FRAGMENTS
MORCELÉS DE
MÉMOIRES ÉVOQUÉS Ā L’EMPORTE-PIÈCE 3
Par
le docteur Jean-Claude PEREZ,
Echelonnement des trahisons …..
….en vue de l’assassinat
de la France Sud-Méditerranéenne
(1954-1962)
Comment ne pas s’interroger encore et encore ?
A l’instar de beaucoup d’autres, je suis asphyxié par un amas de
documents. Amas de documents qui révèlent à quel point la conjuration contre la
France en Algérie était riche, entre 1954 et 1956, d’une « banalité universelle ». L’Algérie française devait
mourir … en tant que « Française ». C’était vrai, nous dit-on encore de nos jours, comme est vraie l’inéluctabilité
de la mort.
Voilà donc formulée la « vérité » : la vérité de ceux qui se déclaraient lucides.
Ils étaient indiscutablement lucides, certes, quand ils préconisaient
un changement nécessaire de l’identité de l’Algérie. L’identité de cet immense
territoire africain étendu de la Mauritanie à la Lybie et de la Méditerranée à
la limite sud du Sahara, au contact de l’Afrique profonde. Cette terre où,
encore de nos jours, il est possible parfois d’effectuer un rezzou dans un pensionnat
de jeunes filles et d’enlever 250 pensionnaires chrétiennes et musulmanes pour
assurer le confort sexuel des « guerriers
djihadistes ».
Cet immense territoire, l’Algérie, était-il devenu historiquement et
géopolitiquement trop important pour la France ?
Pour la France seule ?
Certainement. Car l’Algérie, à cause de la guerre qui s’y déroulait « pour le triomphe de l’arabisme et de
l’islam »
[1]
avait accédé au rang d’un problème ou plutôt au rang d’un drame européen.
C’était l’Europe, en réalité, que l’ennemi prétendait soumettre, à
partir de l’Algérie française. La soumettre au « triomphe de l’arabisme et de l’islam ».
Animé de cette conviction, j’ai eu l’occasion d’exprimer un regret à
maintes reprises : c’est à Alger qu’aurait dû naître l’Europe. Le traité
de Rome du 25 mars 1957, c’est à Alger qu’il aurait fallu l’élaborer et le
signer.
Une Europe lucide, capable de percevoir le destin enrichissant qui
aurait été le sien, si elle avait perçu la nécessité contemporaine de faire
évoluer l’Afrique vers la modernité et, avant tout, vers la laïcité. Ou plutôt
vers la modernité par le biais de la laïcité. En attribuant à l’Algérie française
le rôle majeur d’une magnifique tête de pont européenne dont le rayonnement aurait
été bidirectionnel : vers le sud et vers le nord.
Oui, c’est à Alger qu’aurait dû naître l’Europe, avec l’espoir et l’ambition
de conférer à cette nouvelle et nécessaire structure géopolitique, l’Europe, un
rayonnement et une vigueur qu’elle est loin de connaître aujourd’hui.
Cette Europe, encore de nos jours mal affirmée, sabotée par un néfaste neutralisme
gaulliste, c’est-à-dire par un néo-castrisme européen, cette Europe donc, n’est
pas encore capable « de blâmer ses
soupirs et de dissiper ses haines ». Cette Europe n’a pas voulu
enregistrer à quel point le sud de la Méditerranée était nécessaire à sa propre
santé et aussi à celle du monde occidental.
L’Occident !
Encore l’Occident ! Mais c’est quoi l’Occident aujourd’hui ?
L’Occident, c’est l’évêque de Reims, notre Saint Rémi qui l’a fait renaître
par le Pacte de Reims, en 496 ou 506.
Le Pacte de Reims… 3000 guerriers francs avec un chef, Clovis, vont
rallier le catholicisme apostolique et romain. Ils s’engagent à pérenniser sur
la terre le message de Jésus, enseigné et transmis depuis Rome par les
successeurs de l’apôtre Pierre.
Le rassembleur Rémi, guidé par le Saint-Esprit, était un « chef partizan » « un
felouze gaulois », « un
ange » qui a révélé à l’univers le rôle historique et mystique qui
était dévolu à la Gaule naissante : la mission suprême dès le VIème siècle
d’être le territoire politique et militaire de la survie du message apostolique
et romain. Eviter à la Gaule de se fourvoyer dans l’hérésie unitaire arienne.
Faire de la Gaule le nouveau bastion nécessaire à la vie et à l’épanouissement
de l’Occident chrétien.
L’Occident chrétien ! Une question éternelle surgit une fois de
plus : « c’est quoi cet
Occident chrétien ? »
Il s’agit tout simplement, tout banalement, de l’ensemble des terres où
les chrétiens peuvent vivre libres. Libres de croire et de s’exprimer.
Suffisamment libres et suffisamment forts pour partager cette liberté avec ceux qui ne rallient pas leur foi.
« Algérie
Française », ce fut un cri de ralliement qui exprima une volonté d’accomplissement
géopolitique. A partir d’une détermination première à vivre libres émanant des juifs d’Algérie. De la dhimmitude juive livournaise d’Algérie. L’affranchissement de cette collectivité
religieuse exigeait une mise en œuvre de longue durée qui était loin d’être facile
et qui s’illustra, historiquement en 1830, comme une mission relevant de la
compétence d’une seule nation : la France.
L’Algérie s’est identifiée ultérieurement à une réalité à la fois
militaire et philosophique où l’homme d’Occident moderne devait s’affirmer.
Celui qui aurait su harmoniser le romantisme religieux et mystique du Nord avec
l’éveil parfois contestataire du Sud ensoleillé…. En
prévision aussi des mutations climatiques annoncées, qui bouleverseront dans
les temps futurs, les comportements philosophiques et religieux des peuples du nord
comme du sud de la Méditerranée.
C’était une terre d’enracinement possible et durable du nouvel homme
d’Occident, soulignons-le encore, qui aurait pu y conforter son rayonnement
vers le sud de la Méditerranée… et au-delà.
C’est finalement cette vérité, l’accomplissement d’un
homme d’Occident nouveau à partir de
l’Algérie française, qui explique à quel point il était urgent pour l’anti-Occident
d’assassiner préventivement l’Algérie en tant que « française ». Cette terre devait être arrachée à la
France de manière à faciliter et à consolider une mainmise stratégique sur ce
secteur essentiel de l’univers, par les états-majors du capitalisme financier.
C’est-à-dire par les promoteurs d’une « concentration
au niveau des grandes banques des moyens de contrôler les productions
[2]
».
D’après cette perspective néocapitaliste exclusive de l’avenir du
monde, la bonne santé des peuples ne doit être codifiée et étalonnée qu’en
fonction des exigences impératives de « la
valeur ajoutée de l’argent ».
