L'ALGÉRIE DE
1954 à 1968
Conférence du lieutenant-colonel
(e.r.) Armand Bénésis de Rotrou
(DÉCRET CRÉMIEUX)
Comme je me trouve devant un auditoire sympathique,
je vais commencer cet exposé par une anecdote :
Dernièrement, j'ai rencontré un
monsieur qui faisait de la repentance au sujet du décret
Crémieux, et je lui ai posé la question suivante :
«
Que s'est-il passé le 14
juillet 1865 ? » Comme il ne savait pas,
je lui ai répondu que c'était la date d'un
senatus
consulte de Napoléon III, autrement dit d'un décret
qui, sous certaines conditions, faisait de tous les «
indigènes »
d'Algérie des Français.
Ces conditions étaient contraignantes
pour les musulmans, car elles impliquaient le renoncement à
la polygamie, au divorce (qui était interdit en France
à l'époque) et aux droits de succession traditionnels
qui désavantageaient la femme.
Il en résulta que sur un million et demi
de musulmans, seuls 361 se feront naturaliser Français
en 10 ans.
Il n'en était pas de même pour
les israélites qui, en vertu du décret Crémieux,
deviendront tous Français le 24 octobre 1870.
Ignorant ces détails, l'opinion publique
se persuadera, à tort, que ce décret est une injustice
envers les musulmans.
(MON EXPÉRIENCE)
Au sujet de l'exposé qui va suivre, sachez
que ce que vous allez entendre est tiré de l'expérience
que j'ai acquise, de 1956 à 1968, c'est-à-dire jusque
6 ans après l'indépendance, de cette guerre et de
ce pays.
Un pays que j'ai parcouru d'est en ouest, du nord au
Sahara, et toujours immergé, je le précise, dans la
population autochtone, une population que j'ai bien connue, car
j'ai toujours servi dans des unités de quadrillage ou de
harkis, puis, après l'indépendance, dans de petites
localités.
Et cela a fait dire au Général Faivre, historien militaire,
dans la préface qu'il a consacrée à mon livre,
que ce dernier : «
Contient des données
intéressantes pour l'histoire. »
(POPULATION AUTOCHTONE)
La population autochtone
que je viens de citer était, à l'époque,
rurale à 87 %.
Elle était composée de gens simples, profondément
croyants et fatalistes, plus désireux de paix, d'ordre
et de justice que d'avantages sociaux.
Des gens qui étaient résolument attachés
à leurs coutumes ancestrales, à leur société
patriarcale, et qui redoutaient les changements de murs
véhiculées par le modernisme.
Enfin, des gens qui, par atavisme, respectaient
l'autorité, méprisaient les faibles, et qui n'étaient
pas disposés à retourner à la tyrannie des
tribus, à la grande misère, à la corruption
de l'époque d'avant 1830.
Toutes ces raisons ont fait dire à un
autochtone, le bachaga Boualam, et c'est comme cela que je l'ai
ressenti, que le peuple algérien était francophile
à 80 %.
(UNE POPULATION RÉSOLUMENT ENGAGÉE Á NOS
CÔTÉS)
Et toutes ces raisons ont fait que, face au
conflit qui a éclaté, cette population se rangera
résolument à nos côtés.
Comment ? Eh bien par le moyen le plus
simple, et le moins risqué en ces temps de terreur, en
prenant les armes.
Et cela se traduira par un nombre d'autochtones
sous les drapeaux de 223 000.
Et 223 000, c'est 4 fois le nombre des rebelles,
à l'apogée de leur puissance, présents en
Algérie, en Tunisie et au Maroc (55 700).
Jusqu'en 1962, ce rapport ne fera que se renforcer,
car les katibas de l'intérieur (les compagnies régulières)
vont être de plus en plus décimées.
Ces forces rebelles se maintiendront toutefois
à 5 000 hommes, compte tenu (comme nous le verrons plus
bas) des libérations successives de fellagas, et aussi
des désertions qui marqueront la période du cessez-le-feu.
L'armée d'Algérie, quant à
elle, dans son ensemble, au sommet de sa puissance, Français
et autochtones confondus, totalisait un effectif de 561 000
hommes.
Dans ces 561 000 hommes, les 223 000 autochtones comptaient donc
pour un total de 40 %, mais, précisons-le, pour une population
de 17 % celle de la France.
Sachant que près de la moitié
de ces 561 000 hommes n'étaient pas des opérationnels,
mais des sédentaires affectés à des emplois
administratifs, logistiques ou d'état-major, il s'avère
donc que ces 223 000 autochtones formaient, à eux seuls,
le gros contingent du corps de bataille (75 / 25 %).
Ces chiffres se retrouvent d'ailleurs dans
le nombre de tués au combat, où, sur un total de
19 559 (15 009 Français), la part des
autochtones est de 4 550 (1 350 réguliers, 200
supplétifs), soit 24 % des tués... pour une population,
je le répète, de 17 % celle de la France, ce qui
signifie que les autochtones se sont autant battus, sinon plus,
que les Français.
