Bouteflika canonne, Paris tend
l'autre joue
Bouteflika casse du sucre sur le dos de la France
Intense activité diplomatique entre Alger et Paris... Intensité
de la haine antifrançaise surtout du côté de l'Algérie où pas un
grand discours du président Bouteflika, depuis ceux de Sétif et
de Tizi Ouzou, n'épargne la France, ne s'acharne à l'insulter, à
la traiter de régime hitlérien, et à exiger un mea culpa, une grande
repentance, pour les cent trente ans de présence coloniale. Intense
activité diplomatique à Paris aussi ; mais pour se préoccuper surtout
de tirer l'édredon, de faire le dos rond et -pourquoi pas à l'occasion-
de tendre l'autre joue.
Le référendum du président Bouteflika sur
la « concorde civile » (c'est-à-dire
l'amnistie pour les islamistes) a redonné de l'ardeur à
cette guerre antifrançaise. Le président algérien
n'a pu en effet, en clôture de campagne, s'empêcher
de récidiver dans ses discours enflammés contre la
France. Le comportement du chef de l'Etat algérien, autant
que les campagnes de haine récemment suscitées par
lui, en dit long sur ce pouvoir, usé, vieilli, fatigué
qui entend se refaire une santé sur le dos de la France.
Sur le dos de la France oui, mais pas en réformant, ni en
industrialisant son pays, ni en tentant d'éradiquer la corruption,
ou de supprimer le trabandisme. Il nous dit aussi, avec ce référendum,
le président Bouteflika, que, tout compte fait, les islamistes
fous qui égorgeaient et brûlaient des villages entiers
méritent plus de l'Algérie que ces pauvres harkis,
ou leurs enfants, à qui l'on refuse toujours « de
revenir au pays ». Décidément,
les années passent et le pouvoir algérien ne change
guère : c'est toujours, de ce côté-là
de la Méditerranée, la même vision moscovite
de l'Histoire qu'au temps de Boumédienne.
A Paris, en France, et parmi les plus libres des intellectuels
algériens, on a décidé d'ouvrir tous les placards de l'affaire algérienne.
Les démocrates, d'où qu'ils soient, admettent qu'on fasse le procès
et l'inventaire de la présence française, mais ni caricaturalement,
ni à charge. Si l'on veut écrire l'Histoire, que l'on accepte alors
d'ouvrir vraiment tous les placards. Les français et les algériens.
Ceux du gouvernement Guy Mollet, mais aussi ceux du FLN, de sa prise
du pouvoir à l'été 1962 contre les démocrates, les messalistes et
les Kabyles.
Oui M. Bouteflika, il faut tout mettre sur la table ! L'amitié retrouvée,
et fermement scellée, entre les deux pays sera à ce prix. Il faut
être cohérent. On ne peut accepter demain avec l'Algérie -en signant,
prochainement peut-être, un traité d'amitié aux repercussions économiques,
culturelles et sociales considérables- ce que l'on refuse, à présent,
à la Turquie.
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