Pour un bon accomplissement de cette perspective, ils ont cru devoir extraire l’Algérie du monde d’Occident.
Grâce à la France en effet, l’Algérie avait toutes les chances d’y
trouver sa place et d’y devenir, par nécessité, une terre capable de faciliter une
synthèse européenne nécessaire à une conquête majeure, qui relève de la
compétence de l’homme d’Occident. Cette conquête majeure c’est l’établissement
d’une convivialité religieuse universelle : exprimons notre foi avec
l’ambition de rendre la vie tout banalement possible sur ce globe terrestre qui
fait partie des infiniment petits de
l’univers.
La terre est petite, c’est vrai, au milieu de l’immensité vertigineuse
des galaxies. Elle est minuscule,
répétons-le. Mais, jusqu’à preuve du contraire, elle est le centre exclusif de
la vie que nous connaissons. S’y exprime,
dans ses étroites limites géo-cosmiques, le génie créateur de notre vie.
A l’heure où l’on se grise de la notion de développement durable, il
serait déraisonnable de croire que personne ne réfléchisse, dans le plus grand
secret, à une interrogation : que va devenir la vie, à travers ses plus
belles illustrations que génèrent l’intelligence humaine, le génie humain,
l’âme humaine ? Que va devenir la vie quand elle ne sera plus possible sur la terre ?
C’est un problème que ne manquent pas de se poser les potentats
financiers suprêmes, les nouveaux « Hollandais
volants » de l’univers : la recherche d’une survie après la vie…. ou plutôt, après la terre.
Pour eux, l’éternité relève de la seule compétence humaine. Ils rejettent
Dieu au bénéfice d’un vaisseau fantôme de
l’espace qui permettra à une élite, leur élite, de survivre seule sur une
nouvelle « terre promise
intersidérale ».
Ces perspectives restent pour le moment du domaine du rêve. Nous
n’avons pas encore atteint l’épisode dramatique de la sélection préalable d’un effectif
humain, d’une élite, arbitrairement choisie, qui recevra la mission privilégiée
de survivre, après la mort de la vie sur la terre.
Les doctrinaires suprêmes du capitalisme financier sont loin de détenir,
pour le moment, le pouvoir de coloniser l’espace intersidéral de la survie
extraterrestre.
Il est temps pour moi
de débarquer du Vaisseau Fantôme dont
j’ai imprudemment franchi la passerelle d’accès et de vous livrer quelques
cheminements de la trahison, tout
banalement terrestre, que nous avons subie en Algérie, affligés que nous
étions d’une naïveté désespérante !
L’année 1956….
Cette année-là, tout était bien engagé pour l’assassinat de la France.
L’assassinat de la France, là-bas, au sud de la Méditerranée. Tout était bon
pour faire de l’Algérie une proie facile dont saura se repaître, en temps
voulu, le satanisme gaulliste pour le compte du capitalisme financier, tel
qu’il fut défini par Jacques Marseille. Capitalisme financier auquel s’était
soumis De Gaulle, lors de sa rencontre avec Roosevelt à Anfa, près de
Casablanca, au Maroc, en 1943. Dans une attitude opposée à celle de Giraud, qui claqua la porte.
En 1956, un fonctionnaire français, appelons-le James,
exerçait une mission permanente de liaison à l’Assemblée Algérienne. Il fit la
connaissance à Alger d’un diplomate américain lors d’une réception. En réalité
ce diplomate était le directeur de l’USIS
[3]
.
On nous précise, dans un document sérieux, que ce diplomate américain
était une « antenne » de la
CIA
[4]
.
L’Assemblée Algérienne avait été dissoute au cours de cette même année
1956. C’était une conséquence de la démission des élus de confession musulmane,
sur exigence du FLN. Ce fonctionnaire, James, se trouvait donc disponible. Il
se vit offrir par le diplomate américain de l’USIS un voyage aux USA. Sous le
couvert d’une bourse d’étude qui lui fut octroyée effectivement par le Congrès.
Une bourse d’étude pour lui permettre de se rendre aux USA, et … tout
particulièrement à Porto Rico.
Porto Rico, à quoi rimait cette offre ?
Officiellement, à faire étudier par James l’évolution de Porto Rico.
D’apprécier le passage de ce territoire insulaire du statut colonial à
l’indépendance. Evolution qui pouvait donner des « idées » pour l’Algérie, prétendait-on. Pour l’avenir de
l’Algérie indépendante. Cette offre fut proposée à la mi-octobre 1956. Mais
obtenir un congé officiel était nécessaire car James était un fonctionnaire
français en activité. Ce congé ne pouvait être accordé que par l’administration
dont James dépendait. Pas de problème : le vice-président de l’Assemblée
Algérienne, Bortolotti, en tant que chef du service chargé de gérer le reliquat
administratif de cette assemblée, accorda bien volontiers, le congé sollicité.
James, devenu titulaire d’une bourse d’étude aux USA, était le fils
d’un fonctionnaire français qui entretenait des relations privilégiées avec le
directeur de la Sûreté Nationale en Algérie. Celui-ci était membre du parti
socialiste qui exerçait le pouvoir en France, cette année-là.
L’Algérie vivait alors, en 1956, sous la législation des « pouvoirs spéciaux ». Le
directeur de la Sûreté Nationale accorda à James l’autorisation indispensable
de «sortir » d’Algérie. Mais ce haut
fonctionnaire français, responsable de la sécurité de la France en Algérie, demanda
à James, par l’intermédiaire du père de celui-ci, de prendre contact à New York
avec Ferhat Abbas. Ce même haut fonctionnaire, « superflic » officiel de la république, révéla à James,
le pseudo-boursier voyageur, qu’à quatre reprises, depuis le mois de mai 1956,
des contacts avaient été noués avec Ferhat Abbas par des émissaires du
gouvernement socialiste français. Mais l’arrestation de Ben Bella et d’autres
responsables du FLN le 22 octobre 1956, risquait de tout remettre en question.
Ou plutôt de remettre en question les bonnes dispositions du pharmacien de
Sétif. On demanda en conséquence à James de renouer avec son vieux camarade
Ferhat Abbas et de faire apprécier par ce dernier à quel point l’arrestation de
Ben Bella renforçait, en réalité, sa position de leader de la révolution
algérienne. Précisons : la position de Ferhat Abbas en tant que leader
unique de la révolution algérienne. Donc, d’interlocuteur suprême du FLN auprès
de la France.
Permettez-moi d’abandonner pendant
quelques lignes, cette évocation du motif secret mais réel du voyage de James
aux USA. Motif occulté par l’octroi d’une bourse offerte par la CIA sous le
couvert de l’USIS. Et de vous faire partager deux groupes de réflexions suggérées
par ce que je viens d’exposer.
