ORAN De la lumière à l’ombre et depuis tant de siècles, elle fut fille soumise ou maîtresse des cœurs. Elle eut mille vies depuis plus de mille ans. Elle était à la fois l’amour et l’impudeur. Sur cette terre où le soleil brillait, elle fut avec honneur combattante et guerrière. Espagnole ou arabe, un jour enfin française, la « Vierge » tout là-haut bénissait ses prières En la regardant vivre. Fière et impétueuse, son identité française dura cent trente deux ans. Ses pieds baignaient dans la Méditerranée et dans son innocence, elle croyait fermement Vivre et mourir ici, entre amitiés et paix. Oran avait toujours ce sentiment un peu fou Que la vie se la coulait douce et belle dans le plaisir de la musique du folklore andalous, Réunissant dans un parler commun, l’arabe, l’espagnol et le français pour faire la fête, Lorsque dans les vieux quartiers imprégnés de l’histoire du passé, on buvait l’anisette. Les filles se promenaient le long du front de mer ou traversaient en dansant la Place d’Armes. Elles incarnaient la beauté, l’image du bonheur, dans un Paradis débordant de charme. Puis... vînt le temps du deuil, du terrorisme, la rébellion. Oran pourtant croyait à son bon sort, Qu’il n’y aurait jamais un temps du mauvais sort, du déracinement et au final de la mort. Puis... vînt l’indépendance. Partir ou le cercueil ! Un affront, pour un peuple désorienté, Qui ne savait plus, hors la lutte armée, l’OAS, quel avenir et quel destin l’attendaient. Puis... au trois succéda le Cinq ! Le Cinq juillet ! Soudain le crime déferla des hauteurs. Il arrivait avec son horreur, son abomination, comme un cygne noir messager du malheur. Imprégné de haschisch, de haine et de fureur, tout un peuple, oubliant sa foi et son Coran, Ne tenant pas compte du vivre ensemble depuis si longtemps et qu’il était aussi d’Oran, Envahit le centre-ville... sans que Paris ne s’oppose ! Des assassins kidnappèrent et torturèrent. Ils assassinèrent des femmes et des enfants. Le F.L « haine » était plus « fort » que les prières ! Pendant tout ce long temps, le pouvoir français cantonné dans ses casernes... laissa faire ! Il laissa mourir un peuple sous la lame du douk-douk meurtrier et le feu sacrilège des enfers. Il y eut des cris, des râles... Il y eut le sang des immolés sur les trottoirs... Paris laissa encore faire ! La Capitale, méprisante, outrancière, n’avait qu’une pensée, ne rien voir ou entendre et se taire. Il y eut l’horrible mort de trois mille innocents ! La ville était désorientée, en sang et en sanglots ! Il y avait tellement de civils assassinés. Oran n’était plus une ville, seulement un tombeau ! L’état-major militaire français d’Oran, sous l’oriflamme honteux et l’ordre de l’Elysée... laissa faire, Faisant de ses soldats et du drapeau aux trois couleurs, les complices du diable et de l’enfer. Des Oranais furent enlevés, torturés, égorgés, massacrés. Ainsi la ville de la joie et du bonheur Vit son visage innocent, son visage d’enfant, se teinter de sang et ses yeux de pleurs. Oran la belle, Oran la fière, Oran espagnole et française à la fois, devint ce cinq juillet Oran martyre ! Il ne manqua plus aux derniers survivants de la ville suppliciée, qu’à fuir... Partir sans revenir ! Robert Charles Puig / juillet 2020 |
Mis en page le 05/07/2020 par RP.
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