Jean Taousson... Encore un ami, très cher, qui vient de nous quitter..."Dindin" est décédé ce 25 janvier... Il était né en centre ville d'Alger le 30 juin 1930, cent ans jour pour jour après le débarquement français à Sidi Ferruch... Sportif : aviron au Rowing, Hockey au RUA, il sera champion d'Algérie dans ces deux disciplines. Elève des lycées Gautier puis Ben Aknoun, il fit toute sa carriére dans la presse : journaliste puis grand reporter à l'Echo d'Alger (de 1951 à 1961) puis à Paris-presse et à Paris Match ... Il est également l'auteur de nombreux ouvrages dont "Adieu Roumi", "Jacques Derrida, mes pôtes et moi", "Voyage au bout de l'Eden","La deuxième vie de Marc Rambert", "Alger ma Blanche", et de nombreux tableaux dans le style "naïf " ; Jean, père de deux filles, était cinq fois grand père ... Adieu cher Dindin ! tes nombreux amis te regrettent déja !...

John Franklin

 


Fier comme un Delta... Jean Taousson nous a quittés.

Il y a quelques jours, j’écrivais que nous vivions une triste saison qui, en quelques semaines, a arraché à notre amitié et à notre affection Hervé Cuesta, Jean-Marc Lopez, Aliette Raspail, Guy Sajer, Jean-Paul Angelelli

Et maintenant Jean Taousson. Pied-noir de l’espèce amoureuse, Jean Taousson est né à Alger le 30 juin 1930, jour précis du centième anniversaire du débarquement libérateur de Sidi-Ferruch, ça ne s’invente pas… L’école Horace-Vernet, les lycées Gautier et Ben-Aknoun, du foot au RUA (notamment car, sportif de haut rang, il brilla au plus haut niveau au hockey sur gazon et à l’aviron). A 20 ans, il est engagé comme journaliste à L’Echo d’Alger. Il en sera l’une des plumes vedettes jusqu’en 1961.

« Fier comme un Delta », ai-je noté en titre, référence aménagée de la chanson de Lo Cicero, Delta : « Fier un Delta n’a pas le droit d’aimer… » Il fut un résistant Algérie française au sein des commandos Delta du lieutenant Degueldre. Et, plus spécifiquement, au sein de Delta 3 dont le chef était Jean-Pierre Ramos (qui sera blessé par les gardes mobiles régimistes). Ramos, Taousson et quelques autres furent les héros de mon adolescence et des amis proches de mon père qui était aussi mon héros. Des amis de résistance totale à De Gaulle et à ses barbouzes, et, plus tard, des amis des heures paisibles à Nice, Marseille, La Ciotat, Cassis…

Jusqu’au bout, Jean Taousson (que nous appelions « Dindin », surnom du temps de sa jeunesse) aura été dans l’obéissance à son chef Jean-Pierre Ramos (qui est toujours bon pied, bon œil, heureusement). Combien de fois ne l’ai-je entendu répondre à des journalistes (rarement bien intentionnés) qui voulaient l’interroger sur ses années Delta : « Je vais demander à Ramos. » J’ai eu Jean au téléphone il y a dix jours, à l’hôpital (pour la dernière fois, hélas). J’ai encore sa voix dans l’oreille qui disait sa rabia contre des buveurs d’anisette, des inconnus au bataillon, qui avaient publié (ou envisageaient de le faire) leurs souvenirs d’anciens Delta supposés : « Des baltringues, rien que des baltringues… »

A son retour en métropole, Jean Taousson sera grand reporter à Paris Match de 1963 à 1978. Il aura couvert toutes les zones de guerre du monde, du Vietnam au Congo en passant par le Yémen et le Biafra. A partir de 1978, il va mener des missions sensibles à l’étranger pour des hommes politiques de haut rang. Mais là aussi, et quoique nous en sachions quelques épisodes pittoresques (voire des secrets), silence radio…

En 2010, il a publié, aux éditions de l’Atelier Fol’Fer, un livre de 500 pages, Adieu roumi. Préfacé par Pierre Lagaillarde : « Un très petit nombre d’hommes, à nos côtés, osèrent prendre les armes pour lutter contre les reniements, la trahison. Jean Taousson, capitaine courageux, était l’un d’eux. Il sera toujours mon ami. » Un « roman », ce livre ? Non. Un témoignage : c’est l’Autant en emporte le vent de l’Algérie française.

On a reparlé un peu (et n’importe comment) des pieds-noirs ces jours derniers. Jean n’en aura rien su et il a tiré sa révérence avant le funeste 19 mars prochain (1962-2022) et des commémorations qu’il redoutait : « Ce sont des coulos de première… Tu sais ce qui me fait rager ? C’est de n’avoir plus la force d’aller leur parler du pays… » Tu avais déjà tant fait, Jean… Tu as vécu à fond la caisse. Et nous, tes amis, mais plus encore tes deux filles et tes cinq petits-enfants à qui nous pensons très fort, nous sommes fiers de t’avoir connu et aimé. •

Alain Sanders (Présent du 30/01/2022)


Mis en page le 31/01/2022 par RP