L’IRRECONCILIATION

 

- Texte d’un article paru dans "le Monde" du 17 Mai 2003.

         Des députés UMP défendent " l’œuvre  des Français en Algérie ".

A l’initiative de Philippe Douste-Blazy (Haute-garonne) et Jean Léonetti (Alpes maritimes), une centaine de députés  U.M.P. s’apprêtent à déposer une proposition de loi relative à " la reconnaissance de l’œuvre positive des Français en Algérie ". Ce texte d’un seul article défend l’action menée par les ressortissants français durant la période coloniale.

" Ce n’est pas insulter l’avenir que d’effectuer un travail de mémoire lucide et équilibré ", mentionne l’exposé des motifs de cette proposition de loi.

Interrogé par le Monde, M. Douste-Blazy a précisé qu’il ne s’agissait pas de " raviver des passions, mais simplement de reconnaître le travail effectué par certains de nos concitoyens durant une période particulière de notre histoire ". Selon ces parlementaires,  le dissimuler constituerait une " erreur historique .

Et le Monde ajoute : la réponse ne s’est pas faite attendre et on peut lire le 20 mai, dans El Watan :

                                      POINT ZERO. L’humiliation phase 3

La diplomatie va souvent à l’encontre de l’histoire. Quelque temps après la joyeuse visite à Alger de Jacques Chirac, Chef de l’U.M.P. et  accessoirement directeur de la France, un groupe de l’U.M.P. conduit par Philippe Douste-Blazy demande à ce que la France admettre le fait " d’une colonisation positive de la France en Algérie. ". En gros de reconnaître aussi bien du côté français qu’algérien que " la colonisation a construit ". Déjà que contrairement à d’autres ex-puissances occupantes, la France n’a jamais reconnu l’ampleur de ses crimes, tortures et spoliations, elle demande en plus à se féliciter que la France ait fait " œuvre civilisatrice ". Rappelons qu’à l’indépendance, 90% des Algériens étaient analphabètes et que beaucoup d’entre eux vivaient dans des tentes ou des gourbis, sous-alimentés, pauvres et dépossédés de leurs terres. La France a effectivement construit, mais pour les français et autres bachaghas. Le président Boutéflika, qui avait accueilli le président français en rappelant la nécessité de tourner les pages de l’histoire, ne croyait pas si bien faire. Les pages ont été tournées, déchirées et elles sont aujourd’hui en phase de réécriture par l’U.M.P. L’humiliation est totale. Après être passée de leader du Tiers-Monde à sous-traitant américano-français, l’Algérie est en passe de devenir une province de sauvages sans passé. Mais il ne faut pas se tromper, cette prise de position de l’U.M.P. n’a été possible que parce que l’Algérie indépendante n’a presque rien construit ; une dictature, quelques villages socialistes dissous, quelques usines vite fermées et des logements donnés aux amis. On attend les réactions de l’Algérie officielle, même si l’U.M.P sait de quoi elle parle ; au sein même du pouvoir algérien, beaucoup d’anciens Français et de Caïds vivent encore dans l’insouciance du passé oublié.

Par Chawki Amari

Cette lecture amène les commentaires suivants :

En cette année de l’Algérie, où une prétendue réconciliation devait effacer le lourd contentieux d’une longue et douloureuse guerre ayant opposé deux communautés intimement liées, cet article d’El Watan met en lumière " l’Imposture et le Cynisme ".

Déterminé à humilier la France au-delà de toute conscience, le journaliste ne recule devant aucune ignominie.

Nous répondons à cet article afin de dénoncer les mensonges et contre vérités et  pour éclairer l’opinion qui pourrait se laisser abuser par une emphase émotive.

Qualifier le Président de la République, Jacques Chirac, de " Chef de l’U.M.P. et  accessoirement Directeur de la France " frise le mépris. Nous ajouterons que " cet Accessoire " a connu une liesse significative lors de sa récente visite en Algérie de la part du peuple, en tant que pourvoyeur potentiel de visas libérateurs, et que d’autre part, il a convoyé dans ses bagages, à toutes fins utiles, M. Boutéflika à la réunion du G.8. à Lausanne.

Mais revenons à l’article significatif .

" La France n’a jamais reconnu l’ampleur de ses crimes, tortures et spoliations ". El Watan feint d’ignorer que le FLN a commis des tortures et massacres parmi les plus odieux que le 20è siècle ait connu. " femmes violées, éventrées, enfants broyés ou décapités, hommes égorgés, empalés, émasculés etc. etc. " Nous tenons à la disposition de ce vertueux et sensible journal des clichés dont l’horreur dépasse le soutenable. Plus prés de nous, les malheureux moines de Tibérine sauvagement décapités, la longue liste des martyrs de la cruauté des groupes islamiques armés, soulignent une barbarie  permanente. Ces tueurs, n’en déplaise à El Watan, ne sont pas des extra-terrestres mais des algériens issus du même peuple que le farouche accusateur.

