Par le docteur
Jean-Claude PEREZ,
L’HISTRIONISME
GAULLISTE 3
Une
conséquence perverse et toujours actuelle de l’équivoque gaulliste.
« Le
plan Pompidou »… du printemps 1958
« histrionisme : attitude
théâtraliste en relation avec une pathologie profonde, durable et invalidante
du cerveau et de la conscience
[1]
. »
Nous avons vécu en 2012 une année riche
d’une misérable amertume. Mais plus que tout riche d’un ridicule affligeant.
L’année du 50ème anniversaire de l’anéantissement de la France Sud-Méditerranéenne
par la volonté de Charles De Gaulle.
Nous avons célébré
aussi le 50ème anniversaire d’un génocide raté. Nous l’avons
célébré, oui, mais dans un silence particulièrement significatif d’une vexante indifférence.
Le génocide raté du peuple pieds-noirs. Génocide qui fut cependant prévu en
1956 par Abane Ramdane tout particulièrement. Celui-ci, cette année-là, avait
écrit à Krim Belkacem : « nous
répartirons les femmes européennes entre les frères ».
Affirmation d’une
perspective d’avenir rassurante, certes, pour nos futures veuves. Mais
perspective dont la mise en œuvre exigeait théoriquement le massacre de tous
les hommes français d’Algérie.
Ce génocide du
peuple pieds-noirs ne s’est pas accompli.
Grâce à la
pugnacité d’une élite très minoritaire de Français d’Algérie et de Métropole.
Pugnacité qui a rendu impossible la persistance de la grande majorité du peuple
français d’Algérie, espérée par les gaullistes sur un territoire où aller
s’exercer un pouvoir avilissant pour ceux d’entre nous qui l’auraient subi.
J’évoque tout
particulièrement, bien évidemment les combattants de l’OAS de France et
d’Algérie dont la lutte doit être interprétée comme un redoutable prélude aux
drames qui s’annoncent un peu partout en Occident. De la Sibérie à la Méditerranée.
Dans un avenir pas très lointain. Si l’on n’y prend garde.
Ce fut néanmoins un 50ème anniversaire de grande richesse
historique. Celui de la plus sévère
défaite infligée à la chrétienté par l’arabo-islamisme depuis 711.
711, l’an 89 de l’hégire : ce fut
l’année de la bataille de Guadalete en Espagne. Bataille qui a vu la défaite du
roi wisigoth espagnol Roderick, ou Rodrigue, devant un vassal wisigoth :
Tarik, duc de Tanger. Un vassal rebelle.
Le premier était
chrétien-romain.
Le second était
arien : il refusait l’incarnation de Dieu dans Jésus. Tarik, en tant que
chef arien, symbolisait avant tout un ennemi irréductible du dogme trinitaire.
En tant que chef unitaire suprême,
dans la péninsule ibérique, il était spirituellement ouvert à une conversion. Conversion
d’autant plus facile qu’il avait reçu avec enthousiasme, la proclamation
universelle du razoul :
« il n’y a de dieu que Dieu et Mohamed
est le razoul, c’est-à-dire l’envoyé de Dieu ».
Cette proclamation
fut transmise à travers le monde méditerranéen et oriental tout d’abord, par le
relais du transmetteur suprême de la volonté du Seigneur, Mohamed. Celui-ci en fut
le premier et unique destinataire par le biais de contacts intimes et
supranaturels qu’il avait établis avec l’archange Gabriel : le
transmetteur délégué du message divin. Nous évoquons-là l’élément fondamental
du tahdit, c’est-à-dire de l’échange entre Dieu et l’envoyé de Dieu.
L’archange Gabriel, insistons encore, jouant le rôle de l’intermédiaire
nécessaire et unique de cet échange.
711, l’an 89 de
l’hégire : l’Espagne est convertie, en grande partie à la religion du
prophète de la Mecque et de Médine.
Une « invasion arabe » …. un mythe. Elle ne fut pas nécessaire. Elle n’eut jamais lieu.
En 1962, par la volonté de Charles De
Gaulle, la Croix fut vaincue en Algérie. L’expression historique de la défaite
de la Croix fut constamment suggérée dans le discours gaulliste avec un cynisme
insultant pour l’œuvre de la France. Cette défaite est ainsi riche, avant tout,
d’une dimension satanique. L’œuvre accomplie par De Gaulle, le 19 mars 1962, de livrer cet immense territoire du nord de
l’Afrique aux ennemis de la chrétienté, s’identifie en effet, jour après jour,
à un crime contre l’Afrique, à un crime contre la France, à un crime contre l’Europe,
à un crime contre l’Occident universel.
Je fais partie de ceux qui tentèrent de
s’opposer à ce désastre. J’ai toujours été animé de la conviction que le sort
de l’Algérie française, en tant que terre d’Occident, en tant que terre
française, était avant tout entre les
mains du peuple français d’Algérie de toutes confessions. Je veux dire du
peuple français d’Algérie chrétien, musulman et juif qui, à travers
l’enthousiasme généré par le drapeau de la France, se ralliait dans le même
élan, à l’épopée du christianisme romain. Pour une raison évidente : le
christianisme était, lui seul, en
mesure de garantir une convivialité durable entre les 3 expressions de la foi
monothéiste qui s’exprimaient sur la terre algérienne.
Une des rares
vérités qui fut proclamée par De Gaulle en 1959 fut celle que j’ai retenue quand
il affirma, cette année-là, que le sort de l’Algérie était « entre les mains des Algériens ».
Chez nous,
Algériens français d’Algérie de toutes confessions, je veux dire Algériens
français d’Algérie qui ne reniaient pas la France, qui se savaient Français au
plus profond de leur âme, défendre l’Algérie française se révélait comme un
devoir enrichi d’un impératif mystique : celui de défendre sur cette terre
et à partir de là en Afrique, une totale et durable liberté religieuse.
Ne pas participer à titre personnel à la défense de sa
terre pour un Français d’Algérie, m’est apparu inimaginable à l’instant même où
je fus libéré de mes obligations militaires le 5 octobre 1955. Jour qui vit
naître ma carrière de médecin à Alger.