Et voici comment le général Bigeard,
un grand soldat qui avait une longue expérience des unités
autochtones, juge la situation :
« Sur tout le territoire, durant des années,
les supplétifs, tirailleurs et harkis, ont apporté
un soutien inestimable à la France.
« Leur conviction est qu'ils doivent lutter
aux côtés de la grande nation.
« Elle seule peut apporter au peuple musulman
le développement qu'il mettra bien plus longtemps à
atteindre seul.
« Ils rêvent d'un pays sans ce pouvoir
dictatorial que le F.L.N. instaure, dans le sang, en parti unique. »
Le mot de la fin est laissé à
Madoui, un universitaire autochtone qui, successivement, fut officier
dans l'ALN (armée de libération nationale), puis,
une fois rallié, sous-lieutenant dans nos rangs, et enfin
membre de l'OAS. Voici ce qu'il écrit :
« J'étais persuadé que si le peuple algérien
avait à faire le choix, librement, il se prononcerait en
majorité contre la sécession. »
Ce tableau optimiste sera cependant assombri
- guerre révolutionnaire oblige - par le fait que la population
autochtone, en dehors de ces 223 000 hommes et de leurs familles
qui bénéficiaient d'une protection, sera, dans son
ensemble, réduite au silence, car elle vivait sous
le régime de la terreur, l'arme n° 1 des terroristes...
laquelle décime les familles et hante les esprits.
(GRANDS TOURNANTS DE LA GUERRE D'ALGÉRIE)
J'en arrive maintenant au vif du sujet,
à l'énoncé des événements qui
ont marqué la période de 1954 à 1962, et
qui constituent les grands tournants de la guerre d'Algérie.
La rébellion éclate donc le 1er
novembre 1954.
La guerre d'Indochine vient de se terminer,
et 70 % de nos prisonniers sont morts dans les camps de l'enfer
vert.
L'armée d'Algérie est une armée
du temps de paix, et la France est prise au dépourvu.
Il s'ensuit que, jusqu'en 1956, l'Algérie
connaîtra une période de flottement, durant laquelle
la terreur l'emportera sur la sécurité.
Cette époque, de 1954 à 1956,
restera celle où le FLN, fort de son OPA (organisation
politico-administrative - civile) et de ses katibas, semble
avoir le dessus et être en mesure d'atteindre ses objectifs.
Dans tout le pays, la vie est rythmée
par les attentats, les assassinats, les destructions d'infrastructures.Ê
(1957)
Puis, à partir de 1957, sous l'action
du gouvernement de la IVe République, les pouvoirs
publics et l'armée réagissent (souvenons-nous de
la bataille d'Alger), ce qui a pour résultat un
ressaisissement de la population autochtone.
Une population autochtone qui est lasse de
la tyrannie des rebelles, lesquels multiplient les attentats ;
égorgent ; rançonnent ; interdisent de
fumer et de boire, et tranchent les oreilles, les lèvres
et le nez de ceux qui transgressent la consigne.
Et nous assisterons alors à une levée
en masse des supplétifs, ce qui se traduira par la mise
sur pied des formations supplétives suivantes :
1° - 114 GMS, groupes mobiles de sécurité,
comparables à nos compagnies de CRS (12 000) ;
2° - 700 SAS et 30 SAU, sections administratives
spécialisées et urbaines, unités chargées
de l'administration et de la protection des populations autochtones
(12 000 + 21 000 = 33 000) ;
3° - 60 000 harkis ;
Et enfin 4°, - 2 000 douars en autodéfense,
représentant 55 000 hommes armés.
Forte de ces nouvelles dispositions, l'armée
remporte alors ses premiers grands succès, des succès
remportés, il faut le préciser, grâce à
l'aide irremplaçable de ces 223 000 autochtones, et, surtout,
grâce aux anciens fellagas ralliés, car c'est eux
qui communiquent à nos troupes leur savoir-faire, qui leur
apprennent, comme des chiens de chasse, à débusquer
et à mettre le rebelle furtif hors de combat.
Il est reconnu que cette guerre, qui sera
perdue politiquement en 1962, a été gagnée,
sur le terrain et dans la conquête des âmes, grâce
à l'engagement sans restriction de ces autochtones, des
supplétifs comme des réguliers et des appelés.
(LE GRAND MOUVEMENT PATRIOTIQUE DU 13 MAI 1958)
Á ce ressaisissent de 1957 succède,
en 1958, le grand mouvement patriotique du 13 mai, le fameux 13
Mai.