Première réflexion : que faisions-nous, nous les
défenseurs armés mais clandestins de l’Algérie française à cette époque ?
Deuxième réflexion : que venait faire Porto Rico
dans le destin de l’Algérie pour ceux qui s’apprêtaient à la livrer aux ennemis
de la France ?
1956… Voilà une année riche en
évènements gravissimes sur la terre des départements français d’Algérie.
Au mois de mai de cette année-là, près de Palestro,
Khodja, un adjoint de Ouamrane, le chef FLN opérationnel en Grande Kabylie,
monta une embuscade : 18 soldats français du contingent, rappelés tout
récemment, furent massacrés. Abandonnés aux mains des Kabyles du voisinage qui
reçurent et exécutèrent l’ordre de Khodja d’achever les blessés et de mutiler
les corps de nos soldats tués… ou blessés.
Comment Khodja a-t-il pu monter une telle opération en mai 1956 ?
Parce qu’il bénéficia de l’attribution d’un armement moderne. D’une
partie du matériel de guerre volé par l’aspirant Maillot. Matériel entreposé,
en partie, à la villa Pouillon du Clos Salembier. Villa dont le maire d’Alger,
Jacques Chevallier s’était attribué la jouissance à titre personnel.
Séjournèrent, cette année-là, dans cette villa, le docteur Chaulet et sa femme.
Deux chrétiens pratiquants, fidèles du curé Scotto et de l’évêque Duval, complices
actifs l’un et l’autre, du FLN. Les époux Chaulet se déclaraient publiquement
chrétiens pratiquants. Ils éprouvèrent la nécessité de préciser à Abane
Ramdane : « nous ne sommes pas
pour le FLN, nous sommes du FLN ».
Voilà ce qu’ils déclarèrent avec fanatisme. Un fanatisme paradoxalement
sérieux, détendu, serein.
Madame Chaulet se chargea de véhiculer vers la Grande Kabylie une
partie de l’armement volé par Maillot, et préalablement entreposé dans cette
villa. C’est par le feu de cet armement que 18 soldats français furent
massacrés et secondairement mutilés, en mai 1956.
La villa Pouillon s’est illustrée historiquement comme
une base opérationnelle clandestine de l’anti-France, de 1956 à 1962 inclus.
Base opérationnelle du maire FLN d’Alger, Jacques Chevallier, et de ses
complices du FLN dans un premier temps. Puis, bien plus tard, d’un membre éminent
de l’OAS, à partir du mois d’octobre 1961, rallié secrètement à Jacques
Chevallier pour bénéficier, grâce à lui, d’une prolongation promotionnelle de
carrière dans le gouvernement de l’Algérie indépendante.
Pendant cette période, en 1956, que faisions-nous ?
Nous les patriotes, les lucides, « les
excités », comme nous désignait la grande majorité des Pieds-Noirs
d’Alger. Oui, que faisions-nous, nous qui représentions une infime minorité de
civils ? Nous montions quelques opérations anti-terroristes pour nous
incorporer physiquement et spirituellement dans le combat, par des actes de
guerre clandestins. Nous jouions nos libertés et nos vies animés de la volonté prioritaire de transférer la peur dans l’autre camp. Nos
opérations choisissaient comme objectifs des sites de dépôts d’uniformes, de
munitions, d’armes et de bombes dont était victime quotidiennement notre peuple
français d’Algérie.
Un terrorisme français ! Etait-ce nécessaire ? Oui car nous
pressentions qu’un combat ultime devait être envisagé. Un combat qui exigeait au
préalable une accoutumance à la violence. Une violence qui, pour être efficace,
se devait parfois d’être cruelle. Il était nécessaire de faire évoluer nos
mentalités. Victimes ? Non !
Acteurs ? Oui.
Nous n’étions pas informés du déroulement opérationnel et administratif
de la trahison dont la France était victime en Algérie. Mais nous la flairions
partout. Nous redoutions le moment où les Pieds-Noirs seraient abandonnés seuls
au FLN. Il fallait créer de toute urgence un esprit de résistance, un esprit
guerrier, chez notre peuple français d’Algérie.
On nous reproche le terrorisme de l’OAS. Il exista effectivement en
1962. Soyons précis : quatre mois de combats terroristes menés avec des armes
de poing par quelques centaines d’hommes, dans toute l’Algérie.
On refuse de souligner que nous avons subi un terrorisme horrible
pendant 90 mois au moins. Femmes, enfants, nourrissons, massacrés odieusement.
N’oublions pas les soldats achevés, les prisonniers qui n’ont jamais été rendus
à la France et que la France gaulliste n’a jamais réclamés ! Les musulmans
massacrés en masse par le FLN !
Pendant ce temps, en Métropole et en Algérie, on trahissait la France en
haut lieu. Commin, secrétaire général par intérim du parti socialiste sous la
présidence de Guy Mollet, chargé des contacts avec les rebelles à partir de la
place Malesherbes à Paris, transmettait des propositions au FLN. Il était,
évidemment, destinataire des exigences de ce dernier.
Rue Solférino, dans le septième
arrondissement de Paris, au sein d’une autre conjuration, Guichard organisait
un état-major gaulliste. Un état-major de la trahison gaulliste. Magistralement
orchestrée, dès 1956.
Palewski, pour le compte de De Gaulle, utilisait ses
fonctions d’ambassadeur de France à Rome, pour établir des liaisons constantes entre
De Gaulle et le FLN.
Boumendjel, un avocat parisien, était chargé de contacts
avec Ferhat Abbas, pour le compte d’un état-major gaulliste clandestin.
Rosenberg, un journaliste autrichien de renommée
internationale, était l’ambassadeur de De Gaulle auprès des milieux de presse
occidentaux, pour y faire connaître la volonté de l’homme de Colombey : abandonner
l’Algérie.
Mohamed
Masmoudi, ambassadeur de
Tunisie à Paris, servait d’officier de liaison entre De Gaulle et l’ancien admirateur
de Mussolini, Bourgiba.
La trahison suprême, la trahison gaulliste se mettait en place et
s’apprêtait à prendre le relais, tout en en tirant profit, de la trahison préalable
des socialistes de Guy Mollet et de ses ministres. Le ministre des affaires
étrangères Pinaud, en 1956, et de hauts fonctionnaires de la délégation
générale en Algérie, trahissaient en permanence. Sauf Robert Lacoste qui fut
tout le temps étranger à cette trahison.
Notre pseudo-boursier, James, pour effectuer son
voyage aux USA dans le but d’établir des contacts avec Ferhat Abbas, en octobre
1956, avait bénéficié, préalablement, d’une mutation. Grâce à Bortolotti,
président par intérim de l’Assemblée Algérienne. Il fut affecté dans les
services administratifs de la Sûreté Nationale en Algérie !
