LE CYCLE DE L’ADIEU
l’agonie des cathédrales…
Par le docteur Jean-Claude PEREZ
THESE INTRODUCTIVE
« Pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam »
« Quelle portée espères-tu conférer à cette annonce un peu trop pessimiste : « l’agonie des cathédrales » ? S’agit-il d’un constat de décès dont il serait opportun d’envisager la rédaction ? Du décès de ces illustrations majeures du message chrétien que symbolisent nos cathédrales ? »
C’est par cette introduction riche de doute, ou plutôt d’un scepticisme un peu agressif, que fut accueilli ce dernier travail par mon confrère, vieux copain et frère d’armes, Santiago. Lorsque celui-ci prit l’initiative d’ébranler ma sérénité par son interpellation, il fut étonné du soupir de soulagement que je laissai échapper : « judicieuse question ! » ai-je allégrement répondu. J’enchaînai aussitôt :
« l’implantation de nos cathédrales, leur édification laborieuse pendant des décennies, voire des siècles, leur répartition à travers la France, l’Europe et d’autres territoires, n’évoquent-elles pas pour toi une illustration d’opiniâtreté et d’enthousiasme à travers les siècles ? Illustration d’une volonté constante : assumer une survie ? La survie d’une foi, la survie du christianisme qui, depuis longtemps est exclu de la vie de la plupart des nations. Cette volonté d’assurer le rayonnement du christianisme hier, d’en assurer sa sauvegarde aujourd’hui, est exprimée, pour une grande part, par la majesté des cathédrales de France et d’ailleurs. »
Je poursuivis, ne laissant pas à Santiago le loisir d’intervenir : « La guerre d’Algérie a fini par révéler sa véritable finalité : celle de la mise en route d’un anéantissement. L’anéantissement de toutes les places fortes du christianisme, édifiées pierre par pierre, par nos anciens en France, en Europe et par le monde ».
Santiago me gratifia d’une mimique de scepticisme attentif dès mon évocation de la guerre d’Algérie. Il crut opportun néanmoins, de ne pas intervenir et m’invita à poursuivre d’un signe de tête.
J’enchaînai aussitôt. « Les évènements d’Algérie ! Je les ai vécus comme tous mes concitoyens, à partir du 1er novembre 1954. Lors de la Toussaint Rouge. A l’instant où, par voie radiophonique, je pris connaissance des attentats dont furent victimes nos soldats et nos compatriotes de toutes confessions, je fus convaincu d’une vérité : cette fois, nous, Français d’Algérie, chrétiens, juifs et musulmans, nous nous identifiions désormais aux futures victimes humaines de cette agression. Agression dont la nation française constituait l’objectif majeur. Ce jour-là, ce dimanche 1er novembre 1954, je fus ébranlé par une résolution : cette qualification de « future victime », je ne l’accepterai jamais. Peut-être étais-je influencé dans cette disposition d’esprit par mon départ prévu le lendemain matin, 2 novembre 1954. Un départ motivé par l’obligation du service militaire « pour durée légale ». Mon sursis universitaire arrivait à expiration. J’étais docteur en médecine depuis le mois de mai 1954, inscrit au Conseil départemental de l’Ordre des Médecins d’Alger. J’ai donc rejoint Blida pour exercer mes fonctions médicales au sein d’une grosse unité de l’armée française, le 1er Régiment de Tirailleurs Algériens. (1er RTA) Dès mon incorporation, je n’ai pas laissé passer l’occasion de m’informer de l’identité réelle du conflit qui débutait et qu’il appartenait aux responsables politiques de notre patrie, la France, de résoudre par la victoire. »
« Qu’as-tu donc appris ? » intervint Santiago, toujours serein et attentif.
« J’ai essayé de tout apprendre car, à l’instar de l’immense majorité de mes concitoyens d’Algérie et des militaires que mes fonctions de médecin-sous-lieutenant m’ont conduit à connaître, j’ignorais tout du drame national que nous étions en train de vivre. Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour comprendre, dès l’automne 1954, que le fondement de la guerre que nous subissions était religieux ».
Santiago m’interrompit par une interrogation qui me parut tout à fait logique : « A partir de cette conviction, de décembre 1954, quelle valeur attribuais-tu aux formulations politiques qui prétendaient depuis le mois de novembre, inclure la guerre d’Algérie dans le cadre des revendications communistes, socialistes et progressistes ? ».
