoncer à les faire évoluer.

 

La valeur ajoutée des investissements que l’on recherchait à développer par tous les moyens exigeait que l’on mît en route, d’abord

 

le délestage économique du débouché colonial,

et en dernier lieu, le délestage économique du débouché algérien.

 

Un beau jour, les comptables de nos grands argentiers décidèrent que l’Algérie ne rapportait pas assez de bénéfices. Que les investissements protégés, bien que productifs, étaient devenus routiniers.

En conséquence, ils prirent une décision qui leur paraissait logique : il valait mieux abandonner cette terre, quitte à la faire retourner à la friche.

 

Au moment de prendre cette décision, vers les années 30, car elle était en gestation depuis fort longtemps, ils manifestèrent étonnement et même stupeur devant une constatation : celle d’une réalité qu’ils avaient négligée. La réalité de ce peuple qui vivait en harmonie avec la France, qui se sentait et qui était français au plus profond de ses tripes et qui constituait en potentiel une base de départ pour un nouveau rayonnement européen vers l’ensemble du continent africain.

 

Je me souviens avoir lu que le 11 novembre 1923, cinq ans après la fin de la première guerre mondiale, s’était déroulée au lycée d’Alger qui sera plus tard mon lycée, une cérémonie commémorative à la gloire des élèves morts pour la France pendant cette guerre imbécile de 1914-1918. On commença l’appel et ce furent :

-       50 noms : morts pour la Patrie !

-       100 noms : morts pour la Patrie !

-       200  noms : morts pour la Patrie !

-       300 noms et plus encore : morts  pour la Patrie !

L’émotion était intense parmi l’assistance. Des familles entières s’effondraient écrasées par leur peine, certes, mais aussi rayonnantes de fierté et d’orgueil.

La Patrie se percevait vivante dans ce lycée illustrée par le sacrifice de mes anciens condisciples. Le don à la France avait été total de la part de ces jeunes hommes. Qui pouvait imaginer qu’un jour, la France abandonnerait leur famille, leurs enfants !

Au moment de la liquidation cela n’a pas compté. Aucun de ces sacrifices ne fut retenu dans les calculs de ceux qui avaient décidé de larguer l’Algérie. Qui la liquidèrent comme  on se débarrasse d’une entreprise déficitaire.

   

Après le début du conflit algérien, quand, avec De Gaulle, il devint évident que l’Algérie allait être immolée sur l’autel des grandes banques, il apparut que l’obstacle majeur à cette liquidation s’identifiait au peuple pied-noir. C’est-à-dire un sang nouveau, mais un sang français au sud de la Méditerranée et au nord de l’Afrique.

Les liquidateurs s’employèrent dès lors à convaincre nos concitoyens de Métropole que les Pieds-Noirs étaient porteurs de tous les défauts de la terre : esclavagistes, négriers, racistes. Il fallait faire croire que ce peuple que l’on voulait anéantir, était collectivement porteur de la rage.

 

Progressivement, une rupture de contact sentimental s’est établie entre les Français de métropole et les Français d’Algérie. Peuple français d’Algérie dont on espérait qu’il crèverait sur place ou qu’il resterait là-bas pour aider les nouveaux investisseurs à gagner de l’argent sur le dos de cette belle province.

C’est à un massacre que l’on acceptait éventuellement de nous vouer.

 

Voilà ce qui a motivé fondamentalement notre désespoir, notre colère et notre violence.

Dr Jean-Claude PEREZ

Nice,

Le 24 janvier 2011

 

   

INDEX

 

 

MTLD       Mouvement pour le triomphe des Libertés Démocratiques

OS            Organisation Secrète

CCE          Comité de Coordination et d’Exécution

CNRA       Conseil National de la Révolution Algérienne

CRUA       Comité Révolutionnaire d’Unité d’Action

FLN          Font de Libération Nationale

GPRA       Gouvernement Provisoire de la République Algérienne

MRP         Mouvement Républicain Populaire

RPF           Rassemblement du Peuple français



[1] Toute la signification de ces sigles sera précisée en fin d’article

[2] A propos du massacre du 26 mars 1962, du massacre de la rue d’Isly, j’ai été destinataire, il y a quelque temps, d’une information complémentaire. Le lundi 27 mars 1962, à Alger, s’est tenu un déjeuner qui a réuni les principaux officiers généraux et supérieurs responsables de cette dramatique journée du 26 mars 1962. Tous ont manifesté leur tristesse, leurs regrets, d’avoir été « obligés de faire couler le sang, par obéissance aux exigences du gouvernement ».

L’un des officiers généraux a déclaré :

« j’espère que personne ne demandera une barrette pour cette journée ! »

L’origine de cette information : un officier de marine, chef de cabinet de l’amiral Barthélemy, présent à ce déjeuner et qui me l’a transmise par téléphone.

Voilà qui devrait rassurer ceux qui ont l’impudeur ou l’imprudence de soupçonner une provocation de l’OAS dans le déclenchement de cette fusillade.

Ce massacre ne fut ni plus ni moins que la traduction de la volonté gouvernementale.

 

Mis en page le 24/01/2011 par RP