J’ai affronté,
comme d’autres à l’échelon de toute l’Algérie et de la Mère-Patrie, des
évènements dramatiques. Des évènements que j’ai subis ou que j’ai provoqués. Auxquels
je me suis incorporé, physiquement, moralement et spirituellement. Des
péripéties qui m’ont valu quelques « tracas » parmi lesquels, en
étape ultime, une condamnation à mort par contumace
pour mon rôle dans l’OAS.
Mon rôle, je le
rappelle, en tant que responsable à l’échelon national de l’Action et du Renseignement
de l’OAS. J’ai connu un exil tourmenté en raison des responsabilités que j’ai
toujours assumées et même revendiquées : expulsions, arrestations en
Europe et en Amérique latine, séjours en prison jusqu’en 1965. En 1966, pas un
seul pays au monde ne m’avait accepté avec un statut de réfugié politique.
Je me propose, dans le but tout
prioritaire de vous informer, d’évoquer un évènement auquel j’ai participé le 2
juillet 1956. Je souligne que cette date est incertaine. La date du 30 juin est
retenue par d’autres comme la date de l’accomplissement d’une opération dans
laquelle je suis intervenu comme agent décisionnaire d’une part, et comme
exécutant de second ordre d’autre part. En réalité, l’exactitude de la date est
dépourvue d’importance. Ce qu’il est nécessaire de connaître, c’est qu’il
s’agit d’une opération qui démontre à quel point le sort de l’Algérie française
s’intégrait dans une phase fondamentale de l’histoire du monde : je veux
dire dans une conjuration permanente contre l’Occident chrétien.
Ceux qui ont pris une
part active à l’assassinat de la France Sud-méditerranéenne ont vu converger contre
celle-ci, une conjonction d’influences maléfiques et sataniques émanant de théoriciens
du capitalisme financier international. Ceux-ci n’ont pas hésité à sacrifier la
Croix. Ils l’ont fait, obsédés par leur recherche d’un meilleur rendement
économique : celui-ci exigeait un délestage
économique du débouché algérien en vertu de critères de gestion imprudents,
pour ne pas dire aberrants, voire suicidaires.
Ils l’ont fait. Ils
ont joué « le court terme ».
Ils ont accepté de
mettre en œuvre dans leur obstination de délestage, un premier déploiement
offensif et universel de l’arabo-islamisme fondamentaliste. Arabo-islamisme dont
la pression s’exerce aujourd’hui à l’échelle européenne, africaine et orientale.
Arabo-islamisme dont il faut dire qu’il est une des conséquences majeures de
cette catastrophe infligée à la France et à l’Occident : l’abandon volontaire
d’un territoire fondamental de l’histoire du monde, l’Algérie française.
Cet abandon fut
l’accomplissement historique d’une décision opérationnelle imputable à De
Gaulle, l’illustre chargé d’exécution des théoriciens du délestage économique du débouché algérien.
Se défaire de « populations dont le destin est d’être
miséreuses », avait proclamé De Gaulle le 16 septembre 1959.
Je me suis engagé, dès octobre 1955,
par une décision rigoureusement personnelle, dans l’action clandestine en
Algérie. A Alger plus précisément. Dans le but de combattre l’ennemi FLN,
partout où il était possible de le combattre.
Mû par mes convictions et par ma foi, j’étais
persuadé que cet enthousiasme nécessaire au sauvetage de l’Algérie française,
ne pouvait pas se satisfaire d’une vie qui, pour moi, aurait pu être facile,
aisée. J’étais persuadé que la détermination qui me commandait de tourner le
dos aux agréments de la vie, était d’une nécessité absolue. Il s’agissait de faire
face à un ennemi qui, lui, ne se privait pas de nous menacer d’anéantissement.
Les Pieds-Noirs, que l’on n’appelait pas trop ainsi en 1954, à qui on attribua
ce quolibet à partir de 1955 surtout, depuis les drames du 20 août 1955 au
Maroc à Ouedzem et à Philippeville dans l’Est Constantinois, ne savaient pas,
ou plutôt semblaient ignorer, que tout dépendait d’eux d’abord.
Mettre en jeu son confort, ses équilibres
familiaux, son avenir professionnel, sa liberté et sa vie, c’était tout cela
qu’avec d’autres très, très peu nombreux,
je risquais chaque fois que nécessaire. Clandestinement, je veux dire illégalement,
pour défendre la terre française d’Algérie.
J’ai donc participé à
une opération, parmi d’autres, dont j’avais
établi avec mes équipiers qu’elle était urgente et nécessaire. Il
s’agissait de faire sauter le siège de l’UGTA à Alger : l’Union Générale
des Travailleurs Algériens, dont le siège se situait place Lavigerie, ou plutôt
tout près de cette célèbre place de la belle ville d’Alger.
Je vous propose de relater mon vécu personnel de
cette opération. Un vécu en réalité peu compliqué. Celui d’un agent de
couverture. Un agent dont le rôle consistait à représenter un suspect éventuel
de l’attentat. Dont la présence près du site de l’opération, pouvait être
justifiée, professionnellement dans mon cas, auprès des services de police,
dans l’éventualité d’une suspicion des autorités judiciaires.
J’estime opportun de
relater pour votre information ce que je croyais savoir de l’UGTA à cette
époque, c’est-à-dire au printemps 1956. Je savais qu’il s’agissait d’une union
de travailleurs qui s’était inscrite
dans le combat contre la France le 24
février 1956, jour officiel de sa « création », et que nous
soupçonnions de complicité active avec le Parti communiste algérien d’une part
et avec le FLN d’autre part. Nous ne savions pas à cette époque que la première
partie de notre soupçon était infondée, au contraire de la seconde qui était
entièrement vérifiée. L’UGTA n’a jamais
été une filiale ou une émanation du parti communiste algérien ou international.
