Plus de cinquante sept ans que notre province française
d’Algérie n’existe plus... Pour nous Pieds-noirs, elle est toujours dans notre
mémoire mais pour les autres, ces gens de peu qui gouvernent la France, pour
eux cela fait longtemps qu’elle n’existe plus cette province de l’autre côté de
la Méditerranée... D’ailleurs que devient-elle, cette Algérie dictatoriale et
FLN ? Le peuple manifeste et le pouvoir le chasse dans les rues de cette
ville qui n'est plus mon Alger.
Cependant ce que je
veux rappeler, c’est que ce temps de notre Algérie, nous étions nombreux à la croire
française à jamais... Certainement de l’aveuglement de notre part ou étions-nous
trop fiers, patriotes d’une plus grande France... Une France comme ils sont
nombreux à ne plus la vouloir en la diluant dans une Europe sans horizon, celle
que Chirac nous a imposé et qui montre ses limites malgré les ruades d’un
pouvoir parisien actuel qui la veut progressiste, sans frontière et débarrassée
de son histoire.
C’est pour cette
raison, parce que je me souviens, que je veux évoquer ce temps des disparus et
ce mois de juillet 1962... C’est loin pour les uns... toujours dans notre cœur
pour d’autres.
Il y a eu d’abord
le mois de mai 1958. Nous espérions l’Algérie française sauvée de sa guerre...
Hélas ! Il fallait compter sans De Gaulle. Imposé sur le balcon du Gouvernement
général, il sortira de son képi la paix des braves ; libèrera 6.000
fellaghas et imposera le référendum du mois d’avril 1962... en interdisant que les Pieds-noirs votent. Bien entendu il préparait notre
déchirure bien avant les accords d’Evian avec des entretiens informels... pour concrétiser
notre fin, le 18 mars 1962. Des Pieds-noirs et des musulmans ont déjà « compris ».
Ils sont partis par précaution, pour se préserver des pièges qu’ils pressentent
de ces accords. Pourtant, une majorité est encore à Alger, Oran, Constantine et
le bled, et ne comprendra combien le pouvoir gaulliste ne veut plus d’elle, qu’en
ce jour dramatique du 26 mars.
De Gaulle veut
brader l’Algérie. Il fait tout pour cela. Les morts d’Alger sont les premières
preuves de cette élimination massive... (À lire, le livre interdit / Le livre blanc : Alger le 26 mars 1962 / Édition Atlantis)
À partir de ce mois
de mars, l’armée a l’ordre de ne plus intervenir.
Elle reste l’arme
au pied, même si un algérois, un oranais ou un pied-noir du bled est kidnappé
ou tué. Il arrive aussi que la gendarmerie rende aux « représentants »
FLN des hommes qui se sont réfugiés dans les locaux encore nationaux des
gendarmeries... Ne nous étonnons pas. Dès mars, le pouvoir terroriste est le
maître de l’Algérie, mais innocemment nous sommes nombreux à ne pas croire à ce
retournement de situation après 132 ans de présence française. Pourtant De
Gaulle réussit en quelques mois ce tour honteux de nous éliminer et ceux qui
défendent l’Algérie française sont vendus par le SAC gaulliste et les barbouzes
aux tueurs FLN.
Le 3 juillet, l’indépendance.
Nous ne sommes plus
chez nous ! Ce qui est triste, c’est que la métropole est satisfaite. Les
médias gauchisants se pavanent de plaisir et le peuple dit :
« Ouf ! ». Je comprends le peuple de France, il n’a eu de
l’Algérie qu’une information communiste ou gaulliste, une information
mensongère...
Puis, le 5 juillet 1962, c’est le massacre des
oranais.
Combien
sont morts ou disparus ce jour là ? 3.000... plus ? L’armée française
est encore à Oran, mais les ordres sont de ne rien faire. De laisser les rues
aux arabes, de les laisser massacrer les Pieds-noirs oranais, parce que ce 5
juillet 1962 la France refuse d’envisager une ingérence quelconque dans cette
Algérie FLN indépendante... indépendante... depuis deux jours !
Pour l’histoire de
France il n’y a pas pire honte que cette décision gaulliste. Il faut lire les
pages de cette tragédie magnifiquement racontées par Madame Geneviève de
Ternant à travers les trois tomes de « L’agonie d’Oran », aux Éditions Gandini,
à Nice.
Il y a les blessés, les torturés, les morts et les
disparus, nombreux.
À quelques jours de notre cérémonie du 5 juillet
2019, au square Alsace Lorraine de Nice où nous irons nous recueillir pour
honorer cette journée dramatique et les disparus de 1962, je veux aussi évoquer
la fuite des vivants, Pieds-noirs et musulmans au cœur français ; je veux
évoquer le grand affolement qui suivit ce drame. Un drame à vomir tellement le
pouvoir gaulliste est impliqué dans ces meurtres et ces disparitions d’Oran,
ainsi qu’à toutes les tragédies de cette terre algérienne maraichère ou
fruitière, champs de blé ou de vignes, que l’Exode et la disgrâce du peuple
Pied-noir, pour le plaisir d’un fauteuil à l’Élysée, transformera en terre
brûlée.
