Etude 50/42
A PROPOS DU CINQUANTENAIRE
« LE PUTSCH DES GENERAUX »,
22- 26 avril 1961
« Après
tous, eux ne font que raconter, alors que moi j’ai vécu. Ce sont des
chroniqueurs, ce qui n’est pas rien ; je fus un acteur, ce qui est tout
autre chose ».
Propos prêtés à Zacharie, père de Saint
Jean-Baptiste
A
propos d’un « Royaume Arabe » auquel l’Algérie aurait été identifiée
par Napoléon III, nous tenons à préciser qu’il n’a jamais tenu un tel propos.
En
1851, il déclare : « L’Algérie est un boulet attaché à la
France »
En
1852, « L’Algérie est un royaume arabe que la France doit
assimiler ».
En
1865 : « L’Algérie est :
un Royaume arabe
une colonie européenne
un camp français »
*
* *
Ce
chapitre de notre histoire, qui se réfère à l’intervention de généraux, privés de commandement, dans une
tentative de sauvetage de l’Algérie française, est aujourd’hui encore riche
d’une aura douloureuse. Tout au moins pénible, désagréable. J’ajoute qu’il m’inspire,
après cinquante ans, un profond ressentiment à l’égard de ceux qui ont anéanti
une occasion merveilleuse de sauver l’Algérie française.
De libérer la France des effets
catastrophiques pour elle, du chamanisme gaulliste.
Les
officiers de quelque grade que ce fût, qui sont intervenus dans ce putsch, sont
indiscutablement des héros. C’est ainsi que je les considère, je tiens à le
souligner. Je ne porte aucune atteinte à la valeur morale et militaire de tous
ces intervenants, officiers, sous-officiers et soldats qui ont levé l’étendard
de la délivrance de la France et de l’Algérie française contre le malheur qui
les menaçait.
La première à travers la mort de
l’autre.
Nous
n’avons pas fini de payer les conséquences de la défaite de la Vème République
en Algérie. Nous, Français, Européens et Occidentaux.
Je
vais m’exprimer avec franchise avec sévérité peut-être, mais animé avant tout, d’un
grand respect, d’une haute considération, pour les auteurs et conducteurs de ce
désastreux scénario.
I – INCURSION NECESSAIRE DANS UN
EPISODE TRES COURT DE LA GUERRE D’ESPAGNE
En
1936, la situation est explosive en Espagne.
Après
l’exécution du lieutenant Castillo, officier des gardes d’assaut républicains,
par des militants phalangistes, Calvo Sotelo, leader de la droite monarchiste
espagnole, est abattu. Parce qu’il était un opposant présidentiable, dirait-on aujourd’hui.
José
Antonio, créateur et chef de la Phalange Espagnole, avait été arrêté et
incarcéré à la prison d’Alicante. Ledesma Ramos, fondateur de la Junte du
National-Syndicalisme Espagnol, était enfermé à la « Prison modèle » de Madrid.
Toute
l’opposition civile et révolutionnaire de la droite espagnole, se trouvait
ainsi décapitée.
Pendant ce temps, les assassinats se multipliaient partout
en Espagne, tout particulièrement aux dépens du monde catholique.
La
colère grondait dans les états-majors militaires. Ceux-ci, comme plus tard les
officiers de l’Algérie française, étaient à la recherche d’un chef. Eux-aussi
confondaient, à cette époque, velléité et détermination. Il est important de
dire qu’aucun chef ne paraissait moralement armé, au mois de juillet 1936 pour
lever l’étendard de la révolte.
Le
général Sanjurjo, connu pour avoir tenté un putsch monarchiste en 1932, vivait
au Portugal, en exil. Franco occupait le poste de gouverneur militaire aux
Canaries. Il avait été éloigné des turbulences péninsulaires par le gouvernement
du Front Populaire Espagnol. Au mois de juillet 1936, son activité essentielle
consistait en l’étude de l’anglais… du moins en apparence.
Ses
camarades de promotion, anciens de l’académie militaire de Tolède, commandaient
la plupart des places du Maroc espagnol. Ils se trouvaient à la tête des plus
belles unités de la Légion Etrangère, et des Tabors Marocains, « Los Regulares ».
L’histoire officielle a fait commencer la guerre
d’Espagne le 18 juillet 1936. C’était officiel du temps de Franco car celui-ci
prit en marche, le 18 juillet, le train de la révolution qui s’était déclenchée en réalité le 16 juillet pendant la nuit.
Le Vème Régiment de Tabors Marocains se met en
mouvement, ce jour-là, en ordre de
bataille, vers Melilla. Il interrompt toutes les transmissions avec le
commandement. Il ne « répond
plus ». Des échanges téléphoniques perturbent tous les différents PC.
Cette activité est fébrile, désordonnée. Elle évoque plutôt une inquiétude
qu’une détermination à un coup de force. Les colonels pataugent. Ils ne savent
plus quel plan suivre. Finalement, c’est la République espagnole qui leur offre
une occasion, le 17 juillet 1936, de déclencher la première opération de rébellion, proprement militaire.
A
Melilla, le colonel Gazapo Valdès, responsable de la mise en mouvement des
Tabors, reçoit notification des autorités judiciaires espagnoles, qu’une
perquisition va être effectuée dans les locaux de son PC.
C’est
une catastrophe !
Car,
dans ces locaux, sont réunis tous les détails de la conjuration qui s’est mise
en place. Il n’existe certes pas de plan opérationnel établi. Mais des codes
sont prêts, des contacts préparés, bref, tous les ingrédients sont rassemblés
dans le bureau de cet officier supérieur espagnol pour le conduire devant un
conseil de guerre…
Son
bureau, est effectivement cerné par les gardes d’assaut du gouvernement rouge
espagnol. La perquisition va se déclencher. En désespoir de cause, ne sachant
que faire, se voyant déjà incarcéré, voire fusillé, ce lieutenant-colonel prend
contact par téléphone avec le piquet d’intervention de la garnison de Melilla.
Un détachement de vingt légionnaires est rassemblé de toute urgence par un lieutenant. Il s’agit du lieutenant
Latorre dont on peut dire qu’il restera la figure emblématique de la révolution
espagnole.
En
effet, sans avoir reçu d’ordres précis, il déclenche la première opération de
guerre. Ses légionnaires armés comme pour un combat, franchissent les 200
mètres qui les séparent des policiers qui investissent le bureau du
lieutenant-colonel Gazapo.
Quelques
minutes d’angoisse… Elles vont se conclure par un ordre bref lancé par
Latorre :
« A terre ! En joue ! Prêts
à tirer ! »
Le
drame va-t-il éclater ? Non, car les gardes d’assaut fraternisent avec la
Légion ! Ils s’engagent physiquement dans ce PREMIER ACTE DE REBELLION MILITAIRE. C’est l’ouverture des
hostilités d’une guerre civile qui avaient débuté la veille par le mouvement du Vème Régiment de Tabors
Marocains.
Je relate ce fait historique, pour une raison bien
précise.
Il
évoque un événement qui a failli survenir à Alger, le soir du 26 avril 1961.
C’était avant l’échec définitif du putsch des Généraux. Un événement qui fut
sur le point de bouleverser l’Histoire. Car il aurait pu rendre caduque ou
plutôt impossible la décision du général Challe, de se rendre aux autorités gaullistes.
Ce
soir-là, en vertu des ordres de Challe, les parachutistes, les commandos de
chasse, réunis à Alger pour effectuer le putsch, s’apprêtent à quitter Alger.
Fous de rage. Toutes ces unités sont amères d’avoir laissé passer une si belle
occasion de sauver l’Algérie française. Mais en partant, leurs chefs prennent
soin de proclamer :
« au premier coup de feu nous revenons immédiatement, et cette fois on ne
plaisantera pas ! ».
Le 1er REP reçoit l’ordre de repli et se prépare à rejoindre ses cantonnements de Zéralda.
Pendant
ce temps, la foule algéroise s’amasse autour du forum. Elle gronde. Il
suffirait d’une étincelle pour mettre à la raison les gendarmes, un peu
désemparés et craintifs, qui se demandent à quelle sauce ils risquent d’être
mangés. Car, au milieu de la foule, des dizaines d’hommes sont armés en guerre.
Des unités du REC,
qui ont participé au putsch, ne sont pas loin et sont hésitantes quant à
l’attitude à observer à l’égard des ordres de Challe.
Mais, on a oublié quelque chose.
On
a oublié de rappeler une section de légionnaires qui tient sous son contrôle le
PC d’Alger Sahel. Celui-ci se trouve au bas de la casbah. Tout près de la
cathédrale et de l’archevêché. La rue de la Lyre fait partie de son territoire
de surveillance. Jusqu’à cette heure, les ordres sont formels :
ouvrir le feu sans
sommation sur tout véhicule de gendarmerie qui emprunterait la rue de la Lyre
et se dirigerait vers les Tournants Revigo.
A
l’heure où Challe s’apprête à se soumettre à De Gaulle, aucun contre-ordre n’a
été transmis au sergent-chef qui commande cette section de légionnaires. Tout
logiquement, lorsqu’arrive un peloton d’automitrailleuses de la gendarmerie, qui
s’apprêtent à rejoindre le forum d’Alger où la foule est amassée, ce chef de
section dispose ses légionnaires en position de tir pour neutraliser les
automitrailleuses.
Ils
prennent leur position de combat. C’est à ce moment là que la discipline légendaire
des légionnaires va être mortelle pour l’Algérie française : dans un souci de discipline extrême, en
effet, le sergent chef informe le PC du régiment qu’il va ouvrir le feu !