Et voici comment une historienne, Marie Dumont,
décrit ces événements :
« Un élan patriotique et de fraternisation
général en faveur de la paix et contre la guerre,
la fin de l'attentisme, la transgression des consignes
du FLN »
Le sous-lieutenant membre de l'O.A.S. Madoui,
à l'époque officier dans l'ALN, écrira ceci :
« L'espoir est si grand, que la wilaya IV (l'une
des 6 provinces FLN, la sienne) pavoise aux couleurs de
la France, que les rebelles cessent les attentats et déposent
leurs armes devant les mairies »
Imaginez donc des fellagas, qui, eux aussi
lassés de la dure existence qui leur est imposée,
brandissent des drapeaux français dans leurs repaires.
Tous les espoirs se portent alors sur le général
De Gaulle, qui, fort à propos, lance la paix des braves.
Pour les autochtones, la France est enfin gouvernée
par un militaire, un membre de l'armée, qui, à leurs
yeux, incarne le véritable pouvoir.
Et voici 2 extraits de professions de foi publiques
faites par des ralliés du célèbre commando
« Georges », auquel j'appartenais :
1° - Ex-lieutenant de l'ALN Ali Bouziane :
« La population, qui était notre raison de
combattre et notre soutien, nous abandonne.
« J'ai confiance en De Gaulle, et mes frères
dans le maquis aussi.
« Nous avons été trompés,
et l'Algérie heureuse, nous la ferons avec lui »
2° - Ex-sergent
rebelle Smaïn :
«
Les rebelles de L'ALN, même les chefs, ont
confiance en De Gaulle »
(MAI 1958, suite)
Á la suite du 13 Mai, les rebelles ont
donc perdu la foi... et ils demandent à déposer les
armes.
La paix est à portée de la main,
et le Bachaga Boualam propose sa solution au général
De Gaulle ; voici ce qu'il lui dit :
« Donnez-moi 500 000 harkis, et vous pouvez renvoyer
tous les appelés chez eux, et je vous garde l'Algérie
à la France. »
Profitant de la liesse générale
et de la dynamique de la paix, c'était là le moment,
crucial, de faire appliquer la loi-cadre de Gaston Deferre de 1956,
une loi qui devait introduire, je cite : «
Des
réformes dans le statut des colonies et des possessions d'Afrique
du Nord, et transformer l'Algérie en une province fédérative
à collège unique. »
Toutefois, contre toute attente, le général
De Gaulle se prononce alors pour l'intégration,
une solution à laquelle, même les autochtones, réalistes
et attachés à leurs coutumes, ne croient pas, pas
plus que les militaires et les Français d'Algérie,
pour qui cette formule relève de l'utopie.
On peut se demander comment un homme de cette intelligence, de
surcroît réputé visionnaire, l'homme du discours
de Brazzaville de janvier 1944, pouvait se prononcer pour
une telle solution.
Quatre ans avant 1962, la paix était donc possible, mais
elle a été manquée, et le pays retombe dans
l'embarras.
(RÉFÉRENDUM DE
SEPTEMBRE 1958)
En septembre 1958,
la liesse générale n'est pas encore retombée,
et le référendum sur les nouvelles institutions
de la République est un succès. Malgré
les consignes de boycott du FLN, les autochtones participent en
masse, y compris les femmes (normalement voilées et mises
à l'écart des hommes), et les résultats se
chiffrent par 95 % de « oui ».
(MALAISE)
Toutefois, peu à peu, malgré
la confiance retrouvée et l'engagement des autochtones,
la routine s'installe, l'espoir en une Algérie nouvelle
se distend, et un certain malaise s'installe dans le pays.
Et pour cause :
Car avec l'arrivée du général
De Gaulle, les populations s'attendaient à des mesures
draconiennes dans les domaines politique, militaire, judiciaire,
et, surtout, elles s'attendaient à une politique sans concessions
à l'égard du FLN.
Or rien ne change, ce qui fera dire à
mes harkis et à mes chefs de douar :
« Le général De Gaulle est trop gentil
avec les fellouses (fellagas). »
(Fin 1958)
Puis, dans les derniers mois de 1958, c'est
l'affaire Si Khaled, et la paix manquée pour la
2e fois.
En effet, le GPRA (gouvernement provisoire de
la République algérienne, basé à Tunis)
a perdu l'espoir de gagner la guerre, et il se décide pour
la paix des braves.
Un commandant de l'ALN, Si Khaled, un
ancien de Sciences-PO, est chargé de conclure un cessez-le-feu,
et c'est le bachaga Boualam, qui est contacté en 1er,
qui assure le lien avec les autorités françaises.
Si Khaled annonce la reddition, dans l'immédiat,
de 5 000 hommes, puis de 20 000 dans un 2e temps, soit
de la totalité des troupes régulières du
FLN.
Pour des raisons qui ne sont pas encore éclaircies
à ce jour, cette main tendue sera refusée, et cela
aura pour conséquence une radicalisation du GPRA.
Celui-ci en effet, persuadé que la France n'est pas décidée
à réformer l'Algérie, tombera sous la coupe
de son aile jusqu'au-boutiste, nassérienne et islamiste.
