Juillet 1962 / 2019

Plus de cinquante sept ans que notre province française d’Algérie n’existe plus... Pour nous Pieds-noirs, elle est toujours dans notre mémoire mais pour les autres, ces gens de peu qui gouvernent la France, pour eux cela fait longtemps qu’elle n’existe plus cette province de l’autre côté de la Méditerranée... D’ailleurs que devient-elle, cette Algérie dictatoriale et FLN ? Le peuple manifeste et le pouvoir le chasse dans les rues de cette ville qui n'est plus mon Alger.

Cependant ce que je veux rappeler, c’est que ce temps de notre Algérie, nous étions nombreux à la croire française à jamais... Certainement de l’aveuglement de notre part ou étions-nous trop fiers, patriotes d’une plus grande France... Une France comme ils sont nombreux à ne plus la vouloir en la diluant dans une Europe sans horizon, celle que Chirac nous a imposé et qui montre ses limites malgré les ruades d’un pouvoir parisien actuel qui la veut progressiste, sans frontière et débarrassée de son histoire.

C’est pour cette raison, parce que je me souviens, que je veux évoquer ce temps des disparus et ce mois de juillet 1962... C’est loin pour les uns... toujours dans notre cœur pour d’autres.

Il y a eu d’abord le mois de mai 1958. Nous espérions l’Algérie française sauvée de sa guerre... Hélas ! Il fallait compter sans De Gaulle. Imposé sur le balcon du Gouvernement général, il sortira de son képi la paix des braves ; libèrera 6.000 fellaghas et imposera le référendum du mois d’avril 1962... en interdisant que les Pieds-noirs votent. Bien entendu il préparait notre déchirure bien avant les accords d’Evian avec des entretiens informels... pour concrétiser notre fin, le 18 mars 1962. Des Pieds-noirs et des musulmans ont déjà « compris ». Ils sont partis par précaution, pour se préserver des pièges qu’ils pressentent de ces accords. Pourtant, une majorité est encore à Alger, Oran, Constantine et le bled, et ne comprendra combien le pouvoir gaulliste ne veut plus d’elle, qu’en ce jour dramatique du 26 mars.

De Gaulle veut brader l’Algérie. Il fait tout pour cela. Les morts d’Alger sont les premières preuves de cette élimination massive... (À lire, le livre interdit / Le livre blanc : Alger le 26 mars 1962 / Édition Atlantis)

À partir de ce mois de mars, l’armée a l’ordre de ne plus intervenir.

 

Elle reste l’arme au pied, même si un algérois, un oranais ou un pied-noir du bled est kidnappé ou tué. Il arrive aussi que la gendarmerie rende aux « représentants » FLN des hommes qui se sont réfugiés dans les locaux encore nationaux des gendarmeries... Ne nous étonnons pas. Dès mars, le pouvoir terroriste est le maître de l’Algérie, mais innocemment nous sommes nombreux à ne pas croire à ce retournement de situation après 132 ans de présence française. Pourtant De Gaulle réussit en quelques mois ce tour honteux de nous éliminer et ceux qui défendent l’Algérie française sont vendus par le SAC gaulliste et les barbouzes aux tueurs FLN.

Le 3 juillet, l’indépendance.

Nous ne sommes plus chez nous ! Ce qui est triste, c’est que la métropole est satisfaite. Les médias gauchisants se pavanent de plaisir et le peuple dit : « Ouf ! ». Je comprends le peuple de France, il n’a eu de l’Algérie qu’une information communiste ou gaulliste, une information mensongère...           

Puis, le 5 juillet 1962, c’est le massacre des oranais.

            Combien sont morts ou disparus ce jour là ? 3.000... plus ? L’armée française est encore à Oran, mais les ordres sont de ne rien faire. De laisser les rues aux arabes, de les laisser massacrer les Pieds-noirs oranais, parce que ce 5 juillet 1962 la France refuse d’envisager une ingérence quelconque dans cette Algérie FLN indépendante... indépendante... depuis deux jours !

Pour l’histoire de France il n’y a pas pire honte que cette décision gaulliste. Il faut lire les pages de cette tragédie magnifiquement racontées par Madame Geneviève de Ternant à travers les trois tomes de « L’agonie d’Oran », aux Éditions Gandini, à Nice.

Il y a les blessés, les torturés, les morts et les disparus, nombreux.

À quelques jours de notre cérémonie du 5 juillet 2019, au square Alsace Lorraine de Nice où nous irons nous recueillir pour honorer cette journée dramatique et les disparus de 1962, je veux aussi évoquer la fuite des vivants, Pieds-noirs et musulmans au cœur français ; je veux évoquer le grand affolement qui suivit ce drame. Un drame à vomir tellement le pouvoir gaulliste est impliqué dans ces meurtres et ces disparitions d’Oran, ainsi qu’à toutes les tragédies de cette terre algérienne maraichère ou fruitière, champs de blé ou de vignes, que l’Exode et la disgrâce du peuple Pied-noir, pour le plaisir d’un fauteuil à l’Élysée, transformera en terre brûlée.