Le 22 octobre, rappelons-le, un avion avait été
intercepté. Ben Bella et ses complices furent arrêtés à Maison Blanche. Tout
surpris, nous a-t-on raconté, de ne pas être exécutés sur le champ. Qui avait
monté le coup ? C’était Chaussade, haut fonctionnaire, secrétaire général
de la délégation qui avait pris cette initiative, Lacoste étant momentanément
absent d’Alger.
Ben Bella fut dès lors à « portée
de main » des traîtres de notre république. On se servit de sa
nouvelle situation pour faire pression sur Ferhat Abbas.
Bien plus tard, nous le savons, Ben Bella devint un exécuteur majeur de
la trahison gaulliste en Algérie, après avoir tenu un rôle plus que trouble
dans le drame du 5 juillet 1962 à Oran. Par l’appui qu’il apporta au reliquat
de la Willaya 5 qui rentrait d’Oujda, avec un effectif hostile à Ferhat Abbas.
Le 6 novembre ce fut l’opération de Suez. Une
opération capitaliste contre Nasser,
contre la nationalisation du canal de Suez. Elle jeta un froid de mort dans le
clan du FLN pendant un temps très court. Mais elle ne nous rapporta rien. Car
l’Algérie française était déjà morte dans l’esprit des décideurs anglo-français
de cette opération de Suez.
Le 23 octobre 1956, s’était déroulé le drame de Budapest…. La Hongrie appela au secours… les chars
soviétiques massacrèrent le peuple hongrois.
Pendant ce temps, la France était vendue en Algérie.
On négociait avec l’ennemi. On le
suppliait d’interrompre les combats.
Il fallut attendre De Gaulle néanmoins pour que s’accomplît, par sa volonté exclusive, l’assassinat de la France en
Algérie. La trahison sublimée de la France fut consommée jusqu’à son terme par
l’homme de Colombey qui porta un coup pervers à l’Occident à partir de
l’Algérie.
Aujourd’hui, nous pouvons contempler les effets du renouvellement
gaulliste, de la modernité gaulliste, consécutifs au sacrifice de l’Algérie
française. Effets ignorés, ou plutôt dédaignés, par tous ces hommes publics qui
font de la soumission, la première vertu du monde politique gaulliste actuel.
C’était dans le but de prendre part
à cette évolution perverse, à cette involution dramatique, que James devait retrouver
Ferhat Abbas, à New-York, en 1956.
Mais dans les péripéties que connut James, le « pseudo
boursier », que venait faire Porto Rico dans la mission de ce
fonctionnaire français détaché aux USA ? Expédié en Amérique grâce à une bourse rappelons-le, obtenue du Congrès
américain par l’intermédiaire d’un membre de la CIA, qui exerçait d’obscures
fonctions à Alger au sein de l’USIS.
Que venait faire Porto Rico dans les entretiens de James avec Ferhat
Abbas qui était aussi un grand ami de son père ?
Porto Rico, c’était tout simple comme évolution. On y était passé du
statut colonial à un statut progressif de nation indépendante, au sein de
laquelle les insulaires portoricains vivaient en paix. « Pourquoi l’Algérie ne connaîtrait-elle pas une telle
évolution ? »
James et ceux qui posèrent cette question ont fait l’impasse sur une
notion essentielle : l’importance qu’avait en Algérie, le phénomène
religieux dans le déterminisme profond et premier de la guerre qui était faite
contre la France. J’écris bien : « dans
le déterminisme profond et premier de cette guerre déclarée contre la France en
Algérie ». Je n’écris pas « dans
le déroulement opérationnel de cette guerre ».
Hier comme aujourd’hui d’ailleurs, personne ne voulait et ne veut conférer
toute son importance au rôle joué par l’élaboration préalable de l’arabo-islamisme
fondamentaliste dans la guerre d’Algérie. Celui-ci fut élaboré, dans la
perspective de cette guerre, à partir de 1920. En réalité, il faut ajouter un
qualificatif complémentaire. Ce qui s’est implanté en Algérie cette année-là,
ce fut un islamisme spécifiquement
algérien, dans une perspective prioritaire de guerre contre la France.
Celui qui porte une grande part de responsabilité historique dans la
mise en œuvre révolutionnaire du fondamentalisme algérien, c’est sans aucun
doute notre grand Georges Clémenceau. Un ennemi « fondamentaliste » à la fois de l’Algérie française et
du christianisme. Il accéléra un développement inéluctable, un développement
espéré par nos ennemis, d’un processus révolutionnaire algérien et
anti-français lorsqu’il fit voter, en tant que Président du Conseil, la loi du 4 février 1919.
A quoi correspond cette loi votée et mise en application, le 4 février
1919 ? C’est-à-dire plus de 4 mois avant la signature du traité de
Versailles du 28 juin 1919, qui mit fin, théoriquement, à la guerre de
1914-1918 ?
Il s’agissait d’une
loi qui proposait de faire évoluer une catégorie de « sujets français » de confession musulmane vers un
statut de « citoyens français ».
Par une procédure administrative simplifiée à l’extrême.
Quelle était la signification réelle de ce terme, vilipendé à outrance,
de « sujets français » ? Ce terme illustrait en réalité un
refus : un refus à l’égard de la citoyenneté
française affirmé silencieusement par l’immense majorité des nationaux français d’Algérie de confession
musulmane.
Les modalités d’accès volontaire à la citoyenneté française pour les
Juifs et les Musulmans, avaient été effectivement précisées, bien auparavant,
par le sénatus-consulte de Napoléon III du 14 juillet 1865.
Il me paraît important de souligner une vérité encore trop négligée :
avant l’arrivée de la France, les habitants de la Régence Turque d’Alger ne
jouissaient d’aucune nationalité. Ils étaient apatrides sur leur propre terre
natale. On ne les désignait pas sous le terme « d’Algériens » puisque
« l’Algérie » en tant que terme d’identité géographique, fut une
création ultérieure à 1830 … une création française.
Lorsque la France débarqua sur le territoire de la Régence d’Alger,
avec l’accord globalement acquis de la communauté internationale, il fallut
définir un statut régissant la vie quotidienne des natifs de cette terre soumis
à une double législation religieuse à laquelle étaient affiliés les musulmans
d’une part et les juifs d’Algérie d’autre part. Dans le cadre du fonctionnement
de nos institutions, sous Napoléon III, celui-ci eut le mérite de préciser ce
que devait être le statut officiel des premiers habitants de l’Algérie. Il s’employa
à souligner d’emblée et sans équivoque, deux notions fondamentales.
