1963
– 2013
MON CINQUANTERNAIRE A MOI
QUEL
DOMMAGE …
Nous observons, en maintes occasions, un
comportement néfaste de la part de certaines collectivités dites de la mémoire de l’Algérie française. De
même, qu’au sein de réunions regroupant des notables de la défunte Algérie française. Notables qui se déclarent animés de la volonté
de défendre au mieux le souvenir de ce merveilleux épisode historique que fut
l’Algérie française. Notables qui se prétendent animés d’une volonté
farouchement exprimée à laquelle
évidemment je souscris : conférer tout son relief à la grande page de
vie Algérie française.
Une page de vie qui a vu la naissance de
l’Algérie qui, avant l’arrivée de la France et avant son accouchement par notre
mère-patrie, ne connaissait aucune réalité historique.
Ces notables s’affirment être motivés,
comme je le suis moi-même, d’une volonté de rejet absolu à l’égard de toute
attitude de repentance. Repentance que n’impose en rien cette grande fresque du
XIXème et du XXème siècle : « le phénomène historique Algérie
française ».
Ce curieux comportement c’est leur rejet
de l’OAS. Ils prétendent faire l’impasse sur ce terrible chapitre de l’histoire
de l’Algérie française et de l’histoire de France.
Curieux comportement qui prétend tout
revendiquer, ou plutôt tout mendier du pouvoir de la Vème République, en prenant
soin de se désolidariser, avec ostentation et servilité, de cette page sublime
de notre histoire. Page sublime illustrée, je le soutiens, par le combat de
l’OAS.
A propos de cette attitude que je me
permets de qualifier de « renégatoïde »,
je vous rappelle ces quelques lignes :
« Un
cri de souffrance de la patrie insultée et envahie. Un cri de colère d’un
peuple voué à une tuerie collective, à un génocide accepté sereinement par le
pouvoir gaulliste, voilà à partir de quoi doit se comprendre l’OAS…
Organisation Armée Secrète, organe de combat structuré, beaucoup trop tard, dans le but de protéger au mieux le peuple français
d’Algérie contre son anéantissement. Ce peuple n’avait qu’un tort : prétendre
manifester avec violence, avec passion, son amour de la France, comme lui
donnait le droit de le faire son identité de « fraction vivante de la
Nation française »
[1]
.
Fraction vivante de la nation qui a refusé la solution définitive à laquelle on
voulait la vouer.
L’OAS
aujourd’hui, ce n’est plus rien. C’est vrai. Mais regardez avec attention
l’histoire des Français d’Algérie. Que resterait-il de leur passé, s’ils
n’avaient pas l’OAS de France et d’Algérie comme support historique de leur
douloureuse combativité, de leur farouche volonté de rester Français ?
Oui,
qu’auraient-ils à se mettre sous la dent, les Pieds-Noirs d’aujourd’hui, leurs
enfants et leurs petits-enfants, sans l’OAS d’hier ?
Expression
d’un peuple français qui hurlait son espérance dans la survie et le déploiement
de cet Occident dont nous avons tant besoin pour rester ce que nous sommes
encore.
C’était
ça l’OAS ».
Nous demandons que l’on accorde à l’OAS
défunte, la considération qu’on lui doit. Combattre pour la patrie et son peuple,
pour la liberté et la vie de l’Occident, c’était ça l’OAS.
La
guerre d’Algérie, aujourd’hui encore, voit son identité profondément altérée
par la majorité de ceux qui s’y réfèrent. Ce fut fondamentalement une guerre de
religion aux perspectives extra-algériennes, volontairement passées sous
silence par le monde occidental. Perspectives tactiquement occultées par les
promoteurs et les déclencheurs de cette guerre.
Ces perspectives extra-algériennes,
avaient cependant été précisées en langage dépourvu d’équivoques par le chef
FLN Larbi ben M’hidi, lorsque peu avant sa mort il déclara :
« Vous
voulez la France de Dunkerque à Tamanrasset, je vous prédis moi que vous aurez
l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque ».