L’Exode ! D’autres ont su l’écrire, le décrire avec sa peur, sa rage, ses pleurs. Une fuite souvent sans rien d’autre que le vêtement porté en sortant le matin de son domicile... sans souvenir...

En cette mi-année 2019, je souhaite que l’on se souvienne de tous ces disparus de l’Algérie française. Des civils et des militaires. Des disparus appelés pudiquement des « Manquants ». Un triste terme du langage officiel ! Ils ont été nombreux, impossibles à chiffrer véritablement et aujourd’hui, le gouvernement de la France, comme les précédents n’a toujours pas répondu à l’attente des familles aux prières des familles de ces martyrs disparus.

Il reste une évidence. Nous serions totalement occultés de l’histoire comme le souhaite ces politiciens modernes qui préfèrent s’incliner devant l’histoire FLN, « honorer » des traîtres et nous oublier, si des comités de rapatriés, des associations de Français d’Algérie n’avaient pas répondu à l’appel des familles par leurs actions, leurs gestes, leurs écrits. Des amicales et des associations entretiennent notre histoire avec des revues, des documents, des stèles du souvenir et de la mémoire.

À Perpignan, « LE MUR DES DISPARUS » existe et raconte notre véritable histoire malgré les critiques de personnes gauchisantes, ignorantes de notre malheur et de notre peine.

 

Ces disparus d’Algérie seront-ils reconnus ?

Il faut savoir que l’histoire des disparus dans le monde a sensibilisé les autorités internationales. En vérité, les autorités internationales ont mis du temps pour s’occuper à cette situation dramatique.

C’est en 1979 qu’une première résolution voit le jour. Une première résolution mais, « de la déclaration relative à la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, à la reconnaissance de la disparition forcée comme violation systématique des droits de l’homme », il s’est écoulé vingt ans ! Puis la Convention sur les disparitions voit le jour en 2007.

Pourtant... c’est à ce moment là, malgré que la France ait assisté à toutes les réunions de cette Convention, que l’on se rend compte combien nos disparus d’Algérie sont oubliés. JAMAIS la France n’a demandé que les disparus de l’Algérie française soient inclus dans cette Convention.

 

Qui était au pouvoir en 2007 ? La droite ! Cette droite complexée qui préféra comme la gauche multiple, la soumission à l’Algérie FLN plutôt que de l’honneur de défendre son histoire de France.

Ainsi, depuis l’avènement de la Vème République gaulliste, le FLN a toujours eu le soutien des autorités légales qui fermèrent les yeux sur les kidnappings, les disparitions des européens et des musulmans. Le programme de désengagement de l’armée dès 1961, après le putsch des généraux, s’accompagna d’une impunité de plus en plus grande des terroristes du FLN. Des instructions furent données ! « Nos forces ne devront riposter QUE pour assurer leur propre défense ». Tout est dans ce message ! Les civils sont les cibles qu’il faut abandonner aux griffes du FLN. Il en profite et ses exactions sont passées sous silence. Les viols des femmes envoyées dans les bordels FLN ; les tortures ; les meurtres et les disparitions dont certaines serviront jusqu’à ce que la mort d’en suive à la collecte du sang au profit des « hôpitaux » FLN, et en France l’interdiction aux soldats évadés des camps terroristes de parler de leur internement. (Un Silence d’État / Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie/ Jean-Jacques Jordi / Éditions Soteca.)

Que reste-t-il de notre histoire que de nombreuses personnalités politiques occultent de l’épopée nationale depuis les différentes guerres où le sang pied-noir et français a été versé ? Que constatons-nous aujourd’hui, comme hier, en 1962 ? L’envie des politiciens de nous condamner à l’oubli ! Pas d’enquête, pas de recherche des disparus, pas d’honneur à souhaiter la vérité. La France des institutions demeure sans réaction. Bientôt soixante ans ! Ils nous veulent tous morts ! En 2017, le prétendant au poste de premier homme de France a prouvé sa méconnaissance de l’HISTOIRE. Un de plus dirons-nous. Par ses propos « étonnants » sur ce temps de l’Algérie française, il a méprisé le peuple Pied-noir, l’honneur de l’armée française et celui des anciens combattants métropolitains qui, avec nous, ont donné leur temps, leur vie, pour cette province française de 1954 à 1962.

En attendant la prochaine cérémonie pour nos morts et nos disparus d’Algérie du 5 juillet 1962, resteront-ils toujours les oubliés de l’HISTOIRE DE LA NATION ?

                                                          Robert Charles PUIG / Fin juin 2019.

Mis en page le 25/06/2019 par RP.