Poursuivons la lecture de cet article :

" Rappelons qu’à l’indépendance 90% des algériens étaient analphabètes et beaucoup d’entre eux vivaient dans des tentes ou des gourbis "

Plus qu’un long discours, nous opposons cette assertion, le démenti de chiffres officiels tels qu’ils ressortent des archives nationales. En 1960, le nombre d’élèves musulmans français dans l’école laïque de la République étaient quatre fois plus nombreux que les élèves français.(cf tableau)

En 1830, ce que l’on appelle actuellement l’Algérie, n’était qu’un assemblage hétéroclite de tribus souvent nomades, toujours guerrières, de petits fellahs victimes de perpétuelles razzias et de pirates écumant la méditerranée. Un Dey et ses janissaires en assuraient le contrôle et la maîtrise pour leurs propres comptes et celui de la Turquie.

Les médersas ou écoles coraniques n’existaient que pour une élite restreinte. La population qui s’élevait au recensement de 1872 à 2.12O.OOO habitants vivait dans l’indigence et la précarité. Les épidémies non maîtrisées faisaient d’importants ravages. La présence française et avec elle, les médecins, les soins, la prophylaxie, l’assistanat militaire eurent progressivement raison des fléaux, et en 1962, la population indigène avoisinait 10 millions.

Une autre phrase du pamphlet accusateur mérite une mise au point. " La France a effectivement construit mais pour les Français et autres bachaghas ".

A moins d’être ignorant ou vouloir délibérément induire en erreur une opinion mal informée, comment peut-on  proférer une aussi grossière assertion ?

El Watan a la mémoire courte pour avoir oublier que l’Algérie de 1830 n’était qu’un territoire anarchique, désolé, insalubre, un vaste marché d’esclaves soumis aux barbaresques.

Comment ne pas vouloir reconnaître l’immense réalisation de la France en Algérie offrant au monde en général et aux algériens en particulier, un pays moderne, structuré avec des villes, des ports, des aéroports, des chemins de fer, des routes, des universités, des hôpitaux et… des exploitations pétrolières et du gaz.

Nous conclurons en constatant que ce beau pays tiré de l’enfer s’est dégradé en 40 ans à tel point que sa jeunesse condamnée au chômage et à une dangereuse oisiveté n’exprime qu’un désir : avoir un visa pour chercher refuge en France, ce maudit pays colonisateur.

En refusant de reconnaître l’œuvre civilisatrice française, en méprisant la main tendue de la réconciliation, l’Algérie d’El Watan n’a aucune pudeur à tendre l’autre main pour recevoir un chèque non négligeable de plusieurs  millions d’Euros, des aides diverses et substantielles, des compassions sincères que " Point Zéro, humiliation phase 3 " accepte sans scrupules.

Pierre Etienne MUVIEN

Effectifs d'élèves dans l'enseignement Primaire public de 1851 à 1961 en Algérie

Année
de rentrée

Européens Musulmans Total Général

% de Musulmans
dans le Total Général

Total % Filles Total % Filles
             
1851     10 925      
1879     3 172      
1892     11 500 0,96%    
1900 90 727 49,1% 24 172 5,8% 114 899 21,0%
1910 112 605   39 669 7,8% 152 274 26,0%
1920 99 282 50,4% 45 670 9,8% 144 952 31,5%
1930 115 614 50,6% 69 256 10,5% 184 870 37,5%
1937 129 082 50,5% 104 748 16,5% 233 830 44,8%
1945 110 817 48,1% 129 301 22,6% 240 118 53,8%
1948 113 992 47,5% 178 533 23,6% 292 545 61,0%
1949 114 825 48,0% 198 678 23,8% 313 503 63,4%
1950 119 585 48,2% 217 745 24,5% 337 330 64,5%
1951 119 484 48,2% 234 459 25,5% 353 943 66,2%
1952 123 259 48,1% 255 797 25,6% 379 056 67,5%
1953 126 819 48,4% 283 808 26,0% 410 627 69,1%
1954 129 840 48,6% 306 737 26,6% 436 577 70,2%
1955 128 188 49,0% 294 642 29,4% 422 830 69,7%
1956 123 994 48,4% 270 175 31,2% 394 169 68,5%
1957 124 323 48,5% 332 043 32,6% 456 366 72,8%
1958 127 425 49,1% 450 568 35,6% 577 993 78,0%
1959 130 959 48,3% 593 911 37,3% 724 870 81,9%
1960 129 699 48,4% 695 013 37,2% 824 712 84,2%
1961* 109 300 46,5% 735 474 37,0% 844 774 87,1%
*sans C.E.G.            

République algérienne démocratique et populaire, Alger, Alger, Annuaire statistique de l'Algérie, nouvelle série, treizième volume, 1961.
Dans 1830-1962 des enseignants d'Algérie se souviennent... de ce que fut l'enseignement primaire. L'amicale des anciens instituteurs
d'Algérie et le Cercle Algérianiste. Editions Privat, Toulouse, 1981

Crée le 06/06/2003 par RP