Suite à la disparition de Robert Laffitte, le site Internet du Cercle Algérinaiste de Lyon publie les articles de.

Ces écrits sont à votre disposition sur le site de Lyon: http://www.cerclealgerianiste-lyon.org/laffitte.htm

Nous reproduisons ci-dessous le texte de Bernard Donville

 

ROBERT LAFFITTE, l'algérianiste.

Robert LAFFITTE n'est plus, l'algérianisme est en deuil.

Bien que natif de la métropole, sa carrière de géologue l'avait conduit à se considérer comme un natif de l'Algérie qu'il chérissait et il avait trouvé dans le Cercle Algérianiste une structure satisfaisante à la défense de notre mémoire.

Depuis 1986 jusqu'à cette année encore il n'avait cessé de produire des articles dans notre revue montrant l'éclectisme de ses intérêts.

Il s'était ainsi intéressé à des hommes de valeurs pour lesquels l'Algérie avait été un point de passage voire un ancrage dans leur vie. Ce fut le cas du maréchal de Saint Arnaud, étude très fouillée sur les réactions de cet officier lors de la conquête. Presque simultanément il rappela le grand arabisant qu'avait été William Marçais et je sais que son intimité avec Georges Marçais, grand défenseur de l'Algérie Française, n'y était pas étrangère. En 1989 il nous offrit une étude minutieuse de lbn Khaldoun la terminant par cet étonnement face aux critiques de cet éminent écrivain : lbn Khaldoun était-il arabe ? Plus récemment en 1996 il avait suivi le périple tumultueux d'un grand savant français Arago autour de cette mer méditerranée qu'il aimait tant.

Les articles de R. Laffitte participaient aussi de la connaissance de l'Islam. Lui qui l'avait découvert, non seulement jeune étudiant dans le bled des Aurès, mais aussi plus tard au Moyen Orient, il le disséquait comme un grand scientifique qu'il était. On retrouve ces analyses dans ces descriptions de la Libye à l'Iran mais aussi lorsqu'il rappelle les trois calendriers musulmans.

Mais c'est surtout la défense de l'œuvre de la France en Algérie qui restait son combat préféré avec toujours le souci d'étayer toute discussion par des vérités historiques inattaquables. Ce pays qu'il avait appris à aimer, il le décrivait dans un détail inconnu de la plupart comme ces animaux sauvages de l'Algérie d'autrefois. C'est pourquoi il avait incité le cercle de Toulouse à produire en 1997 les bases de notre argumentation sur l'œuvre de la France en Algérie et pour laquelle il avait magistralement rédigé l'introduction et la conclusion.

C'est dans ce même esprit qu'il a écrit cet ouvrage de base de la connaissance de notre pays "C'était l'Algérie"*. Il plaisait à ce naturaliste, de n'y point parler de géologie mais de l'histoire des hommes et plus particulièrement de ceux qui avaient été les premiers européens sur ce sol, les romains; mais le géologue n'est-il pas l'historien scientifique le plus crédible ?

Au cercle de Toulouse ses interventions remarquées avaient permis à tous de juger de l'éminence de ses connaissances. Quelles leçons de pédagogie ne donnait-il pas à bon nombre de conférenciers besogneux lorsqu'il développait ses propos sans notes lors de ses interventions ! Outre les sujets dont j'ai parlé, repris dans l'Algérianiste, il cernait au plus près dans ses conférences le pays qui l'avait conquis, ferrant l'intérêt de son auditoire avec une iconographie toujours bien adaptée. Là aussi son éclectisme était éclatant:. Passant des îles Baléares au drame de Mers el Kébir, des premiers habitants de l'Algérie aux religions qu'ils avaient développées, ou aux paysages dont il étaient imprégnés, l'auditoire était toujours charmé. Malgré son grand âge il n'hésitait pas à parcourir la France auprès de tous les cercles locaux pour y apporter sa bonne parole.

Mais si on veut une preuve de l'intérêt de Robert Laffitte à l'Algérianisme, on peut là trouver dans ses participations aux discussions engendrées à l'issue des conférences. Toujours assis au premier rang il était aussi le premier intervenant quel que soit le sujet et quand cela ne se faisait pas on s'étonnait en fond de salle : "monsieur Laffitte n 'est-il pas là aujourd'hui ? ". Ainsi il racontait les souvenirs de son Algérie et faisait souvent découvrir à l'auditoire un trait de leur pays qu'ils ignoraient.

Vice-Président efficace au sein du conseil d'administration du Cercle de Toulouse il y apportait une vision précieuse de fin lettré et de scientifique rigoureux. La encore il s'y distinguait par une assiduité remarquable. Il me revient que cet hiver encore par une température plus proche de zéro que de celle d'un doux hiver algérois, il repartait dans la nuit, nue tète, après des conseils d'administration qui s'éternisaient au-delà de ce qu'il jugeait efficace.

Pour les membres du conseil d'administration, qui ne le côtoyaient que depuis peu, il se caractérisait par une modestie et une discrétion remarquables, qu'ils étaient étonnés de rencontrer chez le dernier doyen de la Faculté des Sciences d'Alger, et le savant émérite à l'origine de la découverte du pétrole saharien.

Il se dévouait sans compter pour porter bien haut l'action de la France et n'admettait pas la désinformation sur notre passé colonial. C'est ainsi qu'il avait été un artisan des plus utiles lors de l'élaboration de l'exposition de notre cercle. "C'était l'Algérie", dont il avait lui-même suggéré le titre emprunté à son ouvrage.

Aujourd'hui nous perdons un membre éminent garant de notre mémoire et sommes orphelins d'un guide précieux pour la défense de nos valeurs algérianistes.

Bernard Donville

 

(*) Robert Laffitte : C'était I'Algérie. Éditions Confrérie-Castille, 1996. en vente à Diffusion de la Pensée Française, B.P. 1 - 86190 Chiré-en Montreuil.