« Il n’est pas facile de te répondre, après plus de 60 ans ! L’opinion que je vais formuler en réponse à ta question, sera obligatoirement enrichie de connaissances que toi et moi avons acquises durant tout ce temps. Mais une certitude peut et doit être exprimée aujourd’hui : ce que l’on appelle le marxisme-léninisme, la subversion communiste, la lutte des classes, tous ces dogmes révélateurs d’un délire souvent sanguinaire du XXème siècle, n’ont tenu absolument aucun rôle dans le déterminisme et le déclenchement de la guerre d’Algérie ».
Santiago m’interrompit : « Que penses-tu du rôle joué par ces célèbres intervenants marxistes, Maillot, Yveton, Madame Chaulet et d’autres encore….. ? »
« Des mercenaires de l’époque que l’on engagea dans l’agression que subissait la France. Dans le but de porter atteinte à l’Occident, par l’intermédiaire d’une défaite de la France. Ce terme, l’Occident, désignant à cette époque les territoires qui n’étaient pas soumis à Moscou et à Pékin. La majorité de nos concitoyens de métropole et d’Algérie, n’a pas voulu enregistrer la signification du pourquoi réel de la guerre dans laquelle nos ennemis prétendaient nous incorporer.
Et pourtant… Ce « pourquoi » avait été précisé en toute clarté, le 1er novembre 1954 par El Bachir el Ibrahimi, à partir du Caire. Il était à cette date, le président en fonction de l’association des ouléma et il s’était exilé dans la capitale égyptienne depuis 1952. C’était un membre important du CRUA [i]. Il précisa dans sa proclamation du 1er novembre 1954, que le combat était engagé :
« pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam »
C’était donc bien une guerre « ethnico-religieuse » qui était déclenchée comme l’exprimaient les deux substantifs : « l’arabisme » et « l’islam ».
El Bachir el Ibrahimi lorsqu’il diffusa, à l’échelon planétaire et par écrit, cette déclaration de guerre du 1er novembre 1954, a parfaitement défini les deux finalités de cette guerre : première finalité : le triomphe, grâce à la guerre, d’une religion, l’islam ; deuxième finalité : le triomphe d’une entité ethnico-culturelle, l’arabisme».
Santiago intervint alors avec à propos : « en quoi ce terme d’arabisme te paraît-il digne d’être retenu, comme s’il véhiculait une signification majeure ? ».
« La réponse me paraît évidente, surtout si l’on veut bien ne pas oublier qu’El Bachir qui prononça cette phrase, était lui-même un Berbère, un Kabyle, né à Tocqueville, Ras-el-Oued, au sud de Bougie, ma ville natale. C’était bien un homme de Petite Kabylie qui a pris soin de proclamer que la guerre d’Algérie était déclenchée pour « le triomphe de l’arabisme ». Jusqu’à ce jour, personne n’a voulu souligner ce qu’il n’a pas écrit.
Il n’a pas écrit « pour le triomphe des Arabes ».
Non, cela il ne l’a pas écrit ! L’arabisme, pour El Bachir, c’est l’identité ethnico-culturelle que doivent théoriquement revendiquer tous ceux qui ont rallié le message ou plutôt l’enseignement du Prophète de la Mecque et de Médine. Cette identité ethnico-culturelle, l’arabisme, comprend « très peu d’arabe » dans son contenu. « D’arabe » entendu comme un terme identificateur ethnique ou national. Le terme « d’arabisme » est dépourvu de ce sens-là dans la proclamation d’El Bachir. C’est un identificateur exclusivement culturel et spirituel. »
Santiago m’interrompit alors :
« Peut-on préciser en termes banals, courants, pour ne pas dire en termes ordinaires, le sens de l’adjectif « culturel » qui pour toi qualifie l’arabisme ? »
« Ce terme, l’arabisme, fut implicitement et historiquement, je n’ose pas dire symboliquement, illustré tout le temps, par la langue arabelittérale, à laquelle toute expression religieuse doit être soumise. Il s’agit en cette occurrence, de la volonté manifestée par le 3ème calife, Uthman. Celui-ci, avant de mourir, aspirait à garantir par-dessus tout, l’homogénéité du monde musulman qui naissait dans différentes régions et contrées souvent très éloignées de l’Arabie. Monde musulman constitué avant tout, du ralliement massif des unitaires ariens ou arianistes [ii]. Ces derniers, d’ethnies diverses, d’Orient, d’Europe centrale, d’Europe occidentale, d’Ibérie, de la Gaule et de Berbérie en particulier, trouvèrent dans la langue arabe littérale, à la fois le ciment de leur union et le fondement de leur universalité. De leur arabisme. La langue arabe fut identifiée ainsi comme l’ont écrit de grands universitaires, à une véritable substance phonique de l’islam. Une expression majeure de l’arabisme. On peut dire qu’elle suffit à conférer à « l’arabisme » la définition complémentaire suivante : celle d’un identificateur opérationnel exclusif de l’islamisme conquérant. »
Santiago était silencieux, ce qui ne me découragea pas. Je poursuivis donc.