Panique
au PC du régiment !
On
donne très vite à ce vaillant sergent-chef, un ordre d’abstention et de repli.
C’est une balle dans la tête de
l’Algérie française qui, à cette minute là, a été tirée.
La
guerre d’Algérie était gagnée cependant. Elle était gagnée sur le terrain.
Il
aurait suffi de l’affirmer et de mettre la foule dans la rue le 24 janvier
1960, la plus belle occasion de sauver
l’Algérie française qui s’est offerte à l’histoire.
La
guerre était non seulement gagnée sur le terrain, mais elle l’était aussi
psychologiquement et spirituellement. Cette vérité est confirmée par des
auteurs très bien informés, sanctificateurs du gaullisme de l’époque,
c’est-à-dire nécessairement, des sanctificateurs du FLN. Ils vont oser écrire
que la conclusion donnée à la guerre d’Algérie, fut une conclusion paradoxale.
Ils
ont écrit en effet, en 1992 :
« Le paradoxe de la paix en Algérie est connu, cultivé même, par certains
inconditionnels du général et de sa mémoire ».
Ainsi, aujourd’hui, nous sommes victimes de ceux qui
ont réussi à concrétiser, dans la réalité historique, la fin paradoxale de la guerre d’Algérie. Une fin paradoxale,
c’est-à-dire une décision inattendue, une décision qui n’était pas en conformité avec le sens de l’histoire. Ce sens
de l’histoire avec lequel on a décérébré, avec lequel on continue de décérébrer
aujourd’hui encore, le peuple de France, dans sa manière d’appréhender le drame
algérien.
Voilà
ce qui donna naissance mais beaucoup, beaucoup trop tard, à la réaction
guerrière des Français d’Algérie qui mirent tous leurs espoirs dans l’OAS.
Protestation sanglante, appel pressant à la mère-patrie, l’OAS ce fut avant tout le refus de la
soumission, le refus de l’esclavage, le refus de la mort. C’était cela l’identité
profonde et fondamentale de ce mouvement qui est né trop tardivement.
C’est
avec amertume et surtout avec fureur que je l’affirme encore et encore.
Le
style de combat qu’elle imposait nécessitait une longue préparation
psychologique et spirituelle. Une préparation technique nécessaire pour
transformer des citoyens normaux en citoyens combattants de tous les jours, de
tous les instants. C’est en 1955 que le peuple d’Alger aurait dû comprendre,
que tout, en dernier recours, allait
dépendre de lui.
Un
peuple qui fut ignoré, négligé, méprisé par des militaires qui, uniquement pour
ne pas être en contradiction avec leur serment de garder l’Algérie française, ont
pris l’initiative de déclencher dans un style riche d’une naïveté puérile, ce
putsch du mois d’avril 1961.
Sur
lequel il me faut revenir sans tarder, en enrichissant cette relation de ce qui
fut ma participation à ces évènements, à partir de la fin du Procès des
Barricades (fin mars 1961).
II – APRES LE PROCES DES
BARRICADES
Le Haut Tribunal des Forces Armées avait ceci de
particulier : le verdict est lu à huis clos aux accusés. Quand nous
retournâmes dans la salle d’audience, étaient uniquement présents :
-
les accusés,
-
les avocats,
-
le commissaire du
gouvernement,
-
les greffiers et
les gendarmes.
Aucun
juge. Pas de presse ni de public. Tous avaient été informés du verdict en notre
absence.
Le
Commissaire du Gouvernement s’approcha du box des accusés et nous
annonça :
« Messieurs, le Tribunal vous a
acquittés ».
Mon
soulagement se passe de commentaire, car, parmi les présents, j’étais le seul
qui risquait une condamnation « à de
la prison ferme ». Mais ce qui, pour nous, revêtait une importance
majeure, se situait dans la décision des juges militaires. Ils avaient
manifesté leur esprit d’indépendance à l’égard du pouvoir. Cela nous
entretenait dans l’espoir qu’une majorité d’officiers de l’armée française de
métropole et d’Algérie n’était pas encore disposée à ramper devant le pouvoir
gaulliste.
Me
voilà donc parisien. Libre. Interdit de
retour en Algérie, je le rappelle. Un confrère parisien dans le souci de
m’aider dans mon action parisienne, me propose une association. Celle-ci me permet une inscription à
l’Ordre des Médecins de Paris.
Grace
à la normalisation « officielle » de ma situation sociale et
professionnelle, je pus me consacrer à une activité militante très dense.
Ne
faisant partie d’aucune organisation parisienne et métropolitaine qui militait
pour l’Algérie française, je fus accepté partout. On me présentait comme un
élément fédérateur de toutes les énergies. Cela me permit de rencontrer des
noms célèbres de la politique et d’ailleurs, dont je m’interdis de diffuser les
identités. Je voyais très souvent les colonels Gardes et Godard. J’eus avec
Godard, de fréquents entretiens au cours desquels il m’apprit beaucoup de
choses. Il précisa après ma sortie de prison :
«- ton acquittement est une sacrée
surprise. Si j’avais été à la place des juges, te connaissant comme je te
connais, tu es le seul que j’aurais conservé en taule ! Les gaullistes
apprendront très vite l’importance de leur connerie. J’espère que tu prends ça
pour un compliment ».
C’était
l’ancien patron de toutes les polices d’Algérie qui s’exprimait en ces termes sur
mon acquittement.
« - Où en sont nos affaires ? » Ce fut la question par laquelle je l’interrompis.
« - L’âme du complot c’est Argoud.
Il est secondé par Broizat ».
« - Que font-ils ? » demandai-je avec impatience.
«-Il y a quelques semaines, je t’aurais
répondu que leur obsession était : je
cherche un général. Ils sont même allés chez Massu. Ce dernier ne veut pas
intervenir. D’après Argoud, il leur aurait dit : les Pieds-Noirs pourront rester en Algérie même s’il leur faut coiffer
le fez ».
- « a-t-on trouvé un général
volontaire ? » Rétorquai-je.
Godard
réfléchit quelques secondes et me transmit le message suivant :
« -
Faure, pas sérieux,
Salan, pas
confiance,
Gracieux, se
débine,
Challe,
marche ».
Voilà
ce que fut sa réponse.
En
décembre 1960, à l’occasion des fêtes de fin d’année, j’avais refusé de fuir
vers l’étranger et de me soustraire aux audiences du Haut Tribunal Militaire
qui me jugeait. Pour la raison suivante : j’étais convaincu que c’était à Paris qu’il fallait construire une
action décisive. S’il existait une opportunité de sauver l’Algérie
française, elle se situait avant tout à Paris. J’insiste sur ce « avant tout ».
Je
m’employai donc, d’une part à fédérer, si possible et à leur demande les mouvements
nationaux favorables à l’Algérie française, d’autre part à uniformiser le
militantisme étonnamment riche et disponible dans la capitale et en province.
J’ai eu la possibilité d’établir des contacts avec des hommes d’action de
grande valeur opérationnelle. Dans le but prioritaire d’organiser avec ces
derniers l’opération salvatrice : l’exécution ou l’assassinat de De Gaulle,
inutile de craindre la violence ou la vérité des mots.
En
réalité, j’ai participé avec Descaves, Jourdes, Lauzier, Sergent et beaucoup
d’autres, à l’entrée en action progressive de ce qui plus tard est devenue
l’ossature de l’OAS métropolitaine, plus particulièrement parisienne. Bien
avant que l’OAS ne fut créée à Madrid par Pierre Lagaillarde.
Celui-ci avait reçu à Paris, durant les quelques jours
qui ont précédé l’interruption du Procès des Barricades, à l’occasion des fêtes
de la Toussaint, un capitaine, chef du 3ème Bureau du 1er REP. Le colonel commandant ce prestigieux régiment semblait animé de la
velléité d’engager son unité dans un acte de rébellion pour le salut de
l’Algérie française, à l’occasion du voyage de De Gaulle en Algérie, prévu pour
le début du mois de décembre 1960. Ce colonel avait formulé l’exigence, pour se
déterminer, tout au moins en paroles, la présence d’un notable politique à
Alger. Refusant de me fier depuis les Barricades d’Alger, à la parole, aux
vagues promesses et surtout aux informations de beaucoup de militaires, j’étais
personnellement très sceptique quant à la détermination réelle de ce glorieux
combattant.
Lagaillarde
me fit connaître son projet de « s’en aller vers le sud ». Il me proposa :
« Tu viens avec moi ? »
Je
lui ai manifesté mon refus, car encore une fois, je considérais que c’était à
Paris que devait s’exercer le maximum de pressions. Mais je tins secrète
l’information de son départ.
Si j’avais été à la place de Lagaillarde, je n’aurais
pas été pressé de me placer dans une situation compromettante en me fiant au
message transmis par ce capitaine. Car la perspective d’un coup de force
militaire n’était pas envisageable à l’automne 1960.
Le
1er REP avait raté son coup à Alger le 24 janvier 1960, quand son colonel refusa de faire pression sur la
10ème DP pour engager cette unité parachutiste dans l’action des Barricades. Le général
Gracieux commandant la division était tout à fait favorable à cette action, qui
aurait forcé la main au général Challe. Celui-ci disposait par ailleurs de la
complicité active du général Faure qui commandait en Kabylie, des colonels
Vaudrey et Romain-des-Fossés qui commandaient deux secteurs-clefs dans le
Constantinois, du colonel Bigeard qui commandait à Saïda, du général Mirambaud
qui commandait les Territoires du sud, du
colonel Argoud surtout, qui était chef d’état major en fonction du corps
d’armée d’Alger. Tout était prêt, y compris la masse du peuple d’Alger dans la rue pour vaincre De Gaulle.