Première notion :
Les indigènes algériens de confession juive et de
confession musulmane, nés et résidant en Algérie, terre française, jouissaient de facto de la nationalité française. Ils devaient en conséquence se soumettre au
droit constitutionnel français et au code pénal français. Cette nationalité
était acquise par leur naissance et leur séjour officiel sur un territoire
administré par la France… avec l’accord de la communauté internationale… il
convient de le rappeler.
Deuxième notion :
Les indigènes algériens de confession musulmane et de
confession juive, étaient des citoyens français. Dans cette dernière option,
une exigence incontournable fut prescrite par Napoléon III : la jouissance
de la citoyenneté française impliquait une soumission à toutes les lois françaises et
tout particulièrement au code civil français. Ce qui imposait l’abandon du
code coranique et du code mosaïque.
Cette citoyenneté ne fut pas imposée en 1865 par Napoléon III. Elle fut offerte par l’empereur qui refusa de céder
à la commodité d’un décret impérial. Donc :
-
la
nationalité : elle est acquise par la naissance sur un territoire
français, l’Algérie ;
-
la
citoyenneté : elle n’est pas imposée. Elle est soumise au bon vouloir des musulmans et des juifs
qui acceptent, dans le domaine du code civil, de renoncer au statut coranique
pour les uns et au statut mosaïque pour les autres.
Seules quelques dizaines de nationaux français de confession juive ont
renoncé au statut mosaïque en 1865. L’immense majorité choisit le statut de « national
français » c’est-à-dire de « sujet
français » et renonça volontairement au statut de citoyen français offert par Napoléon III.
On sait que le décret Crémieux du 24 octobre 1870, attribua
autoritairement aux juifs d’Algérie, la citoyenneté française. Avec
l’obligation pour cette collectivité religieusement définie, de renoncer au
statut mosaïque dans le domaine civil. Statut qui acceptait la polygamie en
particulier.
C’était, de la part de Crémieux au niveau du territoire algérien, une
remise à l’ordre du jour des décisions prises par le « sanhédrin » de Napoléon Ier, le sanhédrin réuni en 1807 à Gênes à la demande de l’empereur des Français. Il s’agissait d’obtenir alors des
Israélites italiens, une renonciation au statut mosaïque dans le cadre du code
civil. En particulier, une renonciation à la polygamie. Le sanhédrin génois accéda
en 1807, à cette nécessité. Les notables rabbiniques tinrent à exprimer
publiquement « qu’ils avaient reçu
l’inspiration du Seigneur » et évoquèrent à l’intention des éventuels
réfractaires, l’obligation pour ces derniers, de se soumettre à la volonté
divine. Le grief de « malédiction » fut évoqué. Lors de ce sanhédrin
de Gênes, c’est officiellement et historiquement Dieu qui S’était exprimé à
travers la décision des rabbins.
Malgré ce précédent de 1807, lors du sénatus-consulte du 14 juillet 1865,
l’immense majorité des juifs d’Algérie refusa la citoyenneté française offerte par Napoléon III ce même 14
juillet 1865. Les juifs d’Algérie préférèrent jouir de « la seule
nationalité française », même lorsque celle-ci fut complétée au début du
XXème siècle par le devoir de
conscription. Ils renoncèrent à la citoyenneté en 1865, par le biais d’une non-réponse aux propositions du sénatus-consulte
impérial, qui impliquait une renonciation au statut mosaïque.
Une grave erreur consiste à évoquer encore de nos
jours, le décret Crémieux par le terme de « naturalisation
collective et autoritaire des juifs d’Algérie »
[5]
. En octobre 1870, lors du décret, les juifs d’Algérie n’avaient nul besoin
d’une naturalisation. Ils étaient déjà de nationalité française depuis 1830. Nationalité
confirmée en 1865 par Napoléon III. Crémieux leur octroya le complément de la citoyenneté
française avec ses astreintes certes, mais aussi avec ses énormes avantages.
Très hypocritement, le reproche fut adressé ultérieurement à la France
que le décret Crémieux était motivé en réalité par la volonté d’extirper les
juifs seuls du statut de l’indigénat et
de confiner, tout au contraire, les musulmans seuls dans le statut de sujets français.
En réalité ce qui se posait pour les musulmans, c’était avant tout la
question primordiale du code religieux. Du code coranique qui régissait hier et
régit aujourd’hui la vie de la communauté religieuse majoritaire d’Algérie…. Et d’ailleurs.
Dans le but théorique d’apporter un correctif officiel
à ce double statut fut proposée une
loi : la loi du 4 février 1919.
Une loi qui n’imposait rien.
Cette loi offrait la
citoyenneté française aux nationaux français de confession musulmane qui la
demandaient. Dans des conditions riches avant tout d’une hypocrisie camouflée
sous une grande facilité d’accession à cette citoyenneté.
En 1919, les décrets d’application de cette loi furent publiés.
Question : à cette date, en
France, en Algérie et ailleurs, qui s’intéresse à la citoyenneté des musulmans d’Algérie ?
L’Europe vient de subir une effroyable saignée dont elle ne se remettra
pas. La France, pendant plus de quatre ans était devenue un théâtre
opérationnel majeur. Nous déplorions 1 million ½ de tués. Une jeunesse
sacrifiée pour rien. Des provinces entières détruites. Des centaines de
milliers de mutilés.
Au milieu de ce désastre, moins de trois mois après l’armistice, on
vote une loi autorisant une certaine catégorie d’indigènes musulmans d’Algérie,
à opter pour la citoyenneté française.
Qui s’est intéressé à cette loi en 1919 avec l’intensité, avec l’acuité
ou plutôt avec la lucidité qu’on aurait dû lui consacrer ?
Qui en entendit parler ?
En théorie, il suffisait, à partir de 1919, pour un musulman de se
présenter dans le bureau d’un juge de paix et de signer un document par lequel
il s’engageait, à se soumettre dorénavant au code civil français exclusivement.
C’était d’une simplicité effarante.
Il renonçait définitivement au code coranique en ce qui concerne le
code civil.
Il ne lui était pas interdit de rester musulman. Comme les juifs, comme
les chrétiens, il lui était prescrit de pratiquer son culte dans l’observance
des exigences de la laïcité, telle qu’elle était prévue par les lois
constitutionnelles de 1875.
En particulier, dans l’observance des exigences de la loi du 9 décembre
1905, loi de séparation des églises et de
l’Etat. La vie matrimoniale à la française, tout particulièrement, était
imposée implicitement aux musulmans par cette loi du 4 février 1919.
Cette évolution était offerte,
par l’intermédiaire d’une procédure riche d’une commodité qui théoriquement
aurait dû favoriser l’adhésion des nationaux français musulmans d’Algérie à la
citoyenneté française.
Mais en réalité tout s’est déroulé dans les faits, comme si cette loi,
d’importance majeure, avait été votée en catimini. « Chut ! », « n’en parlez-pas ! ». Il n’est pas nécessaire qu’un grand nombre
de Français musulmans adhèrent à la citoyenneté accordée !
