Lettre
au Président de la République
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Monsieur Jacques CHIRAC
Président de la République
Palais de lElysée
55 rue du faubourg Saint Honoré
75008 PARIS
La Roche sur Yon, le 22 mars 2005
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Monsieur le Président,
Une légitime émotion parcourt, aujourdhui,
la communauté des Français dAlgérie à
la suite de lannonce, par la France et lAlgérie,
de lorganisation du transfert de 62 cimetières européens
et de la possibilité offerte, pour une durée de 4 mois
seulement, aux familles concernées, de décider de rapatrier,
à leur frais, les restes mortels de leurs défunts sur
le territoire national.
Nombre de nos compatriotes, qui ont déjà
vécu le douloureux arrachement à leur terre natale, considèrent,
quelque soit la justification du transfert de ces cimetières,
bien souvent pillés et abandonnés par les pouvoirs publics,
quune telle décision effacera, à tout jamais, les
derniers symboles de la présence de leurs ancêtres sur
cette terre dAlgérie.
Cette émotion est dautant plus
vive quelle se conjugue avec celle générée
par les propos tenus récemment à Sétif par lAmbassadeur
de France en Algérie, propos qui ont jeté un trouble profond
au sein de la communauté rapatriée.
Si les évènements de Sétif,
en 1945, ont été, en effet, particulièrement dramatiques
pour lensemble des communautés, comment concevoir quil
ne soit pas rappelé que le fait générateur de ces
douloureux évènements, a été le massacre
de plus dune centaine de Français dAlgérie
?
La déclaration de Monsieur COLIN de VERDIERE,
et la presse Algérienne ne sy est pas trompée, a
été perçue par beaucoup, comme les prémices
dune repentance à sens unique quappellent de leurs
vux les responsables gouvernementaux Algériens, dont on
attend, par ailleurs, toujours, quils accomplissent leur chemin
de vérité en reconnaissant la responsabilité du
FLN dans les crimes de laprès 19 mars 1962.
Si la déclaration de Sétif était,
dans la perspective de la signature du traité franco-algérien,
le signe annonciateur dune repentance sur la présence de
la France et des Français en Algérie, de 1830 à
1962, nul doute, Monsieur le Président, que cela provoquerait
une blessure irréparable pour toute une communauté déjà
meurtrie et résonnerait pour elle comme une insupportable provocation
annihilant tous les efforts entrepris pour reconnaître, dans le
cadre législatif, luvre qui a été la
sienne.
Il importe, donc, Monsieur le Président,
que vous puissiez, aujourdhui, prendre la mesure des inquiétudes
de lensemble de la communauté des rapatriés dAlgérie
et la rassurer sur les intentions de la France dans ce domaine.
Soyez assuré, de lattention ainsi
que de la vigilance qui sera la nôtre dans les semaines à
venir sur les initiatives que vous pourrez être amené à
prendre à ce sujet.
Veuillez agréer, Monsieur le Président,
lhommage de mon profond respect.
Thierry ROLANDO
Président National du Cercle Algérianiste