Le
colonel commandant ce régiment aurait dû s’assurer de la personne du 1er ministre Michel Debré, quand celui-ci vint à Alger pour ramener les militaires
à plus de confiance « dans la
volonté du général De Gaulle de mettre en œuvre en Algérie, la solution la plus
française ». C’était une belle occasion de faire, de Debré, la tête
politique, malgré lui, de l’opération salvatrice.
Bref, le peuple d’Alger avait mis à la
disposition du général Challe tous les moyens pour que le sauvetage de
l’Algérie française, de la France et de l’Occident fût mis en œuvre par le
commandant en chef en Algérie.
J’étais donc méfiant quant à la volonté de ce colonel
du 1er REP à prendre l’initiative d’un coup de force à la fin de
l’année 1960.
Au
début du mois de décembre de cette même année 1960, se déclenchèrent en Algérie
les dramatiques évènements provoqués par le voyage de De Gaulle sur ce
territoire où la France était encore souveraine.
Le
gouvernement gaulliste n’avait pas hésité à appeler le FLN à la
rescousse :
« Yahia De Gaulle ! Yahia
FLN ! » . « Vive De Gaulle ! Vive le
FLN ! ».
Ainsi,
le nom de De Gaulle était exhibé par les tueurs de Français, comme l’homme qui
allait accomplir historiquement la révolution du FLN.
Dans
le but d’entraîner l’adhésion à sa politique de nos concitoyens de métropole
très mal informés, De Gaulle prétendait exhiber l’Algérie comme une terre de
feu et de sang parce qu’elle était empoisonnée par les excités que nous étions,
nous les défenseurs de l’Algérie française, selon la propagande gouvernementale
officielle.
Les
foules musulmanes manipulées et fanatisées par des chefs FLN se répandirent
dans Alger, appelées au secours par les gaullistes, dans le but de massacrer
des Français avec la complicité particulièrement bienveillante du commissariat
central et de la gendarmerie. Le drapeau FLN fut déployé en public pour la
première fois. C’était pour rendre les
honneurs à De Gaulle qui s’imposait chaque jour davantage, en Algérie
française, comme l’incarnation de l’anti-France et de l’anti-Occident.
Les
régiments favorables à cette belle cause « Algérie française » sont
restés figés dans leur discipline traditionnelle. L’Algérie française, ils ne
la défendaient que dans le cadre de la légalité. Ils osèrent laisser De Gaulle
repartir vivant d’Algérie.
Le déroulement de ces évènements de 1960, sur lequel
je viens de m’exprimer très brièvement, explique a posteriori la réticence que
j’avais eue de me joindre à Lagaillarde et de me rendre à Madrid avec lui. Après
la dérobade du 24 janvier, les militaires d’Algérie, en effet, n’étaient pas
encore prêts, une fois de plus, à lever l’étendard de la révolte pour sauver
cette belle terre de France, pour sauver la France Sud-Méditerranéenne.
C’est donc à Paris que l’action devait être
prioritairement conduite, grâce aux groupes de volontaires qui avaient demandé
mon contact. Groupes de volontaires d’autant plus précieux pour notre combat,
qu’ils étaient constitués, dans leur immense majorité de Français
métropolitains. Ce n’était pas des Pieds-Noirs. Leur volonté de sauver
l’Algérie française s’inscrivait, tout logiquement dans un idéal très
pur : l’idéal de la Nation. Je tiens à leur manifester, aujourd’hui
encore, mon respect et surtout, mon immense gratitude.
Je fus constamment secondé, dans cette action
parisienne, je le rappelle par mes camarades de combat Serge Jourdes et Pierre
Sergent.
D’autres
combattants, animés d’un courage exceptionnel, s’étaient associés à ce travail
de mise en place d’un dispositif opérationnel. Le souci de la discrétion, les
évolutions politiques et électorales ultérieures de quelques uns de ces
combattants, ne me permettent pas de citer tous les noms. S’ils désirent un
jour évoquer leur rôle dans le combat « Algérie française », qu’ils
le fassent eux-mêmes. Néanmoins, je leur rends un hommage fraternel. Tout
particulièrement à Pierre Descaves, qui tint un rôle majeur dans le combat de
l’OAS à un poste de responsabilité nationale et qui depuis lors ne s’est jamais
désolidarisé de ces frères d’armes du combat « Algérie française ».
Combat au cours duquel sa famille avait payé le prix du sang en Algérie.
Cette
action parisienne, ces complots de chaque jour, ne m’ont pas permis de
connaître Paris. J’étais véhiculé clandestinement, d’un site opérationnel vers
un autre. Mobiliser des volontés, préparer des codes, évaluer des moyens,
recenser des armes et des effectifs, c’était surtout cela mon activité.
Confirmer l’ordre, et surtout le couvrir de mon autorité, des premiers
attentats parisiens du 31 mars 1961 dont j’ai accepté la responsabilité pénale.
Premier acte de guerre de l’OAS métropolitain.
Ce
nouvel activisme parisien, provoqua mon arrestation très peu de temps après le
procès des Barricades. C’était au début du mois d’avril 1961. Ce qui vous permet de ne pas oublier un détail important :
cet activisme en faveur de l’Algérie française, je l’ai mis en œuvre alors que
j’étais encore un accusé au Procès des Barricades. L’après-midi j’assistais aux audiences. Le soir je
préparais un complot contre De Gaulle. J’ai poursuivi ces activités,
évidemment, après mon acquittement.
Je
suis donc arrêté.
Je
ne suis pas inculpé.
Je
suis interrogé par le commissaire Bouvier qui veut savoir quel est mon rôle
dans les plasticages qui commencent à se faire entendre à Paris et ailleurs. Il
s’efforce d’être sympathique.
« Je vous comprends…. Moi aussi je suis patriote… »
Puis
il ajoute d’un ton de conspirateur :
« Vos camarades madrilènes ne sont
pas très gentils avec vous. Ils ont été prodigues d’informations qui nous
permettent de vous détenir aujourd’hui ».
Il
me laisse digérer l’information que j’enregistre sous toute réserve, puis il
ajoute sur un ton détaché :
« Mais moi, que voulez-vous ! J’ai
un patron : c’est De Gaulle. C’est lui qui me paie et c’est lui qui va
m’assurer un bel avancement. Alors je vous informe que c’est pour lui que je
vais me battre ».
Je
ne suis pas ébranlé par ce propos qui se veut déstabilisant. Le commissaire
Bouvier devait savoir que mon caractère s’était forgé dans l’action directe depuis
1955 et que lui, en tant que fonctionnaire de police, n’était pas suffisamment
armé psychologiquement pour me déstabiliser dans mes convictions.
« Alors, quel est le motif de mon
inculpation ? Quand allez-vous me déférer ? »
Il
me répond par un haussement d’épaules, suivi d’un geste vague de la main qui me
fait comprendre qu’il ne dispose d’aucun
moyen juridique de me déférer devant un magistrat instructeur.
Je suis néanmoins mis dans un avion avec deux autres
camarades et de Villacoublay on me transporte à l’aéroport de Maison Blanche à
Alger. Je suis « assigné à résidence » dans un camp de concentration,
à Tefeschoun sur les Hauts d’Alger.
C’est
au début du mois d’avril 1961. Je rappelle pour la millième fois, que je suis
en cette occurrence l’objet d’une mesure frappée du sceau de la plus totale
illégalité.
En
effet, je jouis d’un statut de résident normal en France. Je suis inscrit au
Conseil départemental de l’Ordre des Médecins de Paris. Les dispositions
administratives « d’expulsion » et « d’internement
administratif » ne sont applicables à cette date, que sur le territoire
des 15 départements français d’Algérie. Aucune disposition pénale de ce type n’est
encore prévue au mois de mars et au début du mois d’avril 1961, sur le
territoire de la Mère-Patrie. N’étant pas inculpé, j’aurais dû être remis en
liberté.
On
me ramène en Algérie par la force, terre sur laquelle je ne réside plus depuis
le mois de février 1960. Depuis que l’on m’a notifié, à l’intérieur de la
prison de la Santé, mon interdiction de résidence en Algérie. Une décision des plus arbitraires. Mais
qui pouvait s’imaginer que De Gaulle allait faire de la dentelle avec les défenseurs
de l’Algérie française !
Le putsch me libère le 22 avril au matin. Comme je
l’ai souligné dans mon livre « le Sang
d’Algérie », c’est De Gaulle lui-même qui se charge de m’incorporer à
l’OAS, où j’assume très rapidement,
à l’échelon national, la responsabilité
opérationnelle et surtout la responsabilité pénale, morale et spirituelle de
tous les actes de guerre imputables à l’OAS.
Avant mon arrestation, j’avais entendu évoquer
l’inévitable participation du général Challe à l’acte suprême de rébellion pour
sauver l’Algérie Française. C’était
effectivement la seule carte à jouer. J’informai, au cours de nos réunions,
Godard, Broizat et Gardes, des projets parisiens et métropolitains qui devaient
appuyer un coup de force militaire en Algérie. Je soulignai à ces mêmes officiers
l’importance primordiale de la neutralisation de De Gaulle. Et du rôle que
devait tenir le peuple français d’Algérie dans le déroulement opérationnel de
cette tentative de sauvetage de l’Algérie française.
