Le 22 mars dernier
(on était en 1980 n.d.l.r.), le Général Jouhaud,
présidait une manifestation à l'Arc de Triomphe...
Les journaux ont donné
des photos de cette manifestation. L'une d'elle, particulièrement
émouvante montre le général Jouhaud saluant
le drapeau des Anciens Combattants de Mostaganem.
Ce drapeau, René Lopez l'avait religieusement emporté
dans ses valises lors de la débâcle de Juin 62 et le
22 Mars 80 il le confia à Belarbi Larbi pour le porter à
I'Arc de Triomphe. Il l'avait porté pendant deux mois à
Mostaganem, exactement jusqu'au 16 Janvier 1961, jour où
il fut abattu d'une balle dans la nuque...
Quelle histoire ! elle
mérite d'être contée.
Jusqu'à la fin
1956 et depuis quelques années, le porte drapeau des anciens
combattants de Mostaganem était Tcham Kouidcr, un beau gaillard
dont la poitrine s'ornait d'un tas de médailles qui témoignaient
de ses loyaux services et de son héroïsme. Un bel exemple
qui gênait la rébellion. Comme, malgré les menaces,
il ne voulait pas se départir de cette charge glorieuse,
le F L N le condamne à mort et l'exécuta le 14 Février
1957.
Caid Mechta se porta
immédiatement volontaire pour le remplacer. Lui aussi fut
l'objet de menaces de mort, ce dont il se soucia fort peu. Lui aussi
fut condamné et exécuté le 21 Juin 1957.
Bensekrane Yahia fut
volontaire à son tour et porte drapeau au cours des manifestations
du 14 juillet. Quelques jours plus tard, le 8 Août 1957, il
était abattu à son tour,
Un cas de conscience
se posait à René Lopez et à son Comité.
Pouvait-on laisser continuer à massacrer ces braves gens
? La question seule fut considérée comme une offense.
Est-ce qu'à la guerre, la mort est un argument ? Et ils étaient
nombreux à vouloir assurer la relève.
Hennouni Besseghir
fut choisi, il fut exécuté le 5 octobre 1957.
Hadj Gachegache le
remplaça, il tombe le 27 août 1958.
Bey Bagdad lui succéda,
lui aussi fut l'objet de menaces. Il fut abattu le 14 juillet 1959.
Addad Ali ne dura que
deux mois. il fut exécuté le 1l Septembre 1959.
Rhamouni Lakdar fut
exécuté le 7 novembre 1960.
Belarbi Larbi brigua
l'Honneur de le remplacer, on sait déjà qu'il fut
abattu d'une balle dans la nuque. Il a survécu miraculeusement,
et toujours aussi fier, toujours aussi impavide, il est resté
le porte drapeau des anciens combattants de Mostaganem.
Neuf porte-drapeau,
tous musulmans, tous volontaires, pour le seul comité des
anciens combattants de Mostaganem, exécutés en quatre
ans, victimes de leur attachement à la France.
Il n'y a pas à
épiloguer. Mais il fallait que cela fut dit... et pour l'honneur...
et pour l'Histoire.
Marcel Bellier
Antenne Médicale
Avril 1980 -14 - n°4

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