Permettez-moi de décrire sommairement mon vécu
de l’attentat. Je ne manquerai pas de revenir sur l’identité réelle de l’UGTA,
c’est-à-dire sur son rôle dans la guerre d’Algérie, tout à fait indépendant du
parti communiste. Je me permets, une fois de plus, de souligner cette vérité.
Je décrirai son rôle rigoureusement anti-français certes, mais un rôle conforme
aux exigences opérationnelles du capitalisme
financier international.
La date de l’attentat : je l’ai souligné
dans mon introduction, il existe un doute, 30 juin 1956 ou 2 juillet 1956 ?
Cette imprécision ne doit pas vous étonner car j’ai vécu durant cette période
de nombreuses opérations de même genre et d’autres beaucoup plus graves, voire dramatiques. Je n’ai pas cru nécessaire de
retenir leurs dates respectives avec une précision rigoureuse. Que les puristes
se rassurent, je confirme que cette imprécision n’est pas gênante.
Je propose la date du 30 juin 1956. C’est celle
qui est retenue dans leurs écrits par les historiens de l’UGTA eux-mêmes.
D’une manière apparemment illogique, je vais
vous donner une description morcelée de l’attentat. Ce que j’estime prioritaire
en effet c’est de mettre en relief l’importance historique et symbolique du
site de son déroulement : la place Lavigerie et les rues environnantes qui
jouèrent un rôle immense dans le
drame de l’Algérie française.
Revenons à l’attentat.
J’ai pris l’initiative ce jour-là, de regrouper
quelques visites aux domiciles de patients qui m’avaient confié leur avenir
sanitaire, et qui vivaient justement rue de la Lyre et rue du Divan, derrière
la cathédrale d’Alger. J’ai donc pu choisir pour ma voiture des stationnements
successifs, qui avaient la particularité de me permettre l’accès au domicile de
mes malades d’une part, tout en se situant à quelques dizaines de mètres du
site de l’attentat, d’autre part.
Quelques minutes avant l’heure prévue de
l’explosion, j’avais pris soin de m’installer au volant de mon véhicule, en attente
de l’évènement. Dès l’explosion, je me suis mis en mouvement comme cela avait
été programmé, en direction de la Place du Gouvernement, atteinte en quelques
secondes. Je me suis dirigé vers la droite puis vers la gauche, c’est-à-dire
que je contournai la place du Gouvernement par son angle sud-est pour m’engager
dans la rue Jules Ferry, sur ma droite en regardant vers la mer.
Je me suis arrêté devant la Pharmacie d’Urgence
de la ville d’Alger qui était tenue par mon camarade de combat Jacques Simon.
Je suis entré dans l’officine, prétextant le besoin d’un médicament. Je fus
accueilli par le préparateur qui venait d’entendre l’explosion que nous avions
provoquée. Il crut bien faire de m’accueillir en clamant avec
enthousiasme : « encore une
fuite de gaz docteur ! ».
D’un regard sévère je l’invitai au silence et
lui demandai de jouer avec moi la comédie d’une livraison d’un médicament dont,
en réalité, je n’avais pas besoin.
Cet attentat provoqua quelques blessés parmi
ceux qui avaient organisé la réunion. Il eut le mérite d’interrompre les
activités de l’UGTA à Alger.
Il me paraît indispensable de m’attarder
sommairement, à ce point de ma relation, sur les lieux qui avoisinaient le site
même de l’attentat. Non pas dans une perspective nostalgique d’évoquer des rues,
des places et des monuments, mais dans l’intention de préciser l’importance du
rôle tenu dans le destin de l’Algérie, par la place Lavigerie et quelques rues très
proches de la cathédrale.
Animé
de cette préoccupation, il me paraît nécessaire de faire un bond en direction
du passé. Un bond qui nous ramène à l’année 1941.
J’avais 13 ans et il m’arrivait un dimanche sur deux
d’accompagner mon père à la cathédrale d’Alger pour assister à la grand-messe. Il
voulait me montrer des hommes célèbres qui assistaient parfois à l’office. Dès
la première fois il me désigna quelqu’un qui se tenait près de l’autel, au
premier rang, à une place d’honneur :
«
Regarde bien ! C’est le général Weygand ! »
J’étais très peu instruit à cette époque-là du
détail des opérations de la campagne de France de 1940. Mais je savais que le
général Weygand avait été nommé aux fonctions de général en chef alors que le
désastre militaire était déjà consommé.
Je n’ignorais pas en revanche, que depuis le
mois de décembre 1940, le général Weygand avait été affecté par le maréchal
Pétain, à partir de Vichy, au commandement en chef des forces françaises de l’Empire
et au poste de représentant du gouvernement français en Afrique française.
C’était donc une personnalité de très haute importance que mon père prétendait
saluer de loin, en se rendant à la grand-messe, chaque fois qu’il le pouvait.
Mais ce que nous ignorions c’est qu’auprès du
général Weygand se tenait un homme dont la mission était d’une importance
fondamentale et décisive pour l’avenir de l’Algérie française. Evidemment, je
l’ignorais en 1941. Je me réfère dans cette partie de ma relation à des connaissances
que j’ai acquises ultérieurement, on l’aura compris.
Auprès du général Weygand se tenait Monsieur
Robert Murphy.
Robert Murphy, au moment de la campagne de
France, occupait les fonctions d’un haut fonctionnaire de l’ambassade
américaine à Paris. Il fut choisi par le président américain Franklin Roosevelt
pour le représenter « personnellement » auprès du maréchal Pétain à Vichy, dès l’accomplissement du désastre de 1940.
Murphy écrit dans son ouvrage «Un Diplomate parmi les Guerriers » que le président américain lui avait commandé instamment d’étudier dès cette
date, en toute priorité, les possibilités
qui s’offraient aux Etats-Unis d’effectuer un débarquement en Afrique du Nord
française.
Pour l’accomplissement de sa mission, Robert
Murphy suivit de très près la nomination du général Weygand et le rejoignit à
Alger. Pourquoi fut-il choisi par Roosevelt ?