(Janvier 1959)
En janvier 1959, le général De
Gaulle est élu président de la République,
et, à cette occasion, il gracie 150 terroristes condamnés
à mort et en libère 7 000 autres.
Ces mesures sont mal perçues par les
autochtones en Algérie, lesquels les prennent pour une
marque de faiblesse, ce qui fait dire mon chef de harka :
« Le général De
Gaulle n'a rien compris aux fellouses »
(Août 1959)
En Août 1959, le général
De Gaulle effectue un nouveau voyage en Algérie, voyage
qu'il consacre aux unités sur le terrain ; c'était
la tournée des popotes.
Enfermé dans un mutisme, ayant l'air de s'ennuyer, il déçoit
une armée qui se bat avec foi, qui remporte des succès
déterminants, et qui attendait des félicitations
et des encouragements.
Á Saïda, il déconcerte les
250 anciens fellouses du commando « Georges »,
lesquels tentent de lui expliquer leur méthode de pacification,
et avec lesquels, sous la tente, il partage le thé à
la menthe de l'amitié.
(Septembre 1959)
Puis arrive le mois de septembre 1959, où
le général De Gaulle prononce son célèbre
discours sur l'autodétermination, une proclamation
qui prend tout le monde à contre-pied, et qui trouble les
esprits. Et pour cause. Car si cette solution est concevable pour
des régimes démocratiques, elle est totalement inapplicable
dans un pays en proie au terrorisme.
Pour beaucoup de militaires, qui veulent rester
optimistes, ce discours est simplement un rideau de fumée
destiné à l'ONU et aux opinions publiques.
Quant aux harkis et aux chefs de douar, toujours
confiants en la grandeur et en l'infaillibilité de la France,
voici ce qu'ils pensent :
« Le général De Gaulle est plein de
bonne volonté, mais il nous complique la tâche,
et il facilite celle des fellouses. »
Pour le GPRA :
« Ce discours est notre 1re victoire
politique. »
(Janvier 1960)
Puis, janvier 1960 apporte à son tour
son lot de déception, et, dans le cadre de l'affaire des
barricades, le général De Gaulle élimine
2 grandes figures de l'Algérie française, 2 chefs
de guerre auxquels les populations vouaient un véritable
culte : le général Massu et le colonel Bigeard.
Au commando « Georges »,
à la peine de voir partir le colonel Bigeard, un chef auquel
ils étaient attachés, s'ajoute pour ces anciens
fellouses la peur de l'avenir, car ils se voient abandonnés
par l'homme auquel ils s'étaient ralliés, et qui
représentait leur suprême garantie.
ÊÊÊ Cette crainte et cette peine se manifesteront
par de véritables crises de larmes - puis, en 1962, par leur
massacre. (Juin 1960) Quelques mois plus tard, en
juin 1960, intervient l'affaire
Si Salah, et ce sera la paix
manquée pour la 3
e fois. Sur fond d'antagonisme
ancestral entre les Berbères et les Arabes, et de scission
entre le GPRA de Tunis et le FLN de l'intérieur, le
colonel
de l'ALN Si Salah, chef de
wilaya, avec d'autres chefs de
wilaya, décide de faire un putsch contre le GPRA.
Fervent partisan de la
paix des braves,
et, sur des bases rénovées, du maintien de l'Algérie
dans le cadre français, Si Salah établit des contacts
avec le général Salan, auquel il annonce la reddition,
dans un 1
er temps, des ¾ des combattants de l'ALN.
Reçu à l'Élysée,
avec ses deux adjoints, par le général De Gaulle en
personne, Si Salah se heurtera à une fin de non recevoir,
le général De Gaulle ayant décidé de
traiter avec le seul GPRA, auquel il fera, 2 jours plus tard, une
offre publique de négociations.
Chez le FLN de l'intérieur, qui comprend
qu'il est lâché par la France, c'est le moment des
trahisons.<
L'un des adjoints de Si Salah se retourne contre
lui, fait allégeance au GPRA, lequel ordonnera une gigantesque
épuration qui se soldera par le massacre de milliers de
fellagas fidèles à Si Salah.
Le sous-lieutenant membre de l'OAS Madoui,
à l'époque officier dans l'ALN, faillit y laisser
la vie, et, dans son livre, il décrira la scène
en détail.
(Décembre 1960)
En décembre 1960, le général
De Gaulle effectue un dernier voyage en Algérie, et cette
visite est marquée par une série d'émeutes
sanglantes qui troubleront durablement l'ordre et les esprits
en Algérie.
Ignorant les populations européenne et
juive qui le conspuent, le Président réserve ses
faveurs à des foules autochtones manipulées par
le FLN, lequel, lui faisant réserver un accueil chaleureux,
organise par ailleurs des manifestations pro-sécession
et racistes, lesquelles feront de nombreuses victimes parmi les
populations de toutes confessions, ainsi que dans l'armée.