« Cette notion d’universalité opérationnelle majeure de la langue arabe littérale, permet de comprendre la signification définitive de la déclaration de guerre formulée contre la France par Ibrahim Bachir, le 1er novembre 1954 :
« pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam ».
« L’islam, c’est la foi ». « L’arabisme, c’est l’identité de l’intervenant opérationnel qui prétend imposer cette foi ».
Santiago était plongé dans une profonde réflexion dont il finit par s’extirper, pour reprendre ses observations :
« Tu nous avais informés, il y a plusieurs années, dans quelques uns de tes ouvrages et dans tes nombreuses études publiées sur internet, de l’origine de cette information. Celle-ci confère à la guerre d’Algérie, une identité que semblent ignorer encore ceux qui s’entêtent à l’interpréter comme une guerre de libération. De libération d’un peuple opprimé, d’un peuple spolié par la France, selon la terminologie employée par nos accusateurs perpétuels. C’est le colonel Jacquin, tu nous l’avais précisé, qui a rapporté dans un livre cet extrait de la proclamation d’Ibrahim Bachir du 1er novembre 1954. Jacquin fut à un moment donné, le commandant des services spéciaux français en Algérie. On peut affirmer que cette information, dont tu t’es fait l’écho des centaines de fois, jouit d’une fiabilité majeure. Ce qui nous conduit à cette redoutable interrogation complémentaire »précisa Santiago :
« Pourquoi sont-ils si peu nombreux, pour ne pas dire inexistants ceux qui, comme tu l’as fait, ont contribué à faire connaître par écrit cette formulation limpide du motif réel de la guerre d’Algérie : « pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam ? »
L’observation de Santiago m’est apparue indiscutablement fondée. La finalité de la guerre d’Algérie exprimée le jour de la Toussaint Rouge, par Ibrahim Bachir, à l’échelon universel, confère à la guerre d’Algérie, une finalité de conquête qui est indéniable. De conquête universelle, pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam. De conquête universelle à partir de l’Algérie française. A partir de la France sud-méditerranéenne. Cette finalité de conquête illustre une vérité qu’il est encore interdit de révéler.
Santiago crut nécessaire de poursuivre :
« Cette proclamation d’Ibrahim Bachir, trouverait tout naturellement sa place aujourd’hui, dans les formulations révolutionnaires de l’arabo-islamisme terroriste et conquérant que nous connaissons. Qui se manifestent à chaque instant : Al Qaïda, Daesch, l’Etat islamique et d’autres encore. C’est sans doute pour cette raison, pour cette identité politique et religieuse, théoriquement inacceptable et inacceptée officiellement de nos jours, que nos historiens timorés refusent de rappeler la formulation exacte de la déclaration de guerre rédigée et exprimée par El Bachir el Ibrahimi, le 1er novembre 1954. Déclaration de la guerre d’Algérie dans laquelle est précisé le véritable but de ce conflit. Un but dont il est impossible et surtout criminellement imprudent de soutenir qu’il est accessoire ou secondaire. Car « le triomphe del’arabisme et de l’islam » définit l’identité réelle, constante et exclusive du conflit déclenché le 1er novembre 1954 en Algérie. Ce qui contribue à affecter, encore aujourd’hui, aux évènements d’Algérie, un coefficient d’actualité et de durabilité qui est loin d’être dépassé ».
Santiago m’observa en silence, apparemment impressionné par la réflexion qu’il venait de formuler : oui, la guerre d’Algérie reste d’actualité et mérite encore de nos jours une réflexion approfondie et constante.