Parce que Robert Murphy était catholique
pratiquant. C’était un américano-irlandais qui assistait à la messe tous les
dimanches. Le premier commandement que lui intima Roosevelt, fut de côtoyer de
très près le général Weygand qui lui aussi était pratiquant. « Vous irez même à la messe avec
lui » précisa Franklin
Roosevelt.
Ce qui est important dans cette information
relatée par Robert Murphy lui-même, c’est l’évidence suivante : dès le début de l’été 1940, avant même l’armistice de la France avec
l’Allemagne du 24 juin 1940, Roosevelt avait projeté un débarquement américain en AFN. C’est-à-dire,
bien avant que les Etats-Unis ne fussent eux-mêmes en guerre.
Si l’on veut bien relier cette information à
celle qui nous apprend que Roosevelt avait engagé Winston Churchill à rejeter un
armistice éventuellement offert par Adolphe Hitler dès l’arrêt des combats sur
le territoire français d’une part, tout en lui promettant une aide matérielle
maximale de la part des USA, dont l’entrée en guerre était prévisible et envisagée
à moyen terme d’autre part, on peut se poser, tout logiquement, la question
suivante :
«dans
quelle mesure, dans l’esprit du chef d’état américain, l’escadre française de
Mers-El-Kébir n’allait-elle pas constituer un obstacle majeur à un débarquement
américain ultérieur, dans l’éventualité où la France décidait de s’y
opposer ? ».
Aujourd’hui encore, nous pouvons être étonnés
que personne n’ait estimé opportun de poser cette question. L’amirauté britannique
était parfaitement informée de la détermination de l’amiral Gensoul de ne jamais livrer l’escadre française à l’Allemagne.
Mais elle était informée de la redoutable puissance de feu que représentait
cette escadre si elle avait le temps de se déployer en formation de combat pour
s’opposer à une tentative de débarquement américain en AFN, si elle en recevait
l’ordre.
Donc l’interrogation qui semble s’imposer est la
suivante :
« le drame de Mers-El-Kébir du 3 juillet 1940 ne fut-il pas
réellement et secrètement une opération préalable au débarquement américain en
Afrique du Nord du 8 novembre 1942, opération envisagée par Franklin Roosevelt
depuis le mois de juin 1940 ? ».
Revenons au site géographique
de l’attentat contre le siège de l’UGTA, du 30 juin 1956 à Alger.
Il me paraît impossible de ne pas mettre en
relief l’importance de ce morceau d’Alger : la cathédrale, en face d’elle l’archevêché et les rues avoisinantes.
En tournant le dos à la cathédrale et en faisant
face à l’archevêché, nous regardions vers le nord. Au-delà de l’archevêché, la
Place du Gouvernement et la mer. A droite de la place Lavigerie, se dressait un
groupe d’immeubles avec un café au rez-de-chaussée, « Le Gambrinus ». Je crois me souvenir que c’était le nom
de cet établissement. C’est dans ce
groupe d’immeubles que se situait le siège de l’UGTA. C’était donc le site de notre objectif.
Au sud de ce groupe d’immeubles, la rue de la
Lyre.
Au nord de ce groupe d’immeubles, la rue de
Chartres.
La rue de la Lyre : c’était la limite nord
de la Casbah. Son trottoir de gauche quand on se dirigeait vers la cathédrale,
était particulièrement riche en établissements tenus par des commerçants de
confession juive. Ceux-ci n’avaient pas encore abandonné, pour un grand nombre
d’entre eux, leurs anciens domiciles familiaux qui se situaient à la lisière
nord de la casbah d’Alger : les mêmes appartements qu’ils occupaient avant
que n’arrivent les Français.
Sur le trottoir opposé, s’étaient édifiés des
immeubles de style européen habités par des inscrits maritimes d’origine
italienne, des patrons pêcheurs et des commerçants méditerranéens.
De l’autre côté de ce groupe d’immeubles, c’est-à-dire
vers le nord, c’était la rue de Chartres. La rue où est né mon père le 1er décembre 1898. Dans un immeuble situé en face d’une ruelle en escaliers, la rue
d’Ammon. Celle-ci reliait la rue de Chartres à la rue de la Lyre. A l’angle de
la rue d’Ammon et de la rue de Chartres existait la Bodega Pérez, un fonds de commerce, un dépôt de vins, liqueurs,
salaisons et nougats d’origine espagnole, ouvert en 1875 par ma famille et dont
mon grand-père Pérez-Moràles assurait l’exploitation avec ses frères, en
complément de leur négoce de fabricants d’anisette. C’est dans l’immeuble situé
en face de la Bodéga et de la rue d’Ammon que naquit mon père le 1er décembre 1898.
Cette date, que j’ai évoquée à deux reprises intentionnellement, n’aurait pas l’importance
que je parais lui attribuer, si ce n’est que ce jour-là, à l’instant même où mon
géniteur prenait contact avec les charmes de la vie terrestre, une tuerie de
juifs s’est déclenchée dans la rue de Chartres. Au pied même de l’immeuble dont
mon grand-père était propriétaire. Les commerçants juifs du quartier étaient
pourchassés par des Arabes armés de couteaux et de rasoirs qui pillaient leurs
magasins et les menaçaient de mort. Mon grand-père abandonna son épouse dans
les douleurs de l’accouchement, pour ouvrir la porte de son immeuble et y
mettre à l’abri tous ses voisins juifs. Comme il était espagnol et chrétien, il
put se permettre d’haranguer les arabes qui l’écoutèrent et renoncèrent à
poursuivre leurs victimes juives à l’intérieur même de l’immeuble.
Cette page d’histoire s’est déroulée alors que
Max Régis, député d’Alger, avait déclenché une campagne contre les juifs de la
ville d’Alger. Lorsque les historiens rappellent ce drame, ils n’insistent pas
sur un détail d’importance capitale : Max Régis était lui-même un
agitateur juif, marié à une juive italienne qui s’appelait Milano.
