N°326 Janvier-Février 2010

Éditorial : Commencerait-on à nous rendre justice ?...

Depuis bientôt un demi-siècle, un peuple tout entier, arraché à ses foyers, à ses racines, à ses œuvres, à sa terre natale, dans l'un des plus grands exodes qu'ait connus l'Histoire moderne, clame son désir de justice... Mais, pendant ce demi-siècle, ses clameurs se sont perdues dans les sables d'un désert voulu par des politiciens arrivistes et des intellectuels malveillants... Et, là-dessus, le vent de l'Histoire, ou plutôt le vent d'une politique associant le laxisme coupable à la lâcheté défaitiste, dispersait dans les dunes de l'indifférence le moindre cri de ces exilés. Les sables de la mauvaise foi, en couches successives et solidifiées, semblaient devoir recouvrir, inexorablement, les preuves irréfutables de l'ignominieuse trahison qui avait frappé ces exilés, Pieds-Noirs et Harkis. Et, sur ce morne paysage, l'opportunisme des pseudo-historiens du moment avait dressé un monument à la gloire de celui qui avait délibérément trompé et trahi ceux qui pauvres naïfs l'avaient porté à la tête d'un État en proie au désordre, au laisser-aller, à la déliquescence...

Pourtant, des profondeurs de son bannissement, ce peuple continuait à exprimer son désespoir, malgré la lassitude de certains qui ne voulaient plus se répéter devant l'inanité de leurs actions et l'apathie des autres, qui se résignaient déjà à attendre que des archéologues de l'Histoire, déblayant les strates accumulées, finissent par dégager la vérité... Dans les siècles à venir.

Or, voici que la vérité sur cette trahison est tellement criante qu'elle n'a pas attendu les travaux des temps futurs, réservés aux réhabilitations et aux condamnations érudites que l'on destine à quelques rares initiés, voici qu'elle se manifeste à la face de tous, apparaissant dans la lumière d'une évidence irréfutable. Voici, enfin, qu'un vent contraire vient balayer les strates de la mauvaise foi et mettre à jour une justice qui n'a plus les yeux bandés par la veulerie et le cynisme.

Et cette vérité est si prégnante qu'un journaliste, dont la plume fait autorité en France, Alain Duhamel, a éprouvé le besoin de l'exprimer dans le numéro spécial thématique (n122 de novembre-décembre 2009) de la revue Historia consacré aux “Grands traîtres de l'Histoire”.

L'Écho de l'Oranie vous livre ici le dialogue relaté par Historia entre son journaliste et Alain Duhamel :

- Historia : “Quel est selon vous l'acte de trahison le plus retentissant de la Ve république ?” - (c'est l'Écho qui souligne) ;

- Alain Duhamel : “Sans hésitation, celui du Général de Gaulle, vis-à-vis des Français d'Algérie” - idem - “Ses plus proches collaborateurs témoignent qu'il avait l'intention d'agir pour l'indépendance de l'Algérie, dès 1958, mais il était trop intelligent pour dévoiler ses objectifs, dès le départ. En fait, il s'est retrouvé dans l'obligation de mettre sur pied “un simulacre pédagogique”. Cette trahison a eu des conséquences certainement indispensables, mais néanmoins inhumaines, tant pour le million de Pieds-Noirs que pour beaucoup d'Algériens”.

- Historia : “Est-il possible de distinguer plusieurs natures de trahison, depuis le début de la Cinquième République ?...”

- Alain Duhamel : “De Gaulle et l'Algérie, c'est vraiment une trahison de nature politique. Si j'ose dire, c'est une trahison d'État”.

Que voilà un vent nouveau pour l'Histoire, un vent rafraîchissant auquel nous n'étions pas habitués, que nous n'espérions plus voir souffler, mais aussi un vent qui décape, qui érode peu à peu ce monument, cette statue du Commandeur que d'aucuns ont édifiée à la gloire de l'homme aux deux étoiles, et qui commence à se déliter sous la morsure de ce vent de vérité dont nous saluons le passage. Est-ce à cause de cela que certains se sont crûs obligés de tenir colloque pour redorer un blason bien terni et bien mis à mal par ces évidences qui surgissent maintenant et que nul ne peut nier ?