La mort de l’Algérie française se révèle avoir été un temps décisif du combat qui est livré aujourd’hui sous nos yeux. Un combat pour la domination finale du monde. La victoire octroyée à nos ennemis à Evian, en 1962, fut rendue possible grâce à l’intervention programmée de « l’homme des circonstances », Charles De Gaulle. Celui-ci intervint en effet dans ce conflit, comme un agent opérationnel majeur. Il essaya de justifier, préventivement, son acceptation de la défaite dans son discours du 16 septembre 1959. Il y exprima en substance qu’il importait de protéger la France contre un afflux « de populations dont le destin est d’être miséreux ». C’est ainsi qu’il exprima un véritable rejet, dépourvu d’égards, envers un secteur de la population française d’Algérie : la population française de confession musulmane. Il réussit à communiquer ce rejet à la majorité électorale de nos concitoyens, qui le soutinrent dans sa résolution de se défaire de l’Algérie. Il abandonna ainsi un immense territoire, l’Algérie, éloigné de 800 km seulement du rivage méditerranéen français, aux mains de ceux qui avaient préalablement précisé la réalité de conquête, la réalité du djihad qu’ils déclenchaient. Un djihad exprimé en langage dépourvu d’ambiguïté : « pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam ». C’est indiscutablement et surtout historiquement en faveur d’une religion, l’islam, en s’appuyant sur l’efficacité d’une idéologie de combat structurée en Algérie, l’arabisme, que De Gaulle intervint dans le destin de la France sud-méditerranéenne.
Il organisa la victoire de nos ennemis en se soumettant aux perspectives économiques du capitalisme financier. Ces projets de défaite acceptée, voire de défaite recherchée, furent rendus exécutoires en France par l’intermédiaire des « pompidoliens ». Pompidou, agrégé de philosophie, fondé de pouvoir de la banque Rothschild, dirigeait un clan politique remarquablement structuré et très précisément orienté. C’était le clan « du délestage économique du débouché colonial ». Ce clan politique s’exprimait en France par l’intermédiaire des organisateurs et des planificateurs du délestage économique du débouché algérien. Au Palais Bourbon, ce clan était renforcé par des parlementaires nouvellement engagés dans la voie pompidolienne du délestage de l’Algérie. Ce clan représentait la fraction giscardienne du Groupe des Indépendants et Paysans. Au sein de ce groupe parlementaire, une fraction dissidente proclama en 1960, à l’initiative d’un député de l’Isère, qu’il fallait renier la thèse de l’Algérie française. Thèse que soutenait avec conviction et vigueur jusqu’à ce jour, le Groupe parlementaire des Indépendants et Paysans. Cette formation politique fut sabordée dans ses convictions et surtout dans son potentiel, par les pompidoliens qui bénéficièrent des compétences de Giscard d’Estaing, choisi comme directeur opérationnel de la manœuvre. Celle-ci consistait à se désolidariser officiellement, publiquement, presque solennellement, des partisans de l’Algérie française. Manœuvre qui consistait à se rallier à la politique dite « réaliste » prônée par le président de la République Charles De Gaulle ».
A cette époque, nous étions quelques-uns devenus locataires de la prison de la Santé, attendant notre jugement qui se déroula de l’automne 1960 jusqu’au printemps 1961 : « le Procès des Barricades ». Nous fûmes fortement ébranlés par ce « coup de poignard dans le dos », porté par Giscard et ses acolytes pompidoliens, contre les partisans de la France en Algérie. Ces hommes, ces néogaullistes, ces giscardo-pompidoliens, des hommes théoriquement « placés à droite », sous l’égide manœuvrière très efficace du rothschildien Pompidou, chef de cabinet du Président de la République, agissaient en exécution de l’orientation irrévocable prise par un état-major très structuré de potentats financiers internationaux. Qui ont prétendu élever la notion de « valeur ajoutée des capitaux » au rang d’un dogme presque religieux. Cette orientation dogmatique, rappelons-le, c’était le délestage économique du débouché colonial, et tout particulièrement celui de l’Algérie : le délestage économique du débouché algérien. Le délestage, en réalité, du peuple algérien.
