Secrets d'Etat, des tas d'secrets !
Tiens donc ! Les moines de Tibehirine
ont été victimes d'une « bavure »
de l'armée algérienne. Il n'y avait apparemment
que le Président de la République, Nicolas Sarkozy,
pour l'ignorer. Les Algériens le savaient, les Pieds-noirs
le savaient. En France, ce secret de polichinelle fut recouvert
du manteau souillé du « secret d'Etat ».
Au fil des révélations, on trouve bien des noms :
Jacques Toubon, ministre de la Justice, Alain Marsaud, ancien
chef du service central de lutte anti terroriste, Jean-Louis Debré,
Charles Million, Alain Juppé, alors Premier ministre, le
général Philippe Rondot, chargé de mission
opérationnelle à la DST, le préfet Jacques
Dewattre, ancien directeur de la DGSE, tous savaient et se sont
tu sur ordre. En relation directe avec ces assassinats, celui
de l'évêque d'Oran, Monseigneur Claverie, considéré
par le pouvoir algérien comme un trublion : Il était
venu saluer Hervé de Charrette à Alger et revenait
à Oran « de façon inopinée :
un déplacement effectué dans un pays en guerre (civile)
où les voyages des personnalités étaient
surveillés. La technicité des auteurs de l'attentat
qui avaient employé une bombe télécommandée
avait également surpris. » (Thierry Oberlé,
le Figaro, Mardi 7/7/2009). Et voici que Nicolas Sarkozy décide
de lever le secret défense sur tous les documents pour
éclaircir les zones d'ombre de ces deux affaires dans lesquelles
le gouvernement de l'époque s'est empêtré
par peur des bombes du GIA en France et pour ne pas faire de peine
au sultan d'Alger, Bouteflika : business d'abord !
Or, il ne semble pas que les observateurs
et les journalistes aient constaté une co•ncidence étrange :
Il se trouve qu'en Algérie le pétrole ne suffit
plus aux appétits des apparatchiks et le mécontentement
du peuple se fait de moins en moins discret. Bouteflika qui a
tiré les enseignements de la politique veule et repentante
de la France, se tourne vers des investisseurs aux dents longues :
Inde et Chine en particulier. Mauvaise perdante, la France aurait-elle
soudain décidé de livrer en p‰ture un Bouteflika
malade, déconsidéré dans son pays ?
Et du même coup, de jeter une pluie de pierres dans le jardin
de son prédécesseur qui aurait couvert de son silence
ces turpitudes ? Qui sait ?
Au nom de la vérité,
on ne peut qu'apprécier ce louable souci de transparence.
Mais, si j'ose dire : et si on allait plus loin ? Si
on levait le secret des archives non encore ouvertes ? Si
on osait reconnaître que les barbouzes et le SAC de Pasqua
ont été d'abominables tortionnaires des Français
d'Algérie ? Que beaucoup de bombes, d'assassinats
imputés à l'OAS ont été l'Ïuvre de
ces polices parallèles, De Gaulle régnante ?
Et remontant dans le temps, reconnaître l'implication « du
plus grand des Français » dans les attentats
et les assassinats des heures troublées de 1942 à
1944 à Alger, puis dans ceux de la « Libération »...
La litanie des « secrets d'Etat » que nous
dénonçons depuis tant d'années risque de
retentir douloureusement aux oreilles des Français soudain
déniaisés !
Rien de nouveau sous le soleil. Devinez
de qui sont ces vers :
« Vérité, tu sais comme on broie
Tous les baillons entre ses dents ;
Un roi peut te fermer son Louvre ;
Ta flamme importune, on la couvre,
On la fait éteindre aux valets ;
Mais elle brûle qui la touche !
Mais on ne ferme pas ta bouche
Comme la porte d'un palais ! »
Ils sont de Victor Hugo, dans Les
chants du Crépuscule, en juillet 1830...
Geneviève de Ternant
8 Juillet 2009
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