Éditorial : Commencerait-on à nous rendre justice ?...

C'est ainsi qu'il a été organisé deux journées sur le thème : “Charles De Gaulle, chrétien, homme d'État - L'influence de sa foi chrétienne sur son action à la tête de l'État”, clôturées par une allocution du cardinal Vingt-trois.

Le choix d'un tel sujet, vraiment trop « gros » - pour parler de façon triviale ; puisqu'on ne peut parler de cette récupération hagiographique avec sérieux - a soulevé sur le forum internet (http://www.france-catholique.fr/De-Gaulle-homme-d-Etat-chrétien.html) un concert de remarques indignées et scandalisées, et elles ne viennent pas toutes de Pieds-Noirs.

Celui-ci, historien, agrégé de l'Université a écrit : “Les proches des victimes de la fusillade de la rue d'Isly, des 3 200 compatriotes disparus en Algérie entre les accords d'Évian et l'indépendance, des centaines de Pieds-Noirs enlevés et disparus à Oran, des dizaines de milliers de Harkis livrés à la vindicte du FLN, apprécieront à sa juste valeur la tenue d'un colloque consacré à la soi-disant imprégnation chrétienne d'un chef de l'État qui a utilisé le mensonge comme méthode habituelle de gouvernement et qui a utilisé son droit de grâce avec un sens éminent du pardon et de la charité” ...

Celui-là, plus lapidaire écrit : “De Gaulle, homme d'État chrétien ? Où sont les témoignages de charité ? Le cœur aimant ? La pitié ? On ne voit que rancune, sournoiserie, trahisons, orgueil, dédain, morgue... Comme qualités chrétiennes, on fait mieux”.

Il y a des pages et des pages de ces déclarations, les unes plus indignées et plus virulentes que les autres. L'espace réservé à cet éditorial ne permet pas de les rapporter toutes.

L'Écho de l'Oranie, pour sa part, a sélectionné une lettre de Madame Bernadette Ryter-Leonelli, adressée à Monseigneur Vingt-Trois, que nous publions ci-après, in extenso, avec l'aimable autorisation de celle qui l'a rédigée. Cette missive est la synthèse pratiquement exhaustive de tout ce que les internautes ont pu exprimer sur la toile, et nous adressons à son auteur, nos remerciements reconnaissants et nos chaleureuses félicitations pour le courage qu'elle a manifesté. Que les autres nous pardonnent de n'avoir pas eu la possibilité de les citer.

« Éminence,

La décision d'élever le général de Gaulle au rang de “grand Chrétien” avec votre bénédiction a plongé dans la consternation la plus totale tous ceux qui furent marqués par la tragédie algérienne. J'en fais partie.

Habitués à lutter contre la désinformation depuis près d'un demi-siècle nous pouvons constater une fois de plus, à l'instar du professeur Maurice Allais, “qu'une extraordinaire tentative de falsification de l'Histoire s'est développée à propos de l'Algérie, qui mérite d'être dénoncée”.

C'est une constatation sans cesse renouvelée que les clans qui l'emportent, réécrivent l'Histoire à leur façon, qu'ils passent sous silence leurs fautes voire leurs crimes.

Va-t-on également assister à une réécriture de l'Évangile ?

En évoquant le parcours politique du Général de Gaule nous sommes loin du parcours de vie d'un chrétien qui a œuvré pour sa foi, la propagation et la défense de celle-ci !

La longue histoire de l'Église nous apprend - hélas ! - que bon nombre de ses membres s'en sont montrés gravement indignes, mais de nos jours l'accès à la connaissance de tous les documents ne nous permet plus de dire :

“Mon Dieu pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font !”

La France, hier fille aînée de l'Église, n'a peut-être aujourd'hui que les saints qu'elle mérite ! Les récentes révélations de Monsieur Duhamel dans le journal “Historia” considérant le général de Gaulle comme le plus grand traître du XXe siècle, précisément en raison de sa politique algérienne, est une étincelle de vérité qui, nous l'espérons, ouvrira la voie à d'autres révélations occultées : 10 000 Pieds-Noirs, 700 soldats assassinés ou disparus.

