Adios Pierre Dimech, ami fidèle et vice-consul de Patagonie !

Par Présent

Publié le 27 avril 2022

 

Après Alain Sanders (Présent du 26 avril), c'est au tour de François Tulli, Geneviève Troncy-Bortolotti et Philibert Perret de saluer la mémoire de notre ami Pierre Dimech.

    Pierre Dimech a rejoint l'Au-delà des mers à 87 ans, après une vie passionnée et passionnante. Il était membre du « canal historique » de la première heure de Présent. C'était un ami fidèle.

    Il était aussi Patagon, vice-consul de Patagonie à Salon-de-Provence, membre du Cercle patagon de l'Inutile et vice-président du Cercle Patagon des Amis de Spetsai, une île grecque lumineuse, chère à Michel Déon, autre Patagon. Pierre y avait été reçu chez l'écrivain, dans sa villa blanche dominant la vieille rade, quand il avait jeté l'ancre dans cette petite île, au printemps 1971, pour « réparer ses rames brisées », selon l'expression du poète Georges Séféris, que Pierre aimait citer. Il avait passé quelques nuits à Spetsai avec son épouse, dans un palace des années trente en travaux de réfection, juste ouvert pour eux, dans une chambre donnant sur la mer, prolongée par un vaste et imposant balcon ouvragé de fer forgé, aussitôt baptisé « notre balcon de Spetsai » comme il nous l'avait raconté, avant que nous partions sur ses traces cinquante ans plus tard... Ces quelques centaines de mètres au bord de la mer Egée, les bougainvillées en couronne sur les tonnelles, sur fond de façades crépies à la chaux éclaboussées de lumière, l'eau limpide, cristalline et le soleil au zénith de Spetsai, lui avaient rappelé sa chère Algérie, ce continent qu'il avait perdu. Comme il nous l'avait écrit : « Les îles étaient vraiment, au moins encore en partie, ce que nous attendions : des refuges. »

« Partir de Spetsai, c'était déjà glisser un peu de mort en moi.
Sous les doigts, la page ne tourne pas :
elle se froisse, se déchire.En somme, il faut l'arracher. »
Michel Déon, Le balcon de Spetsai

    Pierre était fier de ses origines famili ales maltaises, c'était un pied-noir et défenseur infatigable de l'Algérie française et son accent ne trompait pas (il nous l'avait écrit : « je grandis sous la lumière d'Alger, qui m'irradia jusqu'à me brûler l'âme et le corps »), un Sudiste et un amateur de country music. C'était un catholique attaché à la Tradition, grand ami du Barroux. Membre de nombreuses associations et partis politiques, d'Alger à Paris, il avait choisi dès sa jeunesse algérienne le camp des saints et de la défense de l'Occident.

    Très cultivé, Pierre était un grand lecteur, notamment des livres de Jean Brune... il nous avait raconté leurs rencontres et son ultime dîner avec l'écrivain algérois aux « Trois Horloges », restaurant de la rue Brancion à Paris..., lecteur aussi passionné de Raspail, Kazantzaki, Brasillach, Tesson, et tant d'autres... Pierre était juriste, écrivain, journaliste, dessinateur et peintre amateur. Il était passionné par les paquebots, les ports et les croisières (sa dernière en Patagonie et à travers le détroit de Magellan). A Paris, le musée de la Marine était sa « gare maritime de Paris », où il avait fait l'acquisition de la plupart de ses navires en plomb au 1/1250e, fleuron de ses vitrines bien remplies... Très conservateur, Pierre vivait au milieu de ses archives et de ses souvenirs...

    Depuis sa jeune adolescence, il était aussi amoureux fou de l'Opéra, des opéras d'Alger, de Paris et de province. Notant minutieusement dès l'âge de 15 ans sa vie et ses « sorties » dans des petits carnets, il tenait des comptes précis, pouvant se réjouir par exemple d'avoir vu « pour la 17e fois La Tosca, le samedi 13 mars 1965 lors de sa 234e sortie à l'opéra, tous endroits confondus ! ». Il aimait raconter aussi la course poursuite dans sa Mini Morris 850, avec la Rolls de Maria Callas après la dernière représentation de La Tosca à Paris, toujours en 1965, klaxonnant frénétiquement, et obtenant de La Diva ...véritable déesse descendue de l'Olympe pour Pierre...... qu'elle baisse sa vitre et que sa main gantée de noir jusqu'au coude se porte à sa bouche pour lui envoyer un baiser !

    C'était un plaisir de discuter avec lui, notamment lors de nos dîners parisiens avec Jean Raspail à la chancellerie de Patagonie et au téléphone où l'on avait, l'un comme l'autre, du mal à raccrocher ; il avait tant de choses à raconter.

Il faudrait aussi raconter son amour pour le Quartier latin, le Jardin du Luxembourg où il vécut des moments de tendre bonheur, le boulevard Raspail (pas de hasard !) où il eut son bureau pendant plusieurs années, l'Hôtel Drouot pour les tableaux d'Algérie, bien entendu, notamment cette « vue d'Alger peinte depuis la Jetée Nord avec en premier plan le bassin de l'Amirauté et sa flotte de petits voiliers »...

    Cher Pierre, comment vais-je pouvoir supporter à la place de vos récits virevoltants la platitude de presque tout ce que l'on entend aujourd'hui ? Je vais appeler votre chère Josette, relire vos lettres et vos « bal(l)ades maltaises »...

    Evoquer Pierre, mon aîné de 45 ans, me ramène bien loin... Nous étions voisins quand j'étais enfant à Versailles, et nous nous croisions, rue Jacques Lemercier, dans la célèbre chapelle de Notre-Dame des Armées, du temps du chanoine Porta et sur les chemins de Chartres à la Pentecôte. Puis j'ai retrouvé sa trace bien des années plus tard, grâce à Alain Sanders, quand Pierre demanda la naturalisation patagone.

Nous entretenions depuis des relations familiales. Nous savions depuis quelque temps que son Eternité approchait, malgré une résistance courageuse face au « Big C » comme disait John Wayne (Pierre était aussi allé sur les traces de l'acteur à Alamo !).

    Sa voix chaleureuse et passionnée d'Algérois-Maltais-Français quand mêê

Et comme vous me l'avez écrit en février dernier, en conclusion de vos souvenirs parisiens, « le flot des souvenirs me submerge, j'ai une mélancolie à marée haute ». ...

François Tulli

 

Mis en page le 28/04/2022 par RP