DEPART

 

La foule sur le port est nombreuse, compacte.

Elle sait qu'aujourd'hui elle part, sans espoir de retour,

Comme un acteur quittant la scène au dernier acte,

Son pays, ses racines, ses souvenirs et ses amours.

 

Au-dessus du quai et du môle, le soleil larmoyant

Est lourd de larmes, de rage, de pleurs et de sanglots.

Il semble si différent du temps, du bon vieux temps...

Et la Méditerranée trop sombre, n'a plus l'attrait du beau.

 

C'est l'heure de l'embarquement à bord du Kairouan,

Avec juste un bagage à la main, parfois juste un couffin.

Ils franchissent la passerelle du bateau d'un pas hésitant.

Ils partent ! Fuient ! Ils quittent leur terre pour un autre destin.

 

Ils ne savent pas de quoi demain et le futur seront faits.

Depuis le bastingage, ils regardent, fixent la ville blanche,

Mais Alger... Alger !, n'est déjà plus celle qu'ils ont aimée.

Le long de leurs joues, des larmes amères s'épanchent.

 

C'est l'heure du grand départ... de la fin, de l'exode, du néant.

Ils partent en se signant, mettant une croix sur le passé.

Les machines, au coeur du bateau, vibrent bruyamment.

Que restera-t-il bientôt de cette terre aimée, vénérée ?

 

Tout à coup, brassant l'air comme un tonnerre, la sirène retentit.

Le navire soudain lève l'ancre, s'arrache du bord du quai.

Des mouchoirs se lèvent pour un dernier adieu à l'Algérie...

Des mouchoirs humides des larmes de ceux qui ont pleuré.

 

De la ville bientôt il ne restera plus qu'une image brouillée.

Alors, pour accompagner au large ce peuple qui fuit, dans le ciel

Qui semble à l'unisson d'un temps gris, sans couleur ni clarté,

Tout là-haut, pareil à un « Adieu ! », volent des hirondelles.

 

Robert Charles Puig / juin 2022

 

 

Mis en page le 25/03/2020 par RP