Que prétendait-on obtenir par cette loi en 1919 ? Puisque, de
toute évidence, on ne s’employait pas à la faire appliquer ?
On se réservait de répliquer, en temps voulu, à ceux qui reprocheraient
à la France de n’avoir jamais voulu des musulmans comme citoyens
français :
« mais regardez donc, dans votre immense majorité, vous les musulmans, avez ignoré la
loi du 4 février 1919 ! ».
Une loi qui fut noyée dans une conjuration du silence, par ceux-là même
qui l’avaient fait voter. Dont l’immense majorité de Français de toutes
religions, de France, d’Algérie et d’ailleurs déclarait et déclare encore
aujourd’hui, n’avoir jamais entendu parler !
La loi du 4 février 1919 ? « Connais pas ! »
Mais d’autres en avaient entendu parler.
Cette loi était riche d’après eux, d’un dangereux potentiel d’attractivité.
Elle contenait, en effet, le risque de séduire un grand nombre de sujets
français de confession musulmane. Ils mirent donc en œuvre une rénovation du
comportement religieux musulman dans le but de soustraire les croyants à la
tentation de la citoyenneté. C’était en réalité le résultat que voulaient
atteindre fondamentalement et secrètement, les promoteurs français de cette
loi. C’était la traduction opérationnelle réelle et secrète des intentions des
législateurs de 1919 : faire de cette loi un prétexte de radicalisation ultime contre la citoyenneté française,
contre la France.
Intervient dans cette attitude
d’opposition attendue par le pouvoir, un Berbère, un homme-clef de la
révolution algérienne, dès 1920 : Omar Smaïl.
Qu’on ne m’interroge
pas sur la vie et les origines du cheik Omar Smaïl. J’ai eu connaissance, il y
a quelques dizaines années, à travers la lecture de brillantes pages d’un
auteur algérien, du rôle fondamental qu’il joua dans le déterminisme arabe et
islamiste de la révolution algérienne.
Omar Smaïl mit en évidence avec habileté un capital de dangers
théoriques ou plutôt supposés, que comportait la loi du 4 février 1919, à
l’égard de l’expression quotidienne du culte musulman. Et surtout à l’égard de l’efficacité
d’une arme qui n’était pas encore
utilisée contre la France, parce
qu’elle n’avait pas encore été forgée : cette arme c’était l’expression fondamentaliste et révolutionnaire du culte musulman.
Dans le but de contrer les effets supposés de cette loi, il créa les cénacles d’études au niveau de
toutes les collectivités intellectuelles et religieuses musulmanes. Il
préconisa et organisa la création de structures d’études, les cénacles donc, au sein desquels était prescrit impérativement l’usage exclusif de la langue arabe
littérale.
C’était une mise en application réactivée au XXème siècle, en 1920 je
précise, du commandement formulée au VIIème siècle par le 3ème calife
Uthman
[6]
L’utilisation exclusive de la langue arabe, partout dans le monde, par ceux qui
assumaient la mission de transmettre la parole du Prophète de la Mecque et de
Médine.
Il mit en application, avec soin, cette volonté califale dès 1920.
Faire de la langue arabe « la
substance phonique de l’islam ». Obtenir que partout les musulmans
perçoivent désormais que « c’est
leur idiome qui les situe en permanence en site de véracité ».
Qu’ils perçoivent l’efficacité opérationnelle des « vocalises sans cesse renouvelées ».
D’obtenir qu’ils enregistrent une vérité essentielle : « c’est leur idiome qui les situe en
permanence en site de véracité » : il me paraît nécessaire de
répéter cette formulation. Elle émane d’un grand spécialiste français de
l’islam et de la langue arabe. Cet auteur veut exprimer que la langue arabe est
devenue le vecteur unique de la vérité pour les musulmans, quelles que soient
leur identité et leur origine ethnique.
La langue arabe littérale s’illustra ainsi comme une première barrière
dressée contre les effets redoutés par Omar Smaïl, de la loi du 4 février 1919.
Il redoutait que cette loi ne générât une tentation chez de nombreux musulmans :
celle de la liberté du choix, celle de partager sa vie de tous les jours avec
d’autres citoyens français algériens, celle d’occidentaliser progressivement la
pratique quotidienne du culte musulman. Pour Omar Smaïl, la langue arabe c’était
le moyen d’anéantir l’influence de ceux qui prônaient un dialogue
interconfessionnel et nourrissaient l’ambition d’apaiser les confrontations
d’inspiration religieuse.
Les « cadences sans cesse
renouvelées » de la langue arabe, conféraient toute sa vigueur à l’arme
qu’Omar Smaïl voulait voir utiliser quotidiennement. Ce qu’il prétendait interdire
aux musulmans algériens par cette attitude, c’était une possibilité de regarder
au dehors.
A partir de 1925, ces cénacles, en imposant le culte « de l’arabité rénovée de
l’Algérie » allaient évoluer grâce à l’adhésion des ouléma berbères
d’Algérie, vers la vocation que voulait nourrir Omar Smaïl : rendre
réfractaire le peuple musulman d’Algérie à toute influence qui ne serait pas
musulmane.
La naissance de l’Association des Ouléma, entérinée par la IIIème
République française, au mois de juin 1931, fut l’occasion historique d’une
guerre déclarée à la France. Le président élu, le Berbère constantinois Ben
Baddis, déclara lors de son discours inaugural :
ma religion c’est l’islam,
ma langue c’est l’arabe,
ma patrie c’est l’Algérie.
S’il fut une déclaration subversive, riche d’un redoutable contenu,
s’il fut une déclaration de guerre contre la France, ce fut bien cette
proclamation du cheik Ben Baddis, en juin 1931.
La guerre « pour la patrie
algérienne », « pour l’islam », par le moyen d’une arme d’importance
majeure : la langue arabe littérale.
En 1956, notre pseudo boursier,
James, semble tout ignorer de cette évolution religieuse intrinsèque à
l’Algérie. Pour lui, la prise en main d’une population par un rituel religieux
monolytique, discipliné, uniformisé, ne génère aucune difficulté. Ça ne compte
pas !
Il identifie ce comportement fanatique religieux, à l’instar de ses
mandataires de la place Malesherbes à Paris, aux « bondieuseries » chrétiennes et tout particulièrement
catholiques dont les socialistes ne veulent rien savoir si ce n’est, comme on
le fait aujourd’hui, pour réclamer contre elles les exigences de la révolution
de 1789. Ils aspirent en réalité à voir se déclencher de nouveaux massacres,
identiques aux massacres de septembre 1792, contre les catholiques français.
