Maurice BEL nous a quittés

  Amis du Cercle Algérianiste de Nice, nous venons encore de perdre l'un des nôtres. Le 24 février dernier nous étions nombreux à l'athanée de Nice pour assister à la cérémonie funèbre et donner notre dernier adieu à notre ami Maurice BEL.
  Membre du Conseil d'administration du Cercle Algérianiste de Nice, sous l'amicale pression de notre présidente, il assuma la responsabilité de la Présidence de la Maison des Rapatriés de Nice.
   Lors de nos réunion, ainsi qu'en aparté aux conférences, il nous illuminait de ses connaissances sur l'Algérie et son passé. Féru d'histoire et de généalogie, il n'avait pas son pareil pour évoquer, anecdote à l'appui, les événements anciens ou récents. -Il me plait à me remémorer son regard pétillant de malice quand il pouvait épingler un politique prétendu historien et le clouer au pilori de son ignorance crasse-.
  Sa plume aussi était moqueuse et vous pourrez vous en rendre compte dans les articles qu'il nous adressait (voir ci-dessous):
C'est une belle et grande mémoire qui s'éteint...

Raphaël PASTOR

Naissance de la grande poste d'Alger
Le sceau du Dey d'Alger
Mosquées et Eglises
Indigènes


Dans le Numéro 41 de Mémoire Vive (Magazine du C.D.H.A.) nous pouvons lire:É

Maurice Bel nous a quittés

  J'ai connu Maurice Bel à partir de 1941, en allant travailler chez son frère aîné, Alain, dans le petit appartement qu'ils occupaient ensemble, boulevard Saint-Saëns à Alger. Nos pères se connaissaient depuis longtemps.
  Nous étions élèves au Grand Lycée, devenu ensuite Lycée Bugeaud, et scouts au groupe des Eclaireurs de France - Alger 1 de la rue Daguerre voisine, où Maurice était notre chef de troupe.
  Les réunions étaient donc fréquentes, tant pour le travail scolaire que pour les sorties et camps scouts. C'était un grand camarade, à la présence tranquille, ouvert mais féru et très savant. Son totem le définissait bien « girafe serviable », synthétisant aspect physique et qualité morale dominante.
  Je l'ai retrouvé, il y a vingt ans, plus intimement après le rapprochement des âges et des souvenirs, avec la même ouverture au monde et aux autres.
  Ayant conduit ses études, jusqu'à la préparation des grands concours d'ingénieurs et naturellement porté vers tout ce qui touchait aux sciences et à l'histoire, c'était un lecteur et un travailleur infatigable, curieux de tout, un puits de connaissances doué d'une mémoire sans faille. Il était passionné de généalogie et d'histoire de l'Algérie, et hantait les lieux d'archives pour ses recherches. Il fut aussi un pilier de notre UAALA - l'Union des anciens et anciennes des lycées d'Algérie, comme secrétaire général.
  Il avait ressuscité les évènements vécus là-bas, auxquels il avait été appelé à participer comme officier de réserve, d'autant plus profondément qu'ils ont endeuillé dès le début le Constantinois de ses ancêtres : mais il en parlait peu, et alors sous leur aspect historique, sauf plus volontiers de son outil industriel qu'il avait tenté en vain de sauvegarder.
  Il était resté discret, modeste et réservé, d'humeur égale, son accueil était chaleureux et enjoué, son écoute attentive, son raisonnement équilibrée, son avis judicieux.
  Toujours prêt à rendre service et à bien faire, il n'écartait aucune sollicitation même s'il la sentait intéressée : il n'en attendait rien et savait même taire les ingratitudes reçues en retour.
  La vie ne lui a pas ménagé les épreuves, qu'il avait admises avec son optimisme naturel et en restant très proche de toute sa famille, jusqu'aux dernières, physiques et insurmontables, qu'il endurait en plaisantant, pour soutenir sa femme Rosie qui l'entourait de son amour et de ses soins malgré ses propres maux.
  Maurice était un homme de bien, et nous avons perdu un vrai et grand ami.

Jean-Louis SIBEN.

Un parcours exemplaire.

  Maurice Bel est né le 23 juillet 1925 à Issoudun (Indre). Son père est originaire de Batna, sa mère, née Matte, de Miliana.
  Il fait ses études primaires à Constantine, de 1930 à 1935, ses études secondaires au Lycée de Constantine , puis de 1939 à 1940 au Lycée Lakanal à Sceaux, et par la suite au Lycée Bugeaud à Alger de 1940 à 1943. En 1943 il commence son année de droit mais est mobilisé dans l'artillerie, début 1944. Courant 44, il suit un peloton d'élève brigadier artilleur ; entre à l'École d'Elèves Officiers de Cherchell dont il sort en juillet 45 et rejoint son affectation comme Aspirant au Vigean (Vienne).
  1947-49, il est élève aux classes préparatoires au concours des Grandes Écoles d'Ingénieur à Jeanson de Sailly.
  Il prépare une licence de sciences physiques à la Sorbonne et doit interrompre ses études pour rentrer à Alger seconder son père à la direction de la société Nortrac. Il en deviendra le Directeur Général en 1960.
  L'activité de la société d'abord centrée sur la vente et la réparation de tracteurs à chenilles (travaux publics et agricoles) s'est diversifiée ensuite avec la vente, l'installation de groupes électrogènes, activité qui l'a conduit à travailler au Sahara avec les pétroliers (Hassi Messaoud. Hassi R'mel) et le centre d'essais de Reggan.
  Il est rappelé (1957-58) comme capitaine dans un bataillon des zouaves en opération de maintien de l'ordre en Kabylie.
  A l'été 63, la société n'ayant plus aucune activité, il doit quitter l'Algérie et s'installe à Manosque près de ses parents.
  Il entre dans la société des camions Unie début 1964 comme cadre du service après-vente, à Caussade (Tarn et Garonne) puis en Provence. Il épouse en seconde noces Rosie Gouilloux-Coumut, algéroise, dont la famille est originaire de Mascara, le 31 octobre 1966. Il s'installe à Aix en Provence avec sa fille Sophie et les enfants de son épouse Sylvie et Jean Lobey.
  Il sera muté à Paris (Trappes) en 1968, puis prend sa retraite en 1983 et s'installe à Nice.

Mis en page par RP le 01/04/09