LEscrime « Noble
Sport » en Oranie
ENQUETE DYVES HENRY
UNE AFFAIRE FAMILIALE ELLULMICHELETTI
(1932-196O)
arbitrée par les fines lames de « Mostaganem-Epée »
« LEscrime est un Noble Sport « einsténien »
où la relativité des jugements doit marcher de pair
avec la relativité de nos querelles », tel était
le jugement apporté par un de ses pionnier, en Afrique
du Nord, M. André Pagès, délégué
pour lOranie de la fédération des Escrimeurs
Algériens au début des années 40.
A lorigine, lEscrime était
surtout pratiquée, tout comme léquitation,
surtout par les officiers saint-cyriens et les cadres des unités
de cavalerie, dans leur casernement. Ce noble sport des armes
devait donc simplanter à Oran, grâce aux premiers
maîtres darmes militaires qui apportèrent
leurs enseignements, hors de leurs Unités, vers 1900, dans
une salle installée dans lenceinte sportive, la plus
populaire et la plus fréquentée dOran « LOranaise »,
nichée pourtant depuis 1848, rampe Vallès, au creux
des murailles du Château Neuf qui avait accueilli lEtat-Major
et le mess des officiers. Il est vrai que de 1848 à 1900,
lArmée dAfrique eut dautres soucis propres
à son rôle et à sa présence en Oranie
avec les combats de pacification, à Sidi-Brahim et à
El Moungar, dans le sud oranais, contre les troupes dAbd
El Kader et les rebelles rifains venus du Maroc, avant de partir
au delà de la Méditerranée, dans le Corps
expéditionnaire du Mexique et enfin à la guerre
de 1870.
Avant la guerre mondiale « 39/45 »
« LOranaise »
était fréquentée surtout par la population
civile sportive et quelques militaires, principalement pour ses
salles de gymnastique et dhaltérophilie. On pouvait
y pratiquer, tout au long de la journée, de nombreuses
autres disciplines sportives plus ou moins bruyantes, telles la
pelote basque ou le tennis qui contrariaient la concentration
des escrimeurs. Cest pour cette raison dailleurs que
certains créèrent en 1925, un autre club « Oran-Epée »,
dont le leader, Maître Eugène Rimet, donna ses premières
lettres de noblesse à lescrime oranienne, civile
et militaire, en 1930, en ne sinclinant que par 11 touches
à 9, en finale, contre le champion de France Gardere. Cest
cette même année que naquit la troisième société
oranaise, « Escrime et Sport », dont le
maître darmes nétait autre que celui
de la Garnison, Maître Record, avec comme leader, un sabreur,
le professeur déducation physique, Henri Smadja,
également premier décathlonien dOranie.
La principale contestation à la suprématie
oranaise dans la discipline sportive des trois armes devait être
apportée par la capitale du Dahra, avec la naissance de
« MostaganemEpée » dont le
premier maître darmes fut Massacry avec pour
vedette, un athlète complet: Gaston Dubois qui avait
brillé, avant de se consacrer au « Sport Noble :
lEscrime », dans deux autres disciplines sportives,
nécessitant de grandes qualités athlétiques,
le « Noble Art : la Boxe », et le rugby.
Où il fut même champion dA.F.N. (1924/1925/1926)
et champion dAlgérie de 1924 à 1932 !
Sportif éclectique, Gaston Dubois, sillustra aux
trois armes, contrariant fort dans certaines compétitions,
tant au niveau de lOranie, de lAlgérie que
de lAfrique du Nord, lOranais Firmin Ellul (« lOranaise »),
très à laise, lui aussi, aux trois armes,
sans aucun doute, en raison de sa grande taille et de sa carrure
athlétique, qui associées à une parfaite
technique et à une stratégie éclairée,
lui permettaient de sadapter rapidement au style de ses
adversaires... Plusieurs fois sélectionné dAfrique
du Nord, Firmin Ellul demeura surtout un intouchable champion
dOranie à lépée de 1934 à
1941. Les premières fines lames oraniennes étaient
donc, avant tout, des sportifs accomplis au palmarès déjà
impressionnant dans dautres disciplines olympiques.
