La dérive des incontinents

Lorsque la dérive des continents entraîne les plaques à se bousculer, se chevaucher et provoquer tant de catastrophes humaines, on ne peut qu'être ému et même épouvanté. Aussi me pardonnera-t-on le jeu de mots qui sert de titre à cette chronique.

A l'évidence, il ne s'agit pas du sens médical du mot incontinent, lequel n'aurait aucune propension à faire sourire, mais mon merveilleux Littré ouvre à ce jeu de mots des perspectives réjouissantes : « Incontinence de la langue, propension à trop parler » me dit-il et encore : « incontinence : adverbe de temps. Aussitôt, au même instant, sur-le-champ » et là, nous trouvons un vaste espace pour la dérive.

Du chef d'Etat au plus modeste élu de la France profonde, quel que soit le sujet : On parle, on parle ! Déferlante de logorrhée où tout est dit et le contraire de tout. On se contredit, on se prend les pieds dans le tapis et on casse la porcelaine en essayant de se rattraper  en s'agrippant à la commode ! Brice Hortefeux, dans un accès de lucidité a exprimé ce que 63% des Français pensent d'après un récent sondage. On peut supposer que dans les 47% restant la plupart soit appartiennent aux « minorités visibles » concernées soit mentent par conformisme.

Disons tout de suite qu'il ne s'agit nullement de racisme mais d'incompatibilité de voisinage, comme il en est des minorités chrétiennes en pays musulman. Citons De Gaulle, honni, mais pour une fois apparemment sincère : « C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. » Rappelons que c'est en vertu de cette opinion et afin pensait-il que la France ne soit pas envahie par une majorité extérieure à son génie qu'il a sacrifié les départements d'Algérie et nous, malheureux Pieds-noirs, par-dessus le marché.

Citons encore le témoignage recueilli par Monsieur Philippe Aziz, journaliste qui a publié « Le paradoxe de Roubaix », d'un jeune Français d'origine algérienne, étudiant en sociologie à l'Université de Lille : « Notre « invasion pacifique » au niveau de l'Europe n'est pas terminée. Nous voulons agir simultanément dans tous les « pays d'accueil ». Puisque vous nous faites de la place chez vous, pourquoi nous en priver ? Et ce que nous n'obtiendrons pas parla persuasion, nous l'obtiendrons par la force ! Nous possédons une armée mobilisable à tout moment de 3 millions de « soldats d'Allah ». Même vos autorités reconnaissent 1.400 zones de non droit sur votre territoire ! Nous vaincrons car notre cause est juste : « Allah Akbar » !

On ne peut pas dire qu'on n'est pas avertis ! Et lorsque, par inadvertance, le Ministre laisse sa pensée guider sa langue, incontinent du verbe, il injurie les Auvergnats, stupéfaits d'être mis à cette sauce ! Et voici la « victime » de ce dérapage incontrôlé, qui se marre sur la photo, soudain prise d'une vertueuse indignation, qui porte plainte ! Et tout ce monde parle, parle !

Notre République bananière conserve des élus qui disent n'importe quoi, se permettent de ne pas ratifier les lois votées par le Parlement et le chef de l'Etat qui change d'avis, dit un jour blanc, un jour noir, tout cela repris à l'envi par les journaux, ce qui a peu d'importance puisqu'on lit de moins en moins, mais surtout par Internet dont les commentaires sont d'autant plus péremptoires que leurs auteurs connaissent moins le sujet... Pauvre France !

Et on vient nous parler avec des accents martiaux d'Etat de Droit ! Quand un ministre soutenu par le chef de l'Etat trouve ignoble d'arrêter un criminel en fuite même si cet homme est un artiste de grand talent dont on ne peux qu'admirer la carrière mondialement reconnue il n'empêche qu'il a commis la même crime que d'autres violeurs ou pédophiles et dont les mêmes hommes d'Etat s'indignent avec les mêmes accents qu'ils soient remis en liberté ! Faut-il rappeler que, lors de sa fuite, Roman Polanski puisque c'est de lui qu'il s'agit, n'offrait pas plus qu'un autre la moindre garantie de ne pas récidiver et que son cas relève de la justice des Etats-Unis, dont l'Europe est l'alliée. Que ce cas soit examiné avec toute la bienveillance nécessaire, justifiée par une vie sans tâche depuis 40 ans, d'accord, mais la loi devrait être la même pour tous et les élus devraient réfléchir avant de parler... Incontinent !

Etat de Droit ?  Plaisanterie de mauvais aloi pour les Pieds-noirs qui relèvent d'une justice tout à fait spéciale : spolié, injuriés, déboutés... Etat de Droit ? Vraiment ? Comme disait Annie Girardot : « Tu causes, tu causes... »

La dérive des incontinents, c'est la logorrhée généralisée et la réactivité immédiate qui fait que l'on parle sous le coup de l'émotion sans mesurer l'impact de ses paroles. Ce qui est admissible pour un témoin lambda ne l'est pas pour un élu, encore moins pour un chef d'Etat.

Il faut faire attention à ce qu'on dit et à ce qu'on écrit lorsqu'on a charge d'âme.

A propos d'écriture, un mot sur un sujet qui me tient à cÏur : François de Cluzet ressort son antienne sur la réforme de l'orthographe. J'implore grâce pour le nénuphar et pour l'oignon, et pour le chariot et la charrette ! Mais voici que je dérive ! J'arrête donc... incontinent !

                                                          Geneviève de Ternant

                                                              Octobre 2009

Mis en page le 4/10/2009 par RP