Nice-Matin du 16 mars 2005

De nombreux cimetières , comme en témoigne cette photo,
ont été vandalisés
Cimetières en
Algérie :
l'appel à l'aide des rapatriés
Ils invitent la France à
prendre financièrement en charge le transfert sur son sol
de pieds-noirs enterrés de l'autre côté de la
Méditerranée
Annoncée la semaine dernière dans nos colonnes, la condamnation
de 62 petits cimetières français
en Algérie continue à susciter beaucoup d'émoi
au sein de la communauté pied noire.La plupart des 4000 familles
concernées ont appris par notre intermédiaire le douloureux
choix qui leur est imposé. Elles devront transférer à
leurs frais les proches inhumés de l'autre côté
de la Méditerranée. Ou alors se résoudre à
un regroupement des corps dans des « tombes collectives ».
De nombreux pieds noirs se disent « scandalisés et révoltés
». D'autres admettent que le regroupement de sépultures
dans de grands cimetières était inéluctable, compte
tenu de l'état d'abandon des petites unités appelées
à disparaître. « C'est bien entendu un crève
cur » souligne à Nice Fabienne Latapie, présidente
de l'ASCA (Association de sauvegarde des cimetières en Algérie).
« Mais c'était inévitable » ajoute
Yves Sainsot, président d'une autre association, l'Anfanoma.
« La réhabilitation de lieux saccagés et parfois
profanés était impossible ».
Divisés sur le bien fondé de l'accord négocié
entre Alger et Paris, les pieds-noirs se retrouvent sur deux revendications.
Ils réclament l'édification de stèles multiconfessionnelles
à l'emplacement des anciens cimetières. Et ils attendent
de la France qu'elle prenne financièrement en charge, partiellement
ou totalement, le transfert sur son soi des défunts. «
Un tel rapatriement coûte 1 500 euros par corps »
rappelle Yves Sainsot. « De nombreuses familles n'ont pas les
moyens de payer ».
L'Etat fait la sourde oreille
Au sein du Haut conseil des rapatriés, qui fut associé
à l'élaboration du dispositif, Yves Sainsot a vainement
réclamé en 2004 une telle aide. Des élus, dont
les députés UMP des A.-M. Michèle Tabarot et Jérôme
Rivière, lui ont récemment emboîté le pas.
A ce jour sans résultats. « Une prise en charge n'est
pas à l'ordre du jour » avance un responsable du ministère
des Affaires Etrangères.
Le porte-parole du quai d'Orsay entend, en revanche, rassurer les rapatriés
souhaitant assister aux regroupements de sépultures : «
L'Etat algérien veillera sur leur sécurité
». Si l'autorité du gouvernement Bouteflika a effectivement
été restaurée dans les villes, elle semble moins
affirmée dans les campagnes. D'où l'inquiétude
à la Valette, près de Toulon, dAgnès Viallat: «
L'un de mes frères et surs se rendra sur les tombes
de nos grandsparents, à Ain Abessa, dans une région encore
troublée, la petite Kabylie. Qui le protégera ? »
Jean-Paul FRONZES.