La pratique de lescrime, pourtant Sport
chevaleresque nallait pas échapper à la règle
des rivalités éternelles sur le plan omnisports,
entre Alger et Oran et entre les principales cités du département.
Des concurrences familiales dans le plus bel esprit sportif, allait,
en outre, tout naturellement, safficher de père en
fils avec les Pages, Benech, Ellul, Faure, Peybernes et Micheletti.
Mais la plus marquante fut incontestablement oranaise entre les
familles Ellul et Micheletti. Elle prit corps dès les années
40 avec, les deux pères épéistes Firmin
Ellul et Charles Micheletti, dont la passion pour lescrime
se poursuivit même hors lices pour la mettre au service
de la relève des générations montantes :
L e premier devenant Maître darmes, le second président
de club puis président de la ligue dOranie jusquen
1960. Leur opposition sportive se muta en amitié et se
transforma en liens affectueux sous la même bannière,
celle du club omnisports de « LOranaise »,
avant de passer leurs relais sportif et amical à leurs
talentueux fils, « car bon sang ne saurait mentir »,
Claude Micheletti, « le sabreur » et Paul-Pierre
Ellul, « le fleurettiste », grands espoirs
de 1956 à 1960.
Les fines lames mostaganémoises
Nouveau Maître darmes
de « Mostaganem-Epée », depuis 1930,
Charles Sempéré avait conduit Gaston Dubois, au
titre de champion dAlgérie en 1938, mais il
devait surtout offrir son premier podium international à
lOranie grâce à un épéiste, létudiant
mostaganémois Paul Faure qui fut sacré champion
du monde universitaire en 1939. Un exploit qui entraînera,
avant le début des hostilités 39/45, la création
de nombreuses salles darmes dans les Lycées oranais
Lamoricière et Ardaillon, et également dans les
Lycées Basset de Mostaganem, de Mascara et de Sidi-Bel-Abbès.
Elles produisirent la jeune vague des escrimeurs oraniens de laprès-guerre
et de 1956 qui représentèrent, tout dabord,
au top-niveau, lOranie dans tous les championnats et tournois
nord-africains internationaux de lO.S.S.U. Cette même
génération plaça plus tard, lescrime
dOranie, au premier plan international et à la porte
de présélection olympique en 1956. Quoiquil
en soit la double consécration de « Mostaganem-Epée »,
grâce à Maître Charles Sempéré,
Gaston Dubois et Paul Faure, allait être le signe de départ
dune contestation permanente de Mostaganem face à
la préfecture du département, en vue dune
suprématie dans le « Noble Sport »
en Oranie. Cette domination mostaganémoise poursuivie par
Charles Prévot durera près de 16 années
jusquen 1957, à larrivée de Charles
Micheletti, à la présidence de la Ligue dOranie !
Malheureusement, à limage de la
carrière prometteuse de Paul Faure interrompue en 1939, par
la mobilisation dans la deuxième guerre mondiale. (Il nobtiendra
un nouveau titre quà lâge de 30 ans,
en battant en finale du championnat dOranie à lépée
en 1954, Henri de Cara, âgé lui alors de 61 ans),
ce conflit mettra fin, également, aux chances de sélection
nationale et olympique de plusieurs escrimeurs oraniens, Firmin
Ellul (« lOranaise »), André
Pages, (ex-« Oran-Epée »), excellent
épéiste et fleurettiste, qui préféra,
dans un généreux altruisme, mettre en exergue ses
performances personnelles pour se consacrer davantage, à
donner ses lettres de créance à lEscrime oranienne,
en qualité de délégué régional
au sein de la Fédération des Escrimeurs algériens ;
les talentueux champions et membres de « Mostaganem-Epée »,
Poquet et Nivière, Lucien Calamel, les frères Brissard
Daniel Biscuit ,Pierre Amar, Gaston Marquier et encore bien dautres,
encore tout aussi brillants sinon méritants, à la
porte de la consécration sportive nationale et dont certains
obtinrent, malheureusement, une toute autre reconnaissance nationale,
sur des stèles après des assauts tragiques sur les
fronts de la guerre de libération de leur Patrie.