Programmation impérialiste qu’il faut rappeler
maintes et maintes fois, évoquée par un combattant courageux qui prenait soin
de nous avertir. Programmation qui nous délivre le moyen de bien comprendre les
intentions des planificateurs et exécuteurs français de l’abandon de l’Algérie
française. Nous en détectons deux, antagonistes pour certains analystes,
rigoureusement complémentaires pour d’autres.
La
première de ces deux intentions est riche d’imprécisions. Elle permet de
comprendre pour une grande part néanmoins, le comportement du monde français
rallié à De Gaulle. C’est-à-dire du monde français qui, aujourd’hui encore,
applaudit à la mort de l’Algérie française parce que c’est le général qui l’a
imposée et uniquement pour cette raison. De Gaulle apparaissant ainsi comme la
référence nécessaire à l’acceptation ou plutôt à la justification, de la
défaite infligée à notre patrie en 1962.
Ce monde politique profondément altéré
dans ses facultés de jugement par le gaullisme décérébrant, a oublié et oublie
encore que l’histoire est avant tout mouvement. Il n’a pas voulu croire au
feed-back désastreux que la France allait subir dans cette nouvelle dynamique
révolutionnaire et planétaire. Car, l’évacuation de l’armée française d’Algérie
accompagnée par l’exode massif des pieds-noirs, allait provoquer une évacuation
concomitante du christianisme de la terre d’Algérie. Cette volonté d’annihiler
le message de la Croix fut proclamée sans équivoque par un leader FLN qui, à
Bône, déclara en substance dès le 19 mars 1962 : « Il faudra libérer d’urgence la terre d’Algérie du tintement des
cloches des églises ».
Ce fut donc, avant toute autre
considération, une évacuation du christianisme, planifiée, mise en œuvre et
finalement obtenue, dans des délais ultra-rapides ou plutôt prioritaires.
Evacuation nécessaire au dynamisme du courant révolutionnaire arabo-islamiste
fondamentaliste qui exerce ses effets avec constance et patience du sud vers le
nord.
Aujourd’hui, ils refusent d’accepter
leurs responsabilités dans cette nouvelle dynamique révolutionnaire. Ils se préparent,
au nom de la fidélité proclamée au néant ou plutôt à l’insubstance gaulliste, à
accepter l’islamisme et à se soumettre aux exigences des épitres jihadiens.
La
deuxième intention s’oppose catégoriquement à la précédente. Une fraction non
négligeable d’entre eux avait prévu ce feed-back. Ils y ont applaudi. Ils y
applaudissent aujourd’hui encore. En toute connaissance de cause ils ont
contribué volontairement à entreprendre une déchristianisation de la France et
de l’Europe. Dans cette perspective opérationnelle, ils ont éprouvé la
nécessité d’importer la révolution islamiste sur le territoire de la France, de
l’Europe et de l’Occident tout entier. Ils ont prétendu faire de ce territoire,
dans un proche avenir, les nouveaux sites de la révolution mondiale.
C’est-à-dire, rappelons-le, de la révolution arabo-islamiste fondamentaliste.
Animés de l’ambition dominante de compléter leur victoire d’Algérie, par une
défaite du christianisme européen et tout particulièrement, du catholicisme
apostolique et romain.
Une fois de plus, il faut se garder de
perdre de vue l’avertissement de Ben M’hidi auquel ils ont adhéré sans réserve.
Ce crédo, tel que nous l’avons rappelé mille et mille fois, exprime une donnée
fondamentale de ce feed-back : « Vous
aurez l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque ». Il aurait pu ajouter,
jusqu’à Madrid, Amsterdam, Stokholm, Varsovie, Berlin, Londres, Moscou et plus
encore.
