Théoule/Mer
    1er mai 2007
     

Pélerinage à Notre-Dame d'Afrique

Malgré les menaces de la météo, journée magnifique, ferveur et piété dans ce désormais traditionnel pélerinage à Notre-Dame d'Afrique à Théoule, placé cette année sous l'oecuménisme

La foule, foule émue et recueillie, venue nombreuse pour rendre hommage à Notre-Dame
et prier pour tous ceux qui nous ont quitté et qui reposent sous sa protection ici et en terre d'Afrique.

Organisation sans faille de toute l'équipe du Président Rochette.


Une partie de l'assistance

 

Partie de l'assistance

 

ALLOCUTION PELERINAGE DU 1er MAI 2007 THEOULE S/MER

Chers Amis de Notre Dame d'Afrique,

Votre présence aujourd'hui à cette cérémonie du souvenir, 45 ans après notre déracinement, démontre, s'il le fallait encore, notre volonté d'affirmer que votre mémoire n'est pas totalement défaillante malgré les cheveux blancs. Bien au contraire.

Il aura suffi de l'amputation d'un seul mot dans la loi du 23 février pour que cette attaque inacceptable soit ressentie comme une insulte de trop survenant précisément au moment où la projection des « Blessures de l'Histoire » de Gilles Perez renvoyait à la face de la France, l'image réelle de l'Algérie française. Véritable électrochoc basé sur des témoignages irréfutables présentés sans haine par ceux qui en furent les victimes.

Cette remise en cause publique de l'histoire officielle racontée par des « spécialistes historiens » ou « scientifiques » qui ne sont que de mauvais et dangereux bonimenteurs idéologues et partisans. L'un d'entre eux, né en Algérie française, en est le modèle le plus répugnant.

Rassemblés en la prestigieuse cathédrale Notre Dame de Paris et à l'Arc de Triomphe le 26 mars dernier, nous avons pu, devant une assemblée nombreuse et digne, mesurer le même phénomène et rappeler que nous étions plus que jamais attachés aux valeurs de VERITE par l'accès aux archives sur cette période tragique et occultée.

Cette exigence de vérité nous permettra de franchir le temps de la Mémoire pour passer à celui de la transmission afin de laisser à nos petits-enfants un héritage historique sans lequel ils deviendraient des déshérités de l'histoire !

Nous savons que des voix s'élèvent et que des consciences s'expriment dans ce sens, nous y sommes très attentifs et nous nous réjouissons de constater cette évolution dans les esprits, même si elle est tardive.

L'édification du Mémorial de Notre Dame d'Afrique s'inscrit précisément dans cette perspective pédagogique.

Sa réalisation matérielle est un catalyseur de bonnes volontés, de générosité et un signe d'appartenance à un groupe humain de bâtisseurs.

Les rassemblements qui s'y déroulent permettent comme aujourd'hui de partager et de continuer à vivre une histoire commune en y mêlant d'autres générations et d'autres origines favorables au même état d'esprit d'ouverture et aux valeurs qui s'y rattachent

La référence à Notre Dame d'Afrique enfin qui nourrit l'âme de beaucoup d'entre nous et permet à certains d'atteindre une dimension que Jean Paul II nous rappelle :

«  Il est bon que les citoyens d'un pays puissent faire référence à leur histoire, en célébrant les valeurs que leurs devanciers ont vécues et qui demeurent à la fois un fondement de la vie présente et une orientation pour leur avenir. »

Chers amis, vous êtes sur le Mémorial de Notre Dame d'Afrique de Théoule sur Mer, à l'image de la basilique d'Alger et dans le même esprit, ensemble, nous avons adressé nos prières à celle qui a toujours su écouter ses enfants.

Avec de modestes moyens et quelques aides mesurées nous avons réussi à édifier ce qu'il y a 10 ans n'apparaissait plus réalisable et amenait les concepteurs à envisager l'abandon du projet. Et pourtant, grâce à tous les bâtisseurs, les donateurs, les anonymes, grâce à l'engagement, l'accompagnement de certains d'entre vous, grâce à cette foi qui renverse les montagnes, à cet esprit pionnier qui a caractérisé les défricheurs des marais de la Mitidja, qui ont vaincu et le paludisme et la malaria, grâce à des sacrifices et des aides locales offertes par les indigènes provençaux, nous touchons au but en sachant toutefois que les chantiers du mémorial ne sont pas terminés, car Marie, Notre Dame d'Afrique, attend de nous des engagements que nous aurons à cur de mener à leurs termes.

Claude Rochette
Président

 

Le Président Rochette

 

Les officiants pendant la messe

 

Homélie prononcée par Mgr Henri VERDIER, Vicaire épiscopal,
pendant la messe célébrée en l'honneur de
Notre Dame d'Afrique à Théoule, le 1er mai 2007.

En découvrant il y a quelques jours le magnifique mémorial que vous avez édifié - grâce à la ténacité et l'énergie d'un petit groupes de bénévoles - à la mémoire de ceux et celles - de tout âge, de toutes conditions, de toutes races, et de toutes religions dont le souvenir brûle encore votre cœur, j'ai pu lire cette phrase : « le pardon n'est pas l'oubli ».

Certes, et même, soyons sincères : pour nous, chrétiens, l'exigence évangélique du pardon - «pardonnez à vos ennemis », « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons... » - si nous y prêtons attention, nous paraît bien souvent utopique, voire révoltante. Pourquoi ? Trois raisons sont souvent avancées. Pour beaucoup de gens, le pardon est opposé à la justice, - telle du moins que nous la comprenons - ; pour certains, le pardon est signe de faiblesse ; et pour d'autres il est un encouragement au mal. Nous ne pouvons ignorer ces objections, mais - chrétiens - nous devons les éclairer à la lumière de l'Évangile.