Le
chef d’escadron Cazati que je rencontrais fréquemment dans le cabinet d’un
médecin-ophtalmologiste de l’avenue Pierre 1er de Serbie, lieu dans
lequel il m’arrivait de retrouver les trois colonels que je viens d’évoquer, se
chargeait des contacts militaires métropolitains avec Sergent tout
particulièrement.
Pierre
Sergent, avec le général Faure qui occupait un poste à l’école militaire de Paris
et le colonel De Blignières, mettait au point des actions qui devaient donner
un écho militaire métropolitain à l’opération qui allait être entreprise en
Algérie. C’était une conjuration sérieuse. Elle était animée surtout de
l’enthousiasme qui nous portait vers la tentative de sauvetage de la France en Algérie.
D’autres vous raconteront, avec moi, lors
de la table ronde du 23 avril ici à Nice, le déroulement de ces contacts et
l’espérance dont ils étaient porteurs.
Pendant
ce séjour à Téfeschoun, j’eus l’occasion d’écouter la conférence de presse du
président de la république du 11 avril 1961. Conférence de presse dont je
souligne à quel point, aujourd’hui, elle est passée sous silence. Cynisme,
brutalité, désinvolture, méchanceté, trouvèrent l’occasion de se donner libre
cours à travers les propos du chef de l’Etat :
« La France n’a aucun intérêt à porter à bout de
bras l’existence de populations dans une Algérie qui n’offrirait rien en
échange de ce qu’elle aurait à demander. C’est pourquoi la France considérerait
avec le plus grand sang froid et d’un cœur tranquille que l’Algérie cessât
d’appartenir à son domaine ».
Cette
phrase mérite que l’on s’y intéresse.
On
remarque tout d’abord que le général s’exprime en grande partie au
conditionnel.
« Ce que
l’Algérie offrirait » :
voilà une réflexion qui aurait mérité une étude approfondie. Car bien
évidemment, on le sait maintenant, l’Algérie avait beaucoup à offrir. Le
pétrole, le gaz, l’indépendance énergétique de la France et surtout une rive
sud de la Méditerranée, sereine, sous le contrôle franco-européen.
« La
France n’a aucun intérêt » :
il s’agit là d’un commentaire qui s’adresse uniquement au portefeuille de nos
compatriotes, à l’instinct « grippe-sou » qui dort au tréfonds de
tout être humain. En parlant d’argent, on oublie tout ce qui avait été donné
par l’Algérie pour la France. Le sang versé, de la Crimée au Mexique, dans les
campagnes du Tonkin, sur les champs de batailles d’Europe et d’Indochine. Tout
cela ne compte plus. Puisque l’Algérie est pauvre !
L’Algérie
est pauvre ! C’est lui qui le dit. On n’en veut plus parce que ça nous
coûterait cher : il se trompe deux fois :
-
parce que l’Algérie
n’est pas pauvre,
-
parce qu’elle coûtera
plus cher à la France quand elle sera indépendante.
« Porter
à bout de bras l’existence de populations » : c’est la contrepartie humaine du commentaire.
Dépourvue de la plus petite portion d’amour. On en revient toujours à ce rejet,
à ce mépris et à ce dégoût, qu’il éprouve à l’égard du peuple français
d’Algérie de toutes confessions. En aucun cas, en tant que chef d’Etat, il n’a
le droit de le désigner sous le terme de « populations ». Dans sa bouche, ce terme est injurieux. Ce que lui, De Gaulle, veut dire, c’est ce bas peuple, cette racaille.
« Algérie,
partie du domaine de la France » :
c’est une vision étriquée du territoire national. L’Algérie est présentée dans
ce propos, comme un bien foncier que l’on acquiert un jour et qui, parce qu’il
est supposé ne pas rapporter assez, est abandonné aux enchères publiques. Cette
terminologie simpliste, révélatrice d’inculture, lui suffit pour formuler des élucubrations
sur ce que représentait pour lui, le problème algérien. Elucubrations qui vont
lui permettre de :
-
chloroformer le
peuple de métropole,
-
disloquer la
droite française, la gangréner,
-
faire impression
sur les militaires, on s’en rendra compte dans les jours suivants.
Le putsch se déclenche dans la nuit du
21 au 22 avril 1961.
Godard
me fait libérer immédiatement de Téfeschoun et me réclame auprès de lui, à la
caserne Pélissier. Nous avions appris, à l’intérieur du camp d’internement, que
le général Challe avait pris la tête de ce coup de force, accompagné des
généraux Jouhaud et Zeller.
Comment
et pourquoi Challe s’est-il décidé à prendre la tête de ce mouvement ?
Lisons ensemble quelques extraits de son livre pour faire connaissance avec
celui qui, à l’étonnement de tous, décida de lever l’étendard de la révolte. Il
évoque, avec maladresse, le 13 mai 1958 et la situation de l’Algérie :
_… « La surprise du 13 mai c’est qu’on
attendait trois à quatre mille personnes de la Casbah à la manifestation, c’est
quatre-vingt mille hommes et femmes qui déferlent, libres, français, joyeux, déstressés…. »
_… « au printemps (1960), il n’y a plus de Katibas… »
_… « sauf dans les Aurès, il n’y a plus partout que des embryons
de sections occupés surtout à échapper à nos troupes… »
_... « les européens sont attachés très étroitement à l’intégration parce que c’est
évidemment une garantie pour eux, parce qu’ils sont la minorité qui veut se
joindre à la Métropole de façon à reconstituer une majorité vis-à-vis des
Musulmans… »
_ … « avec l’affaire Si Salah, c’est les
trois-quarts de l’Algérie qui bascule… »
_ … « la paix que l’armée avait
véritablement fabriquée était manquée par le gouvernement, manquée
volontairement… »
_ … « mais le respect de la parole donnée
doit être l’alpha et l’oméga de la vie en société, le fondement de toute
éthique sociale.
Sinon, il n’y a plus que des marchés de dupes et
règnes de coupe-jarrets. Et ce n’est jamais ni une excuse ni une justification
politique que de se vouloir puissant, quitte à se placer au niveau des hommes
et des sociétés sans honneur… »
_ … « il n’y a pas de raison d’Etat, il n’y
a pas de loi au monde qui puisses obliger un homme à faire du parjure son pain
quotidien… ».
Il
ressort de ces lignes un jugement sans appel sur l’homme en qui Challe avait
mis toute sa confiance, toute sa foi. Les mots ne sont pas tendres, « homme sans honneur »,
« parjure », voilà les termes qu’il emploie. Il apparaît évident
à la lecture de son ouvrage que Challe était un homme d’honneur. Certes.
Mais
Challe avait gagné la guerre, et il ne savait pas pourquoi il l’avait faite.
A
la lecture de ce livre, on est frappé, aussi, par le ton presque désinvolte
avec lequel il raconte son aventure algéroise. Point de colère contre ceux qui
l’ont trahi, qui l’ont abandonné en pleine action malgré leurs engagements,
malgré la parole donnée de participer à l’opération du 22 avril. Dans son écrit, ne s’affirme jamais la
trempe d’un officier révolutionnaire.
III – COMMENT J’AI VECU LE PUTSCH
Je ne vais certes pas couvrir d’éloges les officiers
qui ont conduit ce putsch. Je ne vais pas le faire mais je refuse par dessus
tout, de porter atteinte à leur courage, à leur honneur et à leur compétence
d’hommes de guerre.
Il
s’agit d’officiers qui passaient leur temps à proclamer urbi et orbi qu’ils étaient spécialistes de la guerre
révolutionnaire. Or, s’il est une
opération qui ne confirme pas, loin de là, leurs compétences d’officiers
spécialistes de la guerre révolutionnaire, c’est la manière dont ils ont
conduit le putsch.
Une
chose reste difficile à comprendre et à accepter : c’est leur refus d’utiliser
des dizaines de milliers de civils pieds-noirs. Le refus de les engager en
ordre militaire, sous leur commandement. Le refus d’utiliser, pour mieux
asseoir leur intervention, le découpage qui était à leur disposition par la
structure géographique des unités territoriales.
Aujourd’hui
encore, quand il m’arrive de rencontrer un officier qui a participé au putsch,
il me déclare avec entêtement :
« nous avions
exigé que ce fût une affaire exclusivement militaire ».
Au matin du 22 avril, quand je vis Godard à la caserne
Pellissier, il me déclara d’un ton presque suffisant :
« Je ne pensais pas que ce serait
si facile ! »
Il
fut étonné de ma réaction. Car c’est avec violence que je lui ai
rétorqué :
« Et les civils, qu’en
fais-tu ? ».
Il
me répondit par un regard ahuri suivi d’un silence résigné.
Je
poursuivis avec violence :
« Il faut mobiliser tout de suite
les 22.000 UT du Grand Alger. Il faut les intégrer aux légionnaires, aux
parachutistes, aux effectifs du commandant Robin, du colonel de la Chapelle et
du commandant de Saint-Marc. Chaque section doit
devenir un gros bataillon. Il faut
réaliser un amalgame. 22.000 hommes c’est énorme ! S’ils sont bien
encadrés. En utilisant les fanfares de quartiers, cela suffira à faire sortir
les arabes de la Casbah. Ils défileront en chantant la Marseillaise. Ils vont
agiter le drapeau français, tu n’auras pas à les forcer. Ils te livreront,
s’ils sont encore là, les meneurs FLN locaux. Tu les foutras en prison ou tu
les retourneras, ce sera facile ! Tu feras filmer tout cela par la presse, si tu veux, mais surtout,
il ne faut pas perdre de temps. C’est l’enthousiasme populaire qui doit être le
support essentiel de ce coup de force. Les militaires qui doutent encore seront sensibles à la Marseillaise chantée
par des dizaines de milliers de volontaires. L’enthousiasme est contagieux, il
suffit d’un rien pour le réveiller à Alger et partout. Je suis disposé à
m’engager à fond dans cette partie
de ce qui reste à faire ».
