La lettre de Veritas N° 131 du 15 Mars 2009
Une association d'anciens
combattants en Afrique du Nord, la
FNACA, et ses soutiens politiques, dont, essentiellement,
le parti communiste français, avancent trois arguments principaux
pour justifier leur commémoration annuelle du 19 mars, et
rejeter celle du 5 décembre devenue depuis le 17 septembre
2003 la date officielle du souvenir des événements
d'AFN de 1952 à 1962.Ces arguments sont aisément réfutables :
1°/ La guerre
d'Algérie ne s'est pas terminée à cette
date
La campagne officielle
sur le terrain des opérations s'est terminée le 2
juillet 1962 (date de l'indépendance) comme l'atteste le
décompte des services de tous les personnels militaires qui
y ont séjourné entre le 19 mars et le 2 juillet 1962.
Pour qu'il y ait véritablement cessez-le-feu,
il faut que les deux adversaires le respectent. Or, historiquement,
ce ne fut pas le cas. Si, en application des accords d'Evian signés
la veille, l'armée française a effectivement, le 19
mars 1962, respecté le cessez-le-feu imposé à
chaque partie en repliant aussitôt ses unités sur leurs bases,
l'adversaire FLN, profitant de ce regroupement unilatéral,
et violant délibérément les dispositions des
articles 2 et 3 de ces accords, a occupé l'ensemble du terrain
d'où il avait été chassé dans les mois
précédents, franchissant même les frontières
tunisienne et marocaine au-delà desquelles il était
confiné.
Ayant ainsi le champ libre, il s'est livré
à des représailles sur les populations, que nos troupes
avaient, jusque là, protégées, dont l'ampleur
relève du génocide. Il en est résulté
un nombre de morts ou disparus civils que les historiens les plus
sérieux estiment à un minimum de 150.000 chez les
soldats, harkis et autres supplétifs et leurs familles dans
la population musulmane, auxquels s'ajoutent plusieurs milliers
de morts ou disparus dans la population européenne dite Pied-Noir.
Ces massacres ont été perpétrés
dans des conditions épouvantables qui rappellent étrangement
ceux qui, par la suite, dans l'Algérie indépendante,
ont eu lieu de manière chronique.
De surcroît, plusieurs dizaines de soldats
français de l'armée régulière ont été
tués ou blessés après le 19 mars, soit
dans des accrochages avec le FLN, soit dans des attentats FLN contre
nos militaires.
Ainsi, l'Histoire devrait-t-elle retenir que la
guerred'Algérie a fait, un nombre de victimes triple après
sa fin un nombre de victimes triple après sa fin « officielle »
qu'avant officielle » qu'avant.
A
lui seul, le fait historique de violation des clauses du cessez-le-feu
par le FLN interdit qu'on en commémore le souvenir.
2°/ En aucune manière
le 19 mars ne peut être comparé aux deux armistices
Le 11 novembre 1918
et le 8 mai 1945 mettaient fin aux deux Guerres mondiales au
cours desquelles la
France avait subi des souffrances considérables,
et vu son sol occupé pour un cinquième dans la première,
et en totalité, dans la seconde. En aucune manière,
ces deux guerres mondiales ne supportent la comparaison avec les
événements d'AFN, ni par l'ampleur, ni par les pertes
humaines, ni par les dommages de guerre.
D'ailleurs, lorsqu'un terme fut enfin apporté
par un armistice (et pas seulement un cessez-le-feu) respecté
de part et d'autre, aux épreuves de ces deux Guerres
mondiales, ce fut un jour de liesse extraordinaire sur le front,
et dans nos villes et villages. Rien de tel, bien au contraire,
sur le sol métropolitain et dans nos unités, en Algérie.
Quant à nos compatriotes de l'autre côté de la
Méditerranée et les populations qui
nous étaient restées fidèles, ce fut le
début de leurs tourments.
La rébellion en Algérie, qui prit
naissance le 1er novembre 1954 et qui s'est poursuivie
jusqu'à l'indépendance algérienne, le 2 juillet
1962, soit pendant près de 8 ans, s'est toujours déroulée
sur le sol français, les départements algériens
faisant partie intégrante de la
République française, au même
titre que la Corse,
la Réunion
et les Antilles-Guyane.