Dès le mois de juin 1958, dès la prise du pouvoir par De Gaulle à l’Hôtel Matignon en tant que dernier Président du Conseil de la IVème République, on fut informé, dans certains milieux, de l’existence d’un « plan Pompidou-Brouillet [iii] ». Un plan très secret. Ce plan que l’on pouvait qualifier aussi de plan gaulliste, c’est-à-dire en fin de compte ce plan rothschildien,envisageait au plus vite une rencontre avec des chefs extérieurs de la rébellion algérienne pour la mise au point d’un cessez-le-feu. Cette réunion fut prévue à Barcelone, avec l’assentiment du gouvernement espagnol du général Franco. Elle fut impossible à tenir en raison de réticences formulées par certains membres du FLN qui se méfiaient d’un traquenard monté, à l’insu du gouvernement français, par des membres des services spéciaux français. Ceux-ci, en effet, ne se situaient pas encore dans le clan des partisans de l’assassinat de la France en Algérie. Pompidou et Brouillet étaient manifestement pressés de passer à l’acte dans l’exécution de ce plan rothschildien, camouflé sous le terme de « plan Pompidou ».
Il fallut attendre que De Gaulle s’affirmât ouvertement en tant que décideur, en tant que maître d’œuvre du destin de l’Algérie et de la France, en tant qu’unique « deus ex machina » de ce qui se mettait en route et qu’il fallait surtout camoufler encore : « le triomphe en Algérie, de l’arabisme et de l’islam », comme l’avait solennellement proclamé El Bachir el Ibrahimi, le 1er novembre 1954 par voie radiophonique.
Ce qui était porté, en cette circonstance très précise, sous la haute autorité du « deus ex machina », Charles De Gaulle, c’était avant tout un coup terrible. Peut-être un coup mortel à moyen terme, contre le christianisme universel.
Ce qui s’est mis en œuvre, ou plutôt ce qui s’est accompli en silence et fondamentalement en 1962, sous la haute autorité gaulliste, s’illustre comme un reniement non formulé, mais un reniement tout de même, du « Pacte de Reims ». D’un pacte qui fut conclu entre 499 et 507 entre l’évêque de Reims, Rémi, et le potentiel militaire de Clovis. Entre la bataille de Tolbiac, 499, et la bataille de Vouillé, 507. Ces victoires furent remportées l’une et l’autre par Clovis, au nom des Chrétiens Trinitaires. C’est-à-dire au nom des défenseurs du catholicisme apostolique romain qui ne voulaient pas se soumettre à la loi des unitaires arianistes ou ariens, hostiles, comme nous le savons, au mystère de la Sainte Trinité et à la divinité de Jésus. Les vainqueurs de 1962, les vainqueurs d’Evian au mois de mars 1962, s’identifient ainsi historiquement, peut-être à leur insu, comme les revanchards lointains et actuels des défaites subies par l’antichristianisme romain en 499 et 507. C’est cela que nous devons retenir comme signification réelle, exclusive même, de la défaite du 19 mars 1962, illustrée par les accords d’Evian. La revanche des vaincus de Tolbiac et de Vouillé.
Santiago m’avait abandonné pendant quelques minutes aux réflexions que je viens d’évoquer. Réflexions dont je n’avais pas apprécié, peut-être, la longueur un peu astreignante. S’il m’avait adressé un reproche motivé par mes conclusions inattendues et agressives, j’aurais rétorqué ceci en guise de justification :
« Comment veux-tu que je reste serein, raisonnable et modéré dans mon propos, quand j’entends un notable musulman français reprocher aux chrétiens de France qui désertent leurs églises, de ne pas accepter complaisamment que ces mêmes églises soient occupées par les musulmans qui veulent en disposer pour adorer Dieu ! »
C’est aux funérailles du christianisme universel que l’on prétend nous inviter !
Santiago était resté songeur. Ancien instituteur, il avait connu l’Ecole Normale de la Bouzareah, sur les hauteurs d’Alger. Il avait fait, lui aussi, un constat. Celui de la manière dont la laïcité était observée en Algérie : elle s’exprimait selon une technique indiscutablement sélective. La foi, le culte, la religion, avaient perdu « droit de cité » dans la vie de nos écoles primaires. Plus encore dans celle de l’Ecole Normale dont la mission, d’une importance primordiale, était de former nos futurs instituteurs. Comme je l’avais noté moi-même, Santiago avait enregistré la sélectivité de la discipline antireligieuse qui était observée en milieu scolaire. Il fallait une autorisation, qui n’était pas toujours accordée, à un élève de l’Ecole Normale pour qu’il pût s’absenter dans le but de participer, le Vendredi Saint après-midi, à une évocation théâtrale du martyre du Christ. Alors que toutes les commodités étaient accordées à nos condisciples musulmans de « faire le Carême » pendant la période du ramadan. Il était facile de noter l’indulgence complice dont étaient bénéficiaires, la plupart du temps, ceux qui s’exhibaient comme des adversaires possibles du christianisme.