Godard
lève les bras au plafond et me rétorque.
« Je ne te le conseille pas. Challe
ne veut rien savoir des civils et Denoix de Saint-Marc non plus, lui surtout ».
J’étais
fou de rage. Je retourne vers la sortie et quel n’est pas mon étonnement de
tomber sur Sergent :
« Que fous-tu ici ? Et
Paris ? Et ce que nous avions prévu là-bas ? »
« Challe a voulu tout le monde
ici ».
Et
voilà la réponse de Sergent !
J’aurais
dû prendre mes responsabilités. Désobéir. Faire descendre les civils dans la
rue en uniforme avec toutes les fanfares locales. Mettre Challe devant le fait
accompli. Tout tenter dès le premier jour. Utiliser tous les moyens de liaisons
possibles pour que les masses européennes se jettent dans la rue et cela, dans
le maximum de localités et de villes d’Algérie. Il fallait envoyer le peuple vers
les casernes douteuses. Il fallait faire honte à ceux qui étaient sur le point
de nous trahir et qui n’osaient pas encore le faire. Mais qui vont s’y résoudre
48 heures plus tard devant le coma qui accompagnera ce misérable putsch. Coma
militaire. Coma civil. Car le peuple a déserté, lui aussi, le putsch d’avril
1961.
J’expliquerai
dans le IVème chapitre ce que j’aurais fait si j’avais été à la place du
commandement militaire. Même si cela paraît prétentieux et déplacé, je tiens à
le dire parce que je veux démontrer que le succès était possible. Dans ce
propos, je ne ferai que rappeler ce que j’avais exposé à Paris à Godard,
Gardes, Broizat et Cazati. Ainsi qu’à d’autres responsables civils de la
conjuration parisienne. Mes camarades Sergent et Jourdes, étaient évidemment
d’accord avec moi.
Il
ne s’agissait pas de faire une guerre lourde. Il s’agissait de mettre au moins
tout l’Algérois et toute l’Oranie en situation de rébellion. Argoud, à Oran,
avec les deux colonels Masselot et Leconte auraient dû transformer les deux
régiments de parachutistes en deux divisions. Mettre l’Oranie dans la rue à
Oran, Sidi Bel Abbès, Mostaganem et ailleurs. Sous la pression de la foule et
de ses légionnaires Brothier aurait marché. C’est une nouvelle fraternisation
qui aurait donné à Challe les moyens et la volonté de vaincre. Les
« tièdes » auraient foncé à leur tour. Les opposants auraient
abandonné leur poste.
De
Gaulle, en décembre 1960, avait montré le chemin. Il avait organisé L’ANTI 13 MAI. Il nous appartenait d’organiser
L’ANTI DECEMBRE. Un coup de force qui veut se passer des civils est un coup
de force mal pensé.
Nous
voulions un putsch qui fût vainqueur grâce à une contagion de l’enthousiasme, à
une contagion de la fidélité à la parole donnée. A une contagion du sentiment
de l’honneur. Je le redis, il fallait créer l’ambiance nécessaire à une
nouvelle fraternisation dont le monde aurait été témoin.
La
question qui se pose est la suivante :
-
Les officiers
conducteurs du putsch n’auraient-ils pas été conditionnés avant tout, par un
manque d’estime à l’égard du peuple pied-noir ?
-
Les officiers
conducteurs du putsch auraient-ils été suffisamment prétentieux pour s’imaginer
que tous les autres militaires allaient se plier à leur volonté, parce qu’ils
étaient les officiers prestigieux qu’ils étaient véritablement ?
Tout
cela n’a aucun sens. Il fallait imposer au général Le Pouilly à Oran, de rester
fidèle à son serment. Il fallait imposer au colonel Brothier, à Sidi Bel Abbès,
de rester fidèle à la parole donnée à Argoud.
C’était
tout banalement de la France et de son avenir, de l’Occident et de sa
sauvegarde dont il était question.
Une
cause qui méritait bien que l’on jouât sa tête et sa liberté.
IV – QUE FALLAIT-IL FAIRE ?
A – A
ALGER
Plus que tout, il fallait exhiber la force dont les
putschistes pouvaient disposer et surtout ne pas rester les bras croisés, à
attendre qu’un miracle se produisît au sein des unités militaires qui n’étaient
pas averties de cette tentative de sauvetage de l’Algérie française.
Le
1er REP tenait quelques postes-clef.
C’était nécessaire, bien évidemment. A mon avis, ce qui était le plus
important, c’était d’exhiber les légionnaires en arme et en uniforme un peu
partout dans le grand Alger. Il fallait que l’imprégnation putschiste fût
ressentie par le peuple et par le reste de l’armée.
Sans
perdre de temps, il fallait lancer un appel à la mobilisation générale de tous
les hommes d’Algérie en situation de se battre pour la patrie, pour l’Algérie
française.
Le
peuple d’Algérie entendu dans son sens « total » :
je précise, peuple français d’Algérie de toutes confessions.
Comme
il avait été convenu avec le colonel Gardes, à Paris, dans le bureau d’un ophtalmologiste
de l’avenue Pierre 1ER de Serbie, il importait, dès la première
heure, de donner l’ordre aux commandants de compagnies et aux chefs de
bataillons des Unités territoriales, de convoquer leurs effectifs en uniforme, et
en arme si possible, animés de la discipline militaire la plus totale.
Il
fallait donner l’ordre à tous les policiers, quels que fussent leurs grades et
fonctions, de se tenir à la disposition du général Challe pour assurer l’ordre
et protéger le peuple français et musulman d’Algérie contre une agression FLN.
Il
était important de convoquer tous ceux parmi les civils qui s’investissaient du
prestige et des pouvoirs de leaders de l’Algérie française. Ces derniers
n’avaient pas laissé passer l’occasion de notre incarcération après les
barricades du 24 janvier, pour occuper des postes de responsabilité, dont je
tiens à souligner qu’ils étaient dignes. Il fallait immédiatement leur
attribuer des fonctions précises dans le cadre de la nouvelle hiérarchie qu’il
fallait mettre en place d’urgence, pour garantir l’harmonisation des opérations
prévues.
En
particulier, il fallait interdire les attentats contre les ennemis de l’Algérie
française, les règlements de compte et les plasticages. Aucune initiative opérationnelle n’était
concevable, si ce n’est dans le cadre des opérations prévues par les officiers
putschistes.
Il
était important de lancer un ultimatum au FLN, du Grand Alger en particulier.
Lui imposer de se rallier dans les 24 heures. Demander aux musulmans de la
casbah, de l’Aguiba de Belcourt, du boulevard Cervantes, de la Cité Mahieddine,
du Clos Salembier et d’ailleurs, de se rallier à l’armée pour la sauvegarde de
l’Algérie française et de la France.
Il
fallait lancer un appel aux religieux musulmans d’Algérie et leur demander d’invoquer
la protection du Seigneur pour le sauvetage et le bonheur de l’Algérie française.
Mais
le plus important était d’organiser dès le 22 avril, un amalgame des unités d’active avec les réservistes d’Algérie. Chaque
section du REP, des commandos de chasse et des pelotons du REC, devait devenir
des bataillons par l’adjonction des UT qui auraient été soumises aux commandants
militaires de ces mêmes unités.
Cette
tâche, qui à mon avis était urgente et primordiale, aurait été confiée au
commandant Robin et aux officiers des commandos de chasse qui avaient participé
à la première opération. Il fallait faire d’Alger une cité en armes dont le
rayonnement aurait été perçu dans toute l’Algérie et au delà de la
Méditerranée.
L’organisation
de défilés devait être envisagée en faisant appel à toutes les fanfares
locales. C’était le cri de la patrie en danger qui devait jeter dans la rue les
foules algéroises de toutes confessions, dans une ambiance d’uniformes, de
musique militaire et de proclamations patriotiques.
Le
commandement à Alger, plus précisément sur le territoire du corps d’armée d’Alger,
n’aurait pas dû être confié à Godard mais au colonel Argoud. Celui-ci aurait dû
rester à Alger. Il aurait été en mesure de ne pas laisser une seconde de
liberté au général Challe. Car celui-ci souffrait en effet d’un manque
d’inspiration et d’enthousiasme. Il rêvait, dans sa naïveté, d’un ralliement
spontané de toute l’armée, à ses cinq étoiles, parce qu’il s’appelait Challe.
Argoud,
ancien et tout récent chef d’Etat-Major du corps d’armée d’Alger, disposait de
tous les contacts pour convaincre ceux qui, en 1959, étaient sous son contrôle
lorsqu’il exerçait ces mêmes fonctions jusqu’au mois de janvier 1960. En
particulier au sein des commandements de la ZSA et de la ZOA,
ainsi qu’en Kabylie.
Godard,
aurait été chargé de mettre en place un quadrillage policier dans tous les
départements en affectant dans chaque commissariat de police des militants
Algérie française qui seraient venus porter leur concours à la protection de la
population civile contre toutes exactions d’où qu’elles vinssent.
Gardes,
comme il avait été convenu à Paris avec moi-même et surtout avec Serge Jourdes,
aurait été chargé de coordonner la mobilisation de toutes les UT d’Algérie et
de les mettre sous le commandement des unités putschistes, par l’intermédiaire
de l’amalgame militaire que j’ai évoqué précédemment.