L’islamisme
était finalement identifié à une arme privilégiée dont les ennemis, y compris
les ennemis non musulmans de l’Algérie française, finirent pas se servir avec
compétence.
James, ce sympathique
négociateur, semblait tout ignorer de cette réalité. Ce mandataire occasionnel
du monde socialiste français, pris en main à son insu par les services secrets
américains, prétendait voir dans l’évolution de Porto Rico, un modèle d’avenir
pour l’Algérie indépendante. Il faisait l’impasse sur deux vérités
essentielles.
Il ignorait, d’une part, l’importance pour Porto Rico du ciment que
constituait la foi catholique. Une foi qui était un facteur majeur, exclusif
même, de l’unicité du peuple portoricain.
Il ignorait, d’autre part, le rôle de l’islam en Algérie. Islam
transformé en islamisme conquérant à partir de 1920. Islamisme conquérant qui
connut un renouveau opérationnel majeur en 1931. Un renouveau qui, en 1956,
s’exprimait depuis deux ans déjà, par la guerre qui ensanglantait la terre
algérienne. Renouveau qui avait été idéologiquement sublimé en 1931, par
l’association des ouléma berbères, qui prit place à la pointe idéologique silencieuse mais toujours réelle, du
combat contre la France.
James ignorait tout. Il était apparemment sincère. Il ne savait pas
qu’il devenait complice des massacres que subissait notre peuple français
d’Algérie. Il ne savait pas, lui qui affirmait ne croire en rien, qu’il se
soumettait intellectuellement à une forme conquérante et invasive d’un courant
religieux intégriste, illustré historiquement par la proclamation de Ben
Baddis, en juin 1931. Proclamation arabo-islamiste fondamentaliste et
conquérante que nous ne confondons pas avec l’islam. Mais, proclamation qui
illustrait le fondement historique constamment
psalmodié de la guerre d’Algérie.
James dut rentrer à
Alger plein d’illusions. Il semblait ignorer que ce « qu’on » attendait de la France, à partir de New-York, c’était
qu’elle se soumît aux exigences du FLN, telles que celles-ci avaient été
précisées, pendant l’été 1956, lors du Congrès de la Soumam.
Intoxiqué, grisé plutôt par son ignorance, il prétendait opposer la
démocratie à la terreur. « La
volonté de paix » disait-il, « prévaudra
finalement sur la violence et le fanatisme ».
Il revint à Alger et eut à affronter les injures les plus grossières
dont était coutumier Robert Lacoste. Celui-ci le sanctionna parce qu’il avait
osé prendre des contacts à New-York avec Ferhat Abbas et d’autres cadres
supérieurs du FLN. Il fut suspendu de ses fonctions administratives avec la
jouissance d’un demi-traitement.
Mais surtout, il devint occasionnellement l’objet
personnel de la colère de Michel Debré. Ce sénateur de la IVème république,
exigea, à travers ses écrits du « Courrier
de la Colère », qu’une enquête fût diligentée pour connaître
l’identité de la personnalité américaine qui était à l’origine de l’attribution
d’une bourse à un fonctionnaire français. Une bourse pour permettre à ce même
fonctionnaire de prendre contact aux USA avec ceux qui faisaient la guerre contre la France.
Debré le patriote, Debré le partisan outrancier ou plutôt passionné de
la France en Algérie, ne voulait pas que l’on trahît la patrie par
l’intermédiaire de propositions de paix émanant de ceux qui avaient osé
agresser la France.
C’était déjà le premier symptôme de l’hystérie qui, plus tard, lorsque
De Gaulle prit le pouvoir, imprégna la politique française. Une hystérie-maladie, au sens psychiatrique
du terme, le syndrome H, qui entra
dans sa période d’état à partir de
1958 en France.
Depuis quelques dizaines d’années, dans un souci louable de pudeur
verbale, on a décidé de substituer au terme « d’hystérie », le terme
« d’histrionisme ». Merci à nos psychiatres universitaires pour cette
délicatesse de vocabulaire.
Ce qui nous permet d’évoquer sans réserve l’histrionisme gaulliste dont les premiers symptômes cliniques se traduisirent par un exhibitionnisme patriote français. Voire,
en quelques occasions, par un nationalisme
français politiquement affirmé ou plutôt exhibé. Cette attitude de
camouflage, s’appuyant sur la notion de l’intérêt exclusif de la France très
proche du nationalisme barrésien, permit paradoxalement à De Gaulle de mettre
en œuvre, avec une redoutable efficacité, sa décision irrévocable de livrer
l’Algérie au FLN.
FLN dont les représentants à New-York avaient reçu James fort
amicalement. James, ce fonctionnaire français de l’assemblée algérienne,
détaché par Bortolotti dans les services administratifs de la sûreté nationale
française en Algérie. Dans le but de lui permettre d’étudier avec nos ennemis,
ou plutôt avec les ennemis de la patrie,
un processus de cessation des combats qui devait concrétiser officiellement et
définitivement, la défaite de la France.
Histrionisme gaulliste qui interdit, à ceux qui ont cru voir en De
Gaulle le seul moyen d’accéder à la victoire en Algérie, de flairer la trahison
mortelle qui accabla la France.
Histrionisme gaulliste responsable d’un état confusionnel de certains
esprits français, qui affecte, aujourd’hui encore, le comportement d’hommes
politiques qui se déclarent de droite.
Histrionisme gaulliste qui, paradoxalement, affecta le comportement
du FLN. Celui-ci faillit compromettre sa propre victoire en Grande Kabylie. La
victoire qu’il était en train d’obtenir grâce à la seule volonté de De Gaulle.
Expliquons-nous.
C’était le 11 avril
1960, tout près de Tizi Ouzou. Un commando FLN reçut la mission de tuer Michel
Debré, l’ancien patriote du Courrier
de la Colère, devenu 1er ministre du président De Gaulle. De celui qui
réussit à tuer la France sud-méditerranéenne.
Pour vous permettre de capter l’importance de cette affirmation, je
vous invite à prendre connaissance d’un article publié dans « El Moujahid » le 12/04/01.
Il y
a 41 ans – Le Martyre du commando qui préparait un attentat contre Michel Debré
à Tizi-Ouzou.
« Le 11 avril 1960, de jeunes héros de la Révolution du 1er
novembre 1954, meurent déchiquetés par l’explosion d’une bombe qu’ils
destinaient au premier ministre français de l’époque, Michel Debré.
Ouchène
Arezki, chef du groupe « commando » de Tizi-Ouzou, Belhocine Mouloud,
Ouamrane Mohamed, El Kechaï Ramdane et Zidane Mohamed, s’apprêtaient à 1 h du
matin à Tala Allem, à la périphérie ouest de Tizi-Ouzou, à régler le minutage
d’une bombe qui devait servir dans un attentat minutieusement préparé contre le
chef du gouvernement français qui devait inaugurer, dans la journée, le siège de
la préfecture de Grande-Kabylie et prononcer un discours au stade Municipal
(actuel stade Oukil Ramdane).