Le sursaut 1945
Toutefois si ces années
de guerre avaient entravé les réussites individuelles
et les confirmations au plus haut niveau des escrimeurs oraniens,
elles ne purent éteindre la passion et lengouement
pour le sport noble des armes blanches, nés auprès
de la génération montante, sans aucun doute
encore davantage stimulée par labsence de leurs aînés, champions
et exemples dans les salles darmes, qui sétaient
engagés au secours de la Patrie en danger.
Un
vent patriotique, imprégné de la lecture des ouvrages
littéraires dEdmond Rostand ,(« Cyrano
de Bergerac »), dAlexandre Dumas, (« Les
trois Mousquetaires») soufflait dans ces creusets despoirs que
constituaient les salles darmes des lycées et collèges
de lOranie, bien soigneusement couvés par le pionnier
dirigeant André Pages et le doyen des Maîtres darmes
Eugène Rimet et par le professeur mostaganémois
descrime Charles Sempéré, qui avaient fait
leurs débuts, quelques vingt années auparavant,
en livrant leurs premiers assauts face à des Maîtres
darmes militaires, des officiers et sous-officiers de la
Garnisons, avant lapparition des premiers prévôts
et clubs civils
Aussi à leur retour au foyer, les fines
lames démobilisées purent rapidement oublier les
chars dassaut et les pièces dartillerie,(la
plupart dentre eux ayant servi dans ces unités modernes) de
la guerre 1939-1945, en retrouvant leurs armes plus chevaleresques
et plus pacifiques, fleuret, épée et sabre mouchetés.
Grâce à la trilogie Pages, Rimet et Faure, appuyée
par Me Lamotte, six clubs avaient pris naissance ou sétaient
développés, à Oran, Mostaganem, Mascara et
Sidi-Bel-Abbès : « LOranaise »,(Me.
Rimet) ; « SportsEpée »,
(Me Heddle-Robothh) et « Escrime et Sports »
(Me Record) pour Oran. ». « Mostaganem-Epée »,(Me
Charles Sempéré) à Mostaganem. « Le
Cercle descrime »,(Me Porcharet) à Mascara
et « Les Armes belabbésiennes »
à Sidi-Bel-Abbès.
Cette même année 1945, le club
mostaganémois devait senrichir de Maître Charles
Prévôt, tandis que trois ans plus tard, Firmin Ellul
mettait fin à sa carrière en compétitions,
commencée en 1931, avec la première victoire dun
escrimeur civil dans le challenge Simian à Alger et dans
le Challenge militaire de la Division dOran, en devenant,
à son tour : Maître darmes ! Il honora
son diplôme en remportant en 1948, lui, intouchable épéiste,
sa première compétition officielle au sabre, à
la surprise générale de ses compagnons darmes.
Lépilogue de son palmarès sportif sera sa
dernière participation aux championnats dAlgérie,
disputés du 22 au 24 avril 1949 à Oran, mais
cette en fois en qualité de Maître darmes,
aux côtés de ses anciens, Maîtres Rimet, Record,
Sempéré et Prévôt. La sélection
dOranie était composée des Oranais Botalla,
Smadja, Gouy, Maurice Assouline,(Champion dOranie junior
à lépée), Marciano, Ferrandes et Benayounes ;
des Mostaganémois Labaronne ,Faure, Morard, Calamel, Brossard,
Montarsolo, Joseph Papalardo, (champion dOranie junior au
fleuret), Amar, Cohen, Bourrel, Tripolitaine, Bardon et Escache.
Coïncidence ou signe du destin pour Firmin
Ellul, ces championnats dAlgérie 1949, à Oran
étaient organisés sous le patronage de « LEcho
dOran », le grand quotidien de lOranie
dont il deviendra le premier grand reporter de laprès-guerre.
Il raccrochera ainsi sa rapière pour sarmer dun
stylo pour relater la découverte de lor des Cheurfas
et les facétieuses aventures du crocodile de la Macta,
reportages qui demeurent toujours gravés, plus de cinquante
années passées, dans les mémoires de ses
lecteurs et devenus objets de culte du Patrimoine oranien.