Broizat
aurait dû être chargé des relations avec toutes les unités parachutistes
d’Algérie. En particulier, on aurait dû lui confier la mission de rappeler à la
raison le colonel commandant du 3ème RPIMA. Ce régiment, qu’on me
pardonne l’expression, faisait « la
gueule » à l’Algérie Française depuis le 24 janvier 1960. C’est-à-dire
depuis le jour où il n’avait pu interdire le passage de la masse des
manifestants de Bab-El-Oued qui avaient réussi à forcer le barrage que ce
régiment avait opposé à ces mêmes manifestants. Manifestants de Bab-El-Oued, de
Saint-Eugène et des Hauts d’Alger, qui ont conféré une réalité révolutionnaire
à cette journée du 24 janvier 1960.
Il
fallait aussi prendre un contrôle réel et parfaitement organisé, de l’aéroport
de Maison Blanche, et surtout du port d’Alger. L’UT Orléans-Marine aurait dû se
charger de l’occupation et du contrôle des structures portuaires.
C’est
plus de 30.000 hommes en arme qui auraient pu être enrégimentés à Alger. Qui auraient
participé à l’action, au chant de la Marseillaise et des Africains. Cet
enthousiasme populaire devait être communiqué, « parce que c’est dans la logique des choses » aux unités
militaires tièdes, irrésolues, velléitaires peut-être, mais qui avaient toutes
besoin d’une poussée d’enthousiasme, pour s’y incorporer elles-mêmes. Les
musulmans de la Casbah auraient défilé, eux-aussi, avec le drapeau tricolore et
se seraient ralliés en masse au général Challe.
B/ A ORAN
L’immense erreur fut d’expédier Argoud à Oran, avec ces
deux magnifiques régiments qu’étaient le 18ème RCP, et le 14ème RCP. Le colonel Leconte du 14ème, le colonel Masselot du 18ème étaient des officiers d’une immense valeur.
Je
tiens à souligner que Masselot était natif comme moi, de Bougie, dont le port
avait été construit sous l’autorité technique de son père. On peut donc dire
que dans le cœur de ce putsch, il y avait au moins deux Bougiotes, mon aîné le
colonel Masselot, le brave des braves et Jean-Claude Perez, médecin engagé dans
le combat clandestin pour l’Algérie française depuis le 5 octobre 1955. A
travers ce souvenir, c’est un hommage à la Petite Kabylie que je lance par ce
rappel.
J’ai dit, je viens de dire, qu’il ne fallait surtout
pas expédier Argoud à Oran. J’ai même précisé le rôle qui aurait dû être le
sien à la tête du corps d’armée d’Alger. Certes, cet officier avait établi des
contacts extrêmement précieux avec des officiers d’Oranie. En particulier avec
le colonel Brothier qui commandait la légion étrangère à Sidi Bel Abbès. Avec
d’autres officiers commandant de secteurs et d’unités prestigieuses qui
opéraient en Oranie. Nombreux étaient ceux qui s’étaient engagés sur l’honneur
à se rallier au général Challe dès les premières heures du putsch. Mais, plus
que tout, c’était l’appui du général Le Pouilly, commandant du corps d’armée
d’Oran qui semblait acquis au colonel Argoud. Il semble que c’est l’épouse de
ce général qui réussit à le faire douter. Celui-ci ne tint pas parole, à l’instar des autres. Il
exprimera ses regrets plus tard… trop tard.
Argoud,
au-delà de son intelligence et de ses compétences, n’était pas un officier
révolutionnaire. Il s’est contenté d’obéir strictement aux ordres du général
Challe et de satisfaire aux desiderata de Denoix de Saint-Marc, commandant le 1er REP, qui avait refusé, avec obstination, toute participation de civils à ce
putsch, qu’il voulait exclusivement militaire.
Qui
aurait dû prendre la tête du putsch en Oranie ? C’est évident. C’était le général Edmond Jouhaud. Natif
d’Oranie, il aurait été suivi par ses compatriotes oraniens, avec enthousiasme.
En
réalité, c’est lui que les Oraniens attendaient.
C’est
lui qui aurait dû arriver à Oran avec ces deux régiments, le 18ème et le 14ème RCP.
C’est
lui qui aurait dû prendre l’initiative, même contre les ordres de Challe,
d’appeler à la mobilisation générale toutes les UT d’Oranie, c’est-à-dire
d’Oran, de Sidi Bel Abbès, de Mostaganem, de Mers-lel-Kébir et de toutes les autres
cités de cette province.
Avec
l’aide des leaders de l’Algérie française d’Oran, avec mon vieux copain Yvan
Santini en particulier, parmi d’autres, la population d’Oranie l’aurait suivi.
Une population riche d’enthousiasme et de vigueur dont l’Algérie française ne
pouvait pas se passer.
Cette
confiance que j’avais dans le peuple d’Oranie, je rappelle que je l’avais
manifestée en public à Saint-Eugène, tout près d’Oran, en automne 1959. J’avais
souligné lors de ma brève intervention, combien le peuple d’Oranie par sa
vigueur, et son potentiel d’actions, était indispensable au sauvetage de
l’Algérie française.
Jouhaud
aurait dû mettre en route ce qu’il fallait faire en même temps dans l’Algérois.
La mobilisation des UT. Organiser l’amalgame avec ses deux régiments. Les
transformer en deux divisions et prendre le pouvoir dans tous les départements
de l’ouest Algérien. Le général Le Pouilly se serait rallié, dans le cas
contraire il aurait été facile de le neutraliser. Le colonel Brothier qui
commandait à Sidi Bel Abbès aurait vu ses unités ressentir l’enthousiasme de la
patrie en danger. De nombreux sous-officiers de la légion étrangère avaient
fondé des familles en se mariant avec des filles d’Oranie et ne demandaient
qu’à s’incorporer au combat. La sauvegarde de la patrie était un cri de guerre
contagieux et je ne vois pas les Oraniens rester les bras croisés devant
l’appel du général Jouhaud, leur frère de terroir.
C/
DANS LE CONSTANTINOIS
Avant toute chose, il faut apporter une
précision : ce que nous venons de décrire, c’est-à-dire ce qui aurait dû
se passer dans l’Algérois et en Oranie, en 24 heures, aurait été contagieux
pour l’ensemble des départements voisins de l’est algérien. Le général Gouraud,
commandant le corps d’armée de Constantine, s’est rallié au putsch. Il lui
appartenait de prendre les mêmes dispositions que celles qui auraient été
prises dans cette merveilleuse éventualité par les putschistes d’Alger et
d’Oran.
Il
disposait en particulier, et il ne fallait surtout pas la négliger, de
l’adhésion active d’un officier général des Tirailleurs algériens, qui ne
demandait qu’à se rallier avec ses troupes, à une opération de sauvetage de
l’Algérie française.
Le
général Challe aurait dû se servir de cet enthousiasme et faire de l’Algérie
française une terre qui s’offrait à la France par la victoire. Car les bandes
rebelles résiduelles des djebels, auraient été isolées du peuple et auraient
rallié la France, comme elles avaient été sur le point de le faire, au moment
de la fausse affaire Si Salah, au début de l’année 1960.
D/ EN METROPOLE
Le général Faure aurait dû être plus prudent. Il lui
appartenait de se mettre à l’abri d’une arrestation et de conserver des
liaisons bien structurées avec les officiers métropolitains qui s’étaient
engagés à suivre le putsch d’Algérie.
Le
colonel de Blignières, que je ne connaissais pas à cette époque, le commandant
Cazati que je voyais très souvent avant mon arrestation à Paris, avaient établi tout un échelon de contacts qui normalement,
auraient dû se manifester au moment du putsch. Mes camarades parisiens, Descaves,
Lauzier, Jourdes, ont tout tenté pour mettre en route une opération parisienne
qui psychologiquement, aurait été payante.
J’avais
prévu avec un groupe de patriotes, de la paroisse Saint Léon du XVème
arrondissement parisien, que seraient déclenchées des opérations de sabotage
visant à interdire à De Gaulle d’apparaître à la télévision. Ce groupe,
organisé à partir de la rue d’Ouessant, avait envisagé aussi une opération-commando
sur la personne du général De Gaulle.
De
tout ce qui était prévu, rien ne fut amorcé parce que le putsch d’Algérie s’est
rapidement essoufflé. L’enthousiasme n’a pas été communiqué parce que des
officiers d’active, indiscutables héros, avaient méprisé le peuple français
d’Algérie et lui avaient refusé de jouer son rôle dans le sauvetage de
l’Algérie française.
C’était
la France, l’Occident qu’il fallait sauver du naufrage devenu chronique
aujourd’hui. Naufrage qui les menace en permanence depuis la défaite française du
19 mars 1962. Naufrage organisé, conçu et mis en route par De Gaulle que « des chasseurs de têtes » avaient mis en place dès le printemps 1940, pour servir en temps voulu les perspectives désastreuses du capitalisme
financier moderne.
J’ai
exposé ce qui, à mon point de vue, et en le relatant très schématiquement,
aurait dû constituer le déroulement du putsch d’Alger. Il s’agit aujourd’hui,
objectera-t-on et pour beaucoup d’entre vous, d’une vue de l’esprit. Mais
sachez qu’en ce qui concerne l’Algérois et l’Oranie, j’avais fait part de ce
projet de déroulement opérationnel à Godard, Gardes, Broizat, Sergent et
Cazati, ainsi qu’à tous mes camarades parisiens qui sont intervenus dans notre
combat.