Je me souviens d’avoir lu dans la presse algéroise, durant mon adolescence, quelques articles étonnants, à propos de l’exhibitionnisme antichrétien qui se manifestait parfois. En particulier une annonce émanant d’une association de libres-penseurs. Ceux-ci invitaient leurs adhérents, par le canal de la presse locale, à honorer de leur présence « le banquet annuel du Vendredi Saint ». Ces libres-penseurs prétendaient célébrer publiquement les souffrances de Jésus, en festoyant le jour même consacré par les chrétiens à une pieuse évocation du martyre infligé au Christ. C’était, d’après eux, une illustration prétendue publique, en réalité exhibitionniste, de leur « liberté de penser ».
Ces mêmes libres-penseurs, ne se privaient pas de se révéler particulièrement tolérants, serviles même, à l’occasion d’autres manifestations religieuses. Santiago me rapporta comment, à l’Ecole Normale, tout était prévu et préparé, à l’insu des autres élèves juifs et chrétiens, pour que les futurs instituteurs musulmans pussent honorer, dans le meilleur confort possible, les agapes autorisées pendant le ramadan, entre le coucher et le lever du soleil. Des repas riches de plats abondants et variés, très fournis en sucreries et en pâtisseries, étaient tout spécialement préparés pour donner aux pénitents les moyens énergétiques d’affronter le jeûne, durant la journée qui allait suivre. On s’exhibait, très offensivement, comme antireligieux quant il s’agissait de ridiculiser les chrétiens le Vendredi Saint. On se mettait complaisamment à la botte de ceux qui faisaient le Carême. Parce que soutenir les musulmans en Algérie à cette époque, comme en France Métropolitaine de nos jours, illustrait et se révèle aujourd’hui, une technique jugée efficace pour combattre le christianisme. Pour en espérer l’anéantissement.
Santiago, tout en assumant ses fonctions d’instituteur, réussit aux épreuves universitaires qui firent de lui un chirurgien-dentiste. Epreuves qui furent couronnées par un doctorat de la faculté de médecine de Montpellier. Pendant notre combat, il avait assumé sa part de responsabilités. Il est mon cadet de plusieurs années et comme moi, il est avide de savoir. Savoir tout ce qui contribue à bien comprendre l’identité de l’agression dont nous fûmes victimes au sud de la Méditerranée. « Tout savoir » aujourd’hui, c’est prétendre accéder à la connaissance de l’identité du mal qui a tué la France en Algérie. Il m’avait accompagné, en maintes occasions, dans mon autopsie permanente du cadavre de l’Algérie française. Puisque cette terre fut assassinée en tant que terre française. Il finit par se rallier à une conviction : la guerre d’Algérie connaît effectivement une double identité : une identité stratégique et une identité tactique.
L’identité stratégique, c’est-à-dire l’identité « ultime »
Il s’agit d’une identité « capitaliste ». Les moyens capitalistes, c’est-à-dire l’argent du capital financier, devaient être libérés de la charge des peuples. De la charge sociale et surtout sanitaire des peuples anciennement colonisés. « Car », soutiennent-ils schématiquement aujourd’hui comme ils le soutinrent autrefois, « ce n’est pas notre argent qui doit travailler pour notre empire, mais notre empire qui doit travailler pour notre argent ». C’était cela la première cause fondamentale de la mort de l’Algérie française. Le pourquoi stratégique de l’assassinat de la France sud-méditerranéenne. Le sauvetage prioritaire de l’argent. En tant que moyen d’exercice d’un pouvoir universel… un pouvoir dont on espérait qu’il serait définitif.
L’identité tactique.