Il agissait ainsi parce qu’il était animé, avec
d’autres à Paris, de la volonté d’organiser l’Algérie en s’inspirant de
l’évolution qu’allait connaître Cuba, depuis la victoire des Américains sur
l’Espagne, lors de la guerre de Cuba en 1898. Cuba allait connaître un statut
de semi-autonomie par le biais d’une organisation économique étroitement subordonnée
aux intérêts américains. Dans cette perspective les juifs d’Algérie étaient
offerts en pâture à des massacreurs arabes par les ennemis de la France qui
déjà, manifestaient d’exclure notre patrie de ce territoire. Parce qu’elle
était devenue gênante pour leurs projets économiques.
Le deuxième intérêt de
la rue de Chartres, est de rappeler que tout près de l’immeuble où est né mon père,
se situait la Place de Chartres. Sous des arcades, s’y était installé à partir
de 1947 le siège du MTLD
[2]
, dirigé
par Messali Hadj. A l’intérieur des structures de ce parti naquit, en 1947,
l’OS, l’Organisation Secrète : secrète à l’égard de la direction du MTLD,
mais organisation qui constitua l’ossature de la rébellion algérienne
[3]
.
Deux membres éminents du MTLD, Lahouel et
Boudiaf, furent séparément découverts durant l’été 1954, à quelques jours
d’intervalle, roués de coups, « laissés
pour morts » dans la rue de la Lyre. C’est-à-dire, si on se déplace du
siège du MTLD vers la rue de la Lyre en passant par la rue d’Ammon, à 200 mètres
à peine du siège de ce parti ennemi de la France. On ne sait pas, aujourd’hui
encore, officiellement, qui est
responsable de cette double agression.
Agression de Boudiaf, membre du comité directeur
du MTLD.
Agression de Lahouel, président d’honneur du
MTLD.
Hocine Lahouel, à cette époque, c’est-à-dire
pendant l’été 1954, était conseiller municipal et adjoint du maire d’Alger,
Jacques Chevallier. Rappelons que, depuis quelques mois, Jacques Chevallier
occupait les fonctions de secrétaire d’état à la guerre dans le gouvernement de
Pierre Mendès-France.
Lahouel, adjoint au maire, était donc un membre
influent du MTLD et luttait pour l’indépendance de l’Algérie, avec la
complicité active et constante du maire d’Alger, futur ministre de la guerre en
1955. Celui-ci tint ce rôle en faveur de l’indépendance algérienne, jusqu’à sa
proclamation de foi lors des cérémonies du 3 juillet 1962 à Alger, qui
célébraient avec éclat la défaite de la France. Jacques Chevallier déclara ce
jour-là devant une foule en délire : « je
salue ma jeune patrie ». Il était soutenu dans ce reniement par un
ancien cadre de l’OAS qui, depuis octobre 1961, s’était rangé, clandestinement et secrètement, sous la
bannière d’un trio d’ennemis affirmés de l’Algérie française : Chevallier,
Tiné, Pouillon.
Aujourd’hui encore personne n’a révélé l’identité
des décideurs de ces deux agressions de la rue de la Lyre du début de l’été
1954. Je précise « de ces deux
cassages de gueules » manifestement exécutés par des spécialistes animés de la volonté de ne
pas tuer. Faut-il les relier au rôle
joué par Lahouel en particulier, dans la réunion préparatoire de la guerre
d’Algérie ?
Je m’explique : le premier dimanche de
juillet 1954 au matin, s’est tenue la réunion préparatoire de la guerre
d’Algérie. En Belgique, dans le Brabant dans la petite ville de Hornu, dans un
cinéma, « La Prairie ». La
décision fut prise ce jour-là, jour du
congrès d’Hornu, de déclencher la guerre d’Algérie. La date prévue de ce
déclenchement fut retardée à cause du tremblement de terre d’Orléansville.
Au-delà de la date et de
l’identité des participants à ce congrès, ce qu’il est capital de ne jamais
oublier c’est ceci : cette réunion de
Hornu s’est tenue sur l’exigence de la CISL, la Confédération Internationale
des Syndicats Libres qui avait son siège à Bruxelles, depuis la fin de la
guerre 1939-1945. Son président était une personnalité américaine, Monsieur
Irwing Brown.
La CISL était une émanation d’une énorme confédération
américaine du travail. Plus précisément, de la Fédération Américaine du Travail, qui était en réalité, à cette
époque, une confédération mais une confédération syndicale de droite. Confédération qui était la bête noire de l’écrivain
communiste américain Dos Passos, tel qu’il l’exprime brièvement dans son livre « La guerre de Monsieur Wilson ».
Cette confédération se proposait, dès la fin de la seconde guerre mondiale, de
prendre en mains toutes les organisations syndicales européennes, de les faire
fonctionner sous influence américaine et de les affranchir avant tout, d’une
tutelle soviétique qui était menaçante après la guerre de 1939-1945.
En 1954, le 5 juillet, à Hornu en Belgique,
Irwing Brown, président de la CISL est donc animé, en théorie et en silence,
d’un déterminisme opérationnel antisoviétique et anti-communiste. La CISL, cette
confédération syndicale américaine, donna le signal de la guerre d’Algérie.
Sur exigences de Mohamed Kidder, un 2ème participant du MTLD à cette réunion avec Lahouel, une toute première aide
financière fut apportée pour faciliter le démarrage de la guerre d’Algérie :
500.000 dollars, somme exigée par Mohamed Kidder. Cet argent fut livré en deux parties
émanant de deux origines théoriquement différentes.
La première moitié, 250.000 dollars fut versée par la CISL elle-même. Donc par le syndicalisme
américain de droite.
La seconde moitié, 250.000 dollars, fut versée
par les services secrets américains par l’intermédiaire de l’ARAMCO, un consortium
d’exploitation pétrolière dont le siège se situait en Lybie et dont l’un des
principaux financiers et actionnaires était M. Hammer-fils. Ce richissime potentat
américain évoluait dans l’ambiance du Parti Démocrate aux Etats-Unis. Je
rappelle que Ben Bella, lorsqu’il fut arrêté à Maison Blanche en 1956, lors de
l’interception de l’avion qui le conduisait vers la Tunisie, était porteur d’un
chèque émanant de l’ARAMCO. C’était quatre mois environ après notre opération
du 30 juin 1956, contre l’UGTA, place Lavigerie à Alger, dans le groupe
d’immeubles où se situait le bar « Le
Gambrinus ».