Faits aggravants, les forces de l'ordre, lassées
de cette guerre qui n'en finit pas, hormis les parachutistes et
les légionnaires qui seront tenus à l'écart
du service d'ordre, se rangeront du côté des émeutiers,
laissant parfois lyncher des Européens et des juifs sans
réagir.
(Mai-août 1961)
En mai 1961, intervient une décision
du Gouvernement qui bouleversera considérablement la situation
au profit des rebelles : il institue une trêve
unilatérale de 2 mois ;.
Cet arrêt des activités opérationnelles,
qui est accompagnée d'une nouvelle libération de
6 000 fellagas, va permettre à une ALN exsangue et une
OPA démantelée, de se renforcer et de se reconstituer.
Enfonçant le clou, le FLN procède
alors à une 2e démonstration de force
dans les centres urbains, en organisant de nouvelles émeutes
sanglantes, sur le modèle de celles de décembre
1960, lors de la dernière visite du général
De Gaulle en Algérie.
Les autochtones fidèles à la France
ne comprennent plus, et ils sont pris de panique.
On assiste alors à des désertions
en masse, de supplétifs comme de réguliers, avec
armes et bagages.
(Juillet 1961)
En juillet 1961, en pleine trêve unilatérale,
le général De Gaulle déclare que la guerre
est pour lui terminée.
Ceci est cependant formellement démenti
par les faits, le FLN, du fait de la trêve en cours, s'étant
considérablement renforcé, et multipliant les actes
de terrorisme et de violence.
(Août 1961)
Sur ces entrefaites, en août 1961, le
commandement annonce une réduction massive des supplétifs,
accompagnée du désarmement des douars en autodéfense.
Cette décision aura pour conséquence
de livrer des populations amies, et les soldats qui se battent
encore à nos côtés, à la vindicte de l'ennemi.
Au commando « Georges »
de Saïda, les 250 anciens fellouses ont de quoi s'inquiéter,
et l'un d'eux, le 6 août (1961), déclare ceci à
M. Messmer, ministre de la Défense, en visite en Algérie :
« Avec vous tant que vous combattrez
le FLN, peut-être contre vous si vous nous trahissez. »
(Septembre 1961)
En septembre 1961, nous apprenons que le gouvernement
a cédé au chantage sur la signature des accords
d'Évian, et qu'il abandonne le Sahara au GPRA.
Ce même mois, tombe la nouvelle de la
fermeture des centres de formation de la jeunesse algérienne,
des organismes gérés par un général
autochtone, ce qui aura pour conséquence de livrer une
partie de la jeunesse algérienne à l'appétit
des recruteurs du FLN.
(Fin 1961)
Au cours des derniers mois de 1961, la déflation
des effectifs militaires en Algérie s'accélère,
ce qui se soldera, de la fin de 1960 au 1er juillet
1962 (donc en 1 an), par la suppression de 226 000 postes.
Les conséquences en seront le retrait
de nos troupes du bled et des villes, le désarmement complet
des douars en autodéfense et des supplétifs, et,
comme corollaire, la main-mise sur le pays par l'ALN et L'OPA,
lesquels multiplieront les assassinats et les massacres, et mettront
en Ïuvre une épuration du pays en profondeur
Ignorant qu'aux termes des accords d'Évian,
une clause secrète stipule que les supplétifs devront
rester en Algérie, l'armée se heurte, en contradiction
avec les textes en vigueur, à l'impossibilité d'engager
ses harkis et ses goumiers.
Conscient de ces difficultés qui mettent
la vie de nos vieux serviteurs et de leurs proches en dange de
mort, le chef de l'OAS militaire, le général Salan,
décide d'implanter, sur tout le territoire algérien
des groupes de volontaires, lesquels prendront plus tard l'appellation
de maquis, et destinés à défendre, encadrer,
réarmer les supplétifs et les villageois désarmés.
Commandant de compagnie, je serai alors personnellement
contacté par le chef de l'OAS du Constantinois, le colonel
Chateau-Jobert, le célèbre Conan de la Résistance.
Ce compagnon de la Libération demande
à nos troupes, afin de fournir un support logistique indispensable
à ces maquis, de leur fournir nourriture et munitions.
En plein accord avec mes cadres et mes harkis
(harkis que, en contradiction avec les ordres reçus, je
n'ai pas encore désarmés), sans ambages, je réponds
« oui » à cette demande.
Mais ce sera toutefois sans résultats,
ces maquis, tous parfaitement localisés, allant être
rapidement et facilement neutralisés par les forces de
l'ordre, auxquelles ils n'opposeront aucune résistance,
malgré qu'ils seront, pour certains, attaqués sans
sommations.
(Fin 1961)
Á partir de la fin de 1961, il s'instaure
en Algérie un double langage :
D'un côté, les forces de l'ordre reçoivent
l'ordre de poursuivre et de détruire les forces du FLN.