Il s'agissait donc, contrairement aux deux Guerres
mondiales, d'une affaire franco-française. Jusqu'à
présent, la
France s'est toujours abstenue de commémorer
les drames nationaux de la honte. On ne commémore pas
l'armistice du 22 juin 1940
3°/ Le Choix du 19
mars a une signification politique
Mais, au-delà
des arguments énoncés par la
FNACA pour justifier son choix de la commémoration
du cessez-le-feu en Algérie, la question se pose de savoir
pourquoi cette association s'accroche-t-elle avec autant d'acharnement
à la date du 19 mars et pourquoi est-elle aussi vivement
soutenue par le parti communiste français et un certain
nombre de personnalités et prétendus « historiens »
ou « spécialistes » de la guerre
d'Algérie.
Pendant toute la campagne d'Algérie,
le principal opposant à la politique française en
Algérie fut le parti communiste. A l'époque
de la guerre froide où ce parti appliquait avec conviction
les consignes qu'il recevait de Moscou, il ne pouvait, à
l'instar du Bloc de l'Est, que soutenir la rébellion algérienne.
C'est ce qu'il fit, et pas seulement par son
opposition politique parlementaire et journalistique. Plusieurs
affaires dévoilées à l'époque ont
montré qu'il pouvait aussi avoir recours à des soutiens
plus directs concernant notamment la désertion de certains
de ses membres (comme, par exemple, l'aspirant Maillot) vers les
rangs du FLN, l'appui matériel et financier dont l'aboutissement,
entre autre, a été l'acheminement d'armes de pays
de l'Est vers les camps extérieurs du FLN qui ont, ensuite,
été utilisée contre des soldats français,
en particulier des appelés du contingent.
Or, les militants communistes ont toujours
été très actifs au sein des instances nationales
de la FNACA
où ils ont occupé des postes clés, et ce
depuis sa création, en pleine guerre d'Algérie en
septembre 1958 (elle portait alors le nom de FNAA (Fédération
Nationale des Anciens d'Algérie), le « C »
de combattants ayant été rajouté à
son 4ème congrès national en mars 1963).
Pour se convaincre de l'action convergente des
dirigeants de la
FNACA et du parti communiste, il suffit de se
reporter aux débats des 15 et 22 janvier 2002 à
l'Assemblée Nationale sur le projet de loi tendant à
officialiser la date du 19 mars pour la commémoration des
événements d'AFN. La lecture des explications de
vote des députés communistes et l'étude des
scrutins sont édifiantes.
Parmi les votes positifs, aucune défection
(35 inscrits = 35 votants et 35 voix pour). Quant aux défections
dans tous les autres groupes parlementaires de la majorité
dite « plurielle » d'alors, qu'elles
soient sous forme d'absentions ou sous celles de votes négatifs,
elles sont importantes, et, à peu près, également
réparties.
Aussi est-il permis de s'interroger sur les
véritables instigateurs de ce projet de loi adopté
à l'issue du débat du 22 janvier 2002 dont on observera
cependant qu'il ne connut aucune suite sous le gouvernement Jospin
de l'époque.
Il est significatif d'observer que les personnalités ou
les organisations les plus engagées dans les campagnes
antimilitaristes ou de dénigrement systématique
de l'action de l'Armée française en Algérie
sont, aussi, celles qui se déclarent les plus attachées
à la commémoration du 19 mars. On y trouve, notamment,
un certain nombre de noms que l'on a pris l'habitude de regrouper
sous l'éloquent vocable de « porteurs
de valises ».
Ainsi, tout naturellement, la date du 19 mars
commémorée en Algérie comme celle de la « victoire
du FLN sur l'armée française, comme l'a illustré
un timbre célèbre de la poste algérienne édité
au 35e anniversaire du cessez-le-feu, marque-t-elle aussi la victoire
idéologique des communistes français et de leurs alliés
à l'issue de cette guerre. »
Général François
LESCEL
Président de la
FARAC
|