Nos
convictions politiques, en tant que combattants de l’OAS, étaient peut-être
« rudimentaires ». Elles étaient « basales ». J’emploie ce
qualificatif dans son sens géométrique : à la base de notre lutte, se
situait la France. C’est elle qui, en Algérie, nous unissait. Quelles que
fussent nos origines et nos religions respectives. Le drapeau, la patrie, la
France, nous n’avions que ces mots à la bouche.
C’est par la magie de ce mot, « la France » que je me suis
laissé prendre dès 1955 au charme et à la griserie de l’action. Par amour de
l’Algérie, parce que c’était un morceau de la France.
Aujourd’hui, j’ai franchi très largement,
par miracle, le seuil de la première vieillesse. J’affirme que rien ne m’incite
à modifier mes convictions d’hier. Je me suis laissé prendre, sans effort, avec
volupté même, à l’envoutement de l’Algérie française. Je me suis laissé happer
par l’odeur obsédante d’enthousiasmes enrichissants et stimulants.
S’agissait-il d’enthousiasmes illusoires, trompeurs ? Je persiste
miraculeusement dans un état d’esprit qui me permet de répondre par la
négative.
Il n’en reste pas moins vrai, je le souligne
aujourd’hui encore avec une amertume hargneuse, que ces enthousiasmes n’ont pas
été partagés par une fraction importante de nos compatriotes de là-bas.
J’évoque évidemment nos compatriotes pieds-noirs qui, dans une forte
proportion, sont restés étrangers au combat. Terrible solitude, vécue et
ressentie au sein de ces enthousiasmes par les combattants de l’Algérie
française ! Solitude génératrice dès le début de l’action, d’une agonie
intérieure que j’ai souvent ressentie. Par la suite, celle-ci s’est confirmée
chez moi sous l’expression d’une amertume que j’éprouve encore parfois. C’est
cette agonie intérieure ressentie qui permet de comprendre la manière qui est
la mienne d’évoquer l’Algérie française à jamais disparue. Et qui me situe à
part des autres.
Je refuse, avec force, de retrouver notre
Algérie française d’hier dans l’Algérie d’aujourd’hui. Je refuse d’y rechercher
des racines qui elles aussi, ont disparu lorsque j’ai quitté l’Algérie.
L’Algérie française aujourd’hui, c’est une thèse à la fois politique et
philosophique. Je la vis comme une Atlantide c’est-à-dire comme une valeur
abstraite, donc permanente, que rien ne pourra jamais plus atteindre. Elle
représente la cause de mon engagement dans la lutte armée. J’ai joué pour elle
ma liberté, mon confort matériel, ma vie. Plus encore, j’ai joué mon âme. Je ne
puis accepter que l’Algérie devienne un jour l’objet de ma malédiction.
Oui, l’Algérie française en tant que
thèse géopolitique et philosophique, s’identifie, je le souligne encore, à une
valeur permanente. A ce qu’un pape avait appelé « une vérité incluse par Dieu dans la nature des choses ». Une vérité combattue avec une férocité sournoise, par le gaullisme résiduel
mais encore déstructurant et satanique.
L’Algérie française reste aujourd’hui une
plateforme d’études à partir de laquelle je peux comprendre l’histoire du monde
actuel. Monde actuel, monde moderne, au milieu duquel s’est élaboré, puis
implanté, le problème qui fut le nôtre hier, le problème qui est le nôtre aujourd’hui
et que personne ne peut escamoter. Le problème de l’Occident chrétien en danger
de mort.
L’astre à jamais éteint « Algérie française » nous
transmet heureusement une lumière qui n’est pas encore épuisée. Tant pis pour
les aveugles qui ne veulent pas tirer profit de cette lumière. Tant pis pour
les hommes politiques qui l’ignorent parce qu’ils restent plongés dans un
analphabétisme politique dont ils refusent de s’extirper.