Dans cette perspective anti-française, la CISL
obtint l’adhésion « officielle et surtout
statutaire » de l’UGTA, le 7 juillet 1956.
C’est-à-dire deux ans presque jour pour jour
après le congrès d’Hornu en Belgique, le premier dimanche de juillet 1954.
C’est une confirmation, qu’il faut rappeler mille et mille fois, du rôle
déterminant, décisionnaire, qu’ont joué les potentats financiers américains et
autres contre l’Algérie française. Par l’intermédiaire de deux relais dominants
et intégrés l’un dans l’autre : l’UGTA et Jacques Chevallier. Celui-ci
intervenant en tant que représentant des oligarchies financières d’Algérie,
parmi lesquelles la quasi-totalité des minotiers, des fabricants de cigarettes
d’Algérie, et de très riches propriétaires terriens. A partir de 1956, De
Gaulle vint renforcer l’effectif opérationnel de ceux qui avaient mis en train
l’assassinat de la France sud-méditerranéenne.
Nous aurions été bien
surpris en 1956, le 30 juin, place Lavigerie, si on nous avait déclaré
officiellement ce jour-là que notre objectif, le siège de l’UGTA, était en
réalité une antenne de la CISL.
C’est-à-dire une antenne opérationnelle des
potentats financiers américains et internationaux qui ont joué le délestage économique du débouché algérien. Dans le but d’augmenter la valeur ajoutée de
leurs investissements et d’enrichir la productivité de ces derniers par leur
accession « libérée, ou mieux
débarrassée de la nation France » aux richesses algériennes en pétrole,
en gaz et autres.
Aux richesses algériennes potentialisées en
termes de géopolitique par la situation géographique de l’immense
Algérie : son voisinage avec le Maroc, la Mauritanie, la Tunisie, la Lybie
et les principaux états africains sub-sahariens de l’Atlantique à la Mer Rouge
et à l’Océan indien.
Que
l’on me permette, avant de conclure cette étude, de revenir à 1941. La
cathédrale d’Alger. La grand messe de 9 heures.
L’archevêque d’Alger, Monseigneur Leynaud, que je rappelle avec émotion. Le
général Weygand, Robert Murphy et … quoi d’autre ?
Je veux évoquer une autre conjuration contre
l’Algérie française et contre la France, une conjuration qui intervint en appui
opérationnel octroyé à l’ennemi allemand.
Une conjuration qui avait été détectée et
jugulée par la IIIème République. C’était au tout début de la guerre de
1939-1945.
La CGT et le parti
communiste algérien, intégrés dans cette conjuration, ont été frappés
d’interdiction en Algérie par les pouvoirs français, dès le début de la guerre
de 1939-1945.
En même temps, le PPA de
Messali Hadj fut lui-même interdit pour les mêmes raisons. Ce Parti du Peuple Algérien
avait été fondé en 1937 à Nanterre, par Messali, après la dissolution de
l’Etoile Nord-Africaine, par le gouvernement français.
L’association des ouléma fut interdite au même moment en 1939. Elle avait
été créée le 5 mai 1931. Le 7 mai Ben Baddis était élu président par
l’assemblée générale constitutive de cette association. Celle-ci avait été
créée en vertu d’une loi de Waldeck-Rousseau, la loi de 1901 sur les
associations. Lors de sa prise de fonction, Ben Baddis avait formulé en clair
un résumé de sa thèse révolutionnaire :
« Ma
religion c’est l’islam,
Ma langue
c’est l’arabe,
Ma patrie
c’est l’Algérie ».
Proclamation psalmodiée dès 1931 par Ben Baddis,
un berbère du Constantinois devant une assemblée générale d’ouléma,
c’est-à-dire de docteurs de la foi coranique, berbères dans leur immense
majorité.
Cette proclamation du 7 mai 1931 était en
elle-même un défi lancé contre la IIIème République laïque. Une véritable agression qui remettait en question l’esprit
de la loi du 9 décembre 1905. Un esprit laïque théoriquement inspirateur de « la loi de séparation des églises et
de l’état », votée cette année-là.
1)
Ma religion c’est
l’islam :
c’était une première formulation opérationnelle. « L’islam, voilà notre raison de combattre ». Ben Baddis
aurait pu ajouter ce qu’un notable musulman a proclamé récemment en France à
travers la presse de notre pays, en substance : « l’islam est une religion qui, pour des raisons sociétales ne
peut pas s’accommoder des exigences de la loi de 1905 ».
2)
Ma langue c’est l’arabe : c’est une
reprise du message du 3ème calife au VIIème siècle. Un ordre
opérationnel qui connut une spectaculaire application le siècle suivant, dans
l’adhésion majoritaire de l’Espagne à la religion du prophète de la Mecque et
de Médine. La langue arabe devint « l’outil
conceptuel de l’islam » la « substance
phonique » du message du Prophète. Prophète, ou envoyé de Dieu, dont
nous savons que, lui-même ne parlait pas arabe. La langue arabe devint ainsi en
1931 la motivation fondamentale et surtout le moyen de la révolution
arabo-islamiste mise en œuvre cette année-là à Alger, par Ben Baddis.
3)
Ma patrie c’est
l’Algérie :
c’est la formulation géopolitique de l’objectif à conquérir par les nouveaux belligérants, c’est-à-dire les ouléma de l’association de 1931. L’Algérie, entité
géopolitique créée par la France, projetée dans l’histoire par la France,
allait s’illustrer comme un objectif. L’objectif d’une conquête
arabo-islamiste. Cette conquête devint le fondement géopolitique
révolutionnaire de la phénoménologie arabo-islamiste, connue et revendiquée à
travers la notion élargie de « umma », la nation arabe universelle qui définit le but politico-religieux constant de
la conquête arabo-islamiste. Celle-ci divise le monde en deux grands
espaces :
« Le dar al islam », l’espace de l’islam,
c’est-à-dire théoriquement, l’espace de paix, opposé au :
« dar al harb », l’espace de la guerre,
l’espace de la mort.