Pendant ce temps-là, Maître Eugène
Rimet devenait Président du Comité dOranie
de la Fédération des Escrimeurs algériens,
mission quil assumera jusquen 1955, date de sa transposition
en ligue dOranie. Quand à Sidi-bel-Abbès,
berceau de la Légion Etrangère, elle rejoignit Oran
à égalité de salles darmes, avec la
création de « Escrime Légion »,
réservée aux officiers du 1er R.E.I. et de « Judo-Escrime »,
ouvert aux pratiquants civils de ces deux disciplines sportives
dont on pouvait dire que ladjudant chef Seigneurie était
le « Super- Maître », puisque Maître
darmes de la Légion et de la Garnison, il était
également professeur (2ème Dan) de judo et jiu-jitsu.
Il oeuvra dailleurs, à linstallation de nombreux
dojos dArts martiaux japonais tant en Oranie quà
Oran, notamment le « Judokwaï » où
il conduisit Max Pastor au professorat et au 3ème Dan.
Le duel respectueux Firmin-Charles, dans la
tradition noble de lescrime entre les familles Ellul et
Micheletti faisait ainsi une pause avant de réapparaître
avec larrivée sur la scène sportive 1956 de
leurs fils respectifs, rapidement promus dans lélite
oranienne et nationale, Claude Micheletti au sabre et Pierre-Paul
Ellul, à lépée.
1956 : année du « big-bang
Lan 1956 fut lannée
du « Big-bang » dans le « Sport
Noble » en Oranie, avec la création de nouveaux
clubs, la modernisation de salles darmes déjà
existantes, telle «LOranaise », rénovation à
laquelle sétait attaché depuis des années,
Charles Micheletti. Le 22 avril, donc, le premier grand bouleversement
de « lestablishment » oranais de lescrime fut
linauguration de la nouvelle salle darmes de
« LOranaise », remarquablement équipée,
et située au fond de lenceinte du Temple omnisports
dOran. Elle vit aussitôt le retour de nombreux anciens
éparpillés dans dautres clubs oranais ainsi
que larrivée de jeunes oraniens, venus terminer leurs
études à Oran, sous la férule de Maître Heddle-Roboth.
Cette
inauguration fut saluée par deux compétitions :
La Coupe Pages,( nom du pionnier de ce sport « esteinien »,
comme il avait qualifié, lui-même), réservée
aux amateurs et « Les Brassards dor »
pour les professionnels, cest à dire les Maîtres
darmes qui honorèrent Me Charles Sempéré,
( Mostaganem-Epée), au fleuret et Me Heddle-Roboth, au
sabre. Quant à la Coupe Pages, qui avait le rôle
dépreuve sélective avant OranieMaroc,
elle fut remportée, ironie du sort ou du « Sport
Noble » par lOranais Charles Colias, (tout nouveau
membre de « LOranaise », mais 12 fois
champion du Maroc), devant le champion du monde universitaire
Paul Faure, devenu Président de « Mostaganem-Epée ».
Autre particularité de cette manifestation inaugurale,
elle permit au public dapplaudir les assauts des espoirs
du « cru 1956 » de ce nouveau club, Marc
Benech, Peyrottes, Pages, Micheletti et Ellul fils, avec la nouvelle
vague de Maître Charles Prévôt de « Mostaganem-Epée » Guy
Grosjean, Henri Mignard, Coldorola, et Rougeat.
A cette manifestation originelle du futur de
lescrime en Oranie, sajoutèrent les départs
de certains anciens dirigeants, non pas à la retraite ;
mais tout simplement, des pionniers qui souhaitaient passer le
relais aux nouvelles générations quils avaient
initiées et conduites au succès. Ainsi, à
lorée de cette année-là, lOrfèvre
du « Sport Noble » en Oranie, le Maître Rimet
décida de se retirer, après plus de trente années
de dévouement et de formation auprès des jeunes
adeptes qui sétaient manifestés dans la pratique
de ce sport : Sa passion de vie !
En premier lieu, il coopta à sa place
de Président de « LOranaise »,
son ancien élève, Charles Micheletti. En même
temps, Eugène Rimet souhaita transmettre le flambeau de
la ligue dOranie, ouvrage remarquablement ciselé
au fil de ses années de présidence, à un
ami oranais de longue date, Charles Colias, (fleurettiste et sabreur)
de retour dans sa ville natale, après un long séjour
au Maroc avec un brillant palmarès de 18 tirs
de champion du Maroc et champion dAlgérie, avant
davoir été international et sélectionné
préolympique en 1948.