            Le pardon et la justice

Il est vrai que le pardon et la justice semblent au premier abord opposés l'un à l'autre; du moins si nous admettons la définition de la justice comme celle qui demande de « ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'on nous fasse à nous-mêmes ». L'idéal de la justice humaine est en effet le retour au statu quo ante ; rétablir la situation dans l'état où elle était avant que les événements ne se produisent. Mais nous savons combien ce rêve est utopique : on ne peut pas faire que ce qui a été, l'ait été et l'on ne peut ni remonter le temps ni l'arrêter. « Tout coule, disait déjà Héraclite, voici 2.400 ans, tout est dans un perpétuel courant, rien ne reste semblable à soi-même ». Pourtant, la sagesse populaire le dit bien et vous avez eu raison de l'inscrire au sommet de ce mémorial : « pardonner, n'est pas oublier ». Est-ce à dire que la justice et le pardon sont inconciliables ?

Pour sortir de l'impasse, nous devons regarder la justice divine qui, non seulement retourne la consigne en disant : « fais à autrui ce que tu voudrais qu'on te fasse à toi-même », mais qui, devant la faute, ouvre sans cesse une porte à l'avenir: celle de l'amour. Parce que l'homme est image de Dieu, ce dernier ne peut réduire sa créature à n'être que ce qu'elle a fait. Et c'est pourquoi le Seigneur ne cesse d'inviter l'homme à se convertir, c'est-à-dire à ouvrir sa porte à l'amour.

Le pardon est signe de faiblesse, diront certains Bien au contraire, à regarder de près, pardonner c'est se montrer supérieur au mal subi, en sachant le dominer, en ouvrant les chemins de l'avenir. Dans les cas les plus extrêmes, il est vrai qu'il y a des blessures qui ne peuvent cicatriser, et que vouloir parler trop vite de pardon laisserait supposer qu'on minimise l'offense subie ; à la limite cela friserait l'insulte. Chacun et chacune d'entre vous ce matin peut - en fermant quelques secondes les yeux - revoir de ces images qui nous brûlent à jamais

Pour ma part, moi qui n'ai aucune attache familiale avec l'Afrique du Nord, ces images se sont gravées dans ma mémoire le jour où, jeune vicaire, j'ai été appelé pour confesser et donner le sacrement des malades à une vieille dame qui était en fin de vie. Ayant très calmement et lucidement dit dans sa confession ce qu'elle avait à dire, elle ajouta : « Mais M. l'abbé, je dois vous dire quelque chose : même à quelques heures de ma mort, je ne pourrais jamais pardonner à certaines personnes ». et au bout de quelques secondes de silence, elle ajoutait : « Quand on a vu son mari mort, son fils et sa fille égorgés devant soi, on ne peut pas pardonner ! » A l'instant même, c'est comme si une chape de glace était tombé sur mes épaules ! Que lui dire ? Comment ne pas comprendre son désarroi ? Et pourtant, l'exigence évangélique était là, et je devais en conscience la rappeler. C'est alors que je lui ai demandé « Que vous n'ayez pas la force de pardonner, je ne peux que le comprendre. Mais si, quand vous allez vous retrouver devant le Seigneur, lui vous donne cette force, la lui refuserez-vous ? » - Après quelques secondes - elles sont longues dans ce genre de cas - elle finit par me dire « S'il me la donne, je ne la lui refuserai pas ». Avec conviction, je pus alors lui dire « Alors, allez en paix »

Alors, savoir pardonner relève de l'héroïsme, dira-t-on. Non, mais cela relève de la sainteté, c'est-à-dire de l'abandon entre les mains de Dieu : « Père pardonne-leur », dira Jésus sur la croix. Devant le rappel des épreuves qui nous ont frappées, nous ne pourrons trouver la force de pardonner qu'en contemplant l'amour de Dieu manifesté par le Crucifié qui ne cesse de nous offrir le don suprême du pardon. Et c'est là que résident la spécificité de l'« a-normalité » du message chrétien.

Ce serait en effet le cas si le pardon supposait la suppression du châtiment. Or, ce dernier - s'il ne se défigure pas en vengeance - est indispensable, dans la mesure où il doit permettre au responsable de prendre conscience du mal commis et de lui permettre de se reprendre. Mais le châtiment est indispensable aussi dans la mesure où il permet à la personne offensée de prendre de la distance par rapport à l'événement, afin de pouvoir se tourner résolument vers l'avenir.

Le pardon ne serait un encouragement au mal que s'il « effaçait » la faute, s'il permettait de faire comme si rien ne s'était passé. Or, il faut le redire : le pardon n'est pas l'oubli ; c'est précisément parce qu'ils sont irréparables que le péché peut être pardonné, que la faute peut être absoute. Péché et faute sont irréparables, parce que le présent de l'homme contient tout son passé et que d'une certaine manière le repentir arrive toujours trop tard : le mal est fait et il n'est pas possible de revenir en arrière. Mais au lieu d'arrêter le cours du temps, l'Évangile nous invite à regarder en avant : l'amour vient de l'avenir.

« donne ce que tu ordonnes ; et ordonne ce que tu veux »

 

La communion

 

Dépot individuel de fleur aux pieds de Notre-Dame