J’ai adoré l’Algérie française et ses
multiples visages, son université sérieuse, brillante, parfois perverse et
traitresse. J’ai adoré la casbah d’Alger avec ses charmes envoûtants, mais le
plus souvent maléfiques et nauséabonds. La casbah grouillante de conjurations
mortelles. La casbah, une place forte de l’ennemi, fonctionnant sur nos arrières,
repaire de haines et de malédictions. J’ai adoré Bab-El-Oued, secoué de ses
sincérités spontanées, avec un cœur « gros
comme ça » où la France vivait passionnément dans tous les recoins de ses
quartiers pleins de couleurs, de rythmes, et parfois secoués de violences
ultimes.
J’ai adoré la campagne algérienne
arrachée par nos colons à un néant pestilentiel à un néant de mort. Campagne
algérienne magistralement éveillée à la vie par ces colons que l’on prétend
condamner aujourd’hui. Un exploit de vie que l’on s’est empressé d’oublier.
Exploit de vie pour cette terre riche avant tout de la mort d’enfants et de
nourrissons français qui ont succombé au paludisme, aux fièvres, aux dysenteries
diverses. Ce que l’on retient aujourd’hui, ce sont les orgueilleuses allées
d’orangers, les champs de céréales âprement défendus contre climat et
sauterelles. Ce que l’on retient aujourd’hui, ce sont les vignobles
resplendissants d’une capiteuse richesse. Oui, mais sournoisement on ignore le
prix en terme de vies humaines qu’a nécessité cet éveil à la vie, des richesses
agricoles algériennes.
Le temps a passé. Le recul de plus d’un
demi-siècle miraculeusement octroyé par un destin généreux, m’offre une
possibilité : celle d’étudier le phénomène historique Algérie française, avec
lucidité. Vivrai-je assez longtemps pour l’étudier un jour avec indifférence,
avec détachement. Je ne le crois pas. Ferveur, mépris, rancune, haine, regrets,
déception et amour, oui amour, tout se mélange encore.
A
propos de la guerre d’Algérie, il m’arrive trop souvent d’écrire ce qui me
passe par la tête. Pardon Jean-Jacques Rousseau, ce sont les rêveries non pas « du promeneur solitaire » mais plutôt celles d’un exilé perpétuel.
En exil, on dispose d’une immense
richesse, le temps. J’ai connu l’exil. J’ai connu la situation d’un homme qui
était rejeté par tous les pays du monde, jusqu’en 1966. Sauf par le Paraguay
qui m’avait offert l’asile en 1963, mais qui attendait de moi des fonctions
incompatibles avec ma qualité de Français.
J’ai eu le loisir durant cette période de
ma vie, malgré mes ennuis matériels, malgré mes recherches perpétuelles
d’argent, avant tout pour les autres, de me consacrer à une profonde et constante
réflexion, tout en me laissant imprégner malgré le temps qui passait, par les
émanations du corps encore tout chaud de l’Algérie française défunte.
Ce n’était en rien de la nostalgie.
C’était plutôt la volonté de ne pas oublier. De savoir et de comprendre.
En réalité, grâce à cette mémoire
sensorielle, enrichie et étoffée de nouvelles connaissances, c’est pendant mon
exil que je suis né. C’est pendant mon séjour espagnol que ma conscience
politique s’est développée, enrichie par mes séjours en Italie, au Portugal, en
Argentine et en Bolivie. J’ai entretenu des contacts avec des hommes
politiques, des personnalités militaires, des écrivains, des fonctionnaires de
police de très haut grade et de tous pays. Des membres des services spéciaux
espagnols, américains et latino-américains. Des notables du clergé. Ils m’ont
fait profiter de leur savoir. Ils ont projeté leurs lumières de spécialistes
sur le drame que nous avons vécu en Algérie.