Je
l’avais fait au mois de mars 1961, toujours avenue Pierre 1er de
Serbie à Paris, dans l’appartement de cet ophtalmologiste parisien qui, lui
aussi, connut les « joies » de la Santé, pour avoir défendu l’Algérie
française à Paris.
Beaucoup
d’autres métropolitains connaîtront plus tard le « bonheur » de la
prison et de l’exil.
Merci
à tous ces compatriotes lointains, à qui je tiens, une fois de plus, à
transmettre un salut de frère d’arme.
V – CHAPITRE DE CONCLUSION….
QUEL DOMMAGE !
La
guerre d’Algérie, aujourd’hui encore, voit son identité méconnue par la
majorité de ceux qui s’y réfèrent.
Ce
fut avant tout, une guerre de religion, aux perspectives extra-algériennes
négligées, ou plutôt volontairement passées sous silence par le monde
occidental.
Ces
perspectives extra-algériennes avaient été cependant clairement précisées en
langage dépourvu d’équivoque, en 1957, par le chef FLN Larbi ben M’Hidi,
lorsque peu avant sa mort il déclara :
« Vous
voulez la France de Dunkerque à Tamanrasset, je vous prédis, moi, que vous
aurez l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque. »
Prévision « impérialiste » avant tout
qu’il faut rappeler maintes et maintes fois, de la part d’un combattant
courageux qui prenait soin de nous avertir.
Prévision
qui nous délivre le moyen de bien comprendre, entre autres choses, les
intentions des promoteurs et exécuteurs français de l’abandon de l’Algérie française.
Nous en détectons deux, antagonistes pour certains, rigoureusement
complémentaires pour d’autres.
La première de ces deux intentions, est riche
d’imprécision. Celle-ci illustre pour une grande part, le comportement du monde
français, rallié à De Gaulle. C’est-à-dire du monde français qui applaudit,
aujourd’hui encore, à la mort de l’Algérie française, parce que c’est « le général » qui l’a
imposée, et uniquement pour cette raison.
Ce
monde politique, altéré dans ses facultés de jugement à cause du gaullisme, a
oublié et oublie encore, que l’histoire est avant tout « mouvement ». Ils n’ont pas voulu croire au feed-back négatif, et surtout
désastreux, que la France allait subir.
En
effet, l’évacuation du christianisme d’Algérie par le « fer » c’est-à-dire
par la force, allait faire naître tout logiquement un courant d’imprégnation
islamiste orienté dans le sens de l’évacuation du
christianisme, c’est-à-dire du sud vers le nord.
Mais,
aujourd’hui encore, ils refusent d’accepter leur responsabilité dans cette
nouvelle imprégnation. Ils contribuent, par l’intermédiaire de la fidélité au
néant ou plutôt à « l’insubstance » gaulliste, à accepter l’islamisme en
le mettant à la mode.
La deuxième intention s’oppose catégoriquement à la
précédente.
Une
fraction non négligeable d’entre eux avait prévu ce feed-back. En toute
connaissance de cause, ils ont contribué volontairement à mettre en œuvre une
déchristianisation de la France et de l’Europe. Dans cette perspective
opérationnelle, ils ont importé la révolution islamiste à l’échelon de la
France, de l’Europe et de l’Occident tout entier. Ils ont prétendu faire de ces
territoires, dans un avenir reculé certes mais pas très lointain, les nouveaux
sites de la révolution mondiale. De la révolution arabo-islamiste
fondamentaliste. Animés de la volonté de vaincre une fois pour toute, le
christianisme et tout particulièrement le catholicisme.
Une
fois de plus, il ne faut pas perdre de vue le crédo de Ben M’Hidi auquel ils
ont adhéré sans réserve. Ce crédo, tel que nous l’avons rappelé, exprime une
donnée fondamentale de ce feed-back :
« Vous aurez l’Algérie de
Tamanrasset à Dunkerque »,
Il
aurait pu ajouter jusqu’à Madrid, Amsterdam, Stockholm, Varsovie, Londres, et
plus encore.
Nos
convictions politiques étaient certes rudimentaires. Mais elles étaient
basales. J’emploie ce qualificatif dans son sens géométrique : à la base de notre volonté de
combattre, nous trouvions la France. La seule France. C’est elle qui nous
unissait, quelles que fussent nos origines et nos religions respectives. Le
drapeau, la Patrie, la France, nous n’avions que ces mots à la bouche.
C’est
par la magie de ce mot, « la France », que je me suis laissé prendre,
dès 1955, au charme et à la folie de l’action. Par amour de l’Algérie. Parce
que c’était un morceau de France.
Aujourd’hui,
j’ai franchi généreusement le seuil de la première vieillesse. J’affirme que
rien ne m’incite à modifier mes convictions d’hier. Je me suis laissé prendre,
sans effort, avec volupté même, à l’envoûtement de l’Algérie française. Je me
suis laissé happer par l’odeur obsédante d’enthousiasmes dangereux.
S’agissait-il
d’enthousiasmes illusoires, trompeurs ?
En
toute objectivité je persiste miraculeusement dans un état d’esprit qui me
permet de répondre par la négative.
Il
n’en reste pas moins vrai, je le souligne aujourd’hui encore avec amertume, que
ces enthousiasmes n’ont pas été partagés par une fraction importante de nos
compatriotes de là-bas.
J’évoque
évidemment nos compatriotes pieds-noirs qui, dans une très forte proportion,
sont restés étrangers au combat. Terrible solitude vécue et ressentie au sein
de ces enthousiasmes par les combattants de l’Algérie française !
Solitude
génératrice dès le début de l’action, d’une agonie intérieure que j’ai souvent
ressentie. Celle-ci s’est confirmée par la suite, chez moi, sous la forme d’une
amertume qui j’éprouve encore. Ce qui permet de comprendre que la manière qui
est la mienne d’évoquer l’Algérie française à jamais disparue, me situe une fois de plus, aujourd’hui encore, à
part des autres.
Je refuse de retrouver notre Algérie
française d’hier dans l’Algérie d’aujourd’hui.
Je
refuse d’y rechercher des racines qui elles-aussi, ont disparu lorsque j’ai
quitté l’Algérie.
L’Algérie
française, je la vis comme une Atlantide, c’est-à-dire comme une valeur
abstraite, donc permanente, que rien
ne pourra jamais plus atteindre. Elle représente la cause de mon engagement
dans la lutte armée. J’ai joué pour elle ma liberté, mon confort matériel, ma
vie et plus encore j’ai joué mon âme. Je refuse que l’Algérie devienne un jour
l’objet de ma malédiction.
Oui,
l’Algérie Française s’identifie à une valeur permanente, à ce qu’un pape avait
appelé « une vérité incluse par Dieu
dans la nature des choses ». Une vérité combattue avec une férocité
sournoise par le gaullisme déstructurant
L’Algérie Française reste aujourd’hui encore, une
plateforme d’études à partir de laquelle je peux comprendre l’histoire du monde
actuel. Monde actuel, monde moderne, au milieu duquel s’est élaboré puis
implanté le problème qui fut le nôtre hier, qui est le nôtre aujourd’hui, et que personne ne peut escamoter. Le
problème de l’Occident chrétien… en
danger.
L’astre
à jamais éteint « Algérie française » nous
transmet encore une lumière qui n’est pas épuisée. Tant pis pour les aveugles
qui ne veulent pas tirer profit de cette lumière. Tant pis pour les hommes
politiques qui l’ignorent, parce qu’ils sont plongés dans un autisme politique dont ils refusent
de s’extirper.
J’ai adoré l’Algérie française et ses multiples
visages.
Son
université sérieuse, brillante, parfois perverse et traîtresse.
La
casbah d’Alger avec ses charmes maléfiques et nauséabonds. Grouillante de
conjurations mortelles. La casbah, une place forte de l’ennemi, fonctionnant
sur nos arrières, repaire de haines et de malédictions.
Bab-El-Oued,
secouée de ses sincérités spontanées avec son cœur « gros comme ça » où la France vivait passionnément dans
tous les recoins de ce quartier plein de couleurs et parfois secoué de
violences ultimes.
La
campagne algérienne, arrachée par nos colons à un néant pestilentiel. Campagne
algérienne magistralement organisée par ces mêmes colons. Un exploit,
qu’hypocritement on s’est empressé d’oublier. Exploit riche de la mort
d’enfants et de nourrissons qui ont succombé au paludisme, aux fièvres. Pour ne
retenir que les orgueilleuses allées d’orangers, les champs de céréales âprement
défendus contre climat et sauterelles. Ou encore les vignobles resplendissant
d’une capiteuse richesse.
Le
temps a passé. Le recul d’un demi-siècle que m’a miraculeusement octroyé un
destin généreux m’offre une possibilité : celle d’étudier le phénomène historique Algérie française avec sérénité. Vivrai-je assez longtemps pour l’étudier un jour avec indifférence,
avec détachement ? Je ne le crois pas.
Ferveur,
mépris, rancune, haine, regrets, déception…. Tout se
mélange encore.
A propos de la guerre d’Algérie, il m’arrive trop
souvent d’écrire ce qui me passe par la tête. Pardon Jean-Jacques de Genève,
ce sont les rêveries non pas « d’un promeneur solitaire » mais plutôt
celles d’un exilé perpétuel.
En
exil on dispose d’une immense richesse : c’est le temps. J’ai connu
l’exil. J’ai connu la situation d’un homme qui était refusé dans tous les pays
du monde jusqu’en 1966. Sauf au Paraguay qui m’avait offert l’asile en 1963
mais qui attendait de moi des fonctions incompatibles avec ma qualité de
Français.
