![]() Gaston Maurice Julia (Sidi-Bel-Abbès 1893/ Paris 1978) Parmi
les hommes célèbres d'Algérie, Gaston Maurice Julia sera l'un
des plus grands mathématiciens français. Issu d'un milieu modeste,
il réussit, par son intelligence et un courage hors du commun, à
franchir les étapes les plus difficiles pour devenir le plus jeune
des académiciens français. Il a appliqué à la lettre l'une de
ses citations favorites venant de Kipling : « Tant
qu'un homme n'est pas mort, on peut toujours en faire quelque chose » La
famille Julia, d'origine Pyrénéenne, arrive en Algérie
vers 1850. Le père, mécanicien de machines agricoles,
travaille à Sidi-Bel-Abbès. C'est dans cette ville
que Gaston Maurice va naître le 3 février 1893. Dès
l'àge de cinq ans, il commence à être premier
dans la classe enfantine de Soeur Théoduline, suivant la devise
que sa mère lui avait inculquée : « Toujours
premier ». Cette devise fut observée tout au long
de ses études. La
famille Julia s'étant installée à Oran en 1901,
le jeune garçon entre d'abord chez les Frères des écoles
chrétiennes, puis au lycée où il obtient une
demie-bourse. Débutant en allemand avec un an de retard sur
ses condisciples, il les rattrape en l'espace d'un mois, puis les
dépasse et obtient la première place en toutes les matières,
y compris la gymnastique, la fabrication des toupies, des cerfs-volants,
que tout enfant pauvre doit faire de ses mains. Il est reçu
au baccalauréat avec la mention très bien. Cette
réussite le conduit à Paris en 1910, où il est
admis au lycée Janson-de Sailly en mathématiques spéciales.
Atteint d'une fièvre typhoïde en début d'année
scolaire, il entre avec deux mois de retard. Les huit mois restants
lui suffiront pour être reçu premier aux concours de
Polytechnique et de Normale Supérieure. L'esprit
du jeune normalien n'a jamais encore connu de détente. Son
seul souvenir de luxe est cette boîte de compas que le proviseur
de Janson-de-Sailly lui permit d'acheter sur les 200 F d'argent de
poche que versaient pour lui les anciens du lycée. Ces compas
... et un violon d'enfant, cadeau de sa mère, sur lequel un
officier de la Légion lui avait appris les rudiments de la
musique. A Normale, la musique hante les « turnes » et les
couloirs. Le
mathématicien prodige découvre Bach, Schubert, Schumann, tout en
préparant l'agrégation de mathématiques à laquelle il est reçu.
Il sera plus tard un excellent violoniste. Mais
la guerre éclate. Mobilisé dès le début,
Gaston est affecté au 57e régiment de ligne à
Libourne. Pour lui, les hostilités vont être courtes
et atroces. Le 25 juillet 1915, au Chemin des Dames, le jeune sous-lieutenant
est grièvement blessé en repoussant, avec le plus grand
mépris du danger, une attaque ennemie. Atteint d'une balle
dans la tête, il perd un oeil, son nez est fracassé,
ce qui l'obligera à porter un masque de cuir. Pendant deux
ans, il devra subir une vingtaine d'opérations. Il souffrira
toute sa vie de douleurs faciales. Cette situation dramatique ne va
pas l'empêcher de travailler, ni d'avoir une vie normale. En
1918, il épouse une infirmière, Marianne, la fille du
compositeur Edouard Chausson. Ils auront six enfants. L'oeuvre
originale de ce savant est difficile à analyser pour un profane.
Elle est en effet d'une abstraction qui défie le commun des
mortels. Malgré ses blessures, il commence dès 1916
une brillante carrière. En novembre 1917, il soutient sa thèse
de doctorat en sciences mathématiques : Etude sur les
formes binaires non quadratiques à indéterminées
réelles ou complexes ou à indéterminées
conjuguées. En 1918, le grand prix de mathématiques
lui est décerné par l'Institut pour son travail sur
L'itération des fractions rationnelles. Avingt-six
ans il est chargé de cours au Collège de France, maître
de conférences à Normale Supérieure. Il est
également répétiteur d'analyse à Polytechnique,
examinateur à Navale. L'année 1925 le voit titulaire
de la chaire d'analyse appliquée à la géométrie
à la Sorbonne, professeur de calcul différentiel et
intégral. En 1937, il est nommé professeur de géométrie
et d'algèbre à Polytechnique à la place de
Maurice d'Ocagne (1) dans ce poste qu'avait occupé Monge (2).
A l'àge de quarante et un an, il est membre de l'Académie
des Sciences en remplacement du mathématicien Paul Painlevé
(3). Il présidera cette assemblée en 1950, tout comme
la Société mathématique de France. C'est
au lycée Janson-de-Sailly qu'il est élevé à la dignité de Grand
officier de la Légion d'honneur par Jules Moch, ministre de la
Défense Nationale. Travailleur
acharné, Gaston Julia publiera plus de 200 articles ou mémoires.
Il écrit plusieurs ouvrages dont certains deviendront des classiques. Elu
à l'Académie d'Uppsala (Suède) et à
l'Académie pontificale de Rome, sa réputation avait
largement dépassé les frontières. Parmi
ses enfants, deux suivront ses traces : Marc, directeur du département
de Chimie à l'Ecole Normale Supérieure, membre de l'Académie
des Sciences, et Sylvestre, directeur de recherches au CNRS. Au
fil des ans, les conséquences de ses blessures s'aggravent. Ses
souffrances sont de plus en plus fortes au point de devenir un calvaire.
Cela ne l'empêche pas de travailler. Il
aimait ses élèves, les suivait avec passion. Très
exigeant, il essayait de les façonner avec tout l'amour d'un
professeur. Il disait d'eux parfois : « Je ne pense
pas les làcher dans la circulation tant qu'ils ne sont pas
au point. » D'autres
opérations douloureuses, en particulier celle de la hanche, vont
l'obliger à se déplacer avec des béquilles. En 1971, la disparition
de son épouse fut un coup fatal. Il n'eut plus qu'une joie, celle
de l'entrée de son fils Marc à l'Académie des Sciences. Ensuite,
ce sera la fin du vieux lutteur, du brillant mathématicien le 19
mars 1978. O.G. 1.
Maurice d'Ocagne, mathématicien (1862 - 1938) / |
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