Mentalité que lon ne retrouve plus
au sein de la communauté oranienne dailleurs, avec
des présidents dassociations, autoproclamés
et accrochés à ce privilège depuis lexode.(Sic !).
Lan 1956 aurait pu sappeler lannée
« Micheletienne » pour emprunter une formule
choc si chère au Président André Pages. En
effet, les prénoms de Charles, le père, et
Claude, le fils, et Claude figurèrent dans tous les
événements, (vies de club, de LIGUE et de compétitions),
jusquen 1959. Dautre part, cette année 1956
aurait dû être lannée de la consécration
de lescrime oranienne car jamais elle navait atteint
une telle place au niveau des portes de la sélection
nationale, franchies par sa nouvelle vague de fines lames avec
la vigueur dun Tsunami, pour accéder au plan international.
Toutefois sil semble que le « Sport
Noble » en Oranie avait un destin bien particulier
tracé à lavance. Une vision originale et amusante :
Ses bâtisseurs collectionnaient le prénom Charles,
(pas moins de cinq, Sempere; Heddle-Roboth ; Prévôt ;
Colias et Micheletti ). Malheureusement lié à
une douloureuse conséquence : Le déclenchement
dune guerre dès que lOlympie pouvait souvrir
à ses escrimeurs protés. Ce fut le cas en 1940 et
1956 !
Au championnat dOranie, toujours dominé
par les Mostaganémois, le palmarès nafficha
que deux identités Calamel et Micheletti. .
En effet, Lucien Calamel,(M.E), après sêtre
imposé au fleuret, battait à lépée
Charles Micheletti avant que ce dernier ne soit battu dans une
nouvelle finale, celle du sabre par son fils Claude. Deux prénoms
liés à un même nom que lon retrouvera
souvent au palmarès dans les palmarès de 1956
à 1960.Toutefois, 1956 exprimera le passage de témoin,
en compétitions, au niveau de lélite oranienne
dans la famille Micheletti. Claude devait rapidement le confirmer
à létape des juniors, avec deux titres, au
sabre et fleuret, alors que Paul-Pierre Ellul, en enlevant son
premier titre au fleuret, chez les cadets, remontait au grand
jour la rivalité sportive et amicale de Firmin et Charles.
En réalité, Claude et Pierre-Paul eurent davantage
de liens affectifs de partenaires que dadversaires au sein de
la sélection des espoirs oraniens. Lors des championnats
dAlgérie, à Alger, lOranie ne sinclina
que par très peu de touches, devant les Algérois.
Si Claude avait une fois de plus démontré sa grande
classe au sabre, en simposant face à lInternational
lillois Sagot, champion de France 1952/1953 et champion dAfrique
du Nord 1956 ; Au fleuret, Pages, battu par le championnat
de France Magnan, se classait deuxième et Charles Micheletti
à la troisième place de lépée.
Etudiant à Toulouse, le junior Claude
Micheletti révéla ses dons de sabreur au niveau
national en devenant champion universitaire et en se classant
deuxième du championnat de Ligue (toutes catégories)
des Pyrénées. Toujours invaincu, il fut alors sacré
meilleur sabreur dAfrique du Nord et grand espoir, alors
que junior, de léquipe de France. Il confirma ses
performances lors du Critérium national des trois armes,
ouvert aux moins de 21 ans, à la salle Huygens
à Paris et auquel participèrent Marc Benech qui
sinclina en seizième de finale du fleuret ;
A.Pages et Pierre-Paul Ellul, éliminés au second
tour à lépée. Médaillé
de bronze, après sêtre incliné de deux
touches devant le champion de France Palanque,(Maroc) qui conserva
son titre, Claude Micheletti sétait ouvert les
portes dune présélection olympique et dun
stage de musculation à lI.N.S dont la rigueur le
priva des championnats de France de lO.S.S.U. dont il était
pourtant donné favori au sabre. Seule consolation pour
la sélection oranaise, la troisième place de Benech,
au fleuret, après avoir éliminé en 1/8ème
de finale, Ellul. Lannée 1957 allait être une
année en dents de scie en raison des événements
que vivait lAlgérie et seul exploit à retenir,
la victoire de la sélection oranienne, (Colias, Calamel,
Desvilles, Faure , Micheletti et Morard) face à léquipe
nationale du Portugal, à Lisbonnne où Charles Colias
remporta en individuel, la Coupe de lEstoril avant de partir
pour Alger et de céder la présidence de la Ligue
à Charles Micheletti. Mais les dates du 13 mai1958, de
janvier 1960 et de mars 1961 avaient pris le pas sur les calendriers
sportifs et lescrime séteignit de « Belle
mort » comme toutes les autres disciplines !