C'est une lourde responsabilité que prend l'Église en se faisant complice de ceux qui veulent balayer d'un trait de mémoire : “Les fruits amers et sanglants d'une politique basée sur le mensonge, le parjure et la haine”.

De l'avis même de ses proches, le général de Gaulle était vindicatif, rancunier, cynique, xénophobe. Une opinion apparemment largement partagée.

Au lendemain de sa mort nous pouvions lire :

“Le général de Gaulle est mort d'un arrêt cardiaque... Ainsi donc, il avait un cœur !”

Peu de mois après ses déclarations fracassantes sur l'hécatombe que connaîtrait l'Algérie, si : “nous étions assez lâches ou assez stupides pour l'abandonner” ; ou encore de sa poignante affirmation que : “de Dunkerque à Tamanrasset, il n'y avait que des Français à part entière”,

il déclarait : “Les verriez-vous avec leurs djellabas dans les couloirs de Matignon ?..”

“Les Harkis ? Ce magma dont il faut se débarrasser au plus vite...”

Un “magma” de 150 000 personnes qu'il abandonna sans pitié aux nouveaux maîtres de l'Algérie, barbares d'un autre âge : Les tortionnaires du FLN. Dépecés vifs, suspendus à des crochets de boucherie, égorgés, bouillis, enterrés vivants.

Parlant des pieds-noirs : “Qu'est-ce que ces Lopez, Hernandez ou autre Segura qui se réclament Français ?...”. Lorsque Monsieur Peyrefitte évoqua le triste spectacle de ces Pieds-Noirs et Harkis sur les quais des gares, engourdis et terrassés par la souffrance, il rétorqua :

“N'essayez pas de m'apitoyer... Qu'ils souffrent, ils ne seront pas les premiers !”

Du colonel Bastien-Thiry qu'il refusa de gracier, il déclara : “La France a besoin de martyrs je le lui offre, il le mérite !”

Une exécution qui tétanisa la France entière, toutes opinions confondues.

Le général de Gaulle est en outre le grand responsable du massacre de la rue d'Isly, le 26 mars 1962, et de l'horrible carnage du 5 juillet à Oran, surnommé l'Oradour-sur-Glane algérien.

“Sanguis martyrum, semen christianorum”, avait écrit un prêtre au lendemain de la messe de Requiem célébrée le 26 mars 1963, poursuivant : “Ces victimes assassinées sont des martyrs de la foi à la Patrie et à l'Église. Cette flaque de sang pur, où le pouvoir a glissé et perdu l'équilibre, a lavé les Français de leur léthargie criminelle ! Une léthargie coupable et durable qui tente de s'insinuer au sein même de l'Église en voulant jeter dans les charniers de l'Histoire ceux qui furent crucifiés sur une croix de Lorraine.”

Je dois à Votre Éminence l'assurance du respect dû à sa charge, mais ne peux dissimuler mon profond désarroi .»

Nous conclurons cet éditorial en revenant sur ce vent de l'Histoire dont on nous a tant “bassinés” pour justifier la fatalité, voire la légitimité, de tous nos malheurs. Pour une fois qu'il s'est mis à souffler en notre faveur, appuyons sur la chanterelle et, puisque nous sommes en période de vœux, souhaitons qu'il nous apporte en même temps que la certitude qu'il est en train de s'attaquer à la pyramide élevée à l'imposture, la consolation de savoir qu'enfin, une saison nouvelle est en train de fleurir.

Les uns et les autres, nous avons inlassablement semé. Nos efforts n'auront pas été inutiles. Nous passerons, car c'est le lot de toute destinée humaine. Mais dans les sillons tracés, nos semailles ne passeront pas. Fasse le vent nouveau germer encore et encore pour nos petits-enfants et ceux qui viendront après, les épis de la vérité. Ce sera le souhait de l'Écho de l'Oranie pour la nouvelle année. “Ainsi soit-il”, aurait dit Monseigneur Vingt-trois.

L'Echo de l'Oranie