Quand la repentance
traque le patrimoine national
« Derrière le masque de la beauté, la question des restitutions invite à
mettre le doigt au coeur d'un système d'appropriation
et d'aliénation, le système colonial, dont certains musées européens, sont
aujourd'hui les archivistes ». Ainsi débute le rapport sur la restitution du patrimoine
culturel africain commandé par Emmanuel Macron à
l'historienne de l'art Bénédicte Savoy et à
l'universitaire sénégalais Felwine Sarr.
Tout à son plaisir de plaire aux
chefs d'États africains, Emmanuel Macron avait en
effet, en novembre 2017, ouvert la boite de Pandore en évoquant à Ouagadougou,
sa volonté d'œuvrer pour que d'ici 5 ans, soient réunies les conditions de
restitution à l'Afrique du patrimoine africain « présent » dans les
musées français.
Ce ne sont pas moins de 46 000
objets entrés dans les collections de musées français pendant la période
coloniale qui pourraient être restitués à des pays africains qui n'apportent,
pour la plupart, aucune garantie ni de préservation scientifique ni de probité
liée à un éventuel trafic d'œuvres d'art.
Mais après tout, les auteurs
militants de ce rapport considèrent que la demande présidentielle s'inscrit
dans le droit fil des déclarations d'Emmanuel Macron,
assimilant la colonisation à un crime contre l'humanité.
Alors pourquoi retenir sa plume? d'autant plus que le même Emmanuel Macron avait estimé que le patrimoine africain « ne pouvait plus être prisonnier de
musées européens ».
Bien évidemment, les esprits
éclairés auront conscience qu'entrebailler la porte
incitera, à terme la Grèce, l'Egypte, le continent asiatique, à réclamer à leur
tour le bénéfice de ces restitutions. De quoi vider nos musées au nom d'une repentance
aveugle.
D'ores et déjà, des bruits du côté
d'Alger laissent entendre que le pays pourrait réclamer des centaines d'objets
appartenant, soi-disant, au patrimoine mémoriel de l'Algérie, au premier rang
desquels le mythique canon « Baba Merzoug », plus
communément appelé « la Consulaire ».
Monsieur Macron plutôt que d'être le « bradeur » du patrimoine national pourrait faire œuvre
utile en demandant à l'Algérie de nous restituer les 157 tableaux et les 136
dessins signés Degas, Matisse, Sisley Monet, Renoir, Pissaro,
Gauguin laissés par la France au musée des Beaux-Arts d'Alger, et qui
n'appartiennent en rien, chacun pourra le comprendre, au patrimoine algérien.
Mais là, c'est une autre histoire.
Thierry Rolando
Mis en page le 27/12/2018 |
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