Là encore, à limage de leurs
anciens de 1940, alors que lOlympie de 1958 pouvait souvrir
à eux, les prestigieux espoirs de 1956, comme une si une
malédiction était programmée davance
sur le « Sport Noble », en Oranie,
furent, eux aussi, victimes dune guerre qui devait
les toucher davantage et de très près, puisque sur
leur sol natal : la guerre dAlgérie.
Nombre des adeptes du » sport Noble »
troquèrent, alors, leurs fleuret, épée et
sabre pour les armes à balles dans les djebels puis plus
tard, pour la mitraillette et les « stroungas »
dans les sillages de leurs leaders sportifs Charles et Claude
Micheletti, aux côtés du général Jouhaud
dans les combats de notre « Noble Cause » !
En épilogue heureux de cette belle épopée
de lescrime et sportives, née à « LOranaise »
, dans lenceinte du Château Neuf, retenons le palmarès
unique du sport oranien, Jeux Olympiques, championnats du monde,
de France, toutes disciplines confondues, offert par lépéiste
Armand Mouyal à sa ville natale quil avait quittée
en1951 pour Paris !
UN BEL ADIEU AUX ARMES POUR CE « SPORT NOBLE » !
Yves Henry
Le prestigieux palmarès de lépéiste
Armand Amouyal
Installé en France, dès lannée 1951,
lépéiste Armand Amouyal a offert un des plus
beaux palmarès internationaux, toutes disciplines sportives
confondues, à sa ville natale : Oran, la ville la plus
sportive de France en 1958.
Titres individuels
Champion du monde1957
Champion de France 1952/1953/ 1954/1957 et 1959
Titres par équipes
Médaille de bronze des J.O. de Melbourne 1958
Médaille dor des championnats du monde 1951
Médaille dargent des championnats du monde 1953/1955/1961et
1963
Médaille de bronze des championnats du monde 1954
Sélection en équipe de France de 1951 à
1963
Le dernier « Assaut ? » de Pierre-Paul
Ellul-Claude Micheletti
En lan 2000, lors du rassemblement de Cagnes-sur-mer,
Pierre-Paul Ellul mavait rejoint et nous avions évoqué
évidemment mes relations journalistiques avec son père
Firmin Ellul à « LEcho dOran »
et effleuré quelque peu leur passé de talentueux escrimeurs
oranais.
Trois ans plus tard, je retrouvais Claude Micheletti à
Perpignan, à loccasion de la sortie de son livre « Fors
lHonneur ». Là ce fut lévocation
des derniers combats pour notre « Noble cause »
et quelques bribes de conversation sur le passé des fines
lames que furent son père Charles Micheletti et lui-même,
Claude, grand espoir international 1956 !
Il me vint, alors, lidée, sans rien
leur dire, de faire se retrouver ces deux « frères
de lice », Pierre-Paul et Claude, en les conviant lun
et lautre à partager ma table au restaurant « Don
Carlo » de Nice, où lambiance et laccueil
du patron, Serge Aïm de Tiaret et du Maître
dhôtel, Fred Cortés de La Sénia,
allaient nous ramener vers notre Atlantide : « LAlgérie
française ». Inutile de dire que le claquement
des fers des salles darmes dOranie rejoignirent rapidement
leurs éclats de rire et leurs larmes de bonheur de ses retrouvailles
inattendues, au point de me faire ressentir une légère
position dintrus dans une vie privée, tellement jétais,
par le poids des ans, étranger à leur complicité
de jeunesse. Pierre-Paul et Claude ne sétaient
pas revus depuis près de vingt ans en un lieu aussi éloigné
dOran que de Nice et auquel ils navaient jamais pensé,
ni lun ni lautre, dans lenceinte de « LOranaise »,
cinquante années plus tôt !
