Oran. juin 1962 |
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Ils
attendaient là, assis sur des caisses, entourés de vieilles valises, de
ballots, de couffins, quelquefois de petits cadres de bois faits à la main,
étouffant dans la chaleur de l’été, espérant un signe, un ordre de dernière
minute, quelqu’un qui leur dirait : « embarquez».
De
Gaulle avait donné l’ordre au gouvernement français de ne pas utiliser les
navires de guerre pour abréger leur attente et sur son ordre le gouvernement
avait refusé l’offre de compagnies de navigation étrangères qui souhaitaient apporter
leur aide.
Il
était allé bien plus loin en demandant aux compagnies de navigation, la
Transat, la Compagnie de Navigation Mixte et la Société Générale des Transports
Maritimes, de réduire le nombre de rotations hebdomadaires (Il y en eu 16 en
février, 7 en mars et seulement 3 en avril) afin de ralentir le rapatriement et
d’empêcher une arrivée massive de Français d’Algérie.
Les
vols d’Air France et Air Algérie étaient également réduits de moitié. Cette
politique d’abandon, totalement programmée par le chef de l’État, a coûté des
centaines de vies humaines.
Peu
lui importait qu’ils soient massacrés sur place, sur les quais.
Fort
heureusement et très courageusement, contre les ordres reçus, les commandants
de quelques bateaux acceptèrent beaucoup plus de passagers que la limite
maximale autorisée. Ainsi le «Jean Laborde» des Messageries Maritimes, quittait
les quais d’Oran en direction de Marseille avec 1430 passagers au lieu des 420
autorisés.
Ce
fut le cas dans tous les ports d’Algérie avec les «Ville de Bordeaux», «Ville
de Tunis», «El Djezair» et surtout le «Kairouan» qui
battait tous les records avec plus de 1900 passagers sur une capacité de 1172
places.
Le
« Cambodge » avait lui une capacité de 440 passagers. Alors qu’une fusillade
éclatait sur les quais, faisant plusieurs victimes, le capitaine permettait à
1233 personnes d’embarquer.
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https://www.ina.fr/video/CAF89005380/camp-de-refugies-d-oran-video.html
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**Le
mardi 17 juillet 1962, 3400 personnes, qui attendaient sur les quais depuis dix
jours, avaient pu enfin embarquer et échapper ainsi à un massacre certain.
Le
«Lafayette» en avait pris 1200 et le «Kairouan» 2200.
Les
commandants et les équipages de ces bateaux ont eu une conduite exemplaire et
patriote, contre les ordres du gouvernement et du chef de l’État, et ils ont
sauvé des centaines de vies humaines.
Alors
que la France abandonnait à la furie sanguinaire du FLN et de l’ALN des
milliers de citoyens français, l’Espagne envoyait plusieurs navires civils et
deux navires de guerre pour aider le départ des Oranais. (Il est vrai qu’en
1962 les Martinez, Gomez, Fernandez, Lopez et autres Segura n’étaient que des
Français… d’origine espagnole. Ce qui n’était pas le cas lorsqu’ils versaient
leur sang pour libérer la France lors de la première et la seconde guerre
mondiale).
Le
27 juin, deux navires de guerre espagnols se présentaient à l’entrée du port
d’Oran dans le but de transporter le maximum de Français d’origine espagnole
vers la péninsule ainsi que les derniers partisans de l’OAS.
Le général Katz, responsable militaire, sur ordre du gouvernement français, leur interdisait de pénétrer dans le port sous le prétexte absurde «que l’on n’avait pas besoin d’eux». Ces
deux navires de guerre ont récupéré plus d’un millier de personnes qui avaient
réussi à se rendre « par leurs propres moyens » à la limite des eaux
territoriales.
Des
CRS ont voulu monter à bord afin de contrôler les identités mais les capitaines
de ces deux navires de guerre leur en ont interdit l’accès : «Vous êtes ici en
territoire espagnol.»
Plusieurs
centaines d’Oranais n’ont pas eu la chance de quitter leur ville entre ce 27
juin et le 5 juillet 1962 et ils ont été massacrés dans des circonstances
abominables.
L’Algérie
française c’était fini, De Gaulle l’avait finalement liquidée mais dans quelles
conditions ?
Voici
l’appréciation que l’ancien ministre résidant de l’Algérie, Robert Lacoste,
gouverneur général jusqu’au 13 mai 1958 et député socialiste, donc pas très
favorable à la colonisation, a porté sur de Gaulle : « De Gaulle a fini la
guerre d’Algérie comme un charcutier ».
Il
estimait donc, à juste titre d’ailleurs, que de Gaulle avait du sang sur les
mains.
C’est
en tous les cas l’interprétation que je me fais de sa déclaration.
Il
est vrai qu’il aurait pu tout aussi bien dire : « comme un boucher ».
Cela
aurait été plus approprié !
Manuel GOMEZ |
Mis en page
le 30/06/2017 par RP |