1931 : par la déclaration du cheik Ben Baddis, une
guerre de conquête était déclenchée contre la France.
Messali avec le PPA et Ben Baddis avec l’association des ouléma, ont tout
naturellement prêté une oreille tactiquement complaisante aux approches des
services secrets militaires allemands, dès le début de la guerre de 1939-1945.
C’est une réalité historique que j’ai évoquée dans mes deux études précédentes
et dans pratiquement tous mes livres. Ces deux partis, ennemis de la France,
ont été interdits, j’insiste, par les autorités françaises, dès le début de la
deuxième guerre mondiale, en Algérie.
Messali,
convaincu de contacts avec des agents des services secrets militaires
allemands, fut arrêté et incarcéré. Son mouvement, le PPA, fut dissous, nous
l’avons dit.
Ben Baddis, fut
contraint de résider dans un camp de concentration du Constantinois. Il y
mourut d’une maladie intercurrente, le 13 avril 1940.
Messali était toujours
en prison au moment de l’armistice du 24 juin 1940. Il y resta, mais ne fut pas
immédiatement jugé. Son avenir judiciaire posait un problème aux autorités
françaises de cette époque. Il était difficile en effet de juger et de
condamner un agent allemand de nationalité (et non de citoyenneté) française,
en présence des commissions d’armistice germano-italiennes qui siégeaient en
Algérie, tout particulièrement à Alger. Celles-ci n’auraient pas accepté que
l’on condamnât quelqu’un qui s’était rangé sous la bannière de l’Allemagne dès
1939. Mais…. Survint le drame du 25 janvier 1941, le
drame de Maison Carrée. Nous l’avons évoqué dans l’étude précédente.
Des spahis, en instance
de réaffectation étaient regroupés dans ce gros faubourg à l’est d’Alger. Le 25
janvier 1941, l’année du 10ème anniversaire de la fondation de
l’association des ouléma, ces spahis se révoltèrent
contre les autorités françaises. Ils massacrèrent 10 civils français, 10
sous-officiers et un capitaine français. Le Vème Régiment de Chasseurs
d’Afrique expédia un escadron motorisé pour mâter cette rébellion. Les rebelles
assassins, en effectuant leur massacre avaient hurlé « Allah Akbar ! » et en même temps « Messali, Messali ! ».
Celui-ci, qui n’était
intervenu en rien dans cette révolte dont les meneurs furent tous passés par
les armes, ne s’est pas trouvé conforté dans sa prison par l’enthousiasme
manifesté à son égard par les tueurs de Maison Carrée. Car les autorités
françaises se sont trouvées dès lors dans la possibilité de le juger,
éventuellement de le condamner, malgré la présence de la commission d’armistice
germano-italienne qui siégeait à Alger. Mais comment condamner quelqu’un qui,
manifestement et juridiquement, était innocent de l’émeute sanguinaire du 25
janvier mais qui était coupable d’intelligence avec l’ennemi allemand depuis
1939 ? Cette question revenait à l’interrogation suivante : comment
le juger et éventuellement le condamner alors que la commission d’armistice
surveillait attentivement le comportement des autorités françaises ? Il
fut néanmoins jugé au printemps 1941 par le tribunal militaire d’Alger et
condamné à 18 ans de travaux forcés. Il était néanmoins nécessaire de formuler
un motif officiel de la condamnation. Un motif qui n’allait pas être susceptible
d’indisposer les observateurs de la commission d’armistice. Le motif officiel
de cette condamnation à 18 ans de travaux forcés fut le suivant : « avoir porté atteinte au moral de
l’armée en temps de guerre ! ».
Ce serait presque
risible si les morts militaires et civils de Maison Carrée n’étaient pas là
pour nous rappeler le drame que constituait cette agression du 25 janvier 1941.
Mais ce fut suffisant pour expédier Messali à Lambèze, avec les fers aux pieds.
Le général Giraud, sur
injonction pressante de Robert Murphy le fit libérer.
De Gaulle arriva à Alger
en 1943. Son initiative, dès son arrivée en Algérie, fut de lever les
interdictions de la IIIème République à l’égard des trois partis qui avaient
manifesté une évidente volonté de pactiser avec l’ennemi en 1939, au début de
la guerre.
Le PPA de Messali Hadj
fut autorisé à réapparaître.
L’association des ouléma d’Ibrahim Bachir, successeur de Ben Baddis, fut
autorisée à renaître.
Le PCA d’Amar Ouezeguène
fut réactivé.
Ces trois partis qui
s’étaient compromis avec l’ennemi dès 1939 ne manquèrent pas d’offrir leur
appui constant à leur sauveteur, le général De Gaulle, dès 1943.
Entre
temps, Ferhat Abbas avait créé le Manifeste
Algérien de la Liberté. Dès l’arrivée de De Gaulle, il manifesta l’intention
de créer une nouvelle association regroupant les Amis du Manifeste de la Liberté : l’AML.
Le général Giraud
s’opposa de toutes ses forces à la création de l’AML. Le général De Gaulle,
tout seul, en tant que président de l’exécutif provisoire français, autorisa
l’AML à déposer des statuts qui furent agréés par l’autorité française
gaulliste d’Alger.
L’association des Amis du Manifeste de la Liberté, l’AML, regroupait :
le PCA, le PPA, l’association des ouléma et le Manifeste Algérien de la Liberté
de Ferhat Abbas.
L’AML : c’était la
cellule-mère politico-militaire et religieuse, de l’organisation qui avait
décidé de faire la guerre à la France.
Elle fut interdite lors
du drame du 8 mai 1945 : « Les évènements
dits de Sétif ».