Parmi tous ces contacts, nombreux furent
ceux qui prétendaient évaluer le plus logiquement possible, mais surtout
silencieusement, le départ de la France de l’Algérie. Départ qu’ils évaluaient
à une défaite infligée à notre pays, à l’Europe et à l’Occident. Ils n’en
parlaient pas ouvertement parce que la bienséance politique et diplomatique
imposait, hier comme aujourd’hui, de faire silence sur cette vérité. Sur cette
évidence.
Ils m’ont fait toucher du doigt, avec
loyauté, tout un capital de vérités que j’avais mal perçues ou plutôt que je
refusais d’exprimer :
« Vous
vous imaginiez à l’OAS, avoir derrière vous le monde chrétien ? C’était
faux.
Vous vous imaginiez avoir derrière vous la
France patriote ? C’était faux.
Vous vous imaginiez avoir derrière vous la
France catholique ? C’était faux.
Vous vous imaginiez avoir derrière vous l’armée
française ? C’était faux.
Vous vous imaginiez avoir derrière vous le
peuple pied-noir tout entier ? C’était faux.
L’OAS était seule au monde. Malgré cet
isolement, malgré cette terrible et noble solitude, elle n’a jamais été
ridicule. Elle nous a tous intéressés. Elle a fini par nous faire peur. Elle a
imposé au monde occidental de se renier, de se trahir lui-même, de succomber à
la lâcheté et d’accepter les mutations qui le menacent.
Aujourd’hui, en 1963, la communauté
internationale, dans l’exil que vous êtes en train de vivre, vous impose de
vous taire, de vous replier sur vous-même. Mais, en réalité, regardez
bien : qui vous donne la chasse ? Qui prétend vous tuer ici en
Espagne et ailleurs, en 1963 ? Personne. Nous sommes vous et moi, ici à
Madrid, devant le stade Santiago Bernabeu, devant la pizzéria Alduccio. Ils
sont lâches, non pas parce qu’ils vous épargnent. Mais plutôt parce qu’ils
n’osent pas vous dire ce qu’ils ont envie de vous dire et que je vous dis
moi-même aujourd’hui : quel dommage que celui de votre échec ! »
Voilà ce que j’ai entendu dire des centaines
de fois : quel dommage !
Il
m’est arrivé cependant, durant mon exil espagnol, de rencontrer quelques
pieds-noirs qui avaient côtoyé notre combat en prenant soin de ne pas s’y incorporer. Qui se permettaient
de nous juger, sans nuance. Sans amour. Qui parfois nous toisaient ou plutôt me
toisaient comme un reliquat gênant d’un passé dont ils ne voulaient plus
entendre parler. D’un passé qu’ils n’avaient pas vécu dans sa réalité pleine de
drames. Ils évoluaient en toute méconnaissance, en tout dédain, des dangers que
nous avions courus. Et dans le domaine des risques pris, permettez-moi de
rappeler que l’histoire n’a pas manqué de me pourvoir généreusement.
Alors quoi ? C’était pour ça, pour ceux-là que j’avais
tourné le dos à une vie qui aurait pu être facile et que beaucoup m’enviait ?
C’était pour ça que j’avais donné des ordres de tuer ? C’était pour ça que
j’avais joué mon âme ? J’ai répondu non, évidemment.
Mais j’ai éprouvé avec constance, comme
un ordre venu d’ailleurs, une nécessité mordante : reconstruire, restructurer
ma conviction « Algérie française ». J’ai voulu analyser l’aliment de
cet instinct qui m’avait jeté dans le combat clandestin dès mon retour à la vie
civile en octobre 1955. De cet instinct qui m’avait inspiré en faveur du non à De Gaulle, lors du référendum du
28 septembre 1958. Un instinct qui m’avait propulsé dans la mêlée, un instinct
profond, exprimé en termes de refus de l’horreur, en termes de refus de la capitulation.
En termes de refus de la malédiction.
Nos ennemis avaient raison. Oui, ils
avaient été inspirés par une grande logique opérationnelle lorsqu’ils nous ont
proposé la valise ou le cercueil.