Cest ce récit de leur dernier assaut
au bord de lOcéan indien que ma transmis Pierre-Paul l
Ellul, en hommage à son ami Mickey ! » qui
nous a quitté trop tôt. Y.H.
« Adieu lAMI ! »
« Cest par le plus pur des hasards
que nous nous sommes retrouvés Claude et moi : A Djibouti
en 1985 ! Soit 23 ans après le Grand Départ !
Tous deux, pour des raisons professionnelles différentes.
Claude, pour ses affaires dImport-export, moi en tant que
Conseiller pédagogique, chargé de la formation des
instituteurs djiboutiens. Mayant contacté à
la D.G.E.N. (Direction génrale de lEducation nationale),
nous avions pris rendez-vous, dans un premier temps, dans les salons
du Sheraton Hotel.
La joie de nous retrouver fut immense.Que de souvenirs
de jeunesse et dadolescence furent évoqués en
quelques heures, ( Nos pères sétant liés
damitié, grâce à lescrime et nous
deux, comme adversaires sur toutes les pistes dOranie, dAlgérie,
et de France, (notre Métropole alors), notamment salle Huygens
à Paris et à la halle des Sports de Grenoble.
Nous avions été sélectionnés en 1956
avec Marc Benech et Alain Pages, pour représenter lOranie,
notre entraîneur-accompagnateur était Me Heddle-Roboth,
maître darmes de « LOranaise ».
Après la longue évocation des noms et
prénoms de nos amis communs, et ne pouvant nous quitter ainsi,
nous nous étions fixé rendez-vous le week-end suivant
au fameux club nautique pour une sortie en mer. Le jour J et à
lheure H , nous voici en partance pour une partie de
pêche autour des îles Makari et Moucha, mais la chaleur
se faisant plus pressante, nous nous arrêtâmes à
lentrée du lagon pour nous rafraîchirsi
lon peut diredans une eau tiédasse à 29°,
mais agréable pour nous. Cest alors que pris par le
démon des armes qui revenait ans cesse dans nos propos et
nous remémorant notre jeunesse sportive, nous allions livrer
notre dernier assaut.
En effet, ayant ramassé sur la grève
deux bambous, nous avions croisé « nos armes»,
en commentant nos deux attaques qui nous rendirent célèbres
et surtout redoutables à lépoque : « Mickey »,
(cet ainsi que je lai toujours appelé) mindiqua
son « Coupé-banderolle » que son adversaire
avait intérêt à parer, tant le coup était
dur et sec, sinon malheur au vaincu !
Quant à moi,
je lui dévoilais mon « Préssé-dégagé/une-deux »
que je réalisais assez souvent pour éliminer mes adversaires,(les
connaisseurs sauront apprécier!).
Nous étions tellement pris par notre assaut
que nous ne nous étions même pas aperçu que
les pêcheurs en partance pour le fond du Goubet, nous regardaient,
inquiets et interloqués en pensant que le soleil Djibouti
ne nous avait pas épargné et quil était
la cause dun tel comportement !
A nos âges !!!
A la tombée du jour, sur une « calmasse »,
digne de celle de chez nous, le soleil disparaissant derrière
lîle du Diable dans le fond du Goubet , nous rentrions
au port, muets devant une telle beauté naturelle : Sans
mot dire ! Mais un très rapide coup dil
sur le visage de Claude mindiquait que ses pensées
étaient ailleurs,--Làbas, sûrement !vers
cette terre quil chérissait tant et pour laquelle il
avait tant donné.
Ne revivait-il pas son ultime traversée
quil a si bien décrite dans les dernières pages
de son livre « Fors lHonneur »
Cela, je ne le saurais jamais car javais eu la décence
de ne pas lui poser cette question !
A mes yeux « Mickey ! »
était un être dexception ! Preuve en était
par lhommage qui lui a été rendu lors de la
cérémonie de ses obsèques, lan denier !
Adieu Mickey !
Pierre-Paul Ellul
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