THALASSA ET LES PIEDS NOIRS QUI N’EXISTENT PAS


Les téléspectateurs connaissent depuis longtemps « Thalassa » une émission, en principe consacrée à la mer, dont le caractère bon enfant attirait la sympathie... et un sujet en or qui paraissait exclure toute tentation idéologique et tout détournement d’intelligence. Et puis les nôtres avaient relevé ces derniers temps l’interview d’un patron pêcheur pieds noirs présenté « au naturel », sans caricature ni ridicule...une rareté, quoi !

Mais l’émission du 11 février, tournée à Marseille, en grande partie consacrée à cette ville, appelait pour le moins de sérieuses réserves, pour qui connait l’endroit...

On a encensé outrageusement les dockers marseillais : Or nous savons par expérience ce qu’il faut en penser !

On a pu entendre un personnage expliquer sans rire que Marseille était une ville calme qui avait digéré son immigration au motif que l’on y brulait moins de voitures que dans d’autres cités « française  ».... n’épiloguons pas !

Extraordinaire était le couplet sur Marseille « ville de tolérance »... Car louer ses qualités d’accueil est carrément un gag pour qui a un peu de mémoire, et se souvient des exactions et des insultes dont les dockers (encore eux ...) usaient à l’encontre des blessés d’Indochine arrivant sur des brancards.

Cependant, le summum fut atteint lorsqu’on a parlé des mouvements de peuples et de l’immigration, dans laquelle évidemment la cité phocéenne a tenu un rôle majeur. Le commentateur a réussi à évoquer les strates de population arrivées durant le siècle, en escamotant totalement la plus massive, la plus radicale et la plus rapide de toutes, la plus dramatique aussi. En 1962, trois cent mille réfugiés politiques au moins ont débarqué en quatre mois, dans les pires conditions, ruinés, désespérés, rescapés des massacres et des enlèvements... mais ils n’étaient que des Français d’Algérie, race négligeable dont le maire de Marseille, ville d’accueil, beuglait jusque sur les bancs de l’Assemblée Nationale qu’il fallait «les pendre, les fusiller, les rejeter à la mer...», en ajoutant qu’ils ne les recevrait jamais dans sa cité. Pas un sou ne fut débloqué pour les assister, des chalutiers ayant des blessés à bord furent interdits de visites de médecins, les crachats et les pierres étaient le lot de ceux qui campaient sur les quais et les gares, les containers de déménagement étaient jetés à la mer à bout de grues... peut-être n’était-il pas correct de rappeler ces épisodes sans importance  ? et encore moins de noter que ces mêmes réfugiés, arrivés dix huit ans plus tôt les armes à la mains pour libérer la ville, avaient déja été reçus parfois comme des gêneurs.

On comprend aisément que G.Pernoud, patron de l’émission, n’est pas directement responsable des propos tenus par ses interlocuteurs. Cependant, lorsque la vérité est outragée à ce point, il ne peut ignorer l’ampleur de la désinformation, laquelle ne résulte pas seulement de l’ignorance. Et l’impression de malhonnêteté qui s’en dégage ne redorera pas vraiment son émission... mais a-t-il le pouvoir de résister à l’affectueuse pression du « politiquement correct » ?

On regarde « Thalassa » parce qu’on aime la mer... alors question : est-ce que, même sur mer, nous n’existons pas ?

M. LAGROT
Responsable CVR
Hyères le 24/2/05


Mis en page le 25/2/2005 par RP