C’était le seul choix qui s’imposait à nous. J’ose le dire, encore et
encore : ou bien notre valise, ou
bien le cercueil de nos ennemis.
L’équation était simple. Elle était
résolue dès sa formulation. Si nous voulions éviter de faire notre valise, il
fallait nous préparer à faire descendre au cercueil ceux-là même qui nous
menaçaient, qui nous proposaient la mort comme seconde
et définitive alternative. Ceux qui exigeaient la mort partielle de la France
en Algérie. Ceux qui prétendaient tuer la France sud-méditerranéenne.
Nous avons néanmoins fait notre valise et
nous avons survécu. Ce qui peut paraître inconvenant, inesthétique aujourd’hui
encore. Ce qui l’est effectivement, si nous restons silencieux.
Connaître, contrôler et enseigner le
passé de l’Algérie française, la signification de la guerre d’Algérie, le
combat ultime de l’OAS, ce n’est pas se comporter en introverti mélancolique.
Ce n’est pas se soumettre à une confession, à une autocritique publique.
Contrôler le passé de notre combat, impose deux nécessités :
-
sur le plan géopolitique, démontrer que ce sont
les crispations confessionnelles implantées en Algérie par un pouvoir
constamment et obsessionnellement anti-chrétien personnalisé par De Gaulle en
dernier recours, qui ont conduit cette terre vers son exclusion de la France et
de l’Occident géopolitique,
-
sur le plan plus direct de notre participation
au combat, de la mienne en particulier, assumer ses responsabilités,
aujourd’hui encore.
En ce qui me concerne, j’assume la
responsabilité des actes de guerre de l’OAS. C’est une obligation qui nait de
mes fonctions à l’échelon le plus élevé de la hiérarchie opérationnelle de
l’OAS. C’est ce que le général Salan a voulu exprimer quand il me désigna par
écrit de « pilier du combat pour
l’Algérie française ». C’était ceci avant tout être le chef de l’ORO,
Organisation du Renseignement et des Opérations à l’échelon national : prendre
la responsabilité de tout ce qu’il est difficile d’assumer aujourd’hui encore.
Cette responsabilité je l’assume pour deux motifs au moins.
-
Le premier c’est pour rendre hommage à tous ceux
qui ont participé à notre combat.
-
Le second c’est pour dire de ceux qui furent nos
victimes, que nous ne les avons pas agressés par plaisir ou par sadisme. Je
sais parfaitement ce qu’il serait advenu de moi si j’étais tombé aux mains de
mes ennemis.
Je n’ai jamais nourri d’ambitions
politiques pour moi personnellement. Je me suis engagé dans ce combat avec des
idées claires et précises de ce que nous avions à défendre. Je l’ai fait par
amour de cette terre. Je l’ai fait parce que c’était mon devoir de Pied-Noir,
de Français et d’homme d’Occident. Je n’ai jamais éprouvé de doutes : la
France était attaquée en Algérie, sur l’une de ses plus larges frontières. Je
devais défendre la France. C’était normal. C’était banal.
Qu’on ne s’y trompe pas. Cette absence
d’ambition carriériste n’a pas fait de moi un inconscient. Elle n’était pas due
à un comportement d’arriéré mental ou d’imbécile. On dit souvent que « seuls les cons n’ont pas
d’ennemis ! ». En ce qui me concerne, si je devais évaluer mon QI
par rapport au volume de mes ennemis, je pourrais être rassuré quant au niveau
de ce QI.
Le refus obstiné de l’Algérie française,
par l’ennemi total de la France et de l’Occident, fut révélateur, en réalité,
d’une volonté stratégique exclusive : créer les conditions d’une
confrontation inéluctable entre le monde islamiste fondamentaliste et le monde
non musulman. Avant toute chose, en toute priorité pour nos ennemis, il a fallu
vaincre le christianisme en Algérie. On l’a effectivement vaincu là-bas en
attendant de le vaincre ici au nord de la Méditerranée.