Et de l'autre, une partie d'entre elles reçoit
la mission, dans le cadre de la lutte contre l'OAS, contre ses
maquis, et contre les populations qui les soutiennent, de s'allier
au FLN et de le soutenir matériellement.
Dans ce contexte, des membres du FLN du Maroc,
de Tunisie et de France, munis de vrais-faux papiers établis
par les autorités françaises, sont introduits, avec
leurs armes, en Algérie.
Ces dispositions contribueront à ajouter
du chaos au chaos, car ces nouveaux venus vont être reçus
en ennemis par le FLN de l'intérieur, lequel faillit les
passer par les armes, et ils ne devront leur salut qu'au fait
qu'ils sombreront à leur tour dans le terrorisme, se livrant
alors aux pillages, aux attentats, aux enlèvements et aux
assassinats.
(Mars 1962)
En mars 1962, au titre des accords d'Évian,
la France conclut la paix avec le GPRA.
Et ces accords reposent sur 2 piliers :
1° - Du cessez-le-feu à l'indépendance,
la gouvernance du pays et la conduite du maintien de l'ordre par
un exécutif provisoire mis en place à Rocher-Noir,
près d'Alger.
2° - La transmission du pouvoir, le 2 juillet 1962,
jour de l'indépendance, au GPRA.
Pour ce qui est de l'exécutif provisoire, cet organisme
devait disposer, dans l'exercice de ses attributions, de
3 organes principaux :
A - De la police algérienne, laquelle, d'une manière
inattendue, va être réduite à néant,
car ses membres, aux ¾ français d'Algérie,
vont être assassinés, arrêtés ou en
fuite.
B - D'une force locale de 40 000 hommes (autrement
dit d'une armée algérienne), à base de cadres
français et d'appelés autochtones.
Or cette force sera dissoute à peine
après avoir été mise sur pied, car les appelés
autochtones (qui, précisons-le, avaient été
d'une fidélité sans faille depuis 1954), sous l'action
des réseaux FLN, vont déserter par compagnies entières,
avec matériel et armement complets.
C - D'un corps de police d'intervention de plusieurs milliers
d'ATO, des auxiliaires temporaires occasionnels, comparables à
nos CRS.
Mais cet organisme sera lui aussi dissous à
peine avoir été mis sur pied, car ses membres, tous
choisis parmi l'OPA et les fellagas libérés, vont
sombrer dans le crime organisé et le pillage.
Quant au GPRA, imposé de facto
par la France, il n'exercera aucun pouvoir, l'Algérie allant
être livrée à l'anarchie, une Algérie
qui sera dominée par le pouvoir des katibas de l'intérieur,
ennemis du GPRA, et des bandes organisées.
(Mars 1962, suite)
Le 19 mars 1962, en vertu donc des accords
d'Évian, la France conclue un cessez-le-feu avec le GPRA.
Cet accord est accompagné par une nouvelle
libération de 8 500 fellagas.
Si ce cessez-le-feu réjouit les appelés
français, il rend cependant les harkis et les cadres de
l'armée, surtout les autochtones, perplexes et soucieux.
Perplexes, car cet accord est conclu avec un ennemi vaincu
et divisé, dont la partie algérienne était
prête à négocier sans conditions.
Inquiets, car nous savons que ce cessez-le-feu ne sera
pas respecté par la fraction radicale du FLN, laquelle
va gagner en influence et poursuivre ses activités terroristes.
Nous, militaires, nous pensons qu'au vu des
exactions qui vont se multiplier, le Gouvernement va revenir sur
sa décision.
En conséquence, nous gardons foi en l'avenir,
pensant que nous nous heurtons à des difficultés
passagères, mais que le bon sens prévaudra in fine.
Tel n'est pourtant pas l'avis du sous-lieutenant
membre de l'OAS Madoui, ex-chef rebelle, qui déclare
ceci :
« En 1962, il ne faisait aucun doute que l'Algérie
allait être livrée à la fraction extrémiste
du FLN.
Je rejoignis l'OAS en mars de cette année-là.
« L'OAS était encore sous le contrôle d'officiers
français dont je partageais en grande partie les objectifs,
quant à l'avenir de l'Algérie.
« Après le cessez-le-feu, l'Algérie
devint un enfer.
« Tout était fini.
« L'Algérie allait être livrée,
pieds et poings liés, aux jusqu'au-boutistes du FLN.
« J'étais dans une grande détresse,
une sorte de tempête mentale.
« L'Algérie entre les mains des extrémistes,
cela signifiait des centaines de milliers d'exécutions,
des centaines de milliers de départs. »
Dans ce contexte, sur les instances du général
commandant en chef, par une circulaire adressée à
tous les chefs de corps, le Gouvernement rassure ses troupes sur
le sort des autochtones ayant servi à nos côtés.
