Rapport Stora - Commentaire sur le commentaire de Jean-Pierre Lledo

 

Allez chercher à  comprendre ! Permettez-moi d'avouer mon incompréhension totale, je me sens « dépassé », ne voilà -t-il pas qu'à  présent nos anciens ennemis indépendantistes se mangent entre eux, se dévorent même, devrais-je écrire.

Qui s'autorise à  répondre, je dirais même à  « accabler » le rapport sur les mémoires de la colonisation et de la guerre d'Algérie, remis par le « collabo » Benjamin Stora au Président Macron ?  Jean-Pierre Lledo, dans la « Revue politique et parlementaire ».

Lledo n'hésite pas à  préciser ses prétentions à  détenir la vérité sur l'Algérie coloniale, vérité qu'il dénie à  Benjamin Stora.

Tout comme Stora, précise-t-il, il est né en Algérie, mais trois années plus tard. Tout comme Stora, ajoute-t-il, il est juif. Mais il tient à  marquer sa différence dans la « trahison » : LUI est toujours de nationalité algérienne. LUI a été un militant communiste partisan de l'indépendance de l'Algérie. LUI a été condamné par « ses anciens camarades » et LUI n'a quitté l'Algérie qu'en 1993, pour se réfugier en France et, enfin, LUI s'est posé la question durant 31 années pour comprendre : « Pourquoi y a-t-il eu un exode massif des non-musulmans en 1962 ?».

Lledo a mis donc trois décennies pour réaliser que « c'était le projet nationaliste même qui excluait toute mixité ethnique », ce que nous aurions pu lui expliquer en trente secondes.

Jean-Pierre Lledo est « effaré » devant la personnalisation de ce « Rapport ». Il aurait souhaité que son auteur (Stora) s'efface « au lieu de nous infliger son autobiographie politique » et « ses amitiés algériennes ». Il reproche à  Stora, en toute légitimité d'ailleurs « de faire éditer ce « Rapport » sous forme de livre, à  son propre nom naturellement. »

Mais ce qui me semble devenir plus que « bizarre », oui, j'ai bien dit « bizarre », c'est que le communiste et ancien FLN Lledo attaque de front le plus que communiste et collabo Stora, sur le fond même de son « Rapport » qui, toujours selon Lledo, « on ne sait pas à  qui il serait destiné : à  la France ou à  l'Algérie ? » 

Jean-Pierre Lledo reproche ouvertement à  Benjamin Stora, par exemple, et entre autres, « que lorsque des massacres sont évoqués, il ne s'agit que de ceux dont ont été victimes les Algériens ». Il lui reproche de ne pas avoir signalé « qu'en mai 1945, à Sétif, et en août 1955, dans le Constantinois, « ce sont les nationalistes arabes qui déclenchèrent les insurrections, dont la cible « au faciès » furent les non-musulmans ». 

Il reproche à  Stora de ne pas avoir suffisamment indiqué que « l'action musclée de l'armée française, durant la bataille d'Alger, fut provoquée par une vague terroriste du FLN, « qui cibla avec des bombes essentiellement des civils ». 

Il reproche à  Stora de ne parler que des 3 000 disparus algériens de la bataille d'Alger, mais de taire les   3 000 disparus, non-musulmans, de l'année 1962, à  partir du « cessez-le-feu » du 19 mars.

Il reproche à  Stora de ne donner que les noms des femmes arabes torturées et violées par des militaires.Mais pas les noms de ces deux enfants, Nicole Guiraud et Danielle Chiche, victimes de la bombe posée au Milk Bar par Zohra Drif (Lledo aurait pu prendre la peine de citer également quelques centaines d'autres victimes, mais passons !)

Selon Jean-Pierre Lledo, cet unique narratif historique, remis par Stora, serait le principal obstacle à  une réconciliation franco-algérienne « car il fait écran à la vérité » !

Et il ne s'agit là  que d'une première partie des critiques de Jean-Pierre Lledo contre Benjamin Stora. La guerre est déclarée, il y aura une suite à  cet « affrontement », que nous attendons avec l'impatience que vous pouvez comprendre, entre ces deux « collabos » dont l'un (Lledo) connaît parfaitement l'Algérie algérienne et l'autre (Stora) la France algérienne.

Je suis persuadé, à  la première lecture de cette critique et des arguments avancés, que le Président Emmanuel Macron a commis une erreur stratégique en confiant l'écriture de ce « Rapport » à  Benjamin Stora : il aurait, sans nul doute, dû le proposer à  Jean-Pierre Lledo.

Pardonnez-moi si je me sens contraint d'avouer cela ! Mais Jean-Pierre Lledo sait de quoi il parle, ce qui n'est pas le cas de Benjamin Stora.

Manuel Gomez


Mis en page le 12/02/2021 par RP