J’ai
eu le loisir durant cette période de ma vie, malgré mes ennuis matériels,
malgré mes recherches perpétuelles d’argent pour moi et avant tout pour les autres, de réfléchir en me laissant
imprégner, malgré le temps qui passait, par les émanations du corps encore tout
chaud de l’Algérie française.
Ce
n’était pas de la nostalgie. C’était plutôt la volonté de savoir et de
comprendre.
En
réalité, grâce à cette mémoire exclusivement sensorielle, mais enrichie,
étoffée de nouvelles connaissances, c’est pendant mon exil que je suis né. C’est
pendant mon séjour espagnol que ma conscience politique s’est développée.
Pragmatiquement. Grâce aux contacts universels dont j’ai eu la chance de
bénéficier. Avec des hommes politiques, des personnalités militaires, des
écrivains, des fonctionnaires de police de très hauts grades et de tous pays. Des
membres des services spéciaux espagnols, américains et latino-américains. Ils
m’ont fait profiter de leur savoir. Ils ont apporté leurs lumières
complémentaires sur le drame que nous avons vécu en Algérie.
Parmi
tous ces contacts, nombreux étaient ceux qui évaluaient, très logiquement mais
surtout silencieusement, le départ de la France d’Algérie, comme une défaite
militaire infligée à notre pays, à l’Europe et à l’Occident. Ils n’en parlaient
pas parce que la bienséance politique et diplomatique imposait de faire silence
sur cette vérité. Sur cette évidence. Ils m’ont fait toucher du doigt,
cependant, tout un capital de vérités que j’avais mal perçues ou plutôt que je
m’interdisais d’exprimer :
« Vous
vous imaginiez à l’OAS, avoir derrière vous le monde chrétien ? C’était
faux !
Vous vous
imaginiez avoir derrière vous la France résistante et patriote ? C’était
faux !
Vous vous
imaginiez avoir derrière vous la France catholique ? C’était faux !
Vous vous
imaginiez avoir derrière vous l’armée française ? C’était faux !
Vous vous
imaginiez avoir derrière vous le peuple pieds-noirs tout entier ? C’était
faux !
Votre
structure de combat, l’OAS, était seule au monde.
Malgré cet
isolement, malgré cette terrible solitude, elle
n’a jamais été ridicule. Elle a intrigué tout d’abord. Puis elle a fait
peur. Elle a obligé le monde occidental à se renier, à se trahir lui-même.
Aujourd’hui,
la communauté internationale, dans l’exil que vous êtes en train de vivre, vous
impose de vous taire, de vous replier sur vous-même. Mais en réalité,
regardez-les bien : qui vous donne la chasse ? Qui prétend vous tuer,
ici en Espagne, en 1963 ? Personne.
Ils sont
lâches, non pas parce qu’ils vous
épargnent mais parce qu’ils n’osent pas vous dire ce qu’ils ont envie de vous
dire en réalité et que nous vous disons nous, aujourd’hui : quel dommage que celui de votre
échec ! »
Voilà
ce que j’ai entendu dire des centaines de fois : quel dommage !
Il
m’est arrivé durant mon exil espagnol, de rencontrer quelques Pieds-Noirs qui
avaient côtoyé notre combat, en refusant de s’y incorporer. Qui se permettaient
de nous juger, sans nuance. Sans amour. Qui parfois, nous toisaient ou plutôt
me toisaient comme un reliquat gênant d’un passé qu’ils ne voulaient plus
connaître. D’un passé qu’ils n’avaient pas connu en réalité.
Ils
évoluaient en toute méconnaissance des dangers que nous avions courus. Et dans
le domaine des risques pris, permettez-moi d’insister tout particulièrement sur
les miens.
Alors quoi ? C’était
pour ça que j’avais tourné le dos à une vie qui aurait pu être facile
et que beaucoup m’enviaient ? C’était
pour ça que j’avais donné des ordres de tuer ? C’était pour ça que j’avais joué mon âme ?
J’ai
répondu non. Evidemment.
Mais
j’ai éprouvé une nécessité mordante : reconstruire, restructurer ma
conviction « Algérie
française ». J’ai voulu analyser l’aliment de cet instinct qui m’avait
jeté dans le combat clandestin dès mon retour à la vie civile en octobre 1955.
De cet instinct qui m’avait inspiré pour faire campagne en faveur du NON au référendum du 28 septembre 1958.
Un instinct qui m’avait propulsé dans la mêlée, un instinct profond exprimé et
vécu en termes de refus de la mort, en termes de refus de la capitulation.
Nos ennemis avaient raison. Oui, ils avaient été
frappés par la grâce opérationnelle lorsqu’ils nous ont proposé : la valise ou le cercueil.
C’était
le seul choix qui s’imposait à nous. J’ose le dire encore et encore.
Ou bien notre valise, ou bien le cercueil…. de
nos ennemis.
L’équation
était simple. En réalité, elle n’existait plus car elle était résolue dès sa
formulation. Si nous voulions éviter de faire notre valise, il fallait nous
préparer à faire descendre au cercueil ceux-là même qui nous menaçaient, qui nous proposaient la mort comme seconde et définitive alternative. Ceux qui exigeaient la mort
partielle de la France en Algérie. Ceux qui voulaient imposer la mort de la
France Sud-Méditerranéenne.
Nous
avons néanmoins fait notre valise et nous avons survécu. Ce qui peu paraître
inconvenant, inesthétique. Ce qui l’est effectivement si nous restons
silencieux.
Connaître
et contrôler le passé de l’Algérie française, ce n’est pas devenir un
introverti mélancolique. Ce n’est pas se soumettre à une confession, à une
autocritique publique.
Contrôler
le passé de notre combat impose deux nécessités permanentes :
-
sur le plan géopolitique
démontrer que ce sont les crispations confessionnelles implantées en Algérie
par un pouvoir constamment et obsessionnellement antichrétien, qui ont conduit
cette terre vers son exclusion de la France et de l’Occident géopolitique,
-
sur le plan plus
direct de notre participation au combat, de la mienne en particulier, assumer
ses responsabilités aujourd’hui encore.
En
ce qui me concerne, je dois assumer la responsabilité des actes de guerre de
l’OAS. C’est une obligation qui nait de mes fonctions à l’échelon le plus élevé
de la hiérarchie opérationnelle de l’OAS. D’après le général Salan, que je me
permets de citer, je fus « pilier du combat pour l’Algérie
française ».
C’était
ceci, avant tout, être « le chef de
l’ORO » à l’échelon national : prendre
la responsabilité de tout ce qu’il est difficile d’assumer aujourd’hui.
Cette
responsabilité, je l’assume encore pour deux motifs au moins :
-
le premier, c’est
pour rendre hommage à tous ceux qui ont participé à notre combat ;
-
le second, c’est
pour dire de ceux qui furent nos victimes, que nous ne les avons pas agressées
par plaisir ou par sadisme.
Je
n’ai jamais nourri d’ambitions politiques pour moi personnellement. Je me suis
engagé dans ce combat avec des idées claires et précises de ce que nous avions
à défendre. Je l’ai fait par amour de cette terre. Je l’ai fait parce que
c’était mon devoir de Français et de Pied-noir. Je ne me suis jamais posé de
problème : la France était attaquée, en Algérie, sur l’une de ses plus
larges frontières, je devais défendre la France. C’était normal, c’était banal.
Qu’on
ne s’y trompe pas. Cette absence d’ambition carriériste n’a pas fait de moi un
inconscient, un arriéré mental, ou tout banalement un imbécile.
On
dit souvent, que « seuls les cons n’ont pas d’ennemis ! ». En ce qui
me concerne, si je devais évaluer mon QI par rapport au nombre de mes ennemis, je
pourrais être rassuré quant au niveau de ce QI.
Le
refus obstiné de l’Algérie française fut révélateur en réalité, d’une volonté
stratégique : créer les conditions d’une confrontation inéluctable entre
le monde islamiste et le monde non musulman. Avant toute chose, pour nos
ennemis, il a fallu vaincre le christianisme en Algérie. On l’a effectivement vaincu, là-bas en attendant de le vaincre ici au
nord de la Méditerranée.
Les hommes politiques contemporains refusent
d’enregistrer cette identité de la guerre d’Algérie. Ils côtoient, ils
subissent, ils observent parfois la révolution islamiste fondamentaliste sans
faire l’effort de l’analyser. Ils ne sont pas en mesure de l’affronter, parce
qu’ils ne jouissent pas de la richesse intellectuelle et spirituelle qui leur
permettrait de la comprendre. Ils exhibent tout au contraire une carence
d’informations et une carence d’inspiration qui les situent en permanence à côté de cette révolution.
Nous, les anciens du combat pour l’Algérie française,
tirons encore profit de la lumière générée par l’astre que fut l’Algérie
française. C’est cette lumière qui nous permet d’éviter une plongée dans l’autisme
politique ambiant et actuel.
Que
l’on se serve de notre vécu. Nous vous l’offrons en toute sincérité et en toute
humilité. Ce fut un combat symbole, un combat avertisseur.
C’était le temps de l’Algérie française.
Une
grande page d’histoire que je refuse de tourner à jamais. Car elle est « riche
d’hier » mais surtout riche « riche de demain ».
Et le putsch d’avril 1961 vient ternir
d’une ombre presque puérile, cette magnifique page que
fut l’histoire de l’Algérie française.
Jean-Claude
Perez
Le
17 février 2011