Cette stratégie pour être dotée d’un potentiel exécutoire majeur, sut utiliser une arme tactique bien particulière. Elle n’hésita pas à annexer la foi en Dieu. A la soumettre à ses exigences opérationnelles. Ils ont prétendu se servir de Dieu comme d’un chef opérationnel suprême de leur révolution. Pour obtenir enfin le délestage économique du débouché algérien. Ce fut donc l’arme religieuse. L’islam transformé en islamisme fut utilisé comme une technique de guerre particulièrement efficace. Une technique de guerre définie le 1er novembre 1954 par El Bachir el Ibrahimi dans le but de faire triompher l’arabisme et l’islam. Officiellement et à son insu, El Bachir est intervenu comme un auxiliaire de guerre qui se mettait, au nom de Dieu, au service des potentats qui étaient pressés de se libérer de la charge financière de son peuple. De son peuple français d’Algérie, de confession musulmane.
Chaque fois que Santiago et moi parvenions à ce stade de notre dialogue, dans un rituel très amical, je l’interrompais alors. Ou plutôt, je nous interrompais. « Stop ! Assez raisonné ! » disais-je. « C’est le moment d’être précis. Et de poser un diagnostic ».
Nous avons abandonné l’Algérie, certes non pas sous la pression de forces libératrices, de forces exprimant des revendications sociales. Nous avons abandonné l’Algérie, ou plutôt De Gaulle et son entourage rotschildien auquel le général était soumis depuis 1940, grâce aux initiatives de la comtesse de Portes agent recruteur de la synarchie, De Gaulle et son entourage donc, ont assassiné l’Algérie française dans le but d’améliorer « la valeur ajoutée des investissements ». Investissements qu’il fallait transférer vers d’autres sites de rentabilité jugée prioritaire. Cette stratégie de « délestage de l’Algérie » pour être dotée d’une efficacité renforcée devait évoluer de l’identité de « théorie économique » qu’elle prétendait être, vers une identité opérationnelle enrichie dans les plus courts délais. Dans ce but, elle éprouva la nécessité de « faire donner » un intervenant tactique de luxe. Elle choisit, dans cette orientation opérationnelle, la tactique religieuse. C’est-à-dire, en cette occurrence algérienne, l’islam. Dont on détermina la mutation opérationnelle en islamisme fondamentaliste. On osa conférer à Dieu, le rôle d’un chef opérationnel « super-humain », sans s’inquiéter de l’identité blasphématoire de cette attitude.
C’est alors que Santiago volait à mon secours en m’arrachant à ma tendance naturelle à ne jamais me dérober devant un argumentaire ennemi.
« Mon tour est venu de te dire « stop ! ». « Car pour expliquer le rôle majeur de cette tactique supérieure arabo-islamiste exprimée le jour de la Toussaint Rouge par El Bachir quand il déclara que le combat était déclenché pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam, tu vas avoir besoin de la suite de tes études ». « Des études que tu es en train de rédiger ou plutôt que tu as déjà rédigées ».
C’est ainsi qu’est né ce « cycle de l’adieu ». A ce stade de ma rédaction, avec beaucoup d’amitié, je dédie cette étude de l’adieu à tous ceux qui ont risqué vie, liberté, confort familial et stabilité professionnelle, pour que vive alors l’Algérie française.
Santiago, malgré sa sagesse, ne m’accorde pas cependant le droit de silence : « finalement, dans cette thèse introductive que tu proposes à tes lecteurs, tu as réuni tous les éléments d’un sujet de thèse voire de plusieurs thèses.
« Rôle très précis du capitalisme financier dans l’assassinat de la France sud-méditerranéenne », ce serait un premier sujet de thèse.
Ou bien, « L’argent au service de l’islamisme conquérant, en Algérie ». Pourquoi pas une deuxième thèse ?
Ou encore, « La guerre d’Algérie, une guerre de libération ! Escroquerie majeure du XXème siècle ». Voilà un autre titre possible.