Une
erreur de minutage a fait cependant que la bombe explose entre les mains de ce
commando dont 4 éléments meurent sur le coup, alors que le cinquième, en
l’occurrence Zidane Mohamed, décède des suites de ses blessures, au Mont
Redjaouna, où il a pu se traîner, quelque temps après. Une émouvante cérémonie
de recueillement et de dépôt de gerbes de fleurs, organisée par l’ONM et l’ONEM
de Tizi-Ouzou a réuni à cet effet, hier matin, de nombreux moudjahidines, des
citoyens et des citoyennes, venus leur rendre un hommage au niveau de la stèle
érigée en leur mémoire à Tala Allem, à l’occasion du 41ème anniversaire de leur mort au champ d’honneur ».
Le 11 avril 1960, où
étais-je ?
J’étais en taule, à la Santé, avec plusieurs camarades, pour répondre
de mes responsabilités dans le déclenchement de la Semaine des Barricades
d’Alger, et tout particulièrement, de la
journée du 24 janvier 1960.
Au tout début de cette Semaine des Barricades, Michel Debré 1er ministre de De Gaulle, vint à Alger en urgence. Dans le but de rassurer les
colonels de la 10ème DP
[7]
,
quant à la volonté réelle de De Gaulle de promouvoir « la solution la plus française pour l’Algérie ».
Ces officiers, tous favorables à l’Algérie française, disposés
sentimentalement à se rallier aux Barricades d’Alger, n’ont pas manqué d’exhiber
une fois de plus, leur naïveté. Ils n’ont pas su saisir l’opportunité qui
s’offrait à eux. Par la présence du 1er ministre de la France à
Alger.
Ils auraient dû retenir Debré, en faire malgré lui dans un premier
temps, le leader de l’insurrection d’Alger.
Obtenir de lui qu’il ordonnât le ralliement de l’armée au général
Challes. Qu’il donnât ainsi aux Barricades d’Alger, le rayonnement salvateur
dont elles devaient être investies.
C’était une occasion rêvée : exhiber le ralliement du 1er ministre, appeler toute l’Algérie à manifester sa foi dans le destin de
l’Algérie française, et donner une chance de survivre à cet ensemble de
départements français. Le triomphe de l’Algérie française était possible, grâce
à un enthousiasme civil et militaire en Algérie, avec un retentissement
consécutif en métropole.
Fut-ce le doute ?
Fut-ce un excès de confiance ultérieurement trahi ?
Fut-ce une manifestation de timidité ? Un manque de
foi ? Nos chefs de corps sont
restés soumis à la discipline et ce fut l’échec de ce qui s’illustrait à
l’évidence, comme la meilleure occasion de sauver l’Algérie française et de
révéler avec éclat la complicité opérationnelle qui s’était établie entre De
Gaulle et le FLN depuis 1956 au plus tard.
Mais non !
Debré resta fidèle à De Gaulle. Les militaires d’Alger n’ont pas eu le
cran de le neutraliser, de se servir de lui, de son nom. Ils sont restés
sensibles aux promesses de De Gaulle, manifestant une naïveté qui fut désastreuse
pour l’avenir de la France sud-méditerranéenne.
Cet homme, Debré, soumis à De Gaulle, donc un agent de l’indépendance
algérienne, un complice du FLN de tout premier ordre, a failli se faire tuer à Tizi-Ouzou, par un commando FLN. Par une bombe FLN !
Vous rendez-vous compte des conséquences de cet attentat s’il avait
réussi !
Comment De Gaulle aurait-il pu poursuivre l’accomplissement de son
projet de tuer la France en Algérie alors que son 1er ministre, qui
lui était totalement soumis, se faisait assassiner en Grande Kabylie par un commando FLN,
c’est-à-dire par une unité militaire ennemie qui était historiquement cependant
l’alliée de De Gaulle ?
Je n’ose rêver aux conséquences de cet attentat qui se serait déroulé
avant que les indépendants giscardiens du
Palais Bourbon ne trahissent à leur tour la cause noble entre les plus
nobles de l’Algérie française, en se ralliant, servilement, à la perspective
gaulliste de l’assassinat de l’Algérie.
Tout l’édifice de la trahison gaulliste risquait de s’effondrer pendant
un laps de temps, suffisant peut-être pour permettre aux partisans de l’Algérie
française d’Algérie et de métropole, civils et militaires, d’annihiler la
défaite que De Gaulle réussit à imposer à la France, quelques mois plus tard.
Tout aurait été remis en question si l’attentat prévu en 1960 contre
Michel Debré par le FLN, avait réussi.
Quelle triste constatation ! L’ennemi veut tuer Michel Debré en
avril 1960 ! Parce que celui-ci est venu inaugurer une préfecture française à
Tizi-Ouzou, ce jour-là. Des jeunes du
FLN projettent de le tuer pour ce motif. Ils ignorent que leur victime est le
complice majeur et conscient de celui qui orchestre depuis Paris l’abandon de
l’Algérie par la France. L’abandon de l’Algérie au FLN.
Ils prennent la responsabilité, si leur attentat avait réussi, de voir
les régiments de l’armée française se déployer à nouveau, animés d’une nouvelle
volonté patriotique exacerbée de vaincre. Un nouvel enthousiasme français était
peut-être possible à partir d’un attentat monté et effectué par l’ennemi….
Mais la fatalité a voulu que cet attentat ne se déroulât point.
Le sort en était jeté.
La malfaisance gaulliste allait
pouvoir se déployer aux dépens de la France. Malfaisance gaulliste dont il est
trop facile aujourd’hui de constater les effets, le bilan. Car nous sommes en
train de le vivre ce renouveau gaulliste ! Il suffit d’ouvrir les yeux et
de contempler ce que Tricot appelait « le
passage de la France à la modernité ».
Jean-Claude PEREZ
Août 2014
[1] Déclaration d’Ibrahim Bachir en 1954 (1er novembre 1954, date de la Toussaint Rouge) [2] Jacques Marseille [3] USIS : United State Information Services, un service « d’information » des USA [4] CIA : Service d’espionnage et de contre-espionnage exerçant ses activités en dehors du territoire des USA [5] Depuis que j’ai cédé à l’imprudence et aussi à la nécessité d’écrire, j’avoue m’être inscrit parmi ceux qui ont commis cette erreur, une seule fois. J’ai corrigé cette même erreur par la suite. [6] Uthman : ou Otman [7] 10ème DP : 10ème Division Parachutiste
Mis en
page le 07/08/2014 par RP |