Samedi 11 octobre2014, Hôtel Splendid à Nice.

"La condition sociale à Bab-el-Oued de 1830 à 1962
par

André TRIVES



C’est sous la présidence de Michèle Soler qu’un public nombreux a assisté à la conférence d’André Trives, « Bab-el-Ouédien » d’origine » et à sa conférence sur le thème : « La condition sociale à Bab-el-Oued de 1830 à 1962. »

Le conférencier plein de savoir et de convictions nous a présenté avec toute sa chaleur méditerranéenne cette époque d’un Bab-el-Oued disparue, mais présente dans le cœur des anciens d’Alger. Un quartier défini à juste titre comme une communauté internationale de nationalités avec leurs religions diverses. Un quartier convivial, heureux, fraternel qui vécut le bon et le mauvais des événements et des crises qui en firent un communiste vers les années 1930, avant que les événements de mai 1958 n’en fassent un farouche patriote, lorsque le gaullisme brada l’Algérie et que l’armée encercla et mitrailla Bab-el-Oued, en mars 1962.

Parmi les évocations de ce temps à jamais disparu, le bain des chevaux dans le début du XXe siècle sur une des plages de Bab-el-Oued... Les terrasses ensoleillées des immeubles où les habitants faisaient leurs lessives mais aussi les mariages, les baptêmes, les fêtes des résidents et parfois... les amours interdits entre voisins et voisines... Tout un folklore...

André Trives souligna combien Bab-el-Oued était un quartier dynamique et travailleur, dominé par les usines Mélia et Bastos – d’où certaines ouvrières, ai-je entendu dire – « empruntaient » avant de quitter l’usine quelques paquets de cigarettes qui étaient vendus... au noir dans les bistrots, afin d’agrémenter des fins de mois difficiles...

Personnellement, j’eus aussi connaissance beaucoup plus tard que l’un des actionnaires de ces usines africaines était Hailé Sélassié, empereur d’Ethiopie.

À cette conférence appréciée par un auditoire attentif et agrémentée par une série de vidéo-photos, je me permettrais d’y verser quelques autres souvenirs.

Âgé de quelques neuf ou dix ans, avec ma grand-mère nous prenions le tramway qui nous laissait place des trois horloges. À la descente du tramway, il y avait une vendeuse de « calentita », cette sorte de tarte de farine de pois chiches, qui présentait sa marchandise sur une plaque en fer posée sur un trépied, et mon plaisir était d’en manger un morceau, cadeau de ma G-M. Puis, nous montions vers la Basseta où elle retrouvait des amies et moi un des enfants de la famille. Il m’emmenait aussitôt rejoindre au bord d’un vaste terrain ses propres amis garçons et filles, arabes et de notre âge. Une des filles, Fatima ou Leïla, le souvenir m’échappe, me prenait toujours la main et ne voulait jouer qu’avec moi. Ce qui me surprenait le plus dans mon innocence, c’était que mon copain parlait l’arabe... langue que nous aurions dû tous connaître en Algérie. C’était une des caractéristiques de Bâb el Oued, souligna André Trives dans son allocution, ce mélange des langues et des expressions que Geneviève Baïlac a su si bien traduire dans la «  Famille Hernandez »... Dans cette pièce 100 % pied-noir, nous y retrouvions nos acteurs « locaux » de Bab-el-Oued comme Castle, Sahuquet et Villalonga

Plus tard vers les années 1957 / 58, c’est avec d’autres copains, Claude G..., Roger S..., que nous retournâmes à Bab-el-Oued goûter dans les bars à « kémias » les olives cassés, les bliblis, les escargots en sauce au cumin ou les sardines grillées... Le tout bien entendu, accompagné, avec modération, d’un anis blanc : Gras ou Limiñana.

Cette conférence a, bien entendu, fait renaître dans l’esprit de chacun je crois, des souvenirs qui restent vivaces et précieux dans nos cœurs.

                                         Robert Charles PUIG, pour le Cercle de Nice