Et beaucoup d’autres encore. Des titres qui ne jouiraient pas de l’agrément de ceux qui ont prétendu ne voir dans la défaite gaulliste que la victoire d’un prolétariat avide de bien-être et de liberté. Quel intérêt espères-tu éveiller chez ceux qui ne veulent plus évoquer les massacres perpétrés par le FLN, la résistance vigoureuse de l’OAS, la trahison du gaullisme en tant qu’agent d’exécution des potentats responsables de la soumission des hommes aux perspectives du capitalisme financier ? »
Cette interrogation de Santiago permet de comprendre pourquoi la thèse « Algérie française » se manifeste le plus souvent encore comme une nébuleuse qu’on ne veut surtout pas éclaircir. Ils ne veulent pas accepter une évidence :
le conflit que nous avons vécu est en train, tout banalement, d’entrer dans son plein développement, sur le territoire français, européen et plus généralement, occidental. Ce monde chrétien, qui existe encore, qu’on le veuille ou non, est devenu aujourd’hui l’objectif prioritaire et actuel du djihad. Le djihad, pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam, s’est dramatiquement illustré le vendredi 13 novembre 2015 à Paris et Saint Denis. Ce but opérationnel fondamental de la guerre d’Algérie est donc encore actuel puisque nous ne sommes pas encore morts ! Ils ont gagné la première étape de cette guerre parce que De Gaulle prit la décision d’organiser leur victoire. Celle du 19 mars 1962 à Evian.
Je m’attache dans ce nouveau cycle d’étude à rappeler quelques aspects de notre combat, mal décrits, mal compris, parfois ignorés ou tout banalement dédaignés par ceux que n’intéresse plus cette page d’histoire.
Je fus curieusement intéressé par l’opinion d’un auteur français d’Algérie, de confession juive. Celui-ci soutint une thèse qui mérite que l’on s’y intéresse. Il y révèle que la conquête de l’Algérie avait comme but d’expulser les Juifs d’Algérie de la terre algérienne. Il impute à la France la responsabilité de trois exils qui ont été infligés à la collectivité française d’Algérie de confession juive, à partir de 1830. Cette accusation que je considère comme une véritable profanation de l’intelligence et qui fut condamnée par d’autres historiens français de confession juive, m’a servi parfois de fil conducteur dans ce travail que je vous propose dans le but de rappeler des évènements que nous avons vécus en Algérie. Evènements auxquels je fus étroitement mêlé pendant huit ans.
En prévision : le chapitre I de ce cycle d’études, intitulé « l’inévitable engagement », vous sera proposé dans 2 semaines.
N’hésitez-pas à consulter le site du Cercle Algérianiste de Nice et des Alpes Maritimes et tout particulièrement, la classification et études de Raphaël PASTOR et Hervé CUESTA.
[iCRUA : Comité Révolutionnaire d’Unité et d’action [ii]« Arianiste » est un néologisme que je me permets de substituer au terme « arien ». Pour éviter de subir des observations ombrageuses de ceux qui ne supportent pas d’entendre ou de voir écrit le substantif ou le qualificatif arien. Qui n’a absolument rien de commun avec le substantif aryen bien évidemment ! [iii] Brouillet René : 1909-1992 Ministre plénipotentiaire, ancien secrétaire général de la présidence du Conseil pour les Affaires algériennes de juin à décembre 1958, il bénéficia de la collaboration de Bernard Tricot sur « les sentiers de la paix ».
L’assassinat
de l’Algérie française, terreau de la conquête islamiste actuelle. 2012
Un des livres du cinquantenaire, à lire et à
faire lire.
Vérités
tentaculaires sur l’OAS et la guerre d’Algérie
Stratégies
et tactiques, 2006 ; 2e Edition
Cet
ouvrage a été d’un grand recours dans la rédaction de cette étude
L’islamisme
dans la guerre d’Algérie
Logique de
la Nouvelle Révolution Mondiale, 2004
Le sang
d’Algérie
Histoire
d’une trahison permanente, 2006 ; 2e édition
Debout dans
ma mémoire
Tourments et
tribulations d’un réprouvé de l’Algérie française, 2006 ; 2e édition
Attaques et
Contre-attaques
Vérités
tentaculaires sur l’OAS et la guerre d’Algérie II, 2008
Editions Dualpha
Boite 37
16 bis rue d’Odessa
75014 PARIS
Tel. : 09 52 95 13 34 -
Fax : 09 57 95 13 34
Mail : infos@dualpha.com
Site internet : www.dualpha.com
Vous pouvez prendre connaissance des deux interview accordées par Jean-Claude PEREZ : - la première à Monsieur Olivier CAZEAUX : sur Internet tapez « OAS, le docteur PEREZ parle » ; - la
seconde, à Monsieur BESSOU dans le cadre de la préparation d’un film. Monsieur
BESSOU a livré à Jean-Claude PEREZ tout le matériau de son exposé visible sur
le site www.jean-claude-argenti-sauvain.com.
Mis en
page le 26/11/2015 par RP |