L’Exode ! D’autres
ont su l’écrire, le décrire avec sa peur, sa rage, ses pleurs. Une fuite
souvent sans rien d’autre que le vêtement porté en sortant le matin de son
domicile... sans souvenir...
En cette mi-année
2019, je souhaite que l’on se souvienne de tous ces disparus de l’Algérie
française. Des civils et des militaires. Des disparus appelés pudiquement des
« Manquants ». Un triste terme du langage officiel ! Ils ont été
nombreux, impossibles à chiffrer véritablement et aujourd’hui, le gouvernement
de la France, comme les précédents n’a toujours pas répondu
à l’attente des familles aux prières des familles de ces martyrs disparus.
Il reste une
évidence. Nous serions totalement occultés de l’histoire comme le souhaite ces
politiciens modernes qui préfèrent s’incliner devant l’histoire FLN,
« honorer » des traîtres et nous oublier, si des comités de rapatriés,
des associations de Français d’Algérie n’avaient pas répondu à l’appel des
familles par leurs actions, leurs gestes, leurs écrits. Des amicales et des
associations entretiennent notre histoire avec des revues, des documents, des
stèles du souvenir et de la mémoire.
À Perpignan, « LE MUR DES DISPARUS » existe et
raconte notre véritable histoire malgré les critiques de personnes
gauchisantes, ignorantes de notre malheur et de notre peine.
Ces disparus d’Algérie seront-ils reconnus ?
Il faut savoir que
l’histoire des disparus dans le monde a sensibilisé les autorités
internationales. En vérité, les autorités internationales ont mis du temps pour
s’occuper à cette situation dramatique.
C’est en 1979
qu’une première résolution voit le jour. Une première résolution mais, « de
la déclaration relative à la protection de toutes les personnes contre les
disparitions forcées, à la reconnaissance de la disparition forcée comme
violation systématique des droits de l’homme », il s’est écoulé vingt
ans ! Puis la Convention sur les disparitions voit le jour en 2007.
Pourtant... c’est à ce moment là, malgré que la
France ait assisté à toutes les réunions de cette Convention, que l’on se rend
compte combien nos disparus d’Algérie sont oubliés. JAMAIS la France n’a
demandé que les disparus de l’Algérie française soient inclus dans cette
Convention.
Qui était au
pouvoir en 2007 ? La droite ! Cette droite complexée qui préféra
comme la gauche multiple, la soumission à l’Algérie FLN plutôt que de l’honneur
de défendre son histoire de France.
Ainsi, depuis l’avènement de la Vème République
gaulliste, le FLN a toujours eu le soutien des autorités légales qui fermèrent
les yeux sur les kidnappings, les disparitions des européens et des musulmans. Le
programme de désengagement de l’armée dès 1961, après le putsch des généraux, s’accompagna
d’une impunité de plus en plus grande des terroristes du FLN. Des instructions
furent données ! « Nos forces ne devront riposter QUE pour assurer
leur propre défense ». Tout est dans ce message ! Les civils sont les
cibles qu’il faut abandonner aux griffes du FLN. Il en profite et ses exactions
sont passées sous silence. Les viols des femmes envoyées dans les bordels
FLN ; les tortures ; les meurtres et les disparitions dont certaines
serviront jusqu’à ce que la mort d’en suive à la collecte du sang au profit des
« hôpitaux » FLN, et en France l’interdiction aux soldats évadés des
camps terroristes de parler de leur internement. (Un Silence d’État / Les
disparus civils européens de la guerre d’Algérie/ Jean-Jacques Jordi / Éditions Soteca.)
Que reste-t-il de
notre histoire que de nombreuses personnalités politiques occultent de l’épopée
nationale depuis les différentes guerres où le sang pied-noir et français a été
versé ? Que constatons-nous aujourd’hui, comme hier, en 1962 ? L’envie
des politiciens de nous condamner à l’oubli ! Pas d’enquête, pas de
recherche des disparus, pas d’honneur à souhaiter la vérité. La France des
institutions demeure sans réaction. Bientôt soixante ans ! Ils nous
veulent tous morts ! En 2017, le prétendant au poste de premier homme de
France a prouvé sa méconnaissance de l’HISTOIRE. Un de plus dirons-nous. Par
ses propos « étonnants » sur ce temps de l’Algérie française, il a
méprisé le peuple Pied-noir, l’honneur de l’armée française et celui des
anciens combattants métropolitains qui, avec nous, ont donné leur temps, leur
vie, pour cette province française de 1954 à 1962.
En attendant la prochaine cérémonie pour nos morts et
nos disparus d’Algérie du 5 juillet 1962, resteront-ils toujours les oubliés de
l’HISTOIRE DE LA NATION ?
Robert Charles PUIG / Fin juin 2019.
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Mis en page
le 25/06/2019 par RP.
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