UN ORANAIS M'A DIT

Un siècle se termine et pour l'ère chrétienne
Deux mille ans vont sonner à l'horloge du temps.
Les saisons de ma vie connurent, au printemps,
Tous ces petits bonheurs de la vie oranienne.

On ressentait, là-bas, quelque chose d'étrange,
Oui faisait que chacun, malgrê ses durs labeurs.
Pouvait s'émerveiller des multiples splendeurs,

Qu'offrait ce beau pays au doux parfum d'orange
.

D'abord, c'était la mer, qui berçait l'Oranie ;
Le ciel s'y reflétait de sa teinte pastel,
Les falaises ambrées s'élevant sur Kristel,
Nous renvoyaient, des flots, la douce symphonie,

Les hommes, étaient fiers, les femmes êtaient belles.
Le soir, ma ville blanche aux palmiers alignés,
Qu'un grand concert de parfums de beignets,
De couscous. de mounas aux couleurs isabelles.

En évoquant, parfois, ce que, fut notre Histoire,
J'y retrouve, gravè, le souvenir amer
Du morne soir d'été, quand nous prenions la mer,
Pour quitter ce pays, sans aucun moratoire.

Nous avions tout laissé : les blés sur les emblaves
Le bétail dans les près, les fruits sur le verger
Au loin dans le djébel, le rustique berger
Rassemblait ses brebîs sur les maigres enclaves…

Mon père avait , jadis, quitté les monts d'Espagne
Pour un monde meilleur, afin que ses enfants,
Connaissent , chaque jour, des matins triomphants
En voyant refleurir l'amour … et la campagne.

Nous étions nés là-bas. Et nul endroit au monde
N'était plus prometteur que ce terrestre Eden;
Et en fiers, descendants de ce preux paladin,
Labourion sans fin cette terre fêconde.

Le musulman, le juif, le chrétien, peu m'importe..
Tous unis de concert, goûtaient la liberté.
Chacun gardait au cœur l'indicible fiertê
De l'hospitalité qui fait s'ouvrir la porte.

Mais les frères, parfois, ont des moments de doutes;
Car chacun, sur son fief, se veut prédominant.
On accuse les dieux, l'erreur d'un gouvernant,
Et la haine construit de sinistres redoutes.

Plus bas, silencieux dans la désespérance,
Le port semble nimbé dans une Aura de deuil.
Un bateau près du quai, hisse, dernier orgueil,
La flamme aux trois couleurs de la terre de France.

Montagne des Lions ! ... dont le décor s'allume,
Tu m'apparais, soudain, dans ta pérennité.
Adieu ! parents, amis dans votre éternité,
Nous vous abandonnons à votre sort posthume..
.

Le doux ronronnement montant de la machine,
S'amplifie brusquement en doublant le musoir;
Et de nos yeux voilés par notre désespoir,
Nous fixons Santa Cruz, qui brille, nous fascine

Et s' êvapore au loin, dans le linceul du soir..

.Maintenant, je me tais sur cette, vésanie,
En te, disant ceci . "Patos, écoute bien !
Sur ma vie, non jamais, tu ne sauras combien
J'ai pleuré ce pays...0 sublime Oranie"'.

Pierre VIRMES Académicien de Provence

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Crée le 9/11/2004 par RP