Cette circulaire précise ceci :
Que l'armée restera 3 ans en Algérie
après l'indépendance, et que les supplétifs,
à côté de nombreux avantages, bénéficieront
du choix entre la nationalité française et algérienne,
assortie d'un engagement dans l'armée française
s'ils le désirent.
La réalité sera cependant tout autre, et voici
comment le général Bigeard la décrit :
« Les massacres de harkis et de leurs familles
ont été tels, qu'il n'a pas été possible
de donner des chiffres précis sur l'ampleur du désastre.
« On ne peut qu'évaluer le nombre de
victimes. Entre 100 000 et 150 000, déclarent les historiens.
« Quelle honte pour nous d'avoir abandonné
ces hommes dévoués à notre cause.
« Le drame était bien sûr prévisible.
Certains d'entre eux s'accrochaient aux camions qui ramenaient
nos troupes vers les ports et les aérodromes.
« Les soldats français avaient ordre de n'en
accepter aucun à bord des véhicules.
« Certains militaires leur tapaient sur les
mains à coup de crosse, pour qu'ils lâchent leur
dernier espoir de vie.
« Ils savaient qu'ils seraient massacrés.
Nous le savions aussi.
« Ils regardaient partir nos homme, avec le
sentiment d'être les derniers représentants de la
France.
« Quelques-uns saluaient dignement leurs camarades
français, avec lesquels ils combattaient encore quelques
jours auparavant. »
Á ces massacres d'autochtones francophiles
s'ajoutera, comme nous le savons, la vague d'enlèvements
et d'assassinats, lesquels toucheront toutes les communautés
sans distinction, y compris les militaires français et
les diplomates étrangers.
Á ce titre, entre le 19 mars (date du
cessez-le-feu) et le 31 décembre 1962 (car les désordres
se poursuivront bien au-delà l'indépendance), l'armée
française comptera 147 tués et 102 disparus.
Les historiens citent les chiffres de dizaines,
voire de centaines de milliers de victimes.
Tous ces maux s'accompagneront, comme nous le
savons aussi, d'un exode massif de plus d'un million de personnes
fuyant l'Algérie dans la panique et l'épouvante,
en laissant tout derrière eux.
Confrontée à cet engrenage de
la violence, la France, dans le souci de respecter les accords
d'Évian qui ont pris une dimension internationale, fermera
les yeux sur tout ce chaos.
Ainsi, l'application par elle du cessez-le-feu
sans réserve, la mènera à une situation hors
du commun pour un état démocratique.
Le FLN en effet, dorénavant parti légal,
deviendra ipso facto l'allié des forces de l'ordre,
lesquelles devront livrer bataille, aux côtés de
forces terroristes, à des populations qu'elles étaient
venues défendre.
Voici, en relation avec ce nouveau contexte,
les instructions que le général De Gaulle, en personne,
dicte à son gouvernement en conseil des ministres :
« Il faut être maître de la situation,
appliquer les accords... réserver le moins possible...
« Il ne s'agit pas des Français, mais
de la France...
« Sur le plan de la Justice, il n'y a aucune
sanction des crimes depuis avril (1962). »
Pour les troupes en Algérie, ces instructions
se traduisent par les ordres suivants :
« Il ne doit pas y avoir d'incident avec le FLN.
« Il ne faut agir pour la protection des Européens,
qu'à la condition expresse que ceci se passe sans heurts
et en douceur.
« Le respect du cessez-le-feu doit primer, et
a priorité sur la protection des nationaux. »
Soit sans ressentiment, soit à contrecÏur,
soit par la force des choses, ces ordres seront appliqués
par les forces de l'ordre, à l'exception d'un petit pourcentage
de cadres, qui, pris sur le fait, seront sévèrement
sanctionnés, les sanctions allant des arrêts de forteresse
à la mise en retraite d'office, accompagnées de
la relève et de la dissolution des unités concernées.
L'historien Jean Monneret analyse la situation
en ces termes :
« Dès lors qu'une des parties était,
non pas un état démocratique, mais un mouvement
révolutionnaire, c'était là parier sur une
bien aléatoire métamorphose.
« En fait, dans les circonstances du moment, les
autorités françaises se sont trouvées
prises dans une contradiction.
« Elles ne pouvaient pas proclamer la valeur
des Accords d'Évian, les faire approuver par le peuple
français, en faire le pivot de leur politique algérienne,
et prendre simultanément des mesures de défiance
envers le FLN.
« Agir d'une manière qui eût contredit
les discours, était politiquement intenable. »
Par la force des choses, cet enchaînement
de malheurs s'accompagnera d'une guerre franco-française,
guerre à laquelle notre gouvernement se résignera,
son alliance avec le FLN le mettant devant l'obligation d'éradiquer
l'OAS, ainsi que de neutraliser les populations qui la soutiennent.