Les
hommes politiques contemporains refusent d’enregistrer cette identité de la
guerre d’Algérie. Ils côtoient, ils subissent, ils observent parfois la
révolution islamiste fondamentaliste actuelle sans faire l’effort de
l’analyser. Ils ne sont pas en mesure de l’affronter, parce qu’ils ne jouissent
pas de la richesse intellectuelle et spirituelle qui leur permettrait de la
comprendre ; ils exhibent tout au contraire une carence d’information et
surtout une carence d’inspiration qui les situent en
permanence à côté de cette révolution. Le drame que l’on fait vivre à Dieu sur
la terre, ne les concerne pas, eux qui se vautrent dans une identité de
révolutionnaires du néant.
Nous, les anciens du combat pour
l’Algérie française, tirons encore profit de la lumière persistante et générée
par l’astre que fut l’Algérie française. C’est cette lumière qui nous permet
d’éviter une plongée dans le néant politique ambiant et actuel. Que l’on se
serve de notre vécu. Nous vous l’offrons en toute sincérité et en toute
humilité. Ce fut un combat symbole, un combat avertisseur. C’était le temps de
l’Algérie française.
Jusqu’à
ma dernière heure, je manifesterai ma foi. Dans le bien-fondé de ce que nous
avons défendu en Algérie. Cette terre méritait un autre destin que celui vers
lequel on l’a engagée. L’Algérie s’identifiait déjà en 1961 et 1962, à ce
qu’elle est fondamentalement aujourd’hui : une zone frontière entre
l’Europe et l’Afrique. C’est d’elle que va dépendre dans les décennies à venir,
la victoire ou la défaite de l’islamisme fondamentaliste sur la totalité du
continent africain.
2014 s’annonce comme une année
d’importance majeure pour le destin de l’Occident, de l’Europe ou de la France.
Peut-être sera-t-il opportun de rappeler alors : « souvenez-vous de l’OAS d’hier ! »
Ne tardez pas à donner naissance à une Organisation
Contre-stratégique Multinationale de niveau très élevé, dont l’Occident a
besoin pour devenir ce qu’il doit être : « le cœur du monde ».
Jean-Claude Pérez
Février 2013
Bibliographie à
consulter
Du même auteur
et chez le même éditeur :
Editions Dualpha
Boite 37
16 bis rue d’Odessa
75014 PARIS
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L’assassinat de
l’Algérie française, terreau de la conquête islamiste actuelle. 2012
Un
des livres du cinquantenaire, à lire et à faire lire.
L’islamisme
dans la guerre d’Algérie
Logique de
la Nouvelle Révolution Mondiale, 2004
Le sang
d’Algérie
Histoire
d’une trahison permanente, 2006 ; 2e édition
Debout dans
ma mémoire
Tourments et
tribulations d’un réprouvé de l’Algérie française, 2006 ; 2e édition
Vérités
tentaculaires sur l’OAS et la guerre d’Algérie
Stratégies
et tactiques, 2006 ; 2e Edition
Attaques et
Contre-attaques
Vérités
tentaculaires sur l’OAS et la guerre d’Agérie II, 2008
Vous pouvez prendre connaissance des deux interview accordées par Jean-Claude PEREZ : - la première à Monsieur Olivier CAZEAUX : sur Internet tapez « OAS, le docteur PEREZ parle » ; - la seconde,
à Monsieur BESSOU dans le cadre de la préparation d’un film. Monsieur BESSOU a
livré à Jean-Claude PEREZ tout le matériau de son exposé visible sur le site www.jean-claude-argenti-sauvain.com.
[1] Jusqu’à preuve du contraire, je suis le premier et peut-être encore le seul, à avoir exprimé cette identité du peuple français d’Algérie : fraction vivante de la Nation française. Mis en page le 06/02/2013 par RP |