La Semaine par Jean-Marie ROUART


(Nice-Matin du dimanche 14 octobre 2007)

 

immigration: un musée de
nos incohérences politiques

Chirac + Toubon une association d'incompétents culturels

Mercredi. - Un couscoussier, une machine à coudre, un fer à repasser, des valises en carton, des théières marocaines, et des scoubidoubidous : c'est ce dépotoir dont aucun marché aux puces ne voudrait qu'on ose nommer musée. Eh oui, les Musées de France lui ont donné ce label. L'Etat est-il devenu fou? Je manque de mots pour exprimer mon indignation au sortir de la visite de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration qui a ouvert ses portes aujourd'hui, en lieu et place de l'ancien Musée des colonies de la Porte Dorée à Paris. Ce merveilleux monument de l'architecte Albert Laprade contient des chefs-d'œuvre de l'Art déco: des meubles de Ruhlmann, des sculptures de Janniot, vient d'être colonisé à son tour par le politiquement correct. Ce musée que Sarkozy et Hortefeux ont refusé d'inaugurer a-t-il d'autre but que de participer sournoisement à cet « empoisonnement » dont parlait Jack Lang? Faire de la France un pays xénophobe en tordant le cou à la plus élémentaire vérité. Voilà le beau travail de l'Etat. Avons-nous tant d'argent à gaspiller pour nous flageller? Il est vrai qu'il n'y avait pas beaucoup à attendre d'un projet culturel conçu de concert par un ancien président de la République à la culture incertaine - il a avoué préférer le sumo à Victor Hugo - et un grognard de la Chiraquie, Jacques Toubon, que personne n'a jamais considéré comme une lumière. Mais renvoyé dans ses foyers par le suffrage universel, il fallait bien le caser quelque part puisque la République, qui n'est plus à une incompétence près, agit avec autant d'arbitraire qu'autrefois la monarchie. Dommage qu'elle soit moins éclairée. La seule contribution de Jacques Toubon à la cause de l'immigradon est d'avoir, comme ministre de la Justice, refusé d'accorder à Omar Raddad, un second procès. Voilà une belle occasion manquée de venir en aide à un immigré victime d'une erreur judiciaire. Jacques Toubon voit la paille dans l'oeil des Français « xénophobes ». Il ne voit pas la poutre qui est dans le sien.

Le résultat est ce qu'il devait être: nul. Un gâchis. On a abîmé un beau monument* et on lui a donné la vocation débile de gratter nos plaies en matière d'immigration et de réveiller nos culpabilités. On aura rarement mêlé sans aucune pudeur le népotisme présidentiel, l'instrumentalisation de la culture à des fins politiques et la gabegie financière. Car cela va vous (nous) co×ter cher d'avoir, sous un vague alibi historique, l'insigne bonheur de contempler une paire de ciseaux et un fer à repasser qui se battent en duel : la modique somme de vingt-trois millions pour les travaux, plus sept millions pour le budget annuel de fonctionnement. C'est onéreux pour ce dépotoir de nos vieilles repentances. A quand un musée de nos incohérences politiques? M. Toubon serait tout à fait habilité à en prendre la direction. Pas la peine, c'est déjà fait


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Aimé Césaire appelle l'Etat à sauver le Lycée Schoelcher de Fort-de-France
Le poète et député-maire honoraire de Fort-de-France Aimé Césaire  appelle à sauver le lycée Schoelcher de la ville en le classant « bâtiment historique », dans une lettre à la ministre de la Culture, Christine Albanel, rendue publique hier. « Construit dans les années 1930, cet ensemble présente un intérêt majeur dans l'histoire de l'architecture du XXème siècle sur le plan international Les îles de la Caraïbe ont constitué un laboratoire d'expérimentations architecturales et urbaines à cette époque », a souligné Aimé Césaire. Le poète de la Négritude rappelle l'importance du lycée pour le patrimoine martiniquais » et le passage par ce lycée d'un « grand nombre de Martiniquais de renom qui y ont fait leurs études ». Le lycée Schoelcher, qui fête son 70e anniversaire  cette année, doit être détruit pour être reconstruit sur un même site. Le projet architecturai retenu par le conseil régional de la Martinique prévoit de garder deux des anciens bâtiments.

Que doit-on penser de ce rapprochement ? Qu'il vaut mieux en rire que d'en pleurer

*Le musée de "L'Immigration" est établi dans le "Palais Lyautey" lui aussi construit dans les années 1930 ; il ne devait surement pas présenter d'intérêt majeur aux yeux des promoteurs de ce gachis culturel.

Allez donc comprendre... Il n'y a certainement rien à comprendre...

 

Mis en page le 02/11/2003 par RP