Cette guerre civile sera marquée par
une lutte fratricide entre d'une part les forces de l'ordre, avec
l'ensemble de leurs moyens terrestres, aériens et maritimes,
et, d'autre part, les populations européenne et juive
qui s'accrochent à leur terre, auxquelles seront mêlés
les autochtones francophiles, ainsi que la frange de l'armée
qui n'acceptera pas de renoncer à ses engagements.
C ette guerre civile se soldera par une bataille
des villes et des maquis Algérie française,
bataille au cours de laquelle il sera procédé, par
les forces de l'ordre, à des tirs sans sommations sur les
immeubles et dans les rues.
Cette lutte sera poussée jusqu'aux extrêmes
avec l'apparition, en Algérie, de la torture intégrale,
pratiques introduites par les barbouses des polices parallèles,
torture allant jusqu'à la mort et la disparition des prisonniers.
Les phases majeures de cette bataille ont été
les suivantes :
A - Le blocus du quartier de Bab-el-Oued, marqué par
des représailles contre la population.
B - Le massacre de la rue d'Isly du 26 mars 1962, drame
au cours duquel des soldats autochtones mal préparés,
mal commandés, déstabilisés par des ordres
ambigus, surpris par des tirs de 2 mystérieux fusils-mitrailleurs,
tireront à bout portant sur une population pacifique arborant
drapeaux français et décorations.
C - Par milliers, des arrestations, des internements,
des expulsions de civils et de militaires.
Cette situation conduira l'Algérie
à devenir un pays exsangue, soumis à la loi du plus
fort, en l'occurrence à l'ALN et aux bandes de rue, seuls
organismes à disposer encore de structures organisées.
Et pourtant ! En dépit de toutes
ces vicissitudes, à quelques jours de la sécession,
pour la 4e fois, la paix est encore possible.
Comment ?
Eh bien par l'accord OAS-FLN du 17 juin 1962,
initié de longue date par le général Salan
et Jean-Jacques Suzini, accord par lequel le FLN de l'intérieur
entérinait deux clauses majeures :
A - Le maintien en Algérie, avec leurs pleins
droits et biens, des Français, des juifs et des autochtones
francophiles, dont, bien entendu, les supplétifs.
B - La création d'une armée algérienne,
à base de supplétifs et de katibas de l'ALN.
Mais pour que cet accord puisse être
appliqué, il fallait écarter le GPRA de la scène
algérienne, tout au moins temporairement, et ce, en maintenant
le verrouillage des frontières, à l'aide des barrages
marocain et tunisien.
Mais la réponse de Paris étant
« non », le pouvoir sera remis in fine
au GPRA, en l'occurrence à sa fraction la plus radicale,
à savoir celle de Ben Bella, qui, fort de son armée
des frontières, effectuera un coup d'État contre
le pouvoir central de Tunis.
Cette prise de pouvoir interviendra au cours
de l'été 1962, à l'issue d'une guerre civile
algéro-algérienne, au cours de laquelle l'armée
des frontières, en une semaine, massacrera plus de3 000
fellagas de l'intérieur.
Après le 2 juillet 1962, date de l'indépendance,
gardant en souvenir le rêve d'une Algérie multiconfessionnelle
et fraternelle au sein de l'espace français, je continuerai
à servir, jusqu'en 1968, dans ce pays, auquel je m'étais,
ainsi qu'à ses habitants, profondément attaché.
Les postes que j'occuperai, dans l'Algérois,
au Sahara et à Mers el-Kébir, où le prestige
de notre uniforme sera toujours vivant, me permettront, comme
par le passé, de vivre au plus près de leurs habitants,
lesquels réservaient leurs faveurs non pas de préférence
aux jeunes militaires qui découvraient leur pays, mais
à ceux, comme moi, qui avaient connu la guerre.
Leurs faveurs, empreintes de respect et d'admiration,
allaient en priorité à la Légion étrangère
et aux parachutistes. Pourquoi ? Parce qu'ils admiraient
leur force, leur droiture, et leur fermeté de pensée.
Par ailleurs, je ne serai pas surpris de constater
qu'ils parlaient toujours de l'OAS avec déférence.
Je pourrais citer de nombreuses anecdotes
en la matière, comme celle de ces Sahariens qui se refusaient
de voir ma compagnie quitter leur oasis ; de ces cadres et
de ces soldats de l'armée nationale populaire, de ces policiers,
qui nous saluaient dans la rue ou nous présentaient les
armes à notre passage ; de ces gens qui, dans les
queues (et elles étaient nombreuses), s'effaçaient
spontanément pour nous laisser passer les premiers.
Au regard de toutes ces occasions perdues,
à titre de conclusion, je me permettrai de citer les paroles
du philosophe Démosthène, qui, 360 années
avant Jésus-Christ, déclarait ceci :
« Il n'est pas possible, Athéniens, non,
il n'est pas possible de constituer par l'injustice, par
le parjure, par le mensonge, une puissance qui dure. »
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