Rivarol du 12 novembre 2004
Enfin la vérité sur les disparus d'Algérie "DISPARUS EN ALGÉRIE" de 1954 à 1963. tel était le thème du 31e congrès du Cercle algérianiste qui s'est tenu au palais des congrès, de Perpignan du 22 au 24 octobre. Plus de 1 200 participants. Une organisation remarquable due à l'antenne du Cercle dans les Pyrénées-Orientales (52 rue du Maréchal-Foch. 66000 Perpignan. Tél. : 04-88-35-51-09 dirigée par Mme Simon-Nicaise. avec l'aide de la municipalité et du sénateur-maire Jean-Paul Alduy. fils de Paul, socialiste et défenseur de l'Algérie française. Il y eut aussi une exposition où figuraient trois dessins percutants de Chard. le dépôt d'une plaque-souvenir et diverses cérémonies. Pendant ces deux jours, pas de folklore facile mais une intense émotion quand des représentants des familles des disparus (évoqués aussi dans un cahier de témoignages) racontèrent leurs souffrances endurés, sur le moment et encore si vivaces quarante ans plus tard. De plus. quatre tables rondes avaient lieu sur des thèmes précis. Que retenir de ce drame épouvantable ? Comment fut-il rendu possible ? Qui est responsable? Quelles en furent les conséquences pour ces familles tragiquement isolées. privées de toute aide officielle ou privée ? D'ailleurs. de ces disparus de 1962 qui avait parlé ? Eh bien la presse A1gérie française et notamment RIVAROL qui a été cité (avec d'autres) dans un film réalisé par Jeune Pied-noir (1). En 1964 lieu un débat au sénat où le triste prince de Broglic dut donner quelques chiffres. Officiellement 3 000 personnes enlevées, la moitié rctrouvée. Or information nouvelle, il y au ministère des Affaires étrangères un fichier qui comprendrait 4 000 noms. Par dérogation, il va être ouvert à deux historiens professionnels, que nous connaissons et en qui nous avons toute confiance. Mais ils seront soumis à des conditions contraignantes. N'empêche, une brèche s'ouvre. Les mêmes avaient pu consulter à Genève les archives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Mais. en 1963, le CICR n'avait pu pénétrer dans les camps tenus par l'Armée de Libération nationale algérienne. Les investigations seront difficiles car il y a parfois des cas douteux (comme dans toutes les grandes tragédies collectives). Et il faut éviter les surenchères démagogiques avec des chiffres invérifiables et invraisemblables. Depuis peu, des actions judiciaires ont été entreprises par un avocat. Me Altit, au nom des familles des victimes. Pour l'instant sans résultats mais cela pourrait aller jusqu'à la Cour européenne des Droits de l'Homme. DE GAULLE ET LE FLN Les auteurs des enlèvements ? Des " éléments incontrôlés " et le FLN évidemment, mais pour de bonnes âmes c'était la riposte aux attentats de l'OAS à Alger et autres lieux. Or Jean Monneret (2) dans sa remarquable thèse. a démontré que la vague d'enlèvements survient. et dans des endroits très diffërents (où il n avait pas d'OAS). le 17 avril 62 et qu 'ils décuplent quand l'OAS n'existe plus. Pis : ils continuent dans l'Algérie indépendante jusqu'en 1963 (certains nilitaires français en seront même victimes) Ce sont ces rapts qui ont créé la panique chez les Européens. Tous ceux qui ont vécu 1es mois terribles d'après le 19 mars (les Accords (d'Evian) se souviennent qu'ils redoutaient moins une mort brutale (on s'y était habitué) que l'enlèvement. c'est-à dire devenir soudain une ombre au sort incorinu mais, terrible. Hommes, femmes, enfants., vieillards, entre 3 500 et 4 000, un chiffre énorme, puisqu'il faut le mettre en rapport avec le million d'Européens ( il y aussi des musulmans enlevés). Dans la France de 1962, cela aurait donné 120 000 disparus, comme l'a fait remarquer l'historien Guy Pervillé. Une évidence rarement citée dans les rétrospectives actuelles sur la guerre d'Algérie. Et le plus révoltant c'est que. sur place. des interventions rapides menées sur renseignements auraient permis de faire libérer les détenus dans des endroits repérés. Mais voilà : pour De Gaulle et ses représentants. il " ne fallait pas provoquer le FLN ". On sait du reste comment, à Oran. l'armée du sinistre général Katz resta l'arme au pied quand. à quelques centaines de mètres des casernes. furent lynchés ou égorgés des milliers d'Européens pendant les massacres du 5 juillet. LA BATAILLE CONTINUE Il faut une fois pour toutes reconnaître les responsabilités au sommet de l'Etat. Or. le 16 décembre, il y aura au Sénat un débat à propos d'une loi. sans doute la dernière. concernant les harkis et les repliés. Un député du Var, Mme Geneviève Lévy, par ailleurs fanatiquement anti-FN, voudrait que l'on y ajoute un amendement reconnaissant la vérité historique sur 1962. Une bataille encore feutrée s'est engagée. Entre le gouvernement (et certainement la présidence) hostiles et des élus sensibles soit à une cause juste, soit surtout à leurs intérêts électoraux. Il serait aussi question qu'en 2005, les drames de I'Algérie française (l'exode. les disparus. le massacre des harkis) soient largement médiatisés. Chirac qui. on le sait, prépare un traité d"'amitié" avec l'Algérie. pense peut-être que ce sera un baume pour nos sensibilités. Et il y aurait du côté algérien un effort analogue... auquel nous ne croyons pas. Des manifestations spectaculaires seraient prévues et orchestrées. Le sacro-saint devoir de mérnoire couvrira tout cea. Devoir de mémoire ou devoir d'amnésie ? Comme l'a dit Mohand Harnoumou dont les travaux sur les harkis sont exemplaires : " Si on peut pardonner sans oublier, encore faut-il ne pas confondre bourreaux et victimes" Jean-Paul ANGELELLI. 1 - Dans nos colonnes de 1962 à 1965 la regrettée Francine Dessaigne mena enquêtes et recherches sur des cas précis. Au point que les services officiels la consultèrent (discrètement) pour obtenir des informations. 2- Voir " La phase finale de la Guerre d'Algérie " par Jean Monneret, Editions L'Harmattan. 2000.
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Mis en page le 12/11/2004 par RP