Elle naquit de nouveau en
1946, sous l’identité du MTLD, que nous connaissons, après l’amnistie octroyée
par le IVème République naissante.
Le MTLD fut dissous dès
le 1er novembre 1954, jour de la Toussaint Rouge.
Messali répliqua en
fondant le MNA, le Mouvement National Algérien, officiellement interdit dès sa
création. Il connut néanmoins un fonctionnement clandestin, contrôlé cette fois
par les services secrets et les services de police français. Le MNA fut utilisé
opérationnellement, dans la genèse de ce que l’on appela, les règlements de comptes FLN/MNA.
Dès 1958, le MNA
clandestin fut contrôlé par l’état gaulliste. Il devint en 1962, le FAAD, le
Front Algérien d’Action Démocratique dont le but opérationnel était de piéger
les derniers combattants de l’Algérie française et d’anéantir les derniers
combattants de l’OAS.
De Gaulle s’identifie à l’homme qui mit en route la révolution
anti-française d’Algérie dès 1943. Il participa à la guerre d’Algérie, celle
qui commença le 1er novembre 1954 en s’y intégrant dès 1956, avec la
complicité de multiples personnalités parmi lesquelles nous nommons Maître
Boumendjel à Paris et Gaston Palewski, ambassadeur à Rome, agent de liaison
privilégié, grâce à la malle diplomatique, entre De Gaulle et l’organisation
extérieure de la rébellion algérienne. De Gaulle opérait à parti de la rue Solferino,
dans le septième arrondissement de Paris, ancien siège du RPF, le Rassemblement
du Peuple Français.
L’homme de Colombey opéra
comme un intervenant de grand luxe dans la dynamique révolutionnaire qui sous
le couvert de la « décolonisation » déclencha un processus révolutionnaire porteur aujourd’hui, d’un danger de mort
pour la France.
En réalité, ce processus
révolutionnaire avait pour finalité de se décharger de la responsabilité des
peuples colonisés. Il prétendait s’affranchir de toutes les obligations
humanitaires et sociales de manière à exploiter, avec un maximum de rendement,
les richesses de ces territoires. Territoires qu’il fallait « libérer » pour mieux les « exploiter» : les richesses, oui. Les
peuples, non.
Pour
l’Algérie, le plan était prêt dès le printemps 1958. Dès la prise du pouvoir
par De Gaulle, en tant que dernier Président du Conseil de la IVème République
au mois de juin 1958, ce plan, préparé par le rothschildien Pompidou, chef du
cabinet de De Gaulle, fut sur le point d’entrer en vigueur. Un plan élaboré par
Pompidou, avec l’aide de 2 remarquables techniciens, Brouillet et Tricot.
Ce plan avait pour
objet, dès le mois de juin 1958, d’entamer des négociations avec l’organisation extérieure de la rébellion
algérienne qui avait accepté ces négociations sous la condition de les voir se
dérouler dans une ville étrangère. Une rencontre fut prévue à Barcelone. J’ai
relaté cet épisode dans mon livre « Attaques et contre-attaques ». Cette
rencontre n’eut pas lieu parce que le FLN s’y est dérobé au dernier moment. Et
le « plan Pompidou » fut retardé dans son application … jusqu’au 19
mars 1962.
Le plan de l’abandon de
l’Algérie était tenu prêt bien avant l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, par les
gaullistes eux-mêmes, rue de Solferino, sous l’autorité administrative d’Olivier
Guichard, chargé d’organiser l’état-major secret de De Gaulle.
Il fut mis
en œuvre dès l’arrivée de celui-ci au pouvoir. De Gaulle fit une exhibition de
son immense compétence à user de techniques révolutionnaires.
Pour se débarrasser du
peuple algérien et surtout du peuple pied-noir, il eut recours à toutes les
félonies, à toutes les violations de serments, à toutes les proclamations dont
nous aurons à reparler quand je poursuivrai mon étude sur l’histrionisme
gaulliste, dans un avenir proche, si Dieu le permet.
Jean-Claude PEREZ
Nice,
Le 17 octobre 2013
[1]
Histrionisme : cette définition est une
définition médicale. Car depuis 20 ans au moins, en médecine on refuse
d’employer le terme d’hystérie. Ce terme a été remplacé par histrionisme. La
définition que je vous propose est une définition d’un aspect majeur de
l’hystérie.
[2]
MTLD : Mouvement
pour le Triomphe des Libertés Démocratiques
[3]
Voir l’étude précédente
« l’HISTRIONISME GAULLISTE 2»
BIBLIOGRAPHIE
L’assassinat
de l’Algérie française, terreau de la conquête islamiste actuelle. 2012
Un des livres du cinquantenaire, à lire et à faire lire.
L’islamisme dans la guerre d’Algérie
Logique de la Nouvelle Révolution
Mondiale, 2004
Le sang d’Algérie
Histoire d’une trahison permanente, 2006 ; 2e édition
Debout dans ma mémoire
Tourments et tribulations d’un
réprouvé de l’Algérie française, 2006 ; 2e édition
Vérités tentaculaires sur l’OAS et
la guerre d’Algérie
Stratégies et tactiques, 2006 ; 2e Edition
Attaques et Contre-attaques
Vérités tentaculaires sur l’OAS et
la guerre d’Algérie II, 2008
Editions Dualpha
Boite 37
16 bis rue d’Odessa
75014 PARIS
Tel. : 09 52 95 13 34 - Fax : 09 57 95 13 34
Mail : infos@dualpha.com
Site internet : www.dualpha.com
Vous pouvez prendre connaissance des deux interview accordées par Jean-Claude PEREZ : - la première à Monsieur Olivier CAZEAUX : sur Internet tapez « OAS, le docteur PEREZ parle » ; - la
seconde, à Monsieur BESSOU dans le cadre de la préparation d’un film. Monsieur
BESSOU a livré à Jean-Claude PEREZ tout le matériau de son exposé visible sur
le